Grèce : pourquoi la BCE exclut une restructuration ?

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20062011

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Grèce : pourquoi la BCE exclut une restructuration ?




par Martine Orange
http://www.mediapart.fr/journal/economie/150611/grece-pourquoi-la-bce-exclut-une-restructuration

extraits :
[...]la Banque centrale européenne (BCE) ne veut pas entendre parler d'une restructuration de la dette grecque, qui mettrait à contribution les créanciers privés.[...]
Jusqu'alors totalement en phase, la BCE et l'Allemagne se retrouvent ainsi en pleine bagarre ouverte. Car Berlin soutient désormais qu'une restructuration de la dette grecque s'impose, et que les créanciers privés doivent aussi prendre une partie du fardeau à leur charge! Berlin a rallié les Pays-Bas, la Finlande et même, avec des nuances, le président de l'Eurogroupe, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker. En face, la France soutient sans discussion la position de la BCE. [...]
La situation de la Grèce, cependant, requiert des réponses urgentes. Continuant à nier la réalité, les responsables européens et de la BCE pensent qu'un second plan d'austérité drastique, accompagné de privatisations massives, permettra, malgré l'échec du premier plan, de sortir la Grèce de l'impasse. Les chiffres, pourtant, ne laissent guère d'espoir. Le déficit budgétaire continue à déraper, l'endettement de la Grèce va dépasser les 150% de son PIB à la fin de l'année.

Selon les calculs d'économistes, il faudrait que le pays dégage un excédent primaire d'au moins 6% pendant dix ans pour pouvoir honorer cette masse de dettes. Or, la Grèce, compte tenu de la faiblesse de son industrie et de son économie, dégage un déficit structurel de 5%. Et les plans d'austérité ne peuvent qu'aggraver l'état des comptes. Il faut se rendre à cette réalité : la Grèce est insolvable.

Pourquoi la Banque centrale européenne se refuse-t-elle à admettre cet état de fait, et exclut par principe toute restructuration de la dette ? Il ne s'agit pourtant que de 300 milliards d'euros, au maximum, une somme certes importante mais qui représente à peine 2% du PIB européen. [...]

« Les Etats qui ont restructuré leurs dettes ne s'en sont pas mal trouvés. Loin d'être bannis des marchés, ils ont en général rapidement regagné leur confiance : les investisseurs préfèrent un pécheur redevenu solvable à un parangon de vertu au bord de l'asphyxie. Il y a vingt ans, la Pologne, qui avait négocié une réduction de dette, s'en est mieux sortie que la Hongrie, qui tenait à sa réputation. La réduction de l'endettement n'est pas infamante », rappelle l'économiste Jean Pisany-Ferry de l'institut Bruegel, un centre d'études basé à Bruxelles et défendant un libéralisme bon teint. [...]

Dans la foulée, l'agence Moody's a placé BNP Paribas, la Société générale et le Crédit agricole sous surveillance négative avec menaces de dégradation, en raison de leur exposition au risque grec.

Lors de la présentation de leurs résultats, ces trois banques avaient pourtant tenu des propos très rassurants sur leurs engagements en Grèce. BNP Paribas assurait ne détenir que 5 milliards d'euros de dette souveraine grecque. Son directeur général, Baudoin Prot, déclarait que les risques de la banque sur l'exposition au système bancaire étaient « négligeables » et que ceux à l'égard du système économique grec n'étaient pas « significatifs ». Bref, la banque était tout à fait en mesure d'absorber une restructuration.

La Société générale, qui déclare détenir 3 milliards d'obligations grecques, tient le même discours. Quant au Crédit agricole, bien que détenant 25% de la banque grecque Emporiki, il affirme n'avoir que 850 millions d'euros de dette grecque en portefeuille.

Ces chiffres ne semblent guère en rapport avec le risque souligné par Moody's. Ils ne correspondent pas non plus avec les statistiques publiées par la banque des règlements internationaux qui parle d'une exposition de 15 milliards d'euros pour les banques françaises. Faut-il en déduire que plus de 7 milliards d'obligations souveraines sont portés par des banques mineures? A moins que les titres n'aient été retirés des bilans bancaires pour rejoindre des assurances vies ou autres produits financiers « sûrs », vendus aux clients?

Cette opacité des chiffres sur l'engagement réel des banques se retrouve partout, y compris en ce qui concerne la BCE. Selon certains, le risque grec pour la Banque centrale européenne s'élève à 45 milliards d'euros. Le Wall Street Journal parle de plus de 120 milliards d'euros. Qui croire ? Cette situation traduit un état de fait. En dépit de la crise, de toutes les promesses de régulation et de contrôle, le système bancaire européen reste une « boîte noire ». Personne, y compris à la BCE, ne semble vraiment savoir où il en est.

Arguant de la crise, les banques ont obtenu de déroger à toutes les règles comptables pour établir leurs comptes comme elles le voulaient. Des titres n'ont plus été estimés à la valeur de marché mais traités comme des participations historiques, ce qui leur a évité d'importantes provisions. Les tests de résistance réalisés l'an dernier pour jauger de la solidité des 90 plus grandes banques européennes ont illustré jusqu'à la caricature l'opacité du système. Trois semaines après avoir passé haut la main toutes les épreuves, trois banques irlandaises faisaient faillite! Les banques doivent se soumettre à de nouveaux tests cette année. Mais la publication de leurs résultats ne cesse d'être différée.

Cette situation est la conséquence des choix faits par la BCE et les gouvernements européens au moment de la crise. Au lieu d'obliger les banques à faire la transparence sur leur bilan, à nettoyer leurs comptes de tous les produits toxiques, au lieu de les contraindre à se recapitaliser, les responsables ont préféré jouer la montre. A l'exception de la Grande-Bretagne, qui a nationalisé partiellement puis recapitalisé ses grandes banques, tous les autres pays européens leur ont avancé de l'argent, sans demander de contreparties.

De son côté, la BCE leur a prêté à 1% tout l'argent qu'elles souhaitaient. Et en reprêtant à des taux de 3%, 5% voire 8%, il était aisé aux banques de dégager de nouvelles marges. La plupart des établissements ont ainsi pu afficher, dès l'an dernier, des résultats mirobolants, faisant croire à tous que les effets de la crise avaient été totalement effacés. Il s'agissait là d'une illusion, le système bancaire n'ayant pas été réformé.

Une même stratégie, consistant à repousser les échéances et les décisions, a été adoptée au moment de l'explosion de la crise grecque et des dettes publiques en Europe. Le premier plan de sauvetage pour Athènes a d'abord été un plan de sauvetage des banques pour les aider à passer le cap, et à se débarrasser discrètement de titres devenus encombrants. Parce qu'un défaut sur une dette souveraine d'un pays de la zone euro n'était pas même concevable, était en tout cas inacceptable, il n'y a pas eu de recommandation pour passer des provisions, ou pousser les banques à des recapitalisations massives afin de pouvoir absorber d'éventuelles pertes.

Même les banques grecques n'ont pas été incitées à prendre de telles mesures. Aujourd'hui encore, alors que la BCE agite le spectre d'un écroulement du système bancaire grec en cas de défaut sur la dette, il n'est toujours pas question de le recapitaliser. La mesure pourtant va finir par s'imposer, avec ou sans nationalisation.

Plutôt que de changer de cap, les responsables de l'institution d'émission, soutenus par une partie des gouvernements européens, préfèrent persister. Un argument suprême vise à faire taire toute contestation: mener une restructuration sur la Grèce provoquerait une réaction en chaîne pire que celle enregistrée au lendemain de la faillite de Lehman Brother's, en 2008. C'est tout le système bancaire européen qui s'écroulerait, prédit la BCE.[...]

Que la BCE le veuille ou non, l'effet de contagion a déjà gagné l'ensemble de la zone euro. L'évolution des dettes portugaise et irlandaise suit pas à pas celle de la dette grecque. Et la menace pèse aussi sur le système bancaire. La BCE le sait mieux que quiconque. Depuis des mois, elle se substitue au marché interbancaire pour assurer les liquidités des banques irlandaises et portugaises. Depuis quelques jours, les banques espagnoles sont revenues frapper au guichet pour obtenir des fonds que les autres banques ne veulent plus leur avancer.

Jusqu'à quand les responsables européens continueront-ils à différer le nettoyage en grand des banques ? «La question n'est plus de savoir si la Grèce va restructurer mais quand et comment ?», répètent nombre d'analystes. La grève générale dans tout le pays, mercredi, les violences et les oppositions que suscite un deuxième plan de sauvetage qui ne résout rien et pousse un pays entier au désespoir, prouvent que les changements ne pourront pas être différés encore longtemps. Sous peine de voir la Grèce et la zone euro exploser.

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Message le Lun 20 Juin 2011 - 20:53 par Invité

Faut-il en déduire que plus de 7 milliards d'obligations souveraines sont portés par des banques mineures? A moins que les titres n'aient été retirés des bilans bancaires pour rejoindre des assurances vies ou autres produits financiers « sûrs », vendus aux clients?

avis aux amateurs de "l'épargne sûre" hé hé hé , 20 millions de contrats d'assurance-vie en France, voilà pourquoi Sarko refuse de déclarer la Grèce en faillite ! Quelle hypocrysie !
Country peux-tu nous confirmer combien l'assurance-vie est un produit "sûr" ? merci

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