Le capitalisme maniaco-dépressif

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15072010

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Le capitalisme maniaco-dépressif




Le capitalisme maniaco-dépressif

http://resultat-exploitations.blogs.liberation.fr/finances/2010/07/bipolaire.html

J'ai déjà confronté le monde financier à la psychanalyse, fondement qui m'était permis par Freud et Keynes eux-mêmes. Je vais cette fois établir un parallèle entre le capitalisme et une maladie au carrefour de la psychologie, de la pathologie mentale et du comportement. Il s'agit de la psychose maniaco-dépressive (PMD) encore appelée bipolarité.

Qu'est-ce que la PMD ?

La psychose maniaco-dépressive (PMD) est un trouble de l'humeur qui toucherait 1% de la population (sans que les intéressés soient forcément au courant). Elle a probablement toujours existé, elle est en tout cas décrite depuis l'antiquité. L'expression elle-même a été forgée en 1686 et la définition de la maladie date du XIXème siècle. Elle a depuis été amplement étudiée et ses critères définis dans le cadre du classement international des maladies mentales, le DSM-IV. Néanmoins, elle reste inconnue à de nombreux égards. En effet, il est attesté qu'elle a une origine héréditaire puisque la présence de malades au sein d'une famille augmente les chances d'en être affecté. Cependant, son caractère génétique n'est pas confirmé. Est aussi mentionné l'environnement (enfance, éducation) ainsi que des facteurs chimiques dans le cerveau. Tout cela pouvant relever d'une même réalité, nos comportements pouvant être analysés à l'aune d'une succession de couches interagissant (moléculaire, cellulaire, génétique, comportementale, ...). Ce dont on est sûr, c'est qu'elle se déclenche chez le grand adolescent ou le jeune adulte (vers 20 ans pour simplifier) mais qu'elle met 10 ans en moyenne pour être diagnostiquée. Parler de la bipolarité (autre nom moins effrayant de la PMD) est abusif, il faudrait parler DES bipolarités. En effet, selon les degrés d'affection, les malades peuvent devoir être internés ou se tenir juste à la frontière d'un caractère cyclothymique affirmé («sautes d'humeur»).
La maladie se caractérise par une alternance de deux phases avec des périodes plus ou moins longues de répit. Le premier type de phase est dit "maniaque" (ou hypomaniaque pour les intensités plus faibles). Dans ce cas, le malade est hyperactif, il dort très peu. Il a un sentiment enivrant (comparable aux effets de certaines drogues) d'euphorie et une confiance démesurée en lui-même. L'image qu'il a de lui est au plus haut. Il présente aussi des compulsions et des comportements à risques dans des domaines tels que les achats, le jeu ou le sexe.

Le schéma "classique" est que cette phase est relativement courte et "monte". Elle atteint un paroxysme où les sentiments que j'ai décrits arrivent à leur acmé, produisant un état de confusion. Puis, parfois en quelques heures, c'est le retournement complet. La confiance, l'euphorie, tout ce soufflé s'effondre pour retomber dans un état dépressif profond : repli sur soi, perte totale de confiance, incertitude quant à l'avenir, pensées noires, incapacité d'agir ... Cette phase dépressive connaît sa plus forte intensité au début puis le malade revient peu à peu à la surface, sans qu'aucun élément déclencheur ne soit perceptible (comme dans le déclenchement des phases maniaques d'ailleurs). Cette phase de dépression est plus longue que la phase maniaque mais la durée et l'intensité sont très variables.

Le parallèle avec le capitalisme

L'économie connaît des phases de croissance stable avec peu de turbulences. Mais elle connaît aussi de grosses sautes d'humeur. Les phases de bulles correspondent trait pour trait aux accès maniaques de la PMD: hyperactivité (volumes), euphorie, excès de confiance (sentiment que le marché ne peut que monter) avec un crescendo et l'arrivée presque asymptotique au "climax" :

Bubble-psychology

Une fois le haut de la bulle atteint, le marché s'effondre sur lui-même, parfois en quelques heures (krach) et amène avec lui les autre symptômes: image dégradée du marché, peur, désengagement, crise de confiance. Cette phase est très aigüe puis la phase dépressive va durer parfois quelques mois, parfois quelques années avant de connaître un rebond.

Le dépressif se replie sur lui-même, se coupe du monde, entre dans une incapacité de communiquer car il possède une image de lui-même si dégradée que les intrusions du monde extérieur lui portent des coups trop rudes. N'est-ce pas l'image même des tentations protectionnistes qui ont tendance à déferler lors des phases dépressive de l'économie?

La sémantique des commentateurs financiers et boursiers nourrit ce parallèle. On parle de «marchés euphoriques» ou d'«économie déprimée». Mais il ne s'agit pas que des marchés financiers. Cela affecte aussi l'immobilier et les matières premières. On peut donc dire que le capitalisme, voir l'économie toute entière épouse la forme de la PMD.

Quoi faire, docteur ?

Il n'existe pas, ou peu, de traitement spécifique à la phase maniaque. Par ailleurs, les patients sont réticents à se faire traiter pour cette phase qui est une vraie drogue. De même, il ne semble pas y avoir de remède à la formation de bulles spéculatives. Malgré la récurrence et le nombre d'occurrences depuis la "Tulipe-mania" de 1647, le phénomène se reproduit encore et encore.

Bulles

Graphique réalisé par l'auteur ; nombre de crises monétaires et/ou financières pour une année donnée ; source Wikipedia

Il est par contre possible de traiter spécifiquement les phases dépressives. Plusieurs classes de médicaments existent, la plus utilisée étant celle des ISRS (Inhibiteurs Sélectifs de Recapture de la Sérotonine) comprenant le célèbre Prozac. Ce ne sont pas des remèdes miracles mais ils aident une proportion significative de patients à "remonter la pente". En ce qui concerne l'économie, des remèdes existent aussi: plans de relance (investissement ou consommation), création monétaire, facilitation du crédit. On a pu en voir la large palette ces deux dernières années.

Mais il faut aussi un traitement de fond. Pour la PMD, ce sont les thymorégulateurs (régulateurs d'humeur). Le traitement de référence fut longtemps le lithium mais d'autres sont maintenant plus utilisés (Depakine notamment). Ils comportent des effets secondaires importants et leur application est délicate. Le thymorégulateur de l'économie, c'est la régulation (les règles prudentielles). Elle n'est pas sans effet secondaire non plus, ce qui fait que les docteurs (G20 en tête ...) ont du mal à la prescrire. Mais sans ce type de traitement de longue haleine, on est réduit à traiter les symptômes de la dépression sans jamais tenter d'enrayer sa survenue...

Et à long terme ? La PMD est une maladie dont on ne se débarrasse jamais vraiment... Elle reste ancrée au fond du cerveau du malade. De même, cet état est consubstantiel au capitalisme. Ensuite, l'évolution de la maladie chez l'homme est assez imprévisible. On peut la mettre sous le boisseau par des traitements médicamenteux, mais paradoxalement, ce qu'on observe est soit une évolution naturelle vers moins de crises et de plus faibles intensités ou... l'exact inverse. Le capitalisme semble avoir choisi son camp...

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Message le Ven 16 Juil 2010 - 14:26 par country skinner

je fais des grosses bulles dans mon bain
[quote]
Faut arrêter d'urgence le cassoulet et la lecture des encycliques papales, mon canard...

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Message le Ven 16 Juil 2010 - 9:04 par Donald11

De mon cote, tout va bien, merci ... ni tres maniaque, ni tres depressif ...
Par contre, je fais des grosses bulles dans mon bain ! C'est grave docteur ?

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Message le Jeu 15 Juil 2010 - 23:13 par brusyl

vouais, amusant... on pourrait finalement comparer le capitalisme avec tout ce qui est cyclique : la vie, la nature, les civilisations...
Quant au gène maniaco-dépressif, cela m'amuse beaucoup car j'ai été contactée par je ne sais plus quelle organisation médicale pour faire des tests pour savoir si j'avais ce gène : car à partir d'un de mes oncles qui fut dépressif ( ou maniaco-dépressif, ce qui revient à peu près au même) et de sa lignée comptant un nombre anormalement important de dépressifs, la recherche a considéré que notre famille était intéressante à étudier génétiquement à ce niveau. J'ai refusé et si je suis porteuse du gène, il dort encore profondément caché quelque part car je n'ai jamais eu le genre de symptômes décrit par l'article .. (par contre j'ai deux soeurs qui elles sont touchées)

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