Fusion ARCEP-CSA-Hadopi : Le futur ministère des Guerres coloniales de l’interne

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02112010

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Fusion ARCEP-CSA-Hadopi : Le futur ministère des Guerres coloniales de l’interne





Ecrit le 02 novembre 2010
par Fabrice Epelboin

Extension du domaine du CSA sur les contenus internet, avec son lot de contraintes qui faisaient sens sur la télévision de papa mais qui n’en ont aucun sur internet, rapprochement entre des autorités administratives en charge des contenus et une autre en charge des tuyaux, c’est bien une guerre totale en vue de civiliser l’internet qui est en préparation, avec l’aval des principaux partis politiques.

Cette fusion, qui pourrait intervenir fin 2011, à la veille du début de la campagne des présidentielles, selon PCinpact, est soutenu aussi bien par des députés UMP (Christian Vanneste) que PS (René Dosière).

Régler le problème Hadopi

Il est désormais évident que le gouvernement a un gros problème avec Hadopi. Symbole de tous les mécontentements des internautes, la Haute Autorité n’arrive pas à redresser son image et réalise, petit à petit, que la mission de communication destinée à en faire quelque chose d’acceptable est impossible. Le plus simple est peut être de noyer le poisson, et de faire disparaitre une marque trop entachée et impossible à redresser.

Cette fusion aurait l’avantage de régler à la veille des présidentielles un problème qui apparait de plus en plus critique pour l’Elysée, celui d’un symbole, Hadopi, qui uni la quasi totalité des internautes contre le gouvernement, et qui pourrait bien dégénérer en terme de communication, tant il est désormais évident qu’internet jouera bien un rôle essentiel lors de la prochaine présidentielle.

En intégrant dans une seule entité administrative les capacités à filtrer les contenus, à surveiller (ou laisser faire) les dérives des fournisseurs d’accès, et à imposer des contraintes de nature à élever des barrière à l’entrée pour ce qui est des contenus vidéo, l’Etat se doterait ainsi d’une puissante armée destinée à la mission civilisatrice 2.0 Française dans cette contrée peuplée de barbares qu’est internet.

La hargne mis dans cette vision d’un Etat qui civiliserait internet, que même le Vatican rejette avec force, fait écho aux discours colonialistes du XIXe siècle, où noirs, jaunes et peaux-rouges remplaçaient, à l’époque, les internautes (à vrai dire, en dehors de la Chine, de l’Iran et de la Tunisie, tout le monde rejette cette vision exposée par Nicolas Sarkozy).

Civiliser les barbares de la liberté d’expression

Depuis l’avènement du web 2.0, internet pose un problème considérable à toutes les dictatures de la planète ainsi qu’à un petit nombre de démocraties qui estiment que l’homme a suffisamment de libertés comme cela et que point trop n’en faut.

La métaphore du vilain pirate n’ayant pas pris (il faut dire que Johnny Depp a rendu la sémantique difficile à gérer), l’internaute sera donc dans le discours officiel, au choix, un bicot barbare, un nègre cannibale ou un niakoué pédophile (tout cela n’étant que des sous-espèces du célèbre pédonazi, bien sûr). Bref, un sous-homme exogène que la France, dans sa grande bonté, se chargera de civiliser.

Il n’est pas interdit d’espérer un sursaut, mais pour l’instant, pas plus que la colonisation n’a été, en son temps, remise en question par le Front Populaire, cette arme de colonisation 2.0 n’a pas été dénoncée par la gauche française, pire encore, le projet de fusion ARCEP-CSA-Hadopi est soutenu par un député Socialiste, preuve supplémentaire que le conflit cristallisé autour d’internet n’a strictement rien à voir avec une affrontement droite-gauche. Une fois de plus, partisans et opposants se retrouvent dans tous les camps.
Une administration au service d’une stratégie industrielle

Cette fusion est également un camouflet à ceux qui mettent les déboires français de l’internet sur le dos du libéralisme qui, rappelons-le, consiste à laisser faire le marché sans (trop d’) intervention de l’Etat.

Là, c’est tout le contraire auquel on assiste. Alors que se joue des batailles industrielles de toutes part qui remettent en question la domination actuelle des opérateurs internet sur les contenus, l’Etat vole au secours des deux quitte à brider la démocratie et étouffer la liberté d’expression.

Car c’est bien la vision d’un internet dominé – pardon, civilisé – par l’alliance industrielle des tuyaux et des contenus que cette nouvelle super administration est censé défendre. Cette même alliance industrielle décriée par beaucoup comme une menace envers la démocratie (et accessoirement la neutralité du net).

Cette super administration aura à coup sûr deux missions, celle de civiliser internet, bien sûr, et celle de faire en sorte que ce même internet ne perturbe pas trop les présidentielle de 2012, accessoirement. Beaucoup auraient tendance à dire que face à cette escalade, la riposte du camp d’en face risque d’être à la hauteur de la violence des discours officiels.
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brusyl
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