Conflits d'intérêts, le hit-parade des patrons

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26082010

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Conflits d'intérêts, le hit-parade des patrons







L’heure est à la confession, ami lecteur. Après plus de trois mois de silence et d’introspection, Sobiz a décidé de tout avouer. Fanatique invétéré d’une « certaine presse des années 30 » (Christian Estrosi dénonçant le site Mediapart), friand de « méthodes collaborationnistes » (Eric Raoult), voire « fascistes » (Xavier Bertrand), se reconnaissant totalement dans les « sites de ragots et de déclarations anonymes » dénoncées par la délectable Nadine Morano, Sobiz a choisi de plonger avec délices dans la délicieuse chasse aux conflits d’intérêts qui a enchanté l’été.



En déterrant des rapports annuels, déclarations AMF et autres documentations publiques de nerd financier, on en apprend de belles. Gros plan sur les champions incobntestés de ce sport très français.


1) Marc Ladreit de Lacharrière





« Un curieux aristocrate qui se serait arrêté en Orient au lieu de revenir des croisades», disait Alain Minc après quelques verres d’ouzo et un havane frelaté. Correction : Marco, c’est avant tout le champion toutes catégories du conflit d’intérêt. Un artiste, même. Résumons : à travers sa holding Fimalac, Ladreit est l’actionnaire principal d’une des trois agences de notation mondiales, Fitch Ratings, qui note les capacités des entreprises et des états à rembourser leurs crédits. A l’image des patrons des agences concurrentes, Moody’s et Standard & Poor’s, on pourrait raisonnablement imaginer que le gazier s’abstienne d’entrer aux conseils d’administration d’entreprises notées par Fitch. Que nenni, ami lecteur : l’ami Marco engrange les jetons de présence chez Renault (noté BB par Fitch), l’Oréal (note court terme F1+) et Casino (BBB-). Autrement dit, il participe aux décisions stratégiques de boîtes notées par sa filiale Fitch, et figure même à la tête du comité des nominations chez Renault, celui qui choisit le big boss.



Et comme Marco est décidément un type ouvert, il a également invité quelques potes au conseil d’administration de Fimalac, son propre groupe. Qui, bizarrement, sont presque tous des dirigeants d’entreprises notées : Thierry Moulonguet, jusqu’à très récemment directeur financier de Renault ; Jean-Charles Naouri, le patron de Casino ; Etienne Pflimlin, celui du Crédit Mutuel (note AA-) ; ou encore Thomas Piquemal, directeur financier d’EDF (note A+). Spelndide : des clients de Fitch au conseil d’administration de sa maison-mère. Un peu comme si Bernard Madoff ou Lloyd Blankfein (Goldman Sachs) figuraient au comité de nomination de leurs juges.





2) Michel Pébereau






Même ses plus ardents thuriféraires en conviennent : Michel Pébereau, président de BNP Paribas, cultive la suffisance comme d’autres la ciboulette en pot. Il est comme ça, Michou : génie autoproclamé de la banque française, chroniqueur émérite –et soporifique- de la littérature de science-fiction dans le JDD, pilote du plan d’aide aux banques aux côtés des fonctionnaires de Bercy, il a l’habitude qu’on lui bouffe dans la main et n’a aucune intention de la perdre (l’habitude, pas la main).



Le cumul des mandats ? Ca ne l’a jamais gêné. Le mélange des genres non plus : à 68 ans, Pébereau promène sa morgue dans les conseils d’administration de Saint-Gobain (client fidèle de BNP Paribas, notamment lors des OPA), Total (BNP était banque conseil au moment du rachat d’Elf), Lafarge (BNP s’occupe de la titrisation de créances commerciales du groupe), Axa (BNP est souvent conseil de la filiale Axa Private Equity). Chaque entreprise est un client, et gare au patron qui nommerait une autre banque conseil que BNP lors des OPA et autres opérations financières.



Mais le coup de maître de Michou, c’est d’avoir réussi à se faire nommer administrateur indépendant chez EADS en mars 2007. Indépendant, parfaitement. Qu’importe si Pébereau n’hésite pas à faire pression, au sein du board, pour qu’EADS place son cash en produits BNP plutôt qu’en bons du Trésor. Qu’importe si BNP Paribas est un des leaders mondiaux du financement aéronautique : en gros, ils prêtent de l’argent aux compagnies aériennes pour financer leurs achats d’avions à Airbus, filiale d’EADS. Le lecteur acariâtre répondra peut-être que s’il l’on suit le raisonnement, aucun banquier ne peut réellement être administrateur indépendant. Je réponds : parfaitement.



Dans ce même conseil d’EADS figure d'ailleurs l’inénarrable Lakshmi Mittal, proclamé « indépendant » lui aussi. Indépendance toute relative : un avion d’Airbus est composé de 10% d’acier, ce qui fait d’Arcelor Mittal un fournisseur d’EADS…





3) Yazid Sabeg






Prenez une usine de semi-conducteurs de 1300 salariés à Corbeil-Essonnes, Altis, lâchée par ses actionnaires IBM et Infineon. Faites entrer en scène quelques acquéreurs potentiels à l’odeur de soufre, comme l’agence russe d’exportation d’armement Rosoboronexport, la holding publique russe Sistema, ou encore Germain Djouhri, le fils d’Alexandre Djouhri, investisseur mystérieux et âme damnée du patron d’EDF Henri Proglio. Multipliez les tentatives de rachat, les échecs, les nouvelles tentatives. Nommez un membre du gouvernement, le commissaire à l’égalité des chances Yazid Sabeg, pour trouver un nouveau tour de table d’investisseurs. Laissez bouillir les syndicats à l’approche du dépôt de bilan.



Question : qui reste-t-il pour jouer les sauveurs d’Altis en pleine torpeur estivale ? Bingo : le bon vieux Yazid Sabeg, par ailleurs patron de la société informatique Communication et systèmes. Le discours est limpide : j’apporte 40 millions d’euros, la puissance publique, via Oseo (15 millions d’euros) et le FSI (20 millions) amène une bonne partie du reste. A première vue, ça ressemble à un plan de sauvetage. A bien y regarder, c’est un cas classique de conflit d’intérêt : un quasi-ministre se sert de son statut pour faire pression de tout son poids une aide des bras armés financier de l’Etat. Et récupérer à bon compte (40 millions) un outil industriel dont les seules immobilisations corporelles (bâtiments, machines) sont estimées à 150 millions…




Lumineux. D’autant qu’il est quasi-certain que les 40 millions apportés par Sabeg ne sont pas les siens. L’ami Sabeg, tout le microcosme le sait, n’a plus un rond, et on voit mal des banques lui prêter 40 millions avec le bilan de ses participations. D’où viennent donc les biftons ? Du côté des syndicats d’ALtis, on souffle le nom de Papy Dassault, sénateur de Corbeil, comme grand favori, mais d’aucuns évoquent aussi le nom d’Alexandre Djouhri, père du mystérieux Germain évoqué plus haut. La présence de Sabeg serait donc juste un prête-nom destiné à ouvrir les vannes des financements d’Etat.





Et aussi…





Eric de Sérigny






Des enquêtes du Canard Enchaîné et de France Inter ont mis en lumière les étranges méthodes de ce proche conseiller d’Eric Woerth. Via son poste de consultant au cabinet Athema, il a conseillé l’entreprise Molex lors du conflit social de l’usine de Villemur-sur-Tarn, rachetée par le fonds américain HIG Capital avec une sacrée casse sociale. En même temps, il était conseiller du ministre du Travail qui, contre l’avis de l’inspection du travail, a autorisé le licenciement de 28 représentants du personnel. Du travail de pro, même si Sérigny nie farouchement.





François Pérol et Stéphane Richard

Nommés respectivement patrons de BPCE ( Banques populaires + Crédit Mutuel, fusionnés sous pression de l’Etat) et de France Telecom alors qu’ils étaient secrétaire général adjoint de l’Elysée et directeur de cabinet de la ministre de l’Economie, ces deux-là jouissent désormais d’une relative tranquilité. Pérol a toujours l’épée de Damoclès d’une enquête pour prise illégale d’intérêts.

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Message le Jeu 26 Aoû 2010 - 13:38 par Mister Cyril

du goudron et des plumes...

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