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29112010

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Irlande : un plan de sauvetage pour contrer la défiance des marchés.

L'Union européenne n'en finit plus de mettre sa cohésion et sa capacité d'imagination à l'épreuve. La crainte d'un effet domino de la crise irlandaise sur le reste de l'Europe, déjà fortement malmenée économiquement, a pour la seconde fois contraint les autorités européenne à adopter un plan de sauvetage. Après la Grèce, qu'il avait fallu sauver in extremis de la faillite, c'est au tour de l'Irlande, l'ancien "tigre celtique" dont la réussite suscitait l'admiration au début des années 2000, de payer le prix d'années de croissance irraisonnée.


La crise irlandaise a deux causes : l'éclatement d'une bulle immobilière qui n'a cessé d'enfler lors des années de croissance, portée par des implantations massives d'entreprises étrangères venues bénéficier d'un taux d'imposition particulièrement avantageux, ainsi que la dérive d'un secteur bancaire surdimensionné par rapport à la taille de l'économie réelle d'un pays huit fois plus petit que la France, et qui compte moins de cinq millions d'habitants.

Dans ses perspectives économiques de novembre (PDF), l'OCDE livre un bilan inquiétant : le document souligne la forte baisse de la demande intérieure (- 5 % sur un an), le recul des exportations et surtout l'explosion du chômage (13,6 % en 2010, contre 6 % en 2008). Toutefois, les indicateurs livrés par l'OCDE tendent à se redresser légèrement pour 2011 et 2012. Le gouvernement irlandais table en effet sur une croissance réelle de 1,75 % en 2011, des perspectives meilleures que celles envisagées pour l'Espagne ou le Portugal. Si cette faillite économique met à mal un modèle que l'on pensait solide et novateur, les conséquences d'un défaut de l'Irlande seraient cependant moins dramatiques qu'un défaut de l'Espagne, élément bien plus important de l'économie européenne.

"UN TRÈS BON 'DEAL'"

Le sauvetage de l'Irlande a donc un autre but, celui de ramener la confiance sur les marchés, qui surréagissent à toute mauvaise nouvelle en provenance des économies périphériques de la zone euro. Face à cette crise de confiance, les pays qui, faute de pouvoir utiliser le levier monétaire de façon individuelle du fait de leur appartenance à la zone euro et qui n'ont alors d'autre choix que d'emprunter pour financer leur économie, sont obligés d'accepter des taux qui atteignent des sommets.

C'est particulièrement le cas de l'Irlande, qui doit composer sur les marchés internationaux avec un taux de 9 % (2,73 % pour le Bund allemand, référence en la matière), soit bien plus que ce que la Grèce devait payer dans ses moments les plus sombres. Face à des prêts devenus inabordables, non seulement pour le secteur public, mais aussi pour le privé, le plan de sauvetage permet donc, dans une certaine mesure, de répondre aux besoins de financement à un coût légèrement inférieur à ceux du marché : les taux d'intérêt des différentes tranches de prêts qui forment la base du plan tournent autour de 6 %. "Un très bon 'deal'", a fait valoir le responsable du FMI pour l'Irlande, lundi matin.

De fait, le plan sera considéré comme un succès si le "spread", c'est-à-dire l'écart entre les taux obligataires sur l'Irlande et sur les autres pays de la zone euro, se réduit dans les prochaines semaines. Pour autant, le pays n'est pas encore tiré d'affaire.

Pour Stéphane Deo, économiste chez UBS, la faiblesse de l'Irlande réside en grande partie dans sa dépendance à l'extérieur : "85 % de la dette de l'Etat est détenue à l'étranger, souligne-t-il, 80 % en ce qui concerne la dette privée". "S'il y a défiance généralisée vis-à-vis d'un pays, explique-t-il, c'est habituellement la banque centrale qui fournit un financement illimité jusqu'à ce que la confiance revienne sur les marchés." Or dans le cas d'une zone monétaire unique, les risques liés à l'aléa moral prévalent et empêchent la BCE d'être aussi généreuse.

Et l'Irlande n'a rien pour rassurer ses partenaires. Selon M. Deo, cette défiance est alimentée d'une part par l'annonce de pertes importantes au sein de la banque AIB (au sein du plan, pas moins de 35 milliards d'euros sont directement destinés au sauvetage du système bancaire), d'autre part par la courte majorité de la coalition au pouvoir (Fianna Fail-Verts) qui fait craindre la non adoption du budget 2011, le 7 décembre. Enfin, les annonces venues d'Allemagne sur une éventuelle mise à contribution du secteur privé dans les plans de sauvetage ont fini de faire paniquer les marchés.

UN COÛT SOCIAL DRAMATIQUE

Deux conditions ont été posées pour l'octroi des 85 milliards d'euros du plan : d'une part, que le pays procède à un redressement rapide de ses finances publiques, d'autre part qu'il mette de l'ordre dans un système bancaire trop peu régulé. Selon les économistes, le plan manque de détails sur ce dernier point. Quant au coût social entraîné par la politique d'austérité irlandaise, il s'annonce extrêmement lourd. Le pays s'est en effet engagé depuis trois ans dans de vastes coupes budgétaires, qui ont notamment vu fondre les salaires des fonctionnaires de plus de 10 %.

Du côté de l'immobilier, la situation est de plus en plus comparable à celle des Etats-Unis : depuis l'éclatement de la bulle, un nombre croissant de propriétaires se retrouvent avec un bien qui vaut désormais moins que l'emprunt contracté pour l'acheter. Dernière d'une longue série de mauvaises nouvelles pour les Irlandais, le pays s'est engagé quelques jours avant l'annonce du plan à raboter 15 milliards d'euros supplémentaires au cours des quatre prochaines années, avec pour objectif de faire repasser le déficit budgétaire en dessous des 3 % du PIB d'ici à 2015.

Pour préserver un semblant de souveraineté et retrouver sa crédibilité, l'Irlande a également annoncé qu'elle contribuerait au plan de sauvetage à hauteur de 17,5 milliards d'euros. Elle devrait pour ce faire piocher dans les réserves de son fonds de pension pour les retraites, une mesure extrêmement décriée par l'opposition.

EMPÊCHER LA CHUTE DE L'ESPAGNE

Reste à savoir si ce train d'annonces sera suffisant pour enrayer la suspicion qui empoisonne la vie des ministres de l'économie de toute la zone euro. La plupart des commentateurs se demandent en effet jusqu'à quand des pays dont la santé financière n'est pas tellement plus solide accepteront de porter secours aux "maillons faibles" et les défendre contre des marchés qui, comme le fait remarquer un éditorialiste du Financial Times, ont décidé de "s'attaquer à un pays différent chaque jour de la semaine". "Après le Portugal, il se peut bien que le tour de la Belgique et de l'Italie arrive", s'emporte-t-il.

Le Portugal sera-t-il effectivement le prochain pays sur la liste des bénéficiaires d'un sauvetage organisé par l'UE ? Selon les économistes, forcer la main au Portugal pourrait empêcher une chute de l'Espagne, dont la taille économique est relativement critique pour la zone. Or, le Financial Times croit savoir de source diplomatique que l'UE a certes assez d'argent pour financer un sauvetage du Portugal, mais probablement pas de l'Espagne.

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Mister Cyril

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Message le Mer 1 Déc 2010 - 12:55 par Donald11

C'est ce qui a été déjà formulé dans un autre thème ici dont le titre était (est) l'effet domino ...
Il doit pas être très loin d'ici ...
Par contre, que les marchés attaquent la France est impensable ! Nous avons notre grand timonnier, notre zorro, notre pourfendeur des inégalités et du chômage, notre robin hood de la sécu et de la retraite !!! Vous pouvez dormir tranquille, braves gens ...

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Message le Mar 30 Nov 2010 - 6:18 par country skinner

L'ordre "logique" de défaillance attendue des risques souverains (poids de la dette sur PIB, déficit, pourcentage de détention de la dette par les étrangers) est purement spéculatif. Le but des investisseurs (marchés) reste de faire payer des taux élevés avec la garantie de remboursement des autres états européens, la chute de chacun entrainant la fragilisation des autres, et tous logiquement devraient avoir leur tour (et en théorie même l'Allemagne). Le tour de la France est donc certain, son déclenchement ne dépend que d'un effet moutonnier.

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Message le Lun 29 Nov 2010 - 21:48 par brusyl

J'entendais ce matin à la radio que cela pourrait passer de l'Irlande à la France sans passer par la case Espagne...
Qui peut m'expliquer cela ?

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