Désert De Gauche

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19062011

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Désert De Gauche






Elle viendra pas. La gauche. C’est pas qu’elle a lâché l’affaire ; c’est le temps. Celui qui passe et vous broie. C’est l’Histoire, aussi. Qu’on ne refait pas…
Les marchés ont gagné, voilà la vérité. Et ça fait lurette. Même une crise « sans précédent » n’aura pas changé la donne. Au contraire ! C’en en même fascinant. A certains égards.

Et pourtant, il y aurait, je l’ai lu, entendu, un peuple de gauche. Admettons… Mais où est-il ? Sont-ce les Indignés ?... Faudrait les passer au scanner. Pour vérification. En être sûr... Que veulent-ils, quelle société ? Que pensent-ils, quelles idées ?
Notez que j’aurais plutôt de la sympathie pour ceux-ci... Seulement voilà, s’indigner, est-ce suffisant ? Et puis, s’indigner contre qui, contre quoi ?...
Tout mouvement, quel qu’il soit, doit avoir un but. Précis…
Revendiquer, d’accord ; slogans, cris, protestations, sitting, occupation des lieux, oui ; mais ensuite ?... Force est de constater, qu’après quelques semaines, cette histoire, elle fait comme du surplace, s’ankylose, pour finalement « partir en Schweppes ». Comme disait Besancenot. Le facteur, qu’a renoncé. Pour l’être anonyme. Ou tout comme… Oh, elle va peut-être se faire un (pré)nom, durant la campagne, cette Myriam Martin… Mais n’est-ce pas trop tard ? Puisque le profit est devenu la règle. Absolue. A tous les niveaux. Et que, nonobstant, le salarié s’y plie. Non sans souffrances, c’est vrai, mais il s’y plie. Petit à petit.
Entre les Indignés et les Résignés, ce sont les seconds les plus nombreux. C’est là qu’est l’os. Entre autres… La crise aurait mérité une autre réponse que la seule indignation.

Elle aurait pu, la crise, réveiller un désir de gauche. Mais pas la gauche qui fait mine. Qui louvoie. Celle qui se prétend socialiste, celle du PS, dont Sarkozy, disait – à juste titre – qu’elle n’avait « plus rien de commun avec la gauche de Jaurès et de Blum » [Discours de Toulouse – 12 avril 2007]. Il se paya même le luxe d’ajouter : « Laissez dormir Jaurès et Blum, ils sont trop grands pour vous ».
Quatre années et une énorme crise plus tard, c’est encore désespérément vrai. Ni Hollande, ni Aubry, Ni Royal, ni quiconque de la rue Solferino, ne sont « socialistes ». Justes des libéraux. Convertis aux marchés et sa loi, à l’image de sa pensée : unique.
Des libéraux un peu moins brutaux, un peu moins thatchériens, certes, mais assurément pas jaurésiens.
Un centre-gauche mou du genou.

Oui, la crise aurait pu réveiller un désir de gauche. De l’ouvrière. De la communiste révolutionnaire. Une envie de lutter. A la dure. Ah ! ça ira, ça ira ! On va pas se laisser faire comme ça… Bonus, stock-options, retraites-chapeau, parachutes dorés, et ces écarts de salaires, indécents, ça suffit !... Et moi, qu’on sacrifie, à qui on demande de trimarder, un peu plus, toujours, pour éponger la dette, pour que Moody’s, et les autres, y nous virent pas un « A » ; moi qu’on déclasse à l’aise, pour des nèfles, pendant que là-haut ça se goinfre, que même la considération, j’y ai pas droit ; que des devoirs.
Ben non… Nib. Zéro. Balle-peau.

Pourtant, y’avait un boulevard. Enorme… Vu ce qu’elle nous a révélé, cette crise.
Mais non, rien à faire ; NPA, LO et tous les autres, anéantis. Rincés... Ils ont raté le coche... Et c’est fini, j'vous le dis, on les reverra plus.
C’est comme si cette crise les avait tués. Eux qu’étaient déjà presque morts. Depuis la chute du communisme. 1989, adieu Berthe et fais tes valises, Liliane !
Comme si la loi du marché, ce rouleau-compresseur, les avait momifiés. Et avec eux, les salariés. Plus résignés que jamais. Orphelins de porte-parole…

Je sais, d’aucuns vont crier un nom : Mélenchon ! Que ce serait lui, la gauche, qu’il va nous défendre, le tribun, le verbeux, qu’il va nous venger. L’homme qu’a dit : Qu’ils s’en Aillent Tous ! Et comme nous sommes d’accord. Tu penses !...
Mélenchon, donc.
La gauche.

Fût un temps, je dis pas. Mais y’a lustres… Le gars, c’est vrai, l’a fait ses classes chez les trotskistes. Comme jadis, Cambadélis. Ou Jospin… Et pis ensuite, l’a rejoint le PS. Celui de 1977. Qu’était pas le même qu’aujourd’hui... Le PS de 1977, peu ou prou, c’était quoi ?
Le NPA de 2009.
Ou quasi.

Trente et une années, qu’il y a pointé, dans ce PS, Mélenchon. C’est dire si des couleuvres, il en aura bouffées. Et des copieuses. Jusqu’à celle de Maastricht.
Certes, en 2005, y’a comme un truc qui lui revient. Bouffées de jeunesse... Avec Fabius, Emmanuelli, le voilà qui dit « Non ! » au Traité pour une Constitution Européenne… Bon garçon… Et comme c’est le « Non » qui l’emporte, bingo ! on va peut-être la faire, cette rénovation, celle du PS... Il serait temps, après la raclée, l’humiliation du 21 avril 2002. De tirer les leçons. Redevenir un parti de gauche qui cause au peuple.
Mais penses-tu !

La présidentielle venue, tout rentre dans l’ordre… L’ordre juste, paraît-il… C’est Royal qui décroche la timbale… Pas content, Mélenchon… Y’a de quoi. C’est pas vraiment le « Non » du 29-mai qu’est en première ligne avec cette Ségolène.
Mais il y reste, dans cet étrange PS... Avant de jeter (enfin !) l’éponge, en novembre 2008, quand la même Royal arrive, par motion interposée, en tête des suffrages des militants… Il n’est jamais trop tard pour prendre la bonne décision, n’est-ce pas ? Oui, mais faudrait tout de même pas nous prendre pour des benêts de compète, Jean-Luc…

…Car Mélenchon, candidat de gauche, adoubé par le Parti Communiste Français, c’est du grand art, mon cochon… Ce Parti Communiste honni par Mitterrand ! Même qu’il a tout fait, Tonton, et plus encore, pour l’estourbir. Même que ça a drôlement bien marché.
Au profit, n’est-ce pas, du Front National…
On l’a pas trop entendu, à cette époque, Mélenchon, s’indigner qu’on ratiboisât le PCF... A croire qu’il était d’accord. Ou résigné.

Alors vous comprendrez que de le voir faire une OPA sur un cadavre, et de surcroît, porter ses couleurs, celles d’un Front de Gauche, même avec le verbe haut, y’a de quoi tordre du nez. Et pas que du nez…
On pourra bien me bonnir qu’y a que les imbéciles qui changent pas d’avis, oui, sauf que, il aura mis du temps… C’est une donnée importante, le temps. Et plus t’en mets pour changer d’avis (et 31 ans, c’est pas rien) plus tu ressembles à un opportuniste qui prendrait, un tantinet, le peuple (de gauche) pour… un imbécile.

Or donc, elle viendra pas. La gauche. En lieu et place, nous aurons un bateleur. Un illusionniste. Un showman. Qui ravit les Ruquier, les Drucker et les Ardisson. De la bombe audimatoire qui va siphonner ce qui restait de voix au NPA, à LO… Finir le travail, en quelque sorte. A l’image du Tonton flingueur.

La gauche, elle est calenchée, chérie. Y’a qu’à reluquer partout, ailleurs. Laminée qu’elle est. Tellement les marchés ont gagné. Que les salariés sont résignés.
Y’a plus qu’à porter l’estocade.
C’est dommage… Tant le boulevard était immense. De quoi réveiller un désir de gauche. Et pis non. Rien. Un désert.
Et de ce désert (ou de cette désertion), profita Mélenchon…

… Et ressurgit, le Front National.
Comme toujours, quand il y a un désert à gauche.

http://sagephilippe.20minutes-blogs.fr/archive/2011/06/17/desert-de-gauche.html
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brusyl
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Désert De Gauche :: Commentaires

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Message le Mer 16 Nov 2011 - 21:25 par brusyl

Ben moi il m'a bien été utile ce texte... pour venir te faire gerber un peu plus sur M2 !

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Message le Mer 16 Nov 2011 - 12:51 par Mister Cyril

Voilà pourquoi je ne vote plus pour ces sbires et qu'ils sont classés dans les ennemis politiques ou sociaux-traitres (j'ai p'as peur des mots)!!!

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Message le Mer 16 Nov 2011 - 12:49 par Mister Cyril

Dans la série il est important de lire l'argumentaire de ses ennnemis, pouah ça me fait gerber...

Le travail, valeur première des ouvriers, n'est plus incarné par une gauche qui a du mal à se faire entendre par les catégories populaires.

Les ouvriers et la gauche, l'histoire d’un divorce plus que sociologique. Et de la tentative de la gauche de changer de terrain pour retrouver un écho auprès des catégories populaires.

Les ouvriers placent le travail (38%) au panthéon de leurs valeurs avec le respect (41%) loin devant la solidarité (31%). Or la gauche est avant tout associée à la solidarité par l’opinion et plus encore par ses sympathisants. Dans le même temps, les Français estiment que la gauche délaisse le travail : seule une minorité de l’opinion (18%) et des ouvriers (23%) considèrent que le travail est aujourd’hui une valeur de gauche.

Fin du vote de classe

C’est la solidarité qui pour l’opinion est la valeur cardinale de la gauche. C’est aussi celle des plus aisées. Or les plus modestes attendent de la considération. Ils rejettent toute forme de commisération en guise de solidarité, ce qui se traduit parfois par un rejet de la gauche d’en haut. Si la question du travail a longtemps structuré le rapport de la gauche à ses partisans, elle déstructure désormais son rapport aux catégories populaires. Ainsi, la relation est devenue verticale et non plus horizontale, empreinte de représentation et plus d’incarnation.

Du coup, la gauche sonne faux aux oreilles de la classe ouvrière et la lutte des classes est plus anachronique que jamais. De toutes les catégories sociales, les ouvriers sont ceux qui aujourd’hui se classent le moins à gauche : 31%, contre 37% pour les employés, 45% chez les professions intermédiaires et 60% parmi les cadres. La gauche joue à front social renversé.

En outre, les ouvriers ne revendiquent plus une identité de classe. Une minorité (24%) dit appartenir aux catégories populaires, quand 60% se défend plutôt d’appartenir à la "classe moyenne". Faute de classes, la lutte des classes disparaît. La vision marxiste selon laquelle la classe ouvrière défend ses propres intérêts est caduque, il n’y a plus de vote de classe.

La tentation autoritaire

Les ouvriers sont-ils alors de droite, réactionnaires ou populistes ? Politiquement ils se partagent en trois tiers : un premier à gauche, un autre à droite et un dernier qui refuse le classement.

Si la droite insiste sur le travail, si Nicolas Sarkozy l’a accaparé en 2007 et remet de nouveau ce thème en avant, ce n’est pas un hasard. Néanmoins, le travail n’est aujourd’hui pas davantage perçu comme une valeur de droite (20%) que de gauche (18%). La tentation du vote à droite des catégories populaires existe, mais la déception à l’égard du président est si forte qu’elle est à ce jour contenue, 20% seulement lui faisant confiance.

La tentation autoritaire est en revanche forte. Les ouvriers sont fermés au monde et méfiants à l’égard d’autrui, surtout si l’Autre a figure d’étranger. Réactionnaires, les ouvriers sont les plus nombreux à souhaiter un retour en arrière de la société. Enfin, leur sympathie à l’égard du FN est élevée : 45% font confiance à Marine Le Pen. A titre de comparaison, 36% font confiance à François Hollande, et seulement 24% à Jean-Luc Mélenchon.

Dépasser le clivage social

Socialement et politiquement, on assiste donc à un changement de paradigme. La gauche continue de vouloir parler aux défavorisés, mais les ouvriers ne l’écoutent plus. Reste pour elle, deux solutions si elle ne veut les abandonner comme le suggérait une note de la Fondation Terra Nova.

La première : ne pas parler des ouvriers comme elle le fait trop souvent, mais parler aux ouvriers comme elle ne le fait pas assez.

La seconde : dépasser le clivage social et changer complètement de terrain. C’est sans doute l’objet de la stratégie non-dite de François Hollande consistant à parler à toutes les générations et non aux différentes catégories sociales. Tenter de susciter la solidarité entre toutes les classes d’âges de la société avec son projet de contrat de génération dont on ne s’étonnera pas dès lors qu’il s’articule autour du travail des seniors et des jeunes, donc de tous y compris des ouvriers. Un pari osé qui à lui seul montre à quel point la gauche est en pleine révolution.

Philippe Chriqui - Analyste politique et spécialiste opinion publique pour le Nouvel Observateur

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Message le Mar 8 Nov 2011 - 22:21 par Mister Cyril

Salut mon canard en fait tu sais très bien que ce sujet m'intéresse peu, juste une hallucination après une heure de lecture d'une vacuité abyssale...demande la nationalité grecque, dace ou moldave...ça devrait finir dans une grande fédération où chaque Etat sera gouverné par une coalition d'unité nationale socio-démocrato-chrétienne pour des raisons évidentes de réalité, de courage et de pragmatisme économique...à moins qu'une partie du populo s'y oppose mais cela est une autre histoire!

Bizz le palmipéde migrateur, reviens nous voir avant le printemps quand même!!!

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Message le Mar 8 Nov 2011 - 22:09 par Donald11

Tu devrais essayer les tranquilisants !!! J'espere quand meme que tes hallucinations passageres ne seront pas suivies d'effets ! Il est vrai que j'ai apercu l'hollandais sur TV5 monde y'a pas plus tard que y'a pas longtemps, et j'ai eu un petit frisson qui m'a parcouru l'echine ... Bon, d'un autre cote, y'a tellement de decu du nabot que ca pese encore un peu sur le fleau de la balance ... Malgre tout, d'un autre cote, le hollandais me fait pas bande ... Je m'demande si je ne vais pas demander la nationalite grecque et aller voter Papandreou !
Bises daces mon Poussinet.

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Message le Mar 8 Nov 2011 - 21:20 par Mister Cyril

Scoop extra lucido-laconique: Sarko sera réélu en 2012!

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Message le Dim 6 Nov 2011 - 15:12 par Mister Cyril

S'cuse je me suis fait un sac de noeud, en plus l'article sur l'Amérique du Sud ciblait bien le rapport de force entre rose et rouge/ élus et aspirations populaires...

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Message le Sam 5 Nov 2011 - 22:46 par brusyl

comment j'ai fait ? pas compliqué, je suis allée sur le site du monde diplo, où ils publient toujours un des articles du journal et j'ai copié/collé
Voilà, tout simple, sans moquerie aucune.
Il y avait sur M2 pendant les vacances un super article sur l'amérique Latine. Si je le retrouve je te le copierait ici. Mais il est sûr que pour le renouvellement de la gauche, que c'est là-bas que cela se passe en ce moment

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Message le Sam 5 Nov 2011 - 19:19 par Mister Cyril

En fait je l'ai acheté cet aprèsm...les articles sur l'Italie et l'Am du Sud assez décevant...tu as mis ici le plus pertinent (il faudra d'ailleurs que tu m'expliques comment tu as fait euueuuuuuh!);
bizz ma belle, mes rêves ne rentrent pas dans les urnes!!!

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Message le Sam 5 Nov 2011 - 14:06 par Mister Cyril



OK je l'achète lundi...même s'il me semble qu'il s'autocensure encore trop sur l'impasse électoraliste...

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Message le Sam 5 Nov 2011 - 11:50 par brusyl

Excellente analyse ! Mister, tu vas boire du petit lait si tu le lis !
Et d'ailleurs tout le diplo de ce mois est tout aussi intéressant, achetez-le !



Alors que le capitalisme connaît sa crise la plus sérieuse depuis celle des années 1930, les principaux partis de gauche semblent muets, embarrassés. Au mieux, ils promettent de ravauder le système. Plus souvent, ils cherchent à prouver leur sens des responsabilités en recommandant eux aussi une purge libérale. Combien de temps ce jeu politique verrouillé peut-il durer alors qu’enflent les colères sociales ?
par Serge Halimi, novembre 2011

Les Américains qui manifestent contre Wall Street protestent aussi contre ses relais au sein du Parti démocrate et à la Maison Blanche. Ils ignorent sans doute que les socialistes français continuent d’invoquer l’exemple de M. Barack Obama. Contrairement à M. Nicolas Sarkozy, le président des Etats-Unis aurait su selon eux agir contre les banques. S’agit-il seulement d’une méprise ? Qui ne veut pas (ou ne peut pas) s’attaquer aux piliers de l’ordre libéral (financiarisation, mondialisation des flux de capitaux et de marchandises) est tenté de personnaliser la catastrophe, d’imputer la crise du capitalisme aux erreurs de conception ou de gestion de son adversaire intérieur. En France, la faute incombera à « Sarkozy », en Italie, à « Berlusconi », en Allemagne, à « Merkel ». Fort bien, mais ailleurs ?

Ailleurs et pas seulement aux Etats-Unis, des dirigeants politiques longtemps présentés comme des références par la gauche modérée affrontent eux aussi des cortèges indignés. En Grèce, M. Georges Papandréou, président de l’Internationale socialiste, met en œuvre une politique d’austérité draconienne qui combine privatisations massives, suppressions d’emplois dans la fonction publique et abandon de la souveraineté de son pays en matière économique et sociale à une « troïka » ultralibérale (1). Les gouvernements d’Espagne, du Portugal ou de Slovénie rappellent également que le terme de gauche s’est à ce point déprécié qu’on ne l’associe plus à un contenu politique particulier.

Un des meilleurs procureurs de l’impasse de la social-démocratie européenne se trouve être le porte-parole... du Parti socialiste (PS) français. « Au sein de l’Union européenne, relève M. Benoît Hamon dans son dernier livre, le Parti socialiste européen (PSE) est historiquement associé, par le compromis qui le lie à la démocratie chrétienne, à la stratégie de libéralisation du marché intérieur et à ses conséquences sur les droits sociaux et les services publics. Ce sont des gouvernements socialistes qui ont négocié les plans d’austérité voulus par l’Union européenne et le Fonds monétaire international [FMI]. En Espagne, au Portugal et en Grèce bien sûr, la contestation des plans d’austérité prend pour cible le FMI et la Commission européenne, mais aussi les gouvernements socialistes nationaux. (…) Une partie de la gauche européenne ne conteste plus qu’il faille, à l’instar de la droite européenne, sacrifier l’Etat-providence pour rétablir l’équilibre budgétaire et flatter les marchés. (…) Nous avons été en plusieurs lieux du globe un obstacle à la marche du progrès. Je ne m’y résigne pas (2). »

D’autres jugent en revanche cette transformation irréversible car elle aurait pour origines l’embourgeoisement des socialistes européens et leur éloignement du monde ouvrier.

Bien que lui-même plutôt modéré, le Parti des travailleurs (PT) brésilien estime que la gauche latino-américaine doit prendre la relève de celle du Vieux Continent, trop capitaliste, trop atlantiste, et donc de moins en moins légitime quand elle prétend défendre les intérêts populaires : « Il y a aujourd’hui un déplacement géographique de la direction idéologique de la gauche dans le monde, indiquait en septembre dernier un document préparatoire au congrès du PT. Dans ce contexte, l’Amérique du Sud se distingue. (...) La gauche des pays européens, qui a tant influencé la gauche dans le monde depuis le XIXe siècle, n’a pas réussi à apporter les réponses adéquates à la crise et semble capituler face à la domination du néolibéralisme (3). » Le déclin de l’Europe, c’est peut-être aussi le crépuscule de l’influence idéologique du continent qui avait vu naître syndicalisme, socialisme et communisme — et qui paraît plus volontiers que d’autres se résigner à leur effacement.

La partie est-elle perdue pour autant ? Les électeurs et militants de gauche qui s’attachent à des contenus plutôt qu’à des labels factices peuvent-ils espérer, y compris dans les pays occidentaux, combattre la droite avec des camarades conquis par le libéralisme mais toujours électoralement hégémoniques ? Le ballet est en effet devenu rituel : la gauche réformiste se distingue des conservateurs le temps d’une campagne par un effet d’optique. Puis, lorsque l’occasion lui est donnée, elle s’emploie à gouverner comme ses adversaires, à ne pas déranger l’ordre économique, à protéger l’argenterie des gens du château.

La transformation sociale dont la plupart des candidats de gauche à l’exercice des responsabilités gouvernementales proclament la nécessité, voire l’urgence, requiert bien évidemment qu’ils y voient davantage qu’une rhétorique électorale. Mais aussi... qu’ils accèdent au pouvoir. Et c’est sur ce point précis que la gauche modérée fait la leçon aux « radicaux » et aux autres « indignés ». Elle n’attend pas, elle, le « grand soir » (lire « Il y a un siècle aux Etats-Unis, un débat fondateur ») ; elle ne rêve pas non plus de se blottir dans une contre-société isolée des impuretés du monde et peuplée d’êtres exceptionnels (lire « Des gens formidables... »). Pour reprendre des termes employés il y a cinq ans par M. François Hollande, elle ne veut pas « bloquer, plutôt que faire. Freiner, plutôt qu’agir. Résister, plutôt que conquérir ». Et elle estime que « ne pas battre la droite, c’est la garder, donc la choisir (4) ». La gauche radicale, en revanche, préfère selon lui « enfourcher n’importe quelle colère » plutôt que faire « le choix du réalisme (5) ».

Or la gauche de gouvernement, c’est son atout maître, dispose « ici et maintenant » de troupes électorales et de cadres impatients qui lui permettraient d’assurer la relève. « Battre la droite » ne tient cependant pas lieu de programme ou de perspective. Une fois les élections remportées, les structures en place — nationales, européennes, internationales — risquent de faire barrage à la volonté de changement exprimée pendant la campagne. Aux Etats-Unis, M. Obama a pu ainsi prétendre que des lobbies industriels et l’obstruction parlementaire des républicains avaient sapé un volontarisme et un optimisme (« Yes, we can ») pourtant entérinés par une large majorité populaire.

Ailleurs, des gouvernants de gauche se sont excusés de leur prudence ou de leur pusillanimité en invoquant des « contraintes », un « héritage » (l’absence de compétitivité internationale du secteur productif, le niveau de la dette, etc.) qui avaient entamé leur marge de manœuvre. « Notre vie publique est dominée par une étrange dichotomie, analysait déjà M. Lionel Jospin en 1992. D’un côté, on reproche au pouvoir [socialiste] le chômage, le mal des banlieues, les frustrations sociales, l’extrémisme de droite, la désespérance de la gauche. De l’autre, on le somme de ne pas se départir d’une politique économique financière qui rend très difficile le traitement de ce que l’on dénonce (6). » Vingt ans plus tard, la formulation de cette contradiction n’a pas pris une ride.

Les socialistes avancent qu’une défaite électorale de la gauche déclenche en général la mise en œuvre par la droite d’un arsenal de « réformes » libérales — privatisations, réduction des droits des syndicats, amputation des recettes publiques — qui détruiront les outils éventuels d’une autre politique. D’où le « vote utile » en leur faveur. Mais leur défaite peut aussi comporter des vertus pédagogiques. M. Hamon concède par exemple qu’en Allemagne « le résultat des élections législatives [de septembre 2009], qui a valu au SPD son plus mauvais score [23 % des suffrages] depuis un siècle, a convaincu sa direction du changement nécessaire d’orientation (7) ».
Les socialistes grecs se félicitent
d’avoir agi plus vite
que Mme Margaret Thatcher...

Un « rétablissement doctrinal » d’une ampleur tout aussi modeste est intervenu en France après la déroute législative des socialistes en 1993, au Royaume-Uni après la victoire de 2010 du Parti conservateur. Et sans doute constatera-t-on bientôt un cas de figure identique en Espagne et en Grèce, tant il paraît improbable que les gouvernants socialistes de ces pays imputent leur prochaine défaite à une politique exagérément révolutionnaire... Pour plaider la cause de M. Papandréou, la députée socialiste grecque Elena Panaritis a même osé recourir à une référence renversante : « Il a fallu onze ans à Margaret Thatcher pour mener à bien ses réformes dans un pays qui avait des problèmes structurels moins importants. Notre programme a été mis en place il y a seulement quatorze mois (8) ! » En résumé, « Papandréou, mieux que Thatcher ! »

Sortir de cette nasse requiert de dresser la liste des conditions préalables à la mise au pas de la mondialisation financière. Cependant, un problème surgit aussitôt : compte tenu de l’abondance et de la sophistication des dispositifs qui ont enchâssé depuis trente ans le développement économique des Etats dans la spéculation capitaliste, même un programme relativement bonasse de réformes (moindre injustice fiscale, progression modérée du pouvoir d’achat des salaires, maintien du budget de l’éducation, etc.) impose dorénavant un nombre significatif de ruptures. Ruptures avec l’actuel ordre européen, mais aussi avec les politiques auxquelles les socialistes se sont ralliés (9).

Faute, par exemple, d’une remise en cause de l’« indépendance » de la BCE (les traités européens ont garanti que sa politique monétariste échapperait à tout contrôle démocratique), faute d’un assouplissement du pacte de stabilité et de croissance (qui, en période de crise, asphyxie une stratégie volontariste de lutte contre le chômage), faute de la dénonciation de l’alliance entre libéraux et sociaux-démocrates au Parlement européen (qui a conduit ces derniers à soutenir la candidature de M. Mario Draghi, ancien banquier de Goldman Sachs, à la tête de la BCE), sans même parler du libre-échange (la doctrine de la Commission européenne), d’un audit de la dette publique (afin de ne pas rembourser les spéculateurs qui ont parié contre les pays les plus faibles de la zone euro) ; faute de tout cela, la partie serait d’emblée mal engagée.

Et même perdue d’avance. Rien ne permet en effet de croire que MM. Hollande en France, Sigmar Gabriel en Allemagne ou Edward Miliband au Royaume-Uni réussiraient là où MM. Obama, José Luis Zapatero et Papandréou ont déjà échoué. Imaginer qu’« une alliance qui fasse de l’union politique de l’Europe le cœur de son projet » assure, comme l’espère M. Massimo D’Alema en Italie, « la renaissance du progressisme (10) » s’apparente (au mieux) à un rêve éveillé. En l’état des forces politiques et sociales, une Europe fédérale ne pourrait que verrouiller davantage des dispositifs libéraux déjà asphyxiants et déposséder un peu plus les peuples de leur souveraineté en confiant le pouvoir à des instances technocratiques opaques. La monnaie et le commerce ne sont-ils pas d’ailleurs des domaines déjà « fédéralisés » ?

Toutefois, tant que les partis de gauche modérés continueront de représenter la majorité de l’électorat progressiste — que ce soit par adhésion à leur projet ou par sentiment que celui-ci constitue la seule perspective pour une alternance rapprochée —, les formations politiques plus radicales (ou les écologistes) se retrouveront condamnées au rôle de figurants, de force d’appoint, de mouches du coche. Même avec 15 % des suffrages, quarante-quatre députés, quatre ministres et une organisation rassemblant des centaines de milliers d’adhérents, le Parti communiste français (PCF) n’a jamais pesé entre 1981 et 1984 dans la définition des politiques économiques et financières de François Mitterrand. Le naufrage de Refondation communiste en Italie, prisonnier de son alliance avec des partis de centre gauche, ne constitue pas un précédent plus exaltant. Il s’agissait alors, on s’en souvient, de prévenir à tout prix le retour au pouvoir de M. Silvio Berlusconi. Lequel est intervenu quand même, mais plus tard.

Le Front de gauche (auquel appartient le PCF) veut contredire de tels augures. En faisant pression sur le PS, il espère le voir échapper à « ses atavismes ». A priori, le pari paraît illusoire, voire désespéré. Toutefois, s’il intègre d’autres données que le rapport de forces électoral et les contraintes institutionnelles, il peut se prévaloir de précédents historiques. Ainsi, aucune des grandes conquêtes sociales du Front populaire (congés payés, semaine de quarante heures, etc.) n’était inscrite dans le programme (très modéré) de la coalition victorieuse en avril-mai 1936 ; le mouvement de grèves de juin les a imposées au patronat français.

L’histoire de cette période ne se résume pas pour autant à la pression irrésistible d’un mouvement social sur des partis de gauche timides ou effarouchés. C’est bien la victoire électorale du Front populaire qui a libéré un mouvement de révolte sociale en donnant aux ouvriers le sentiment qu’ils ne se heurteraient plus au mur de la répression policière et patronale. Enhardis, ils savaient aussi que rien ne leur serait donné par les partis pour lesquels ils venaient de voter sans qu’ils leur tordent la main. D’où cette dialectique victorieuse — mais tellement rare — entre élection et mobilisation, urnes et usines. Un gouvernement de gauche qui n’affronterait pas une pression équivalente s’enfermerait aussitôt dans un huis clos avec une technocratie qui depuis longtemps a perdu l’habitude de faire autre chose que du libéralisme. Il n’aurait pour seule hantise que de séduire des agences de notation dont nul n’ignore cependant qu’elles « dégraderont » sur-le-champ tout pays engageant une véritable politique de gauche.
Semblable à une étoile morte,
la République du centre
jette ses derniers feux


Alors, audace ou enlisement ? Les risques de l’audace — isolement, inflation, dégradation — nous sont serinés de l’aube au crépuscule. Oui, mais ceux de l’enlisement ? Analysant la situation de l’Europe des années 1930, l’historien Karl Polanyi rappelait que « l’impasse où s’était mis le capitalisme libéral » avait alors débouché dans plusieurs pays sur « une réforme de l’économie de marché réalisée au prix de l’extirpation de toutes les institutions démocratiques (11) ». Mais de quelle souveraineté populaire peuvent encore se prévaloir des décisions européennes prises à la remorque des marchés ? Déjà, un socialiste aussi modéré que M. Michel Rocard s’alarme : tout nouveau durcissement des conditions imposées aux Grecs pourrait provoquer la suspension de la démocratie dans ce pays. « Dans l’état de colère où va se trouver ce peuple, écrivait-il le mois dernier, on peut douter qu’aucun gouvernement grec ne puisse tenir sans appui de l’armée. Cette réflexion triste vaut sans doute pour le Portugal et/ou l’Irlande, et/ou d’autres, plus gros. Jusqu’où ira-t-on (12) ? »

Bien que soutenue par toute une quincaillerie institutionnelle et médiatique, la République du centre chancelle. Une course de vitesse est engagée entre le durcissement de l’autoritarisme libéral et l’enclenchement d’une rupture avec le capitalisme. Celle-ci paraît encore lointaine. Mais quand les peuples ne croient plus à un jeu politique dont les dés sont pipés, quand ils observent que les gouvernements se sont dépouillés de leur souveraineté, quand ils s’obstinent à réclamer la mise au pas des banques, quand ils se mobilisent sans savoir où les conduira leur colère, cela signifie malgré tout que la gauche est encore vivante.
http://www.monde-diplomatique.fr/2011/11/HALIMI/46895

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Message le Lun 26 Sep 2011 - 21:59 par Mister Cyril

Bouducon les ricains se gauchisent, j'avoue que c'est un scoop for me...comme quoi on en apprend des choses ici...par contre dur de trouver un article de fond, alors faute de mieux...

Les Indignés se font entendre, de New York à Paris
Par Pierre Haski | Rue89 | 17/09/2011 | 21H55

Les Indignés font parler d'eux ce samedi. A New York d'abord, où des milliers de personnes se sont rassemblées à proximité de Wall Street, le temple du capitalisme américain protégé par d'importantes forces de l'ordre. Et à Paris où la « marche des indignés » venus d'Espage est arrivée dans la capitale française, avant de poursuivre son chemin vers Bruxelles, le coeur de l'Europe.

L'événement le plus spectaculaire, et le mieux organisé, est assurément celui qui se déroule ce samedi à New York. Relayé par live streaming sur plusieurs sites, comme on le voit sur la capture d'écran ci-dessus. A l'appel d'une coalition d'organisations, ce rassemblement, popularisé sur le réseau Twitter par le hashtag (mot-clé) #occupywallstreet, est le premier écho outre-Atlantique aux mouvements qui traversent le monde arabe, l'Europe du sud et Israël.

Un mouvement original ainsi résumé sur Twitter par un participant dont le message a été massivement rediffusé :

« OccupyWallStreet n'est pas un mouvement anarchiste mais c'est la classe moyenne américaine qui crie son rejet d'un système qui la marginalise ».

A Paris, plus modestement, quelques centaines de personnes ont manifesté jusqu'à l'opéra de la Bastille en compagnie des marcheurs venus d'Espagne et qui sont en route pour Bruxelles afin de porter leur message auprès des institutions européennes.

Mais pas plus qu'avant l'été, lorsque des « indignés » français ont tenté de reproduire place de la Bastille l'occupation de rue de Madrid, il n'y avait, samedi à Paris, les prémices d'un mouvement de masse. Session de rattrapage le 15 octobre à Bruxelles, avec un rassemblement pan-européen : « Indignés de tous les pays, unissez-vous !

L'ambiance était néanmoins assurée par la fanfare Les Invisibles, qui a tenté un mix de la Marseillaise et de l'Internationale. Hmmm

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Message le Dim 25 Sep 2011 - 1:26 par brusyl

Salut Melody, bien contente de te revoir ici pétant le feu !

Je regarde ce site régulièrement pour voir comment cela évolue à NY. Aujourd'hui un paquet de manifestants ont été embarqués par la police...
Il y a aussi cette page facebook où l'on trouve beaucoup de docs : http://www.facebook.com/groups/SupportAnonymous/
et leur site : https://occupywallst.org/

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Message le Sam 24 Sep 2011 - 22:40 par Invité

Et pour suivre la révolution américaine devant Wall Street en live rendez-vous ici : http://www.livestream.com/globalrevolution
saluts révolutionnaires !

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Message le Sam 24 Sep 2011 - 22:35 par Invité

Editorial. Vive la banque d'affaire. Vive la fraude
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin -18/09/2011

Les économistes et observateurs les moins portés à la critique du capitalisme affirment aujourd'hui avec une grande unanimité que le salut de celui-ci supposerait le démantèlement de la dictature du pouvoir financier qui parasite dorénavant à son profit l'ensemble des activités productives. Ceci devrait se traduire par une double série de réformes: ramener le système bancaire à son rôle premier de gestionnaire des épargnes et de financement des PME, interdire les activités spéculatives se déroulant dans le secret des paradis politiques et technologiques (le trading haute fréquence, les "bourses noires"), qui permettent d'échapper aux contraintes fiscales et réglementaires.

Les mesures à prendre en ce but sont très simples et pourraient être comprises par tous les citoyens. Elles dépendent avant tout de l'intervention des gouvernements et des administrations de contrôle. Faire confiance à la bonne volonté réformatrice du pouvoir financier serait un leurre.

On pourrait donc penser que, à la veille d'élections générales, les candidats au pouvoir devraient en faire la priorité de leurs programmes. Toutes les autres réformes en découleraient. S'ils expliquaient aux électeurs la nécessité des décisions à prendre, ils auraient le soutien des peuples pour s'attaquer à la mise en oeuvre de ces réformes, malgré les résistances à prévoir.

L'objection selon laquelle de telles réformes supposeraient un consensus international ne tient pas. Si personne ne commence, la dictature du pouvoir financier se poursuivra en s'amplifiant. S'en prendre à un tel pouvoir présente certes des risques majeurs, au plan national comme international, mais là encore il faut bien que quelqu'un donne l'exemple. On peut faire une comparaison. Si les manifestants syriens n'acceptaient pas de mettre leur vie en péril pour abattre le régime de Bachar al Hassad, celui-ci continuerait à les opprimer jusqu'à la fin des temps.

Il est donc curieux de voir, dans le cas des débats entre candidats socialistes à la présidence de la République, qu'en dehors de Arnaud Montebourg voire Ségolène Royal (et encore), aucun d'eux n'a vraiment insisté sur la priorité à donner à la réforme du système bancaire et à la lutte contre les gangsters en col blanc que le courageux journaliste Marc Roche a décrit dans son livre "Le capitalisme hors la loi" (Albin Michel 2011), précédé en cela par le magistrat Jean de Maillard, auteur de "L'arnaque" que nous avions présenté en son temps.

Les électeurs ne suivraient pas, dira-t-on. Mais, nous venons de le voir, ils suivront d'autant moins que personne ne prendra la peine de leur expliquer les enjeux en cause, et le rôle qu'ils pourraient jouer en tant que citoyens et agents économiques. Certes les procédures à suivre pour réformer seront complexes et partiellement innapplicables. On peut penser cependant que si une nouvelle majorité en France s'y attaquait, soutenue par l'opinion, l'effet de contagion serait considérable. D'abord dans l"UE mais pourquoi pas en Suisse, au Canada (déjà assez avancé en ce domaine) voire aux USA. Mais il faudrait pour cela que de vrais héros politiques décident d'y consacrer toutes leurs forces.

Les cyniques ou réalistes (dont nous ne sommes pas encore tout à fait) feront une autre hypothèse. Les partis de gauche, en France et en Europe, sont depuis des lustres des otages d'un Système qui finalement les nourrit en les pourrissant. Leurs candidats n'iront donc pas risquer de tuer la poule aux oeufs d'or. Les Français de gauche pourront se consoler en pensant que leurs homologues aux Etats-Unis avaient très vite compris que, derrière le Yes we can du sémillant Obama se trouvait et se trouve encore l'homme de confiance de Wall Street et de Warren Buffet.

PS. Il serait juste de signaler que des militants américains commencent à manifester à Wall Street contre la dictature des banques. Ce fut le cas le 17 septembre, lors d'un jour dit "Day of rage". Nous en reparlerons.

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Message le Ven 23 Sep 2011 - 22:22 par Mister Cyril

Vers la fin du système ?

Après l’article paru dans le numéro 660 de votre journal ReSPUBLICA, une nouvelle accélération a eu lieu. Ce n’est plus seulement les pays du Sud de l’Europe qui sont touchés, mais les trois principales banques françaises1. Elles avouent posséder des créances sur la Grèce de respectivement de 5 milliards, 2,7 milliards et 600 millions d’euros. Mais combien sur le Portugal, l’Espagne et l’Italie ? Sans doute des dizaines de milliards au moins.
Car bien évidemment, ces banques n’ont gagné dans un premier temps de l’argent — sur le papier — qu’en spéculant sur les dettes souveraines des pays du Sud. Les apprentis sorciers que sont les dirigeants de ces banques, mélangeant allégrement le dépôt et la banque d’affaires, n’ont pas prévu la possibilité d’un défaut partiel de paiement de la Grèce… pour commencer le festival. Il n’est d’ailleurs même pas sûr que les CDS2, dernière sécurité du système, puissent fonctionner !

Il faut en déduire que les « crashs-tests », qui ont soi-disant vérifié la solidité des banques, sont en fait des assurances « pour gogos en péril ». D’abord, car cela a fonctionné avec la méthode Coué, mais aussi parce que n’a été vérifié que le solde des capitaux propres et des dettes et non le solde de leur liquidité à savoir le solde courant des recettes et des dépenses augmenté d’une étude des emprunts et des ressources qui tiennent compte des possibles ou probables défauts de paiement.

De plus, les nouvelles règles bancaires dites « Bâle III » qui demandent une recapitalisation des banques avec des ratios plus contraignants sont déjà contestées par des banques étasuniennes et le désaccord est flagrant à la Banque centrale européenne (BCE) dans l’opération de rachat des titres aux banques. Il est probable que les banques tenteront d’utiliser l’effet levier en empruntant notamment à la BCE, mais pas seulement pour éviter la chute. Mais cet effet levier peut se retourner contre eux ou ne faire que reporter sur la BCE et la mutualisation européenne la dette souveraine des États et des banques. Bref c’est le jeu « de la patate chaude ». Donc pour l’instant, nous ne pouvons conclure qu’à l’approfondissement de la crise en attendant pire demain.

Les partis politiques de gauche en retard d’un métro sur l’état de la crise
Relisez les programmes et les discours des partis et de leurs dirigeants français et analysez la situation économique et financière et sa crise systémique, voilà un exercice salutaire. L’extrême droite tente comme dans toute crise profonde de développer sa ligne réactionnaire et nauséabonde. La droite, aux abois, tente avec des rustines de plus en plus couteuses pour les couches populaires (53 % de la population) et les couches moyennes intermédiaires (24 % de la population) de colmater les brèches produites par leurs politiques depuis près de 30 ans. La gauche ordo-libérale joue au jeu de la « patate chaude » décrit ci-dessus : ils préconisent de renvoyer cette dette sur une mutualisation européenne3. Et après, à qui pensent-ils donner « leur patate chaude » ? À l’ONU ? Au FMI ? À une association multilatérale interstellaire ? Disons-le tout net : les programmes votés par les partis sont sur ce point déjà obsolètes ! Quant à la gauche d’alternative qui part pourtant d’une analyse plus juste de la crise systémique, on ne l’entend pas beaucoup ni par ses candidats ni par ses organisations politiques alors que le feu arrive dans la maison.

Bien évidemment, la situation demande une réaction de temps court basé sur la nécessité d’un audit de la dette afin d’en déclarer une partie illégitime, de changer les statuts de la BCE pour qu’elle soit dans la possibilité d’acheter au moment de leur émission les titres émis par les États, de taxer les transactions financières et d’engager immédiatement une réforme fiscale en durcissant la progressivité de l’impôt voire aussi d’engager une progressivité de la cotisation sociale elle-même et d’engager une politique de grands travaux répondant aux intérêts des peuples à commencer par les couches populaires et les couches moyennes intermédiaires.

Mais cela ne suffira pas, car les politiques keynésiennes ne peuvent pas régler le problème dans le temps long depuis le début de la mondialisation néolibérale et surtout depuis le début de la dernière phase du capitalisme à savoir celle du turbocapitalisme. Donc il faut engager aussi une politique de temps long en envisageant un nouveau mode de production et une nouvelle formation sociale qui pour nous doivent se construire autour du modèle politique de la République sociale avec ses 4 ruptures et ses 10 principes. ReSPUBLICA reviendra sur ce projet.

Et pendant ce temps-là, que font nos élites ordo-libérales ?
Le gouvernement décide de lutter contre les cigarettes illégales ! La judiciarisation de la politique bat son plein ! Les dénonciations sur les financements occultes anciens et actuels de la politique fusent ! Le débat entre la droite d’une part et le PS et les écologistes d’autre part tourne autour de savoir si « la règle d’or » de l’austérité doit être votée aujourd’hui (UMP) ou l’année prochaine après les élections (la gauche et les écologistes) : c’est une honte ! Aucun média ne demande aux principaux candidats socialistes d’expliquer le retour de la retraite à 60 ans avec l’acceptation d’une augmentation constante de la durée de cotisation ? Notre confrère « Le Kanal » nous fait remarquer que « les Allemands font encore mieux : c’est ensemble que la CDU, le SPD et les Verts votent en faveur des mesures d’austérité quand le groupe socialiste au Bundestag invite Jacques Delors pour l’ouverture des débats. À l’Est du Rhin, le père, à l’Ouest la fille. Cela nous change. » Bien vu, non ?

Et pendant ce temps-là, on apprend que le nombre de pauvres a augmenté de 337.000 personnes entre 2008 et 2009, pour atteindre le chiffre de 8,17 millions de personnes, que le nombre de refus d’accès pour cause financière à la cantine scolaire augmente, que la sous-déclaration des accidents du travail et des maladies professionnelles augmente, que le nombre de décès dus au travail augmente, que la croissance des inégalités sociales scolaires et de santé s’accélère, que le besoin de logement social devient criant, que le chômage est en augmentation, que les élites gagnent de mieux en mieux leur vie, que 104.000 places de maternelle ont disparu depuis dix ans, etc.

La question devient : est-ce que l’indignation est aujourd’hui suffisante ?

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Message le Dim 19 Juin 2011 - 12:14 par Mister Cyril

Je commenterais avec plaisir quand j'aurai 10 min pa Bru...toujours le même débat sur la Gauche et la gôche hein? Va encore falloir que je parle de base sociale et révolutionnaire (ou lutte des classes)!

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Message le Dim 19 Juin 2011 - 12:11 par Invité

Elle renaîtra peut-être en Chine. La gauche. En attendant, s'il n'y a plus de peuple de gauche, il reste l'humanité. La gauche fut la tentative d'une réponse. La réponse est toujours nécessaire. Si ce n'est plus encore.

Amicalement
Franz

Dernière édition par Franz le Lun 20 Juin 2011 - 16:57, édité 1 fois

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