Réforme des retraites : contre-argumentaire dans la blogosphère

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17042010

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Réforme des retraites : contre-argumentaire dans la blogosphère




Un débat tronqué, comme le dénonce le syndicat SNJ-CGT de l'audiovisuel public ? En quelques jours, le débat sur la réforme des retraites, tel qu'il vient de s'ouvrir, a en tout cas fait apparaître deux champs d'analyse bien distincts :

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les termes fixés par le gouvernement et majoritaires dans les grands médias : il y a urgence pour sauver le système et il faut pour cela augmenter la durée de cotisation et/ou reculer l'âge légal de départ à la retraite ;
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une contestation qui développe son argumentaire principalement via internet. Et pose en principal contre-argument la nécessité d'un autre partage de la richesse.

Cette contestation des termes du débat, qui s'étend dans la blogosphère, pourra-t-elle s'affirmer face à la pensée dominante ? Contrairement au Conseil d'Orientation des retraites (COR), ne nous lançons pas dans la prospective, mais tentons de répertorier ces contre-arguments.



Pour le gouvernement, une réforme « impérative » qui doit mener à travailler plus longtemps


Le gouvernement, comme on peut le voir sur le site consacré aux "enjeux de la réforme" qu'il vient de mettre en place, présente les négociations sur les retraites comme une nécessité. Car « l’équilibre financier de notre régime de retraite est menacé ». Reprenant le scénario médian du COR, il explique que le déficit du régime de retraite, de 32 milliards en 2010, risque de passer à plus de 100 milliards en 2050. Et qu'à cette date, on ne comptera plus, pour 1 retraité, qu'1,2 cotisant - contre 1,8 aujourd'hui. Principale raison avancée : l'augmentation de l'espérance de vie. Tandis que la crise financière a aggravé la situation à court et moyen terme.

Conclusion : « L’évolution de nos régimes de retraite est désormais impérative ».

Et le gouvernement affiche clairement l'objectif de la réforme : il faut travailler plus longtemps. Car « la France est un des pays d’Europe où l’âge moyen de cessation d’activité figure parmi les plus bas » et, « concernant, l’âge légal de la retraite à 60 ans, il est au niveau le plus bas des quinze pays de l’Union Européenne (hors nouveaux Etats Membres). »

Un scénario simple et efficace. Trop simple pour être honnête, jugent bon nombre d'intervenants de la blogosphère qui développent leur argumentaire à l'opposé des termes du débat fixés par le gouvernement et repris par les grands médias.



Premier contre-argument : le catastrophisme est exagéré


Pourquoi cette « communication de l'apocalypse ? », se demande le blogueur Christophe Ginisty. Car « peu de gens le soulignent mais la discussion de 2010 n'était absolument pas prévue dans le calendrier des réformes précédentes, les différents acteurs de ce dossier ayant fixé à 2013 la date de leur prochaine réunion de fond. »

La mise en avant des dizaines de milliards nécessaires pour « sauver » les retraites, qui a suivi la publication du rapport du COR mercredi 14 avril, serait donc fallacieuse. Principal héraut du catastrophisme pointé du doigt : le Monde, qui a lancé le chiffre cumulé d'un besoin de 2 600 milliards d'euros d'ici 2050. Un chiffre qui donne le vertige, mais qu'il faut relativiser, soutient la blogosphère.

D'autant qu'il faudrait d'abord le comparer aux 80 000 milliards de PIB accumulés sur cette même période, souligne Jean-Luc Mélenchon, du Parti de gauche. En portant un autre regard sur le rapport du COR, on voit que dans la pire des situations le maintien en 2050 du niveau actuel des retraites nécessiterait 3 points de PIB supplémentaires. « Pas grand chose », soutient Jean-Luc Mélenchon.



Deuxième contre-argument : prévoir la situation économique à l'horizon 2050 est une fumisterie

Le même enfonce le clou : « Nous serions donc capables de prédire aujourd’hui des événements comme ceux qui ont eu lieu depuis 1970 : disparition du camp socialiste et réintégration dans l’économie de marché de 100% de la population humaine, la révolution informatique qui a permis des bonds de la productivité, le recours massif à l’énergie nucléaire, l’existence d’une industrie spatiale et des technologies de la communication... »

Absurdité des prévisions économiques, mais aussi démographiques. Ainsi, remarque Jean-Luc Mélenchon, le rapport du COR « suppose, sans le dire, que la proportion des femmes présentes au travail salarié restera au niveau actuel, quinze points en dessous de celle des hommes ! »

L'égalité hommes/femmes au travail, une « piste inexplorée », constatait dès février Christiane Marty, d'ATTAC, soulignant qu' « en 2001, le COR reconnaissait que "des marges sensibles d’augmentation de l’activité féminine existent". Depuis, aucune proposition. »



Troisième contre-argument : l'enjeu, plus global, doit porter sur la redistribution des richesses

On touche là au coeur du contre-argumentaire : pourquoi faire payer la réforme aux seuls salariés ? Pour la Fondation Copernic et ATTAC, le manque de marge de manoeuvre pour payer les retraites est dû au « partage éhonté de la richesse au bénéfice des revenus financiers. C’est ce partage qui constitue le tabou à faire sauter, et non l’âge de départ. Il s’agit là d’un choix politique de justice et de solidarité. »

L'Union syndicale Solidaires embraye : « il n’est pas acceptable de considérer comme pérenne la baisse très importante de la part des salaires ayant eu lieu ces dernières années (près de 9 points), alors que, dans le même temps, la productivité du travail a continué de croître fortement (plus de 50 % en 20 ans) et que les dividendes des actionnaires ont explosé. »

Le débat sur les retraites devrait donc avant tout être un débat sur « la place du travail dans la société. Il s’agit donc de savoir si une infime minorité va continuer à s’accaparer la richesse produite. »

C'est aussi la piste ouverte par Bernard Friot dont le livre est chroniqué sur ce blog consacré à Hannah Arendt, qui ouvre de nombreuses questions. « Et si le problème démographique était une illusion ? Et si les pensions de retraite n’étaient pas un revenu différé mais un salaire continué lié à la qualification ? Et si les retraités n’étaient pas des inactifs comme le veut la statistique, mais des personnes différemment actives, enfin libres de travailler à l’écart du marché du travail ? » Il doit s'agir alors de mettre « en débat le statut du salaire et le rapport au travail. »



Quatrième contre-argument : il faut considérer autrement l'augmentation de l'espérance de vie

Sans aller jusqu'à évoquer un nouveau rapport au travail, Martine Aubry entre dans la danse. Si son parti reste divisé sur l'opportunité d'augmenter la durée de cotisation, la première secrétaire du PS reprend dans une tribune publiée dans le Monde l'essentiel des positions ici développées. Et ajoute : « Au-delà de la réforme des retraites, il faut réussir la révolution de l'âge », car « le bien-être des Français qui vieillissent ne sera pas assuré en comblant les seuls déficits comptables. »

Et on en vient là au dernier des contre-arguments, peut-être le moins mis en avant. Il s'oppose pourtant au socle de l'argumentaire du gouvernement qu'on peut résumer ainsi : la réforme est nécessaire car l'espérance de vie augmente.

Or, fait remarquer Agnès Maillard sur le Monolecte, « nous sommes plus nombreux à avoir la chance de devenir vieux... parce que nous sommes mieux soignés et que nous arrêtons de nous user la santé plus tôt ». Autrement dit : « Il y a de fortes chances que l'espérance de vie a augmenté parce qu'on a abaissé l'âge légal du départ à la retraite. Nous faire faire le chemin inverse est une escroquerie intellectuelle criante. »



BONUS : calcul sur 25 ans pour les fonctionnaires, le hic informatique

Faire passer, comme le souhaite le gouvernement, le calcul de la pension des fonctionnaires sur les 25 meilleures années, comme pour le privé ? Impossible, a expliqué Jean-Luc Mélenchon sur RTL. Et cela pour une simple raison technique : l'Etat n'a pas conservé les données informatiques nécessaires. Eric Woerth a aussitôt démenti, mais la vérité est plutôt du côté de Mélenchon. En effet, @rrêtsurimages (article réservé aux abonnés) a enquêté et conclut : l'Etat peut certes retrouver l'ensemble des années de salaire de ses fonctionnaires, mais en partie seulement – pour les primes, c'est impossible. Et dans tous les cas, « cela prendra beaucoup de temps. Un temps long que Woerth peut difficilement reconnaître dans le cadre d'un débat sur l'avenir des retraites, placé sous le sceau de l'urgence. »

http://www.lesnouvellesnews.fr/index.php/civilisation-articles-section/34-civilisation-categorie/310-reforme-retraite-blogosphere
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brusyl
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