La question sociale en Europe

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15042010

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La question sociale en Europe




par Ignacio Ramonet

http://www.medelu.org/spip.php?article394

Sous le slogan "Halte à la pauvreté !", la Commission européenne a déclaré 2010 "Année de la pauvreté et de l’exclusion sociale". Il était temps, car il y a, au sein de l’Europe des Vingt-sept, quelque 85 millions de pauvres [1]... Un Européen sur six vit dans le besoin [2]. Et la situation continue de se dégrader à mesure que s’élargit l’onde expansive de l’explosion de la crise. La question sociale vient se replacer au coeur du débat. La colère populaire se manifeste contre les Plans d’austérité en Grèce, au Portugal, en Espagne, en Irlande, en Islande, etc. Des grèves et des protestations violentes se multiplient. De nombreux citoyens expriment également leur refus de l’offre politique (l’abstention et le vote blanc atteignent des niveaux record) ou une adhésion à l’égard de divers fanatismes (l’extrême droite et la xénophobie progressent). Parce que la pauvreté et le désespoir social mettent aussi en crise le système démocratique. Faut-il s’attendre à un explosif printemps du mécontentement européen ?


En France, environ 13% de la population, soit un peu plus de huit millions de personnes, vivent déjà sous le seuil de pauvreté. Avec des cas particulièrement révoltants comme celui des "sans domicile fixe"(SDF), niveau maximum de l’exclusion sociale. Selon la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (Fnars), il y avait en France, en 2007, quelque 200.000 SDF (ils étaient plus d’un demi million au sein de l’Union européenne). Chiffres qui auraient connu, en 2008 et 2009, une augmentation spectaculaire en raison de la brutalité de la crise. Chaque hiver, ses centaines de SDF meurent dans la rue... [3]


Qui sont ces pauvres d’aujourd’hui ? Des agriculteurs exploités par les grands réseaux de distribution, des retraités isolés, des femmes élevant seules des enfants, des immigrés, des jeunes avec des "emplois jetables", des couples avec enfants vivant avec un seul SMIC, et bien entendu la grande cohorte des actifs que la crise vient de jeter à la rue. Il n’y a jamais eu autant de personnes à la recherche d’emploi dans l’Union européenne : 23 millions (cinq millions de plus qu’en 2008). Le pire c’est que la violence du chômage frappe surtout les jeunes. En Espagne, par exemple, pays qui possède le taux le plus catastrophique d’Europe, le chômage des jeunes frappe 44,5% des moins de 25 ans ; en France, 24,5% (la moyenne européenne se situant aux alentours de 20%).


Si la question sociale se pose aujourd’hui de manière aussi dramatique c’est parce qu’elle vient se superposer à la crise de l’Etat-providence. Depuis la fin des années 1970 et l’essor de la globalisation économique, nous sommes sortis du cycle du capitalisme industriel pour entrer dans l’ère du capitalisme ultralibéral dont la dynamique profonde est la désocialisation, la destruction du contrat social. Les principes de solidarité et de justice sociale ont été jetés aux orties.
La principale transformation s’est produite dans le domaine de l’organisation du travail. Le statut professionnel des salariés s’est radicalement dégradé. Dans un contexte caractérisé par le chômage de masse, la précarité a cessé d’être un "mauvais moment à passer en attendant un emploi fixe", et est devenue un état permanent. Ce que le sociologue Robert Castel appelle : le "précariat" [4], une nouvelle condition infrasalariale qui s’est étendue à toute l’Europe. Au Portugal, par exemple, un "salarié" sur cinq est déjà recruté sur la base d’un contrat appelé "recibo verde" (reçu vert). Même s’il travaille depuis des années dans la même entreprise ou la même usine, à plein temps, son employeur n’est qu’un simple "client" auquel le travailleur facture un "service". Le "client" pouvant, à n’importe quel moment, sans aucune indemnité, rompre le contrat, ce fameux "reçu vert".


Une telle dégradation du statut des salariés élargit le fossé des inégalités. Un nombre de plus en plus grand de personnes (surtout des jeunes) se retrouve, de fait, exclu du système de protection (la sécurité sociale) de l’Etat-providence. Le système du "précariat" isole les travailleurs, les marginalise, les brise. Combien de suicides de salariés sur leur lieu de travail ? Abandonnés à eux-mêmes, mis en concurrence féroce chacun contre tous les autres, les individus vivent désormais dans une sorte de jungle. Ce qui désoriente les syndicats, jadis puissants mais souvent tentés aujourd’hui de collaborer avec les organisations patronales.


L’efficacité économique - conçue, exclusivement, en termes de bénéfices toujours accrus et de marges toujours positives - est devenue l’idée fixe, l’obsession centrale des entreprises. Celles-ci déchargent de plus en plus sur l’Etat leurs obligations de solidarité. A son tour, l’Etat - harcelé par la doctrine néolibérale qui lui dicte de réduire impérativement ses dépenses - dévie ces impératifs de solidarité vers les Organisations non gouvernementales (ONG) ou les réseaux humanitaires privés. De telle sorte que l’économique et le social s’éloignent durablement l’un de l’autre. Et l’écart entre les deux devient de plus en plus scandaleux.


Par exemple, en Espagne, alors que le nombre de chômeurs atteignait, en 2009, le nombre de 4,5 millions (3,1 millions en 2008), les entreprises cotées en Bourse distribuaient à leurs actionnaires 32,3 milliards d’euros de bénéfices (19% de plus qu’en 2008). Au sein de l’Union européenne, en plein désastre économique, les profits des dix principales banques ont dépassé, l’an dernier, les 50 milliards d’euros...


Comment cela est-il possible ? Voici l’explication : dès l’explosion de la crise bancaire, à l’automne 2008, les Etats, via leurs banques centrales, ont prêté massivement, à des taux d’intérêt très faibles, aux banques privées en difficulté. Celles-ci ont utilisé ces masses d’argent bon marché pour prêter à leur tour, à des taux beaucoup plus élevés, aux familles, aux entreprises, aux spéculateurs... et aux Etats eux-mêmes. Faisant ainsi des profits exceptionnels. Conséquence : plusieurs Etats - la Grèce, le Portugal, l’Irlande, l’Espagne... - se retrouvent maintenant très lourdement endettés, affaiblis et attaqués par des acteurs financiers (banques, spéculateurs, etc.) largement responsables de la crise de 2008... et que les Etats avaient contribué à sauver de la banqueroute. Des Etats contraints de surcroît d’imposer des plans d’austérité drastiques à leurs citoyens pour satisfaire les exigences des spéculateurs. Ce qui met en fureur des millions de salariés européens.


Ainsi, dans des sociétés où la cohésion sociale vole en éclats, les riches continuent de s’enrichir pendant que le nombre de chômeurs et de précaires explose. Combien de temps les gens supporteront-ils une telle situation ? Le Fonds Monétaire International (FMI), fidèle serviteur de la finance mondiale, n’a-t-il pas lui-même averti, le 17 mars dernier, que si le système financier n’est pas réformé "il y aura des révoltes sociales" ?





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Notes
[1] Est considérée comme "pauvre", la personne qui vit avec moins de 50% du Revenu médian d’un pays donné. En France, le seuil de pauvreté se situe à 2 000 euros par mois pour un couple avec deux enfants.

[2] Cf. The Social Situation in the European Union 2007, Bruxelles, 2008 (http://ec.europa.eu/employment_social/spsi/reports_social_situation_fr.htm).

[3] Selon Christophe Louis, président du collectif Morts de la rue, le nombre des SDF morts "dans la rue ou des suites de la vie dans la rue" en France s’élevait, en 2008. à 359, soit presque un mort par jour...

[4] Robert Castel, Les Métamorphoses de la question sociale, Gallimard, col. Folio, Paris, 1999.
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La question sociale en Europe :: Commentaires

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Message le Ven 13 Mai 2011 - 21:36 par brusyl

Tiens aujourd'hui les commentaires de M2 sont désactivés

vouais, j'ai posté un petit truc ce matin et depuis en effet, impossible de mettre quoi que ce soit.
Un opération de maintenance ? c'est déjà arrivé mais jamais ce ne fut si long...
punition de marianne, style "vous n'avez pas été sages je vous mets au coin" ? ???je n'y crois pas, Il y eut l'article sur la journaliste violée en Egypte son lot de commentaires immondes mais bon, ce n'est pas la première fois que cela arrive.

PS : pas vraiment vraiment d'accord avec toi sur le rôle du journaliste de "faire passer l'information"sans prendre parti. Surtout pour un journal d'opinion tel que Marianne et qui de plus, s'est créé en réaction contre la pensée unique dispensée par les groupes de presse dominants....
S'il s'agit de "faire passer l'information", alors un over blog des sites alternatifs suffirait... c'est d'ailleurs ce que M2 devient : un over-blog...et encore ! si cela était une pub pour les sites et blogs critiques et alternatifs ce serait déjà pas mal : mais entre Bilger, Desgouilles qui pointe au "Causeur", Atlantico .. etc... cela devient de plus en plus de la pensée normalisée et réac

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Message le Ven 13 Mai 2011 - 20:09 par Invité

brusyl a écrit:Intéressant tout de même de voir que l'article et la pétition à signer passent par la voix de Marie-Noëlle Lienemann : ce qui permet à M2 de le présenter comme une "opinion" extérieure et donc de ne pas prendre position sur le sujet.
Après tout c'est ce qu'on demande aux journalistes : de faire passer les infos, pas d'épiloguer sur leurs croyances (ça c'est le rôle des politologues).
Autre article qui fait froid dans le dos sur la dictature molle qui s'installe insidieusement à notre insu dont seul Médiapart a fait un article à ma connaissance :(extraits)
C'est pourtant bien à l'espace de libre circulation européen que se réfère un groupe de travail du conseil Justice et affaires intérieures de l'UE, le Law Enforcement Working Party (LEWP), pour proposer la mise en place d'un «cyberespace unique sécurisé européen»: virtual Schengen, la frontière électronique de l'Europe avec des douanes – les fournisseurs d'accès à Internet – dotées d'une liste noire des sites douteux.[...]
Qui alimenterait cette liste des proscrits? Le groupe de travail envisage un niveau coopératif et un niveau répressif: d'une part, une base de donnée alimentée par les agences gouvernementales et les «organisations civiles» (associations, groupes d'intérêts...) consultable par les fournisseurs d'accès qui pourraient s'y référer volontairement pour bloquer l'accès à certains sites; de l'autre la possibilité pour la police et la justice d'accéder à ces signalements pour lancer des procédures judiciaires avec, in fine, une interdiction obligatoire pour tous.

En 2008, la présidence française de l'UE avait déjà décroché un accord européen pour mettre en place une telle plateforme d'alerte permettant à chacun de «signaler automatiquement toute nouvelle forme de malversation et de fraude constatée sur Internet, notamment les escroqueries».

Pour Joe McNamee, porte-parole de l'EDRi, «la tendance actuelle est de confier à des sociétés privées le soin de déterminer ce qui est légal ou ce qui ne l'est pas. Ce n'est pas nouveau: en France, ce sont les ayants droit qui signalent les infractions à l'Hadopi; en Grande-Bretagne, cela se fait hors de tout contrôle judiciaire et, en Belgique, les fournisseurs d'accès se sont mis d'accord pour répondre aux sollicitations». Avec le risque, bien sûr, de dénonciations abusives et de censure «au cas où» sans condamnation judiciaire. L'EDRi note d'ailleurs qu'il n'est jamais question de poursuites judiciaires ou de demander l'avis de la justice: l'interdiction préventive suffirait.

Quels seraient les «contenus illégaux» concernés? Le document donne l'exemple d'une vidéo représentant un meurtre ou de commentaires insultants sur des photos d'enfants. «Ce n'est que le premier pas pour bloquer les contenus pédophiles à l'intérieur de l'UE, conclut le LEWP. A l'avenir – avec l'accord des Etats membres –, il sera possible d'élargir le processus de blocage en l'appliquant à d'autres types de crimes (par exemple, la contrefaçon de médicaments sur Internet.» «Il faut bien comprendre qu'il est difficile de faire passer (auprès de l'opinion) l'idée de bloquer des sites pour protéger les intérêts de l'industrie alors que s'il s'agit de protéger les enfants, cela devient inattaquable, explique Joe McNamee. Pourtant, quand on consulte les statistiques des services de signalement nationaux, on constate que ce type de contenu est en baisse constante.»

Pour la France, par exemple, Point de contact constate dans son bilan 2010 que «les signalements de contenus pédopornographiques ont baissé de 25%» en un an. «Après qualification juridique, 16% des contenus pédopornographiques reçus en 2010 ont été considérés comme potentiellement illicites.» «C'est bien la preuve que la pédopornographie n'est qu'une excuse pour installer des dispositifs de bloquage. Quel cynisme!», poursuit Joe McNamee.

Le LEWP cite pourtant, à l'appui de ce projet, l'exemple de l'Italie où «le filtrage de contenu (par liste noire) a déjà fonctionné localement». De fait, la justice italienne a prononcé plusieurs interdictions de sites comme The Pirate Bay en 2008 ou BTJunkie en 2011 – des sites en délicatesse avec le droit d'auteur plutôt qu'avec la protection de l'enfance! Mais sans empêcher les internautes italiens d'utiliser un proxy pour contourner le filtrage.
--------------
Tiens aujourd'hui les commentaires de M2 sont désactivés ! Je ne sais si c'est parce qu'on rentre en période de campagne présidentielle ou si c'est juste un bug momentané... à suivre. Big Brother ne supporterait-il plus l'expression libre des commentateurs ?

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Message le Ven 13 Mai 2011 - 11:06 par brusyl

mea culpa.... coupable mais non mauvaise langue, plutôt disons infidèle en ce moment à M2, je n'avais pas lu cet article.

Intéressant tout de même de voir que l'article et la pétition à signer passent par la voix de Marie-Noëlle Lienemann : ce qui permet à M2 de le présenter comme une "opinion" extérieure et donc de ne pas prendre position sur le sujet.

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Message le Ven 13 Mai 2011 - 1:23 par Invité

[quote="brusyl"
Voici, sur le sujet, un article qui rappelle les mesures que prépare la communauté européenne dans le plus assourdissant silence des medias sur le sujet :

Grande braderie sur les droits sociaux en Europe
[/quote]
T'es mauvaise langue Brusyl, M2 en a parlé =>clique

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Message le Mar 10 Mai 2011 - 19:45 par brusyl

Je ne sais pas si c'est la BCE qui empêche une vrai politique de l'emploi.... Disons qu'elle représente parfaitement la belle orthodoxie comptable neo libérale, et dans une aussi parfaite indifférence aux peuples.

Voici, sur le sujet, un article qui rappelle les mesures que prépare la communauté européenne dans le plus assourdissant silence des medias sur le sujet

Grande braderie sur les droits sociaux en Europe

Le processus d’adoption de la nouvelle « gouvernance économique » fait son chemin. Du côté du Conseil, le « Pacte pour l’euro » engage les gouvernements sur la voie de politiques d’austérité renforcées. Le Parlement européen devra quant à lui se prononcer début juin sur le paquet de « gouvernance économique » qui comprend les principales mesures du nouveau dispositif.
Grande braderie sur les droits sociaux en Europe

Pour ceux qui n’auraient pas suivi le feuilleton, la « gouvernance économique », en deux mots, c’est cet ensemble de mesures qui renforcent la surveillance et les contraintes sur les dépenses et l’endettement publics (voir : l’UE-topie des marchés, par le Corporate Europe Observatory).

Concrètement, ce renforcement de l’« orthodoxie » budgétaire devrait s’accompagner mécaniquement de son lot de mesures d’austérité dans tous les pays de l’UE : réduction de l’emploi public, avec éventuellement blocage des salaires, coupes dans les services publics et privatisations, réductions des pensions et financiarisation des retraites, réformes du droit du travail pour faciliter les licenciements, mise en place d’une fiscalité « business friendly »…

Mais si les plans d’austérité font le malheur des populations, ils ont tendance à faire rougir de plaisir les marchés financiers. Or que ne ferait-on pas pour ces pauvres banquiers et investisseurs, scandaleusement présentés comme les responsables de la crise, et jetés à la vindicte populaire ? Heureusement, les instigateurs de la nouvelle gouvernance économique, Commission et gouvernements européens, n’ont pas cédé pas au populisme ; car d’aucuns voulaient les mettre à contribution, et que leurs pratiques - certes parfois audacieuses - soient sévèrement encadrées. Voire, que leurs créances soient restructurées.

Non ; les dirigeants européens, dans leur sagesse jean-monnesque, ont bien saisi les causes de la crise de la dette : salaires trop élevés, services publics sur-subventionnés et inefficaces, systèmes de protection sociale trop « archaïques » et droit du travail pas assez « flexible ». Du coup histoire d’être sûr que ces salauds de fonctionnaires, de syndicalistes et d’assistés ne nous fassent pas replonger une seconde fois dans la crise, ils ont prévu des sanctions pour les gouvernements qui ne se plieraient pas à la « discipline » de la nouvelle gouvernance économique.

La question qui restait en suspens, c’était de savoir dans quelle mesure serait partagée cette conclusion certes audacieuse, mais pas forcément à la portée du péquin moyen. Fort heureusement depuis Bruxelles, il est toujours plus facile de la mettre à l’envers, en loucedé, aux salauds de fonctionnaires, d’assistés et de syndicalistes, toujours prompts à dégainer leurs mouvements sociaux sur la scène nationale. La jouer discrète, et exit les fâcheux, donc.

Restent les parlementaires européens. Ceux-là ne sont pas farouches. Et si les belles expertises, et toute la conviction des lobbyistes (incrustés au Parlement européen comme des moules sur un rocher), ne suffisent pas à se les mettre tous dans la poche, il reste que la majorité du Parlement européen penche vers la droite ; or par coïncidence de ce côté là de l’échiquier politique, on ne voit pas du tout d’un mauvais œil qu’on fiche quelques coups de pieds au cul bien placés à l’Europe d’en bas.

De fait, les amendements aux propositions de la Commission qui ont été votés le 19 avril par le comité des affaires économiques et monétaires (ECON) du Parlement européen ont même renforcé certaines dispositions contraignantes de surveillance des budgets, tout en laissant délibérément de côté la question de la régulation financière. Au point que les Verts et le Parti socialiste européen, au risque de rompre avec le « consensus » cher aux institutions européennes (ce qui est très sale et malpoli, vous en conviendrez), se sont finalement opposés à l’adoption des rapports d’amendement.

De leur côté, au Conseil européen du 24 mars, les gouvernements se sont mis d’accord sur un « Pacte pour l’euro ». Celui-ci définit les grandes lignes de la future « gouvernance économique », qui devrait principalement viser à [1] :

- S’assurer d’une diminution du coût unitaire de la main d’œuvre (ça s’appelle la « compétitivité » chez les gens bien élevés, la « nique aux salariés » chez les autres)

- Réformer le droit du travail et le marché du travail pour plus de flexibilité et réduire les charges fiscales sur l’emploi (grosso modo : moins d’impôt pour les riches, plus de pression au travail sur les pauvres)

- Assainir les finances publiques (saisis : les riches paient moins d’impôts, donc il faut trouver de l’argent ailleurs... juste un petit coup de canif dans ton assurance maladie et ta retraite)

- Assurer la stabilité financière (non, non tu t’égares. On va pas surveiller les banquiers et les marchés financiers. On va surveiller les dépenses publiques... qui sont responsables de la crise, quoi ! Faut suivre, un peu)

En attendant la mise en œuvre des dispositions de gouvernance économique, en cours de ratification, les gouvernements se sont livrés au cours du sommet à une sorte de braderie des droits sociaux, chacun étant sommé d’apporter sur la table les mesures d’austérité qu’il a d’ores et déjà pris et qu’il pourrait prendre à court terme dans son pays. Côté français, Sarkozy n’a pas été en reste, il a notamment proposé l’inscription dans la Constitution du principe d’équilibre des budgets publics, et l’application de la réforme des retraites votée fin 2010 [2]. Ce à quoi il aurait pu ajouter la suppression 31000 postes de fonctionnaires en 2011 (non remplacement d’un fonctionnaire sur deux), et la non-indexation des salaires des fonctionnaires [3].

Désormais, la balle est du côté du Parlement européen. Celui-ci devrait se prononcer en session plénière, du 6 au 9 juin à Strasbourg, sur le paquet de « gouvernance économique », dans des conditions assez exceptionnelles : le principe d’une procédure accélérée d’adoption ayant été actée au forceps par la majorité de droite au sein du comité ECON, les représentants des partis européens vont négocier avec le Conseil - de manière tout à fait opaque - un texte qui pourra être adopté en plénière.

Il y a fort à parier, vu la composition du Parlement européen, que le texte sera bel et bien adopté en plénière début juin, même sans le soutien des sociaux-démocrates et des verts. Ceux-ci se retrouvent cependant au pied du mur, devant deux options : d’une, épouser délibérément et explicitement les contours d’un néolibéralisme le plus brutal et le plus accompli. De l’autre, s’engager sur la voie d’une rupture qui remette en question certains réflexes automatiques vis-à-vis de la construction européenne.

Un autre enjeu concerne l’émergence d’une véritable mobilisation populaire dans les pays européens, face à ce que le président de la Commission appelle lui-même une « révolution silencieuse [4] ». Face à cette révolution, il est essentiel d’allumer des contre-feux. Et d’organiser, au plus tôt, une véritable contre-offensive coordonnée à l’échelle européenne.
Julie Morange

PS : Le Corporate Europe Observatory et le réseau des Attac d’Europe organisent une pétition à destination des députés européens pour les enjoindre à voter contre la nouvelle « gouvernance économique » européenne. Ça se passe ici : http://www.france.attac.org/non-au-...

[1] Cf. Engagements politiques concrets et suivi, Conclusion du sommet de la Zone Euro du 11 mars 2011, http://www.consilium.europa.eu/uedo...

[2] http://bruxelles.blogs.liberation.f...

[3] http://dessousdebruxelles.ellynn.fr...

[4] Le Président de la Commission européenne, Barroso, à l’European University Institute, Juin 2010, cité par le Corporate Europe Observatory


http://dessousdebruxelles.ellynn.fr/spip.php?article146

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Message le Mar 10 Mai 2011 - 18:21 par Invité

brusyl a écrit:J'ai une question pour les économistes distingués de ce forum :
comment peut-on parler de reculer l'âge de la retraite alors qu'il y a un si fort taux de chômage ? il me semble évident que prolonger la durée de travail va encore supprimer de l'emploi.
Disons que la BCE n'a aucune vocation à mener une politique pour sauvegarder ou développer l'emploi. Sa seule mission est la stabilité monétaire car l'inflation nuit gravement aux rentiers actionnaires et investisseurs (spéculateurs) en tout genre.... alors, l'emploi, ma bonne dame, ils en ont rien à f... de plus augmenter le chômage et précariser les salariés fournit une main d'oeuvre docile et corvéable à merci. Ce qui, avec la proposition de Wauquiez confirme les intentions de la droite néolib : rendre l'eslavage attractif : ARBEIT MACHT FREI !

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Message le Mar 10 Mai 2011 - 12:01 par brusyl

tiens duck, l'article de Musset est remis au goût du jour via la saloperie que vient de proposer Wauquiez... voir la vidéo : http://www.lepost.fr/article/2011/05/08/2488961_laurent-wauquiez-touche-le-fond-du-fond.html
moi j'avoue ne pas avoir tenu plus de deux minutes d'écoute, ces deux premières minutes qui suffisent largement pour comprendre la rhétorique puante sur laquelle est fondée cette argumentation :
-opposer, dresser les Français les uns contre les autres (mon voisin sur la vidéo),
-appel aux sentiments les plus bas : la jalousie de l'autre en l'occurence (mon voisin a la même maison que moi alors qu'il ne travaille pas) ,
- et le pire, le plus ignoble : la dénonciation donnée en exemple. Le mec dont parle Wauquiez rappelle douloureusement ceux qui durant l'occupation aurait envoyé une lettre anonyme dénonçant son voisin.


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Message le Mer 13 Avr 2011 - 11:52 par Donald11

Une chronique de Musset pour relancer ce sujet ...

Ah ! ces assistes meme pas honteux de l'etre ...

Faites entrer l'assisté.
Et zut ! Pour une fois qu'un UMP ne parlait pas de musulman ou de laïcité à géométrie variable, mais retroussait les manches de son bleu d'usine pour prendre à bras le corps du haut de ses 11146 euros net par mois les dures contingences d'une vie de grisaille embellie par l'abondante rétribution patronale d'une poignée d'euros mensuelle... Paf, encore raté ! Pourtant le travail, on connait ça à l'UMP. Enfin, on est plutôt en pointe sur ce concept de pubard, décliné ad-nauseum par Le Monarque en campagne, baptisé "valeur travail" (que tu connais probablement sous le nom de "travail chiant avec une paye de merde").

C'est donc fort de ses millions de chômeurs et histoire de passer sous silence le ratage du "pouvoir d'achat" promis que, par l'intermédiaire du député d'un ancien fief minier de Moselle, l'UMP envisage de faire travailler les chômeurs pour... que dalle.

Dans son projet de loi déposé le 30 mars à l'assemblée, P.Lang veut forcer à travailler gratuitement, 20 heures par semaine dans des travaux d'intérêt général (sans rapport avec les qualifications et ne visant pas à ce que l’intéressé retrouve un emploi), les chômeurs cumulant plus de six mois d'inactivité. En cas de refus, nos délinquants récidivistes du non-emploi, seront punis une seconde fois. Ils ne recevront plus les allocations pour lesquelles ils ont pourtant obligatoirement cotisé en travaillant (mais bon l'UMP n'est pas forcément au courant de toutes les subtilités du monde réel dans lequel évoluent les gens qu'il criminalise). Mais re-zut, Lang a oublié que la moitié des chômeurs ne reçoit aucune indemnité ! On fait quoi pour eux ? Envoyez-lui vos suggestions et propositions au justicier social de Freyming-Melerbach (bientôt dans vos salles de Pôle Emploi).

Réfléchissons avec notre cerveau friedmanien : à l'approche du gros dossier monarchique de la dépendance, cette nouvelle forme d'esclavage sanitaire du chômeur (retrouvant ainsi son estime de lui perdue à torcher des culs d'alzheimérisés) serait promise à un bel avenir sans coûter un centime à la sécu. Criminalisation et profitabilité sont l'abscisse et l'ordonnée d'une bonne exploitation des masses (avec un peu de bombardement média et de crédits sur le dos pour la stabilité de l'équation).

Bon, j'ai gardé le plus beau pour la fin. Interrogé sur Canal+, le député justifie sa proposition de loi en argumentant que la thématique de l'"injustice" travaille les salariés. Via la sainte parole monarchique, les travailleurs lui ont confié avoir le "sentiment" de vivre moins bien que les chômeurs. Même que Le Monarque appelle ce mal "l'impératif de justice sociale" (a.k.a "si t'es en colère tape sur ton voisin, si t'as faim mange ta main"). Probablement le nouveau concept du pubard pour 2012.

Déplaçant le débat des inégalités et du social sur le terrain de la morale, P.Lang développe son concept dans le Républicain Lorrain du 8/04/2011 :

« C’est une question de justice. Les chômeurs touchent une allocation. Je trouve normal qu’en contrepartie ils effectuent des choses pour participer à l’effort collectif. C’est une question de perception aussi. Un smicard qui se lève tous les matins à 6 h vous dira la même chose. Il trouve anormal que son voisin, qui ne travaille pas, gagne quasiment autant que lui..."

Je ne gagne pas assez donc l'autre doit gagner moins. Ne serait-ce pas plutôt une loi visant à augmenter le salaire minimum ou empêcher les licenciements qu'il faudrait proposer à l'assemblée Monsieur Le Député ?

N'y voit aucune association d'image...ou pas. Au même moment, le Ministre des "solidarités" (rigole pas, c'est l'ex Ministre de la grippe A) annonce le renforcement du contrôle des "fraudes au RSA" par la CAF dans 13 départements jugés sensibles (c'est à dire pas Neuilly, ni la Défense, ni ses paradis offshore où les plus grosses fortunes de ce pays expatrient des dizaines milliards échappant à toute imposition ici) dans le but de récupérer... 100 millions d'euros, soit un tiers d'avion présidentiel (en sachant que ce sera probablement bien moindre, mais ici ce n'est pas tant le pognon qui compte que le message véhiculé).

Pour l'occasion, la télé publique se fend à 13h d'un beau sujet de JT tourné dans le 93 où "la fraude au RSA" serait un "sport départemental". 10 visites annoncées par le contrôleur : 2 portraits dans le JT, re-paf, 2 fraudeurs au visage flouté.

La chasse aux coupables ne fait que commencer : après l'arabe, "l'assisté". Comme toujours à l'UMP : diablement con et stratégiquement risqué.

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Message le Jeu 15 Avr 2010 - 13:43 par country skinner

Ca crée effectivement du chomage, surtout chez les jeunes, et la précarité généralisée tire les couts salariaux vers le bas. Le chomage n'est une malédiction que pour les salariés, pas pour les employeurs... jusqu'à ce que les premiers se mettent à pendre les seconds à la fenêtre de leurs bureaux avec leur cravate hermes (c'est très résistant une cravate en soie, tous les patrons devraient en porter une)

Dernière édition par country skinner le Ven 13 Mai 2011 - 7:24, édité 1 fois

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Message le Jeu 15 Avr 2010 - 13:10 par brusyl

bonne photographie de l'état actuel de la pauvreté...
Tout le monde sait ou pressent tout cela, mais c'est bien que l'Europe fasse un flash dessus
Sera-t'on sauvés par l'Europe ? meuuuuh non grosse naïve !

J'ai une question pour les économistes distingués de ce forum :
comment peut-on parler de reculer l'âge de la retraite alors qu'il y a un si fort taux de chômage ? il me semble évident que prolonger la durée de travail va encore supprimer de l'emploi.
L'Espagne par exemple vient de reculer à 67 ans l'âge de la retraite avec un taux de chômage de 20 %...
Est-ce le monde qui marche sur la tête ou moi qui n'y comprends rien ?

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