Le capitalisme à l'agonie de P.Jorion

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11122010

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Le capitalisme à l'agonie de P.Jorion




Argumentaire du livre à paraître

À la chute du mur de Berlin en 1989, le capitalisme triomphait : privé d’ennemis, il cessait d’être un système économique parmi d’autres pour devenir la manière unique dont un système économique pouvait exister. En 2007, dix-huit ans seulement plus tard, autrement dit pratiquement au même moment à l’échelle de l’histoire humaine, il devait être aspiré lui aussi dans le maelström d’une destruction prochaine. Le capitalisme est aujourd’hui à l’agonie. Qu’a-t-il bien pu se passer ?

A posteriori, les dix-huit ans qui séparent la chute du capitalisme de marché à l’occidentale de celle du capitalisme d’État de type soviétique, apparaîtront anecdotiques, et les explications produites durant ces dix-huit années pour expliquer la supériorité intrinsèque du système qui a survécu de peu à son rival, anecdotiques elles aussi. L’Histoire retiendra l’ironie de cette conjonction. Une hypothèse rarement émise s’impose du coup : capitalisme et communisme furent-ils terrassés par le même mal ? La cause alors serait la complexité : l’organisation des sociétés humaines atteindrait un seuil dans la complexité au-delà duquel l’instabilité prendrait le dessus et la fragilité étant devenue excessive, le système courrait à sa perte.

Une autre explication éventuelle est que le capitalisme avait besoin de l’existence d’un ennemi pour se soutenir. L’existence d’une alternative vers laquelle les citoyens des démocraties pourraient se tourner par leur vote aurait maintenu le capitalisme dans les limites d’une certaine décence de la part de ceux qui bénéficient essentiellement de son fonctionnement. En l’absence de cette alternative, ses bénéficiaires n’auraient pas hésité à pousser encore plus leur avantage, déséquilibrant le système tout entier, et le menant tout droit à sa perte.

Autre explication possible encore : du fait du versement d’intérêts par ceux qui sont obligés de se tourner vers le capital, c’est-à-dire d’emprunter, pour réaliser leurs objectifs en termes de production ou de consommation, le capitalisme engendrerait inéluctablement une concentration de la richesse telle que le système ne pourrait manquer de se gripper tout entier un jour ou l’autre.

Entre ces hypothèses, il n’est pas nécessaire de choisir : les trois sont vraies, chacune à sa façon, et ont conjugué leurs effets dans la première décennie du XXIe siècle. Et c’est cette rencontre de facteurs mortifères qui explique pourquoi nous ne traversons pas en ce moment l’une de ces crises du capitalisme qui lui sont habituelles depuis deux siècles mais sa crise majeure, celle de son essoufflement final, et pour tout dire, celle de sa chute.

Nous examinerons les différents moments d’une époque qui voit une immense machine, ralentir d’abord, avant de s’arrêter.

Cette particularité nouvelle de l’absence d’un concurrent sérieux au capitalisme nous interdit de nous représenter avec clarté ce qui viendra à sa suite. Pour nous aider, il faut réfléchir à ce que nous entendons par ce bonheur que nous nous souhaitons à nous-mêmes, à nos enfants et aux enfants de nos enfants ; nous examinerons aussi la contradiction qui existe entre deux soucis dont ni l’un ni l’autre ne nous semble pouvoir être sacrifié : l’éthique, la vie morale, et la propriété privée, le droit de posséder, sans que cette possession ne puisse être légitimement remise en cause ; nous analyserons ce que signifie un monde où le travail devient rare mais où nous avons encore besoin pour vivre des revenus qu’il procure.

Certains phares de la pensée humaine avaient deviné que notre espèce se trouverait un jour confrontée à des questions sinon insolubles, exigeant du moins qu’elle amorce un tournant du même ordre de grandeur que celui qui nous fit passer du paléolithique au néolithique, ou des sociétés agraires aux sociétés industrielles. Nous tenterons de tirer profit de la réflexion de Robespierre, Saint-Just, Hegel, Marx, Lévy-Bruhl, Freud et Keynes, en particulier.

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Mister Cyril

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Le capitalisme à l'agonie de P.Jorion :: Commentaires

Message le Lun 13 Déc 2010 - 15:29 par Invité

Sciences cognitives pour Jorion (en plus, s'il y a bien un genre d'études où on touche à un champs incroyablement diversifié de connaissances, c'est bien celui là).

C'est TRES important cette remarque que tu fais Sylvie concernant le fait que les meilleurs sont les "croiseurs de disciplines", on est là à un des principaux noeud des problèmes qui nous occupent à mon avis, démocratie, éducation, politique de ''civilisation".

Je le lirai ce bouquin, merci Cyril.

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Message le Lun 13 Déc 2010 - 15:20 par Mister Cyril

Oui et financier aux states aussi je crois le Jorion...
"j'ai créé un "coin bouquin" je ne sais plus où. Mais j'étais seule à y mettre des présentations de livres... que visiblement tu n'as pas lus !"
mais je sais pas lire m'dam, quelle parano!
bizz ma belle!

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Message le Lun 13 Déc 2010 - 14:07 par brusyl

alléchante présentation... ce que j'aime chez Jorion est sa formation (de sociologue si mes souvenirs sont bons) générale antérieure à celle d'économiste, qui élargit sa vision et la situe dans un champs véritablement anthropologique. On retrouve cette même largeur de vue chez Lordon et Généreux, qui ont d'ailleurs en commun avec lui d'avoir fait des études en sciences humaines avant de se mettre à l'économie.

Parmi les trois facteurs évoqués pour la chute du capitalisme, il en oublie une que l'on peut rapprocher de la complexité : c'est le gigantisme .
Big is not beautiful et biologiquement, anthropologiquement, sociologiquement, historiquement, les exemples sont légion de disparitions d'espèces, de civilisations liées à leur énormité.

A noter que la disparition de l'économie communiste en rendant planétaire la domination du capitalisme a encore accentué ce gigantisme et est donc en partie liée aussi.

Quant à "l'existence de l'ennemi", cela me semble assez évident. Toute pensée, toute dynamique, tout système ne se maintient que par l'opposition et la contradiction. Cela me fait penser à la démontration d'Emmanuel Todd, dans son dernier bouquin qui montrait que la disparition de l'influence de l'église catholique et plus largement du sentiment religieux dans nos pays a pour corrolaire l'affaiblissement des doctrines collectivistes, y compris de l'idéologie communiste qui si elle partage la vison collective du religieux, avait besoin de celle-ci pour exister ou se définir en opposition
Faute d'une alternative, le capitalisme n'est plus un choix, nul autre exemple ne vient plus le justifier de l'extérieur, il doit trouver en lui-même sa légitimation.. Pour le moment il n'en trouve aucune autre que celle du "il n'y a pas d'autre choix possible" : le capitalisme ou le chaos, ou encore, le capitalisme est immortel, il renaît de ses cendre, il s'adapte à tout...
C'est très faiblard comme base idéologique...


PS : si mister, j'ai créé un "coin bouquin" je ne sais plus où. Mais j'étais seule à y mettre des présentations de livres... que visiblement tu n'as pas lus !

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Message le Sam 11 Déc 2010 - 21:36 par Mister Cyril

C'est bizarre avec tous les intellos du site qu'on ait jamais créé un coin bouquin??? Je sais c'est con mais ce soir ça me saute à la gueule...bon là en plus il s'agit d'un livre que j'ai même pas lu vu qu'il est même pas paru...

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