Un monde à la dérive

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26082010

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Un monde à la dérive




De quoi cette rentrée est-elle faite ? D’une certitude qui n’est même plus relevée, comme s’il fallait en prendre son parti, puisque l’on ne peut rien y faire : la crise se poursuit sans autre perspective que de continuer à faire subir ses rebondissements et progressivement ses effets. Une pente qui n’a que commencé à être descendue.

Pour preuve, s’il en était besoin, il n’est même plus question d’en sortir dans les objectifs tracés par Nicolas Sarkozy, à l’occasion de ce qui est abusivement appelé sa présidence du G20, car ce serait désormais tracer des plans sur la comète. Mais d’ouvrir seulement deux dossiers, certes importants, dont l’horizon est pour l’un lointain (l’évolution du système monétaire international) et pour l’autre avec une issue positive peu vraisemblable (la régulation des prix des matières premières), vu le risque non négligeable qu’il soit traité comme l’a été celui des paradis fiscaux. Des annonces considérées dans les milieux financiers comme à utilisation politique intérieure mais sans portée internationale.

Les projecteurs continuent d’être braqués sur les Etats-Unis, dont les médias européens commencent à découvrir l’ampleur de la crise sociale qui y sévit. Les nouvelles négatives s’y succèdent, confirmant que la relance économique n’a été qu’un feu de paille. Non seulement le marché immobilier ne se relève pas – comment le pourrait-il ? – mais il donne de nouveaux signes d’affaissement. Tant dans son secteur résidentiel que commercial, dont la crise a été depuis longtemps annoncée et qui se précise. Les prix de l’immobilier neuf ou ancien continuent de chuter, entraînant les emprunteurs dans une spirale descendante, et derrière eux les banques et les organismes de crédit qui ne doivent leur salut qu’au soutien financier de l’Etat. Le nombre de nouvelles saisies ne diminue pas mais s’accroît, voilà la vérité des chiffres.

Des vérités élémentaires commencent timidement à être perçues : le débat sur le double dip et l’éventualité de l’entrée de l’économie américaine dans une nouvelle phase de récession est symbolique mais en réalité secondaire. Une croissance actuelle de l’ordre de 2%, dont il est prédit qu’elle va continuer à diminuer, n’est déjà pas en mesure de remonter une quelconque pente. En particulier celle du chômage et de la baisse des revenus, qui combinés avec la crise hypothécaire immobilière et les restrictions à l’accès au crédit revolving des cartes bancaires (les taux d’intérêt sur les cartes sont au plus haut et l’encours continue de chuter), continuent d’hypothéquer une reprise de la consommation. Reconnue contribution essentielle à la croissance (70%). Un cercle vicieux y fait obstacle : dans cette conjoncture, en attendant la reprise de l’emploi, les consommateurs se restreignent et en conséquence, les entreprises n’embauchent pas.

Si la consommation ne reprend pas, qu’est ce qui va pouvoir contribuer à la croissance, alors que l’administration Obama n’est pas en mesure de faire adopter – le voudrait-elle – un quelconque nouveau plan de relance public par le Congrès ? Et que les investisseurs privés – bénéficiant de taux obligataires favorables – se concentrent sur le renouvellement des équipements (et non l’acquisition de nouveaux), ainsi que la reprise des opérations de fusion-acquisition, recherchant dans la taille accrue des entreprises et les compressions de personnel des gains de productivité qu’ils n’entendent pas partager ? Incapables eux aussi de comprendre que l’environnement a profondément changé.

Deuxième découverte dérangeante, les atermoiements de la Fed ne sont pas uniquement la conséquence de désaccords internes marqués avec comme conséquence la préconisation de solutions diamétralement opposées. Cette quasi paralysie résulte de son impuissance, car il n’y a pas à cette crise de remèdes monétaires efficaces, comme ils l’auraient été en temps normal. Si le crédit n’est plus en mesure d’épauler la croissance, la titrisation qui l’alimentait ne remplissant plus son rôle, le moteur principal de la croissance ne peut pas redémarrer. La Fed peut inonder le système financier avec toutes les liquidités qu’elle veut, mais s’il y a à la fois refus de prêter et incapacité à emprunter, cela n’a pas d’impact. C’est saisissant sur le marché immobilier, où les taux n’ont jamais été aussi bas depuis quarante ans et le niveau des ventes aussi faible depuis quinze ans.

La première puissance économique mondiale est encalminée, entraînant tout le monde avec elle. L’une des conséquences de cette situation durable – et non la moindre – est d’accentuer la crise au Japon, déjà aux prises avec ses propres difficultés en raison d’une déflation incrustée. Une ruée vers le yen, qualifiée même par certains de panique, a pour conséquence son irrésistible hausse vis à vis des autres monnaies, pénalisant l’unique moteur de la croissance, les exportations japonaises. La monnaie japonaise est à son plus haut niveau depuis neuf ans vis à vis de l’euro et quinze ans par rapport au dollar.

Le gouvernement japonais continue de maintenir sous perfusion son économie, avec l’aide massive de la Bank of Japan qui étudie de nouvelles mesures, incapable de réduire les émissions à jet continu de ce qui est déjà la plus grande dette publique mondiale (exprimée en pourcentage du PIB). Pris entre les nécessités contradictoires d’une relance interne et d’un accroissement du taux de la TVA, toujours envisagé mais jamais décidé. Mais à l’intérieur du pays, les disparités sociales s’accroissent, sans espoir de rebond économique et d’amélioration. Le ciment de la société japonaise est progressivement en train de se désagréger. Non sans annoncer ce qui se prépare dans l’ensemble du monde occidental, déjà entamé aux Etats-Unis. Et qui devrait activement inciter à la réflexion.

De la même manière que les obligations souveraines des grands pays rejouent internationalement leur rôle de refuge, en dépit de la crise qu’ils connaissent, le yen remplit cette même fonction sur le marché des devises, déstabilisant une économie japonaise qui ne repose que sur un seul pied.

La crise européenne ne devrait pas tarder de son côté à montrer à nouveau le bout de son nez, avec comme moteur imprévu les résultats à l’exportation de l’économie allemande vers les pays émergents. Tout indique que l’Europe est désormais à deux vitesses. Tandis que la note de l’Irlande vient d’être abaissée par S&P, en raison des énormes refinancements auxquels le pays va devoir procéder sur le marché et des incertitudes que cela crée (30 milliards d’euros en septembre), la Grèce s’enfonce dans une crise économique et sociale profonde qui n’aura d’autre issue possible qu’une restructuration de sa dette publique, seulement donc différée. Une PME sur cinq, soit 175.000, devrait fermer ; 300.000 emplois devraient disparaître d’ici fin 2011. La TVA est passée de 19 à 24% pour de nombreux produits ces derniers mois et il est question d’étendre encore cette mesure.

Serrant tous les boulons, le gouvernement espagnol restreint pour sa part les allocations chômage, tout en tentant d’éviter dans l’urgence l’asphyxie du BTP en rétablissant partiellement des budgets annulés, car elle aurait de nouvelles conséquences désastreuses pour l’emploi et le secteur bancaire. Avec une perspective de croissance de 0,2% du PIB, l’Espagne reste au bord de la profonde récession d’où elle est à peine sortie, au risque d’y replonger. Ce gros morceau là, l’Europe aura du mal à l’avaler.

La baisse des taux obligataires allemands – dont les taux français bénéficient – fait les gros titres, mais les taux de quasiment tous les autres pays de la zone euro restent à un niveau à terme insoutenable. Ce spread (cet écart) n’est pas destiné à se réduire et illustre les limites atteintes par les actions gouvernementales et de la BCE, permettant par avance de douter de la politique de réduction prioritaire des déficits que les Allemands ont réussi à imposer. Car ces taux accentuent irrésistiblement le poids de la dette publique, imposant afin d’obtenir la réduction des déficits des choix sociaux et politiques toujours plus difficiles à tenir. Inscrivant la zone euro dans une logique de dépression masquée à cause des résultats allemands. Aboutissant dans les pays les plus fragiles à de vraisemblables restructurations de la dette, qui atteindront en retour un secteur bancaire toujours très fragile.

L’instabilité prédomine, toute stratégie permettant de s’y opposer demeurant introuvable. Sur tous les continents, l’économie des pays développés reste à la dérive. Des marionnettes s’agitent, cachant de plus en plus mal leur impuissance à influer sur le cours des événement. Ainsi que leur incapacité à réformer le capitalisme financier, un programme annoncé en claironnant et oublié.

Les temps sont durs, mais il ne vont pas l’être de la même manière pour tout le monde.
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Mister Cyril

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Message le Ven 27 Aoû 2010 - 12:52 par country skinner

Le poussin a écrit:Qui c'est ce Leclerc?
Surement pas Edouard, ni Michel... Allons poussinet, on lit tous régulièrement Paul Jorion, et on sait bien que ce genre de gags est juste bon pour les blogs... (one point)

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Message le Ven 27 Aoû 2010 - 11:34 par Mister Cyril

Qui c'est ce Leclerc? Le marchand de casseroles, non, non cette synthèse est de MOUA pourquoi?
Hélas, je partage plutôt le pessimisme de Country car même à des pèriodes où les classes pops étaient politiquement plus conscientisés (avec beaucoup moins d'outils de comm en passant), les démagos n'ont pas eu trop de mal a prendre le pouvoir ou a déclencher quelques bonnes guéguerres!
Mais c'est ainsi ce système ne semble plus viable et de gré ou de force il va falloir penser à autre chose qu'à consommer et se "reprendre un peu la tête"!!!
Bon week moi je va voir du rock'n roll, du vrai, AAAAAAAAAAAAAAAA!!!

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Message le Ven 27 Aoû 2010 - 10:56 par country skinner

Une excellente synthèse par Leclerc de la réalité que la plupart des élites dirigeantes à tous niveaux n'osent pas encore affronter (je rencontre quotidiennement des décideurs économiques qui sont encore persuadés qu'une relance par l'offre va réussir... par magie). Le syndrome du Titanic se précise de jour en jour...
Brusyl a écrit:plus rien dans leur assiette, les gens vont peut-être commencer à se bouger un peu ?
A moins que, par manque d'éducation économique et de conscience politique, ils ne se jettent dans les bras d'un populistes aux théories simplistes ?
A tout problème complexe il existe une solution simple, évidente, et... fausse...

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Message le Jeu 26 Aoû 2010 - 23:52 par brusyl

tu rigoles ? tout ce que j'attends de pied ferme est dans ce message de Leclerc publié sur le blog de Paul Jorion...

plus de croissance, on va donc pouvoir parler un peu d'autre chose ! plus rien dans leur assiette, les gens vont peut-être commencer à se bouger un peu ?

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Message le Jeu 26 Aoû 2010 - 17:35 par Mister Cyril

Repentez-vous, le Jugement Dernier est proche hé hé hé

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