Ce que les étrangers coûtent, et à qui

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15042010

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Ce que les étrangers coûtent, et à qui




par Laurent Chambon - Lundi 12 avril 2010

http://www.minorites.org/index.php/2-la-revue/723-ce-que-les-etrangers-coutent-et-a-qui.html

L’extrême droite nous serine que les étrangers viennent vivre à nos crochets et que le pays est mûr pour la préférence nationale. L’élite intellectuelle nous bassine à quel point l’immigration est une chance pour le pays. On sent quelque part que Wilders, Bossi, Dewinter et la dynastie Le Pen exagèrent, mais nous vendre tous ces jeunes au chômage dans les banlieues comme un truc qui va dynamiser l’économie, ça reste dur à avaler. Alors je vais aborder un sujet totalement casse-gueule, mais sur lequel on a enfin des données: le coût de l’immigration.

Laurent Chambon est docteur en sciences politiques, spécialiste des minorités en politique et dans les médias, il a siégé pour le Parti travailliste à Amsterdam Oud-Zuid de 2006 à 2010, est chercheur à l'Université de Poitiers pour le projet MinorityMedia et est co-fondateur de Minorités.
L’extrême droite nous serine que les étrangers viennent vivre à nos crochets et que le pays est mûr pour la préférence nationale. L’élite intellectuelle nous bassine à quel point l’immigration est une chance pour le pays. On sent quelque part que Wilders, Bossi, Dewinter et la dynastie Le Pen exagèrent, mais nous vendre tous ces jeunes au chômage dans les banlieues comme un truc qui va dynamiser l’économie, ça reste dur à avaler. Alors je vais aborder un sujet totalement casse-gueule, mais sur lequel on a enfin des données: le coût de l’immigration.
D
epuis plus d’un an, le leader de l’extrême-droite néerlandaise, le très islamophobe Geert Wilders, réclame qu’on calcule le coût de l’immigration. Très embêtée, la classe politique néerlandaise a tout fait pour le faire taire mais elle a finalement dû s’incliner en demandant à des spécialistes de mesurer si les immigrés non-occidentaux ont coûté ou rapporté de l’argent au pays et combien. On pensait que ça prendrait un temps infini et que les geeks des statistiques pondraient un truc incompréhensible et qu’on n’en parlerait plus. Au moins avant les prochaines élections.

Raté. Un Marocain aux Pays-Bas, entre le moment où il arrive et celui où il meurt, coûte 43.000 euros à la collectivité. C’est le chiffre auquel est arrivé Jan van de Beek dans la thèse de doctorat qu’il vient de soutenir à l’Université d’Amsterdam.



Mais il ne s’arrête pas à un chiffre, et c’est là que l’extrême droite et la droite libérale va être gênée aux entournures. Et c’est à partir de maintenant que je m’amuse, car il est effectivement temps de parler du coût de l’immigration, mais aussi du pourquoi et du comment. Et du qui aussi.





Importer pour ne pas moderniser



La thèse de van de Beek répondait à deux questions: quelles sont les conséquences économiques de l’immigration de masse commencée pendant les années 1960 aux Pays-Bas, et pourquoi est-ce un tel tabou.

Le patronat néerlandais, exactement comme le patronat des autres pays occidentaux (France incluse) s’est retrouvé dans les années 1960 avec un problème: une demande élevée, une économie très dynamique mais des salaires aussi de plus en plus élevés. Il a eu un choix à faire: soit augmenter les salaires et investir pour moderniser l’outil de production, soit importer une main d’œuvre pas chère, empêcher les salaires de monter et de pas avoir à investir pour produire plus efficacement.



Comme c’est souvent le cas quand il faut dépenser de l’argent et se creuser la tête, le patronat a choisi la facilité et a importé, avec la bienveillance des politiques de l’époque (essentiellement de droite, en gros libérale et/ou chrétienne), des bras pas cher. Je ne connais pas très bien la façon dont ça a été organisé en France ou en Allemagne, mais pour les Pays-Bas les heureux élus étaient de préférence des paysans illettrés de l’Atlas, puis des paysans illettrés d’Anatolie: s’ils savaient écrire leur nom, ils étaient probablement capables de lire Marx et de monter un syndicat. Hors de question.



Van de Beek l’explique bien: c’est pour ne pas avoir à augmenter les salaires et ne pas avoir à investir pour moderniser l’économie que l’élite économique néerlandaise a fait venir des paysans illettrés. En cela, l’extrême droite a raison: l’immigration est un processus qui tire les salaires vers le bas. Ce qu’elle omet de préciser, c’est que ce sont les entrepreneurs de droite, parfois même liés à l’extrême droite, qui ont organisé cela.



« Le recrutement de travailleurs étrangers dans les années 1960 a été un désastre économique. L’intention était de maintenir des salaires bas, on aurait mieux fait de les faire augmenter. Le passage d’une économie industrielle à une économique dépendant du capital était inévitable pour que les Pays-Bas restent compétitifs au niveau international. Il aurait été idéal de faire ce changement dans les années 1960, quand l’économie était dynamique. »



On va assister dans les années 1970 à une explosion de la productivité. L’organisation rationnelle du travail, les robots et les ordinateurs font leur entrée dans les entreprises, même si à l’époque on est loin de l’iPad ou du petit chien de Sony. Comme on n’a plus besoin de bras et qu’on veut des cerveaux pour actionner et réparer les machines, on vire les immigrés, qui se retrouvent loin de chez eux, en famille désormais, entassés dans des cités, et sans travail.



« Finalement, il a fallu restructurer l’économie et les immigrants arrivés dans les années 1960 ont été mis au chômage dans les années 1970 et 1980 et ont fini à vivre d’allocations. »



C’est à ce moment que la gauche est au gouvernement un peu partout: il y a plein de chômeurs, en particulier les sans diplômes, et, pire encore, les bras illettrés qu’on a fait venir justement parce qu’ils n’étaient que des bras. La gauche ne peut pas les abandonner à leur sort et répare, à coup de milliards, les erreurs de la droite. Et on en arrive aux fameux 43.000 euros de notre chercheur.





L'arme xénophobe



Ce qui me fascine dans cette histoire, c’est que c’est exactement la même droite qui a fait venir des paysans illettrés pour ne pas avoir à investir et monter les salaires qui à la fois soutient les partis qui s’illustrent le plus par leur xénophobie, à la fois emploie des sans-papiers, et qui délocalise sa production dans les pays où les salaires sont largement moindres qu’en Europe.



J’ai été élu travailliste et je suis le premier à critiquer la gauche, et je ne m’en suis pas privé, mais il est temps de remettre les pendules à l’heure: c’est bien la droite capitaliste et donneuse de leçons qui a fait venir les immigrés pour niquer les travailleurs, c’est la même droite liée à l’industrie qui les a abandonnés à leur sort ensuite. C’est toujours la même droite qui nous a parlé des odeurs, de la Marseillaise et de la racaille à nettoyer au Kärcher™, c’est aussi celle qui criminalise les sans-papiers sans vraiment s’attaquer à ceux qui les emploient.

C’est toujours la même droite des grandes familles et de l’industrie qui criminalise la pauvreté, ignore la criminalité en col blanc et délocalise la production en Asie où il n’y a ni droit du travail ni démocratie. C’est la même qui va nous parler d’ordre républicain, de la menace islamiste, des Français mis en minorité par la burqa et de l’identité nationale.



Et je mélange les Pays-Bas et la France à dessein: on retrouve exactement les mêmes thèmes, la même propagande nationaliste, la même tendance à se goinfrer de bénéfices facile et de jeter l’anathème sur le musulman ou le Noir.



Alors oui, je pense qu’il faut parler du coût de l’immigration, dire ce qui s’est exactement passé. Il faut dire que l’avidité de quelques uns coûte de l’argent à la collectivité, mais a aussi rendu les gens malheureux et frustrés. Aussi bien les Français ou les Néerlandais qui se sont enfoncés dans le chômage et la médiocrité que les migrants et leurs familles, qui sont accusées de pourrir la situation des Gaulois ou des Bataves alors qu’ils sont, eux aussi, victimes de cette élite économique et politique qui adore privatiser les profits et socialiser les pertes.





Prendre ses responsabilités



La droite adore parler de responsabilité, comme si la gauche, les pauvres, les Noirs ou les Arabes étaient forcément irresponsables et que les gens de droite, blanc et bien propre sur eux, étaient toujours moralement irréprochables.

Le dernier plan d’intégration obligatoire (inburgeringsplicht en néerlandais) mis au point par la droite libérale néerlandaise sans compétence aucune (c’est le spécialiste de la question qui parle) et montrée comme un exemple par Sarkozy et Besson, a finalement coûté un milliard d’euros pour 20.000 personnes l’ayant suivi. Le taux d’échec est tellement élevé que personne ne veut vraiment savoir comment cet argent a été utilisé et pourquoi c’était si mauvais.



Je ne vais même pas parler de la goinfrerie généralisée qu’a représenté la bulle spéculative de ces dix dernières années et le sauvetage des banques en Occident. Ou de la « modernisation » de l’industrie, qui est aussi modernisante que celle qui a eu lieu dans les années 1960, sauf qu’au lieu de faire venir les travailleurs, on les fait travailler chez eux.





Qu’en 2010 la droite se pense encore en monopole sur la question de l’économie « sérieuse » me fascine. Vraiment.

Plus j’en apprends sur la question, plus j’ai honte que la gauche ne soit pas plus agressive. Je suis atterré que les gauches européennes ne se mettent pas à collaborer pour lutter contre l’irresponsabilité des droites européennes, qui semblent se passer le mot dès qu’il est question de faire porter la responsabilité de leurs gravissimes erreurs sur les citoyens et les finances publiques.



Donc voilà, je pense qu’il faut parler du coût de l’immigration, de rappeler que la droite qui soutient Sarkozy et Besson est la même qui a engendré ces coûts, et que l’héritage Lambert dont a profité Jean-Marie Le Pen doit beaucoup à cette immigration qu’il dénonce. Je pense qu’il faut parler de qui en a profité, et de qui en profite encore aujourd’hui.



C'est ça aussi, la question du coût de l'immigration.
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Message le Jeu 15 Avr 2010 - 14:21 par brusyl

bizarre bizarre, ce papier est plus politique, polémique, qu'universitaire, présentant un résultat de recherches.
Il ne répond pas à la question posée par son titre, mais cherche les responsables.
Je connais bien ce labo des migrations internationales, ils font pourtant un super boulot..

Ce n'est pas une critique de l'article, qui rappelle quelques bonnes vérités, juste un sentiment d'étrangeté...

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