Le choix entre résistance citoyenne et idéologie du « social business »

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17062011

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Le choix entre résistance citoyenne et idéologie du « social business »






Depuis plusieurs décennies, les acteurs de l’économie sociale et solidaire apportent la preuve qu’il est possible de conjuguer économie, solidarités et biens communs. En implantant la démocratie au cœur de l’économie, ils s’opposent à la logique exclusive et excluante de l’optimisation du rendement financier à court terme qui régit l’économie dominante, et ils résistent à l’emprise croissante de l’économie souterraine, criminelle et mafieuse. Dans une économie de plus en plus financiarisée, malgré le grand coup de semonce de l’éclatement de la bulle spéculative lié à la crise des subprimes en 2008, face au modèle de développement productiviste qui montre tous les jours ses limites et survit grâce à l’endettement des ménages, des États et des PME, face à la gravité de la crise écologique, les valeurs et principes défendus par l’économie sociale et solidaire peuvent rencontrer un large écho dans la société.

– Auprès de salariés dont la direction exige un niveau de productivité au détriment de leur santé ou qui sont licenciés bien que leurs entreprises dégagent des bénéfices.

– Auprès de gérants de TPE et PME qui, faute d’accès au capital, n’ont accès qu’à des prêts à court terme pour financer le développement de leurs entreprises et deviennent les esclaves de leur outil de travail.

– Auprès d’agriculteurs qui ne parviennent plus à vivre décemment de leur travail, peinent à trouver des terres à cultiver, et travaillent leur vie durant au profit des banques et de l’industrie agroalimentaire.

– Auprès de free lance, d’auto-entrepreneurs et de travailleurs autonomes, qui paient le prix fort de leur indépendance par la précarité de leurs activités, la dilution de leur protection sociale et leur vulnérabilité face aux donneurs d’ordre.

– Auprès de commerçants dont l’activité sert davantage à financer les propriétaires des locaux et les banques qu’à rétribuer leur travail.

– Auprès d’artisans qui n’ont plus les moyens de transmettre leur métier.

– Auprès de jeunes dont l’entrée dans le monde du travail est de plus en plus dure et dont un nombre croissant aspire à s’investir professionnellement dans des activités locales durables.

– Auprès de fonctionnaires, soumis à la pression du chiffre et à l’estimation uniquement comptable de leur travail, qui ne peuvent plus assurer leurs missions de service public. Ces fonctionnaires vivent mal l’instrumentalisation de l’économie solidaire liée au désengagement de l’État, notamment par la mise en place de délégations de service public à des prestataires privés qui, pour rentabiliser leurs prestations, précarisent durablement l’emploi.

Il est temps que l’ESS entre en dialogue avec tous ces travailleurs et plus globalement avec l’ensemble de la société qui ne se réduit pas à un marché. On ne peut donc que partager l’appel à changer d’échelle lancé dans le cadre de l’initiative des États généraux de l’ESS.

Changer d’échelle, oui. Mais comment et pour quelle finalité ? S’agit-il d’étendre, de renforcer l’ESS par la concentration de l'existant et l’élimination de certains acteurs, ou s'agit-il d'essaimer et de déployer tous les acteurs qui maillent le territoire, afin de mieux répondre à la diversité des attentes sociales ?

Privilégier une option plutôt qu'une autre n'est pas neutre. Comment changer de taille tout en préservant ses valeurs notamment dans des relations équitables avec l'ensemble des parties prenantes ?

Notre aspiration légitime à vouloir peser sur les débats économiques, sociaux et écologiques de notre pays nous oblige à clarifier la nature du projet de société qui nous rassemble dans la diversité des pratiques et des acteurs se réclamant de l'économie sociale et solidaire.

Le débat sur les voies et les moyens du changement d'échelle est donc crucial. S'y joue pour une large part un ralliement-reniement à l’idéologie du « social business » ou bien l’affirmation renouvelée des valeurs fondatrices de résistance, d’initiatives et d’innovations citoyennes qui sont la marque de fabrique de l’économie sociale et solidaire, et qui lui donnent tout son sens, sa pertinence, son attractivité et son efficacité.

Changer d’échelle pour l’économie sociale et solidaire, c’est d’abord et avant tout par le local et la proximité que ça se joue ; parce que c’est concrètement, pratiquement, au niveau des territoires, de tous les territoires, qu’on peut développer massivement des activités économiques réellement sociales et solidaires. C’est également renforcer les coopérations qu’elles soient territoriales ou à une échelle plus large.

C’est répondre aux attentes, notamment des jeunes. C’est élargir notre base sociale en remettant en cause des dispositifs qui réduisent l’usager à un public cible, qui individualisent les parcours sans les solidariser. C’est valoriser toutes les initiatives concrètes qui contribuent à mieux former, mobiliser et émanciper les acteurs individuels et collectifs dans tous les secteurs d’activités. C’est ne rien lâcher sur l’organisation plus juste et plus solidaire du travail, du partage de la valeur ajoutée, du sens que l’on donne à l’activité économique.

C’est affirmer avec conviction la force que représente cette économie, créatrice d’activité et d’emploi : 8% de l’activité économique, 9,9% de l’emploi français, 2,3millions de salariés, plus de 100 000 emplois créés chaque année.

C’est souligner la pertinence des sociétés de personnes et des plus-values qui s’en dégagent en termes d’efficacité économique, d’utilité sociale, d’organisation collective et démocratique du travail, de développement durable, d’ancrage territorial, d’innovations sociales, au profit des personnes et non des capitaux. C’est rappeler que ces manières d’entreprendre reposent sur des statuts qui représentent de véritables avancées sociales.

Les états généraux seront un exercice démocratique fondateur s’ils concourent à lancer le débat en l’ouvrant largement à l’intérieur comme à l’extérieur de l’ESS avec tous les acteurs et tous les citoyens qui veulent démocratiser l’économie.

signature collective (1).

(1) Michel Onfray, philosophe, Jean-Louis Laville, auteur de Agir à gauche. L’Économie sociale et solidaire, Bernard Gomel, chargé de recherche au CNRS, Daniel Le Scornet, fondateur du Ceges, ancien président de la Fédération des mutuelles de France, Jérôme Blanc, maître de conférences Université Lumière Lyon-II.

http://www.humanite.fr/13_06_2011-le-choix-entre-r%C3%A9sistance-citoyenne-et-id%C3%A9ologie-du-%C2%AB%C2%A0social-business%C2%A0%C2%BB-474151
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brusyl
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Le choix entre résistance citoyenne et idéologie du « social business » :: Commentaires

Message le Ven 17 Juin 2011 - 22:42 par Invité

brusyl a écrit:

Pour toutes ces raisons, je ne suis pas convaincue du tout que les expériences de l'ESS suffiront à elles seules à susciter un programme cohérent et suffisamment mobilisateur

Bien sûr que non. Ce n'est qu'un élément du puzzle. Mais quand on en tient un, on ne boude pas son plaisir. A chacun de nous d'en amener d'autres.

Bises
Franz

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Message le Ven 17 Juin 2011 - 21:26 par brusyl

Puisque tu t'intéresses de près au programme du CNR, tu sais mieux que moi que ce programme est pas sorti ex nihilo ou simplement d'un copinage noué entre résistants socialistes, gaullistes, démocrates-chrétiens, communistes durant la guerre. Il a un passé, c'est l'avant guerre et la montée du fascisme, il est l'héritier du programme de la SFIO tel que le Front Populaire n'a pas eu le temps de l'appliquer, c'est le passé politique et syndicaliste de tous ses signataires.

Il fallut donc la conjonction de plusieurs événements : une pratique politique et syndicale antérieure de ses négociateurs(ce que n'ont pas les représentants de l'ESS), une idéologie (ou du moins des idées politiques fortes) et enfin, une situation de choc extrême qui a permis le ralliement de toutes ces forces politiques opposées à ce programme, un traumatisme collectif profond qui a créé ce besoin de rupture avec le passé, de réconciliation et a donc permis la mise en oeuvre du programme .

Pour toutes ces raisons, je ne suis pas convaincue du tout que les expériences de l'ESS suffiront à elles seules à susciter un programme cohérent et suffisamment mobilisateur

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Message le Ven 17 Juin 2011 - 18:56 par Invité


Eh Oui. Par contamination. Comme un virus. Bien entendu, on ne peut pas se satisfaire de ces balbutiements. Mais là l'expérience nous montre qu'il existe des périodes d'accélération. Que ce qui paraissait envisageables des décennies plus tard se réalise en quelque jours par effet d'agrégation exponentielle (voir ce qui s'est passé pour le mur de Berlin par exemple. Il est clair également que cela ne sera possible que si cette économie s'empare de la décision politique. Mais cette perspective me permet d'espérer et de tenir. De garder un fond d'optimisme malgré la noirceur ambiante.

Ce qui m'intéresse le plus dans une expérience comme le CNR n'est pas tant son programme qui, de mon point de vue n'est pas reconductible tel quel, que la volonté des participants qui, dans un environnement dramatique, apparemment sans issus, ont non seulement envisagé un monde meilleurs, mais l'ont préparé concrètement. C'est en partant des expérience de l'ESS qu'en effet, il faut développer, partager et construire cet avenir.

Bises
Franz

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Message le Ven 17 Juin 2011 - 18:05 par brusyl

@ François

Je n'ai jamais dit que tu avais tort ! Je n'arrête pas de dire que ces expériences à la marge existent partout dans le monde et viennent parasiter la toute puissance du capitalisme. Comme l'explique très bien E. Morin l'évolution historique n'est qu'une succession de parasitages qui ont réussi : le capitalisme lui-même est né en parasite du système féodal : des serfs affranchis et sans tenure, des enfants de l'aristocratie qui ne pouvant se consacrer au métier des armes ou entrer dans l'église ont créé les villes, ont négocié leur liberté en achetant au seigneur leur charte de franchise, on pu faire librement du commerce....
Ces expériences marginales peuvent être l'économie solidaire, mais aussi les communautés auto-gérés, le développement du troc, de l'échange de service, du don (lis la revue du MAUSS)... plein de trucs différents qui ont pour point commun de ne pas faire du profit leur finalité.

Le problème est que ces expériences sont méconnues car occultées par la pensée dominante et donc les medias. Le capitalisme ne supporte pas le gratuit, regarde la guerre qu'il mène en ce moment contre la gratuité des données informatiques.

Il me semble donc indispensable de les relier et donc de les penser. Ces expériences aident cette pensée, ne serait-ce qu'en démontrant qu'il y a un autre possible, mais ces expériences sans pensée critique du capitalisme soit resteront à la marge, soit seront récupérées par le capitalisme car celui ci, telle l'Hydre de Lerne a une capacité infinie d'avaler de digérer, de se ressourcer des crises et des contestations qu'il provoque.

Ce n'est pas en terme de ou/ou qu'à mon avis il faut penser c'est en et/et

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Message le Ven 17 Juin 2011 - 17:30 par Invité

"Alors bien sûr ce n'est pas systémique, mais c'est du concrêt , de l'action à la marge, qui petit à petit pourrait bien, pourquoi pas grignoter le totalitarisme capitaliste, en démontrant que d'autres modèles sont possibles... c'est encore un bout de l'écheveau que l'on peut saisir pour démêler la pelotte de laine"

C'est un peu ce que j'ai longuement tenté de te dire sans y parvenir. Je crois à l'effet de levier d'un secteur alternatif si, en imposant cette idée au politique, il est mieux inséré dans le système et surtout mieux défendu. C'est à dire, introduire une forme de concurrence au capitalisme (puisque celui-ci prétend que c'est la panacée) destinée à l'obliger à se modifer et, on peut l'espérer, se transformer à terme. Et alors, peut-être que ce ne esra plus le capitalisme mais autre chose que nous ne savons pas nommer.

Bises
Franz

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Message le Ven 17 Juin 2011 - 16:12 par brusyl

Problème dont débattent depuis longtemps les anars

Et... peux-tu me dire en quoi ces débats entre "pragmatiques" et "systémiques" font avancer plus vite ? (aïe, pas taper !)

Je n'ai jamais travaillé dans une banque coopérative, mais il me semble pourtant que celles-ci ont une gestion de leur personnel un peu plus respectueuse que les banques commerciales... c'est un début de commencement d'humanisation.
Et que le Crédit Agricole a signé un partenariat avec les Scop, entreprises dont les associés sont les salariés... un début de commencement de démocratie d'entreprise...

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Message le Ven 17 Juin 2011 - 13:21 par country skinner

Bru a écrit:il existe des actions pour faire fonctionner l'économie sur un autre fondement que le profit
Oui, tout le sel est dans la préposition "pour" - qu'il faudrait traduire par "qui voudraient faire" plutôt que par "qui font"...
Dans ces chiffres, Alphandery ne précise pas qu'ils comportent toutes les banques coopératives (Agricole, Pop, Mutuel & co) que je ne définirais pas personnellement comme "une économie guidée par autre chose que le profit" dans la mesure ou elles se font une concurrence impitoyable payée par leurs salariés en charges et conditions de travail.

Et il n'aborde pas le problème économique de fond, qui est : Comment une structure coopérative guidée par autre chose que le profit peut survivre si elle doit intervenir sur un marché concurrentiel axé uniquement sur la recherche du profit ? Problème dont débattent depuis longtemps les anars qui en gros depuis les expériences d'autogestion espagnoles des années trente se divisent entre pragmatiques (mettons en oeuvre des démarches coopératives dans un contexte capitaliste et le monde suivra) et les "subversifs" (ne jouons pas le jeu du capital en acceptant de nous faire concurrence entre nous). Pour l'instant, ce sont les premiers ("La grande majorité de l’ESS n’est pas pour la substitution de modèle ou d’un grand-soir") qui ont eu historiquement tort... si "l’ESS refoule progressivement et systématiquement l’ère économique déterminée par le seul profit" pour les plus impatients (comme moi) force est de reconnaitre que ca n'avance pas vite...

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Message le Ven 17 Juin 2011 - 12:09 par brusyl

Tu vois country, il existe des actions pour faire fonctionner l'économie sur un autre fondement que le profit. Alors bien sûr ce n'est pas systémique, mais c'est du concrêt , de l'action à la marge, qui petit à petit pourrait bien, pourquoi pas grignoter le totalitarisme capitaliste, en démontrant que d'autres modèles sont possibles... c'est encore un bout de l'écheveau que l'on peut saisir pour démêler la pelotte de laine


Les Etats Généraux de l'économie sociale et solidaire (dont j'avais mis les propositions ici, dans la base de données) se tiennent en ce moment à Paris.

Entretien avec Alphandéry, l'initiateur de cette rencontre.

Claude Alphandéry, ancien résistant, banquier et fondateur de France Active est à l'origine des Etats généraux de l'économie sociale (ESS) et solidaire qui se déroulent au Palais Brongniart à Paris, du 17 au 19 juin. Dans l'ancienne Bourse, ces Etat généraux tenteront de faire des valeurs de l'ESS un élément de poids de la prochaine campagne présidentielle.

Novethic : Quel devrait être le message des Etats généraux de l’ESS ?

Claude Alphandéry : Nous pensons qu’on ne peut accepter le dilemme économique que l’on nous impose : la banqueroute ou les plans de stabilité à répétition qui exclurons inévitablement une partie grandissante de la population. Visiblement les Etats et les institutions sont impuissants face à la crise économique et il est incroyable que rien d’innovant n’en sorte.
Rien, si ce n’est cette foule d’initiatives qui portent du neuf mais ne sont pas, jusqu’à maintenant, prises au sérieux par les politiques : qu’est-ce qu’une Amap face à Carrefour, qu’est-ce que France Active ou La Nef face à la BNP ou Goldman Sachs ?
Mais le danger est que si nous ne changeons rien, nos sociétés peuvent basculer du mauvais côté comme ce fut le cas après la crise de 1929.
L’emploi dans l’économie sociale
L’économie sociale est désormais bien implantée en France (1). En 2010, les associations, coopératives, mutuelles et fondations ont ainsi représenté 1 emploi sur 8. Et le secteur est porteur : avec 440 000 travailleurs de plus depuis 2000, (+23%) l’emploi y a ainsi progressé plus vite que dans l’ensemble du secteur privé. Pour la seule année 2010, la progression a été de 31 000 emplois. Un dynamisme essentiellement tiré par le secteur associatif qui occupe aujourd’hui 12,5% de l’emploi privé en France, avec des disparités assez fortes selon les régions (quand le Limousin, le Poitou-Charentes, le Languedoc-Roussillon et la Basse-Normandie dépassent 16%, l’Ile-de-France, elle plafonne à 8,6%). Rappelons que l’économie sociale (au sens juridique) représente 200 000 établissements, 2 350 000 salariés et une masse salariale de 50,5 milliards d’euros (dont 14% relèvent du secteur agricole).



Comment devenir sérieux aux yeux des institutions et du monde économique ?

Pour la première fois, des collectifs d’associations, de coopératives, d’entreprises sociales, de citoyens se sont créés pour rédiger près de 400 « Cahiers d’espérance », en référence aux cahiers de doléances de 1789. Ces Etats généraux doivent être l’occasion d’une mise en mouvement des acteurs de l’ESS et de ce point de vue, c’est déjà une réussite. Pour autant il persiste encore un phénomène d’entre soi. Trop peu de gens savent définir correctement ce qu’est l’ESS. Certains disent que cela aide les chômeurs, d’autres évoquent le commerce équitable, mais trop peu disent encore que c’est une alternative pour sortir du « bazar » dans lequel nous sommes.
A l’heure d’une crise profonde du capitalisme qui a secoué jusqu’aux plus libéraux, nous devons peser et affirmer les valeurs de l’ESS dans le débat public, adopter un langage de la preuve pour changer d’échelle.
Il nous faut donc convaincre l’opinion publique et dans un troisième temps, il s’agira d’influencer les décideurs, avant l’élection présidentielle.

Une entreprise socialement responsable affirme des valeurs voisines de l’ESS, notamment dans la prise en compte de son impact social. Quelle est la différence avec l’ESS ?

L’ESS est une économie guidée par autre chose que le profit et qui, du même coup, peut être gérée de manière démocratique. Cela ne veut pas dire que cette économie est à l’abri des captations de pouvoir, mais le fait est que, par le choix du statut (coopérative, mutuelle, association), l’existence d’une charte, d’un référentiel, les structures de l’ESS se fixent un objectif d’utilité sociale, des règles sur l’échelle des salaires, sur l’affectation des bénéfices… C’est un autre modèle que l’entreprise ordinaire dont la logique repose sur la recherche du profit, soit personnel, soit des actionnaires.
Cela ne veut pas dire que, pour des raisons d’images ou des raisons plus profondes, une entreprise ne soit pas tentée de faire des choses bien. Et il existe clairement, aujourd’hui, un mouvement qui commence à comprendre que l’augmentation du stress au travail, le pillage des ressources ne peuvent continuer ainsi. Mais derrière cette conscience, persiste des logiques financières qui sont inéluctablement déterminées par le profit.

S’agit-il pour autant de deux modèles qui s’affrontent ?

L’ESS n’est pas indépendante de l’action de l’Etat, des collectivités locales, tout comme elle est reliée au marché. Nous sommes dans une économie plurielle. La grande majorité de l’ESS n’est pas pour la substitution de modèle ou d’un grand-soir, mais plutôt dans ce qu’Edgard Morin exprime très bien en disant que « l’ESS refoule progressivement et systématiquement l’ère économique déterminée par le seul profit. »

Existe-t-il des ponts, des alliances possibles entre RSE et ESS ?
Nous avons des idées à partager sur la participation des salariés au conseil d’administration, la transparence de gestion, la prise en compte des parties prenantes (clients, fournisseurs…), plutôt qu’en faire des individus soumis.
L’innovation sociale est pensée par des gens de l’ESS, mais elle a vocation à être décloisonnée : c’est un fait que de plus en plus de cantines scolaires mangent bio et local et ce n’est pas Sodexo qui a eu l’idée. Prenez le secteur du recyclage où les entreprises d’insertion ont joué un rôle précurseur : lorsque Sita crée l’entreprise d’insertion Sita Rebond, c’est parce que des cadres ont eu le sentiment que ce serait un bon aiguillon à l’intérieur du groupe.
Ces initiatives peuvent être aussi facteurs de récupération avec des moyens différents et la réintégration de l’objectif de profit. Cela sera et cela a pu être une occasion de conflits. Mais inversement, de plus en plus de directeur des ressources humaines des grandes entreprises travaillent avec les structures d’insertion par l’activité économique à la fois pour s’inspirer des méthodes et pour embaucher des personnes. Les contacts sont nombreux, mais cela ne peut se faire sans une vigilance de part et d’autre.

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