et certains osent prétendre qu'on est encore en démocratie !!

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14012010

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et certains osent prétendre qu'on est encore en démocratie !!




Petit exemple qui ne vous frappera peut-être pas mais qui pour moi est très révélateur de la pression actuelle sur la liberté d'expression : soit tu te couches, soit on te casse....


La science politique chassée sur ses terres !

Alain Garrigou, professeur de science politique à l’Université Paris X Nanterre, spécialiste de sociologie électorale, vient de se voir assigné pour diffamation publique par l’un des conseillers politiques de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson. Ce dernier lui reproche d’avoir tenu des propos diffamants qu’un journaliste du quotidien Libération a rapporté dans un article daté du 6 novembre 2009 consacré aux relations entre l’Elysée, la société Publifact, dirigée par Patrick Buisson, et l’entreprise de sondage OpinionWay. Cette plainte, qui a pour but de fragiliser financièrement notre collègue, est scandaleuse et particulièrement inquiétante. En effet, Patrick Buisson, qui s’autoproclame « politologue », en usant du droit d’ester en justice attente à la liberté de pensée et de recherche d’un professeur d’université reconnu, lui, par ses pairs spécialistes de science politique . Il s’agit purement et simplement d’intimidation visant à interdire à un spécialiste de la vie politique de continuer d’explorer avec rigueur et méthode le terrain de recherche que constituent la fabrique et l’interprétation des sondages dans notre démocratie. Par cette pression judiciaire, en fait, Alain Garrigou se voit dénié le droit de faire son métier de scientifique.


L’Association des Enseignants et Chercheurs de Science Politique (AECSP) est indignée de voir les travaux des scientifiques mis en question par des professionnels de la politique. Elle s’inquiète du danger que représentent les pressions des entreprises commerciales de sondage à l’encontre de ceux dont la vocation est de les observer et, si nécessaire, de rappeler ce que sont les règles élémentaires de la méthodologie.

L’AECSP appelle tous les politistes et tous les chercheurs français et internationaux à soutenir leur collègue Alain Garrigou.


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Un procès politique en 2010,
par Alain Garrigou

J’ai reçu, ainsi que le journal Libération, une assignation pour diffamation publique de M. Patrick Buisson, conseiller de la présidence de la République et dirigeant de Publifact. A la suite du rapport de la Cour des comptes publié le 16 juillet 2009 et des listings des sondages de l’Elysée publiés le 6 novembre 2009, je mettais en évidence la surfacturation pratiquée par Publifact dans un dossier de 4 pages intitulé « Sarkozy, l’obsédé des sondages » (Libération, 6 novembre 2009). L’alternative était la suivante : soit les services de l’Elysée étaient dupes (hypothèse impossible), soit ils étaient complices dans un système de financement illicite. Dans deux droits de réponse, M. Patrick Buisson a reconnu le caractère anormal du prix en apportant une troisième explication : les instituts de sondage n’auraient été que des « sous-traitants techniques » (Libération, 13 novembre 2009 ; Le Monde, 27 novembre 2009). Il mettait ainsi dans l’embarras les sondeurs qui, au terme de la loi du 19 juillet 1977, ont la responsabilité des déclarations à la commission des sondages. Ils auraient donc contrevenu à l’article 12 sur les déclarations mensongères et seraient donc passibles des articles 52.1 et 90.1 du code électoral. Deux mois plus tard, personne n’a encore réagi.

De la même manière qu’il avait été entendu par le rapporteur de la commission des finances de l’Assemblée nationale, M. Patrick Buisson a agi avec un aval politique. La plainte pour diffamation publique envers un professeur de science politique – spécialiste des sondages qui ne prend aucun risque d’être démenti – est grave. Elle vient après plusieurs affaires qui attestent la menace politique sur la liberté de penser, d’écrire et de parler des universitaires. On comprend bien qu’il s’agit de politique ordinaire pour ceux qui utilisent ces procédés et qu’ils ne se préoccupent guère de leurs effets systémiques. En l’occurrence, faire taire un critique des sondages quand se profile une embarrassante commission d’enquête parlementaire est un coup comme un autre dans la compétition politique. On peut craindre les rééditions au rythme des difficultés économiques et du rapprochement des échéances politiques et électorales. L’autoritarisme progresse moins souvent par un plan rationnel que par une dérive des mœurs politiques.

Cette dérive autoritaire n’emploie plus les moyens policiers des dictatures d’antan ou d’ailleurs mais dévoie le droit et l’institution judiciaire. Si la liberté d’expression et de recherche n’est déjà plus si bien assurée aujourd’hui dès lors que les droits des personnes sont invoqués, il est un procédé de la guerre des idées qui mine la démocratie. Il consiste à entamer des procédures judiciaires quels que soient les motifs et les chances de gagner. On comprend que cela se fait à l’initiative des riches contre les pauvres, des puissances d’argent contre les penseurs et les diffuseurs. Il sera toujours temps de se dédire comme l’a fait la banque Natixis à l’égard de Mediapart, « coupable » d’avoir diffusé un article l’accusant d’avoir rémunéré François Pérol, secrétaire-adjoint de l’Elysée avant de prendre la direction de Caisses d’Epargne-Banque Populaire, pour son action dans la société Rothschild et associés. Les plaintes retirées, le mal était fait puisque Mediapart, journal en ligne et donc fragile financièrement, avait dû payer les frais de défense. La plainte de M. Patrick Buisson a la même fonction d’intimidation car ce n’est pas son honneur qui est évalué 100 000 euros de dommages et intérêts. Quant aux frais d’avocat, ils sont des dépenses banales pour un conseiller payé 11 900 euros par mois par l’Elysée et dont la société Publifact a reçu 1,6 millions d’euros du même client en 2008. En l’occurrence, le contribuable paie.

Concernant un professeur de science politique, cette manœuvre mérite une attention particulière alors qu’elle vient d’un expert non patenté qui se qualifie de « politologue » et exprime un mépris significatif de l’anti-intellectualisme de l’extrême droite. Les propos pourraient prêter à sourire s’ils ne renforçaient la menace sur la recherche universitaire. Ce n’est pas un hasard si les sondages en sont l’occasion, soit une utilisation économique et politique d’une technique légitimée par la science. Prétendrait-on qu’il ne s’agit pas d’un territoire légitime pour les spécialistes de science politique ? Tous les sujets de recherche ne sont pas également « sensibles » mais qui décidera des territoires permis aux scientifiques ? Il faut craindre pour la liberté de recherche aujourd’hui. Si la plainte en diffamation est un hommage qui m’est fait, elle est malheureusement inquiétante à la fois pour la démocratie et pour les sciences humaines et sociales. Il serait coupable de ne pas réagir quand sont mêlés aussi clairement les combats pour la liberté et le savoir.

Alain Garrigou

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Message le Sam 16 Jan 2010 - 18:22 par country skinner

PARIS (AFP) - La grogne monte chez les magistrats qui dénoncent de plus en plus fort, et jusque dans les hautes sphères judiciaires, des atteintes répétées du président de la République à l'indépendance de la justice.

Disparition du juge d'instruction, réforme de la procédure pénale et du Conseil supérieur de la magistrature, nominations politiques: depuis l'arrivée du président Nicolas Sarkozy à l'Elysée, les magistrats n'en finissent pas d'égréner leurs doléances.

D'ailleurs, ils l'ont promis, 2010 sera l'année de toutes les contestations. Pour la première fois de leur histoire, huit syndicats et associations de magistrats ont décidé de s'unir pour contrer ce "démantèlement de la justice".

Un front commun inédit qui a prévu de lancer, tout au long de l'année, des actions choc tant à Paris qu'en province. "Assis, debout, mais pas couchés", se sont-ils époumonés jeudi sur les marches du palais de Justice de Paris, alors que quelques mètres plus loin, sous les ors de la Cour de cassation, le Premier ministre François Fillon jouait l'apaisement.

"Ni l'indépendance de la magistrature, ni la manière dont la France a historiquement organisé la séparation des pouvoirs ne seront remises en cause par la réforme" de la procédure pénale, a-t-il affirmé devant un parterre de juges réunis pour l'audience solennelle de la Cour de cassation.

Sans vraiment convaincre. D'autant que quelques minutes plus tôt, la contestation avait trouvé une voix inattendue, celle du procureur général près la Cour de cassation Jean-Louis Nadal.

Alors qu'il y a un an, lors de cette même audience solennelle, Nicolas Sarkozy avait volé la vedette en annonçant, à la surprise générale, son projet de supprimer le juge d'instruction, jeudi, c'est le premier procureur de France qui a aimanté les regards, et nourri la controverse.

Revêtu de son hermine, le magistrat, l'un des plus hauts placés du pays, a brandi le carton jaune. "L'obstacle" à la suppression du juge d'instruction "n'est plus politique mais bien juridique", a-t-il averti.

"Je ne vois pas comment il sera franchi sans que soit, tôt ou tard, reconsidéré le statut du parquet", aujourd'hui subordonné au pouvoir politique, a-t-il ajouté, mettant en avant le risque d'incompatibilité avec la Constitution française et les règles européennes.

Le statut du parquet est au coeur des critiques des magistrats. Ils craignent en effet que le transfert des pouvoirs d'enquête du juge d'instruction à un magistrat du parquet ne desserve l'indépendance de la justice et n'aboutisse à l'enterrement des affaires sensibles, politiques ou financières.

Samedi, c'est un autre haut magistrat, plutôt classé à droite, qui a enfoncé le clou. Dans un entretien au Monde, l'avocat général près la cour d'appel de Paris, Philippe Bilger, a ainsi vivement dénoncé les "nominations politiques".

"Nous sommes devant ces projets de nominations comme des vaches regardant passer un train. (...) Cela s'est toujours remarqué mais plus que jamais avec les élites judiciaires ou décrétées telles sous ce président de la République", a-t-il observé, évoquant la nomination avortée de Philippe Courroye, un proche de Nicolas Sarkozy, comme procureur de la République de Paris.

"En matière judiciaire, le sarkozysme n'a opéré aucune rupture", a regretté le parquetier, avant d'avertir l'Elysée que "le corset statutaire et l'inféodation politique constituent les deux obstacles fondamentaux à une régénération de la magistrature à son plus haut niveau".

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