Pourquoi il n'y a pas aux Etats-Unis de mouvements de masse des classes ouvrière et moyenne face à la crise qui les frappe

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06072011

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Pourquoi il n'y a pas aux Etats-Unis de mouvements de masse des classes ouvrière et moyenne face à la crise qui les frappe




Alors que des actions massives persistantes ont (eu) lieu en Europe et dans les pays arabes, les manifestations aux Etats-Unis n'ont été jusqu'à présent ni unitaires, ni d'ampleur nationale.

James Petras analyse ici ce phénomène.

Source : US Working and Middle Class - Solidarity or Competition in the Face of Crisis ?

27 juin 2011
La classe ouvrière et la classe moyenne aux Etats-Unis : solidarité ou concurrence face à la crise ?

"Je pense que vous ne vous rendez pas compte à quel point il est difficile aux opprimés de s'unir. Leur malheur les unit (…). Mais, sinon, leur malheur tend à les couper les uns des autres, car ils sont contraints d'arracher de la bouche des autres les malheureuses miettes qu'on leur donne ". Bertolt Brecht Collected Plays Vol. 91.

Il y a deux faits incontestables concernant les Etats-Unis : l’économie et la classe ouvrière connaissent une longue crise financière qui dure depuis trois ans et qui ne montre aucun signe de vouloir se terminer ; il n’y a eu ni révolte majeure, ni résistance nationale massive, ni manifestations de grande envergure.
Peu d’analystes ont tenté d'expliquer ce paradoxe apparent et, ceux qui l'ont fait ont apporté des réponses partielles qui, en fait, soulèvent plus de questions qu’elles ne donnent de réponses.

Les grandes lignes de l'étude

La plupart des auteurs insistent essentiellement sur une des facettes de ce paradoxe. Les analystes de la "crise" s'intéressent à l'étendue, la durée et la persistance de la crise économique, soulignant ses lourdes conséquences en matière de pertes d'emplois, de protection sociale, de salaires et de remboursements de prêts immobiliers, etc. D'autres, en général des progressistes, parlent surtout des manifestations locales, des réactions critiques aux sondages, de récriminations occasionnelles émanant d'apparatchiks syndicaux et les espoirs et les mises en garde d'universitaires et d'experts qu'une "révolte" va prochainement éclater, à un moment ou à un autre.
Parmi la minorité d'analystes critiques moins optimistes, on trouve du désespoir, ou, du moins, une vision plus pessimiste de ce "paradoxe". Ils évoquent plusieurs obstacles politiques, organisationnels et psychologiques fermement ancrés qui empêchent toute révolte ou mouvement de masse de se faire jour dans la population des Etats-Unis.
En gros, ces critiques voient en la classe ouvrière et la classe moyenne des "victimes" du système, exploitées par de faux leaders, par la manipulation des médias, le capitalisme et le système bipartite qui les empêchent de défendre leurs intérêts de classe.
Dans cet essai, je propose une autre approche, à savoir que les "ennemis extérieurs" qui font obstacle à la résistance de la classe ouvrière et la classe moyenne sont soutenus et encouragés par le comportement et l'intérêt apparent au sein de ces classes. Nous verrons que l'effet qu'a eue la crise sur la classe ouvrière et la classe moyenne, par sa nature et son envergure, a été mal interprété et, en conséquence, l'importance des contradictions internes au sein de ces classes n'a pas été bien évaluée.

Les concepts-clés : expliquer la crise et ses effets.

Les crises économiques, même celles qui sont graves et durables, comme celle que connaissent les Etats-Unis aujourd’hui, ne touchent pas de la même façon toutes les catégories de la classe ouvrière et de la classe moyenne. Ces inégalités ont divisé la classe ouvrière et la classe moyenne, entre ceux qui sont gravement touchés et ceux qui ne le sont pas, et qui, dans certains cas, en ont bénéficié. Cette division est un des facteurs-clés qui explique le manque de solidarité de classe et a conduit à des "contradictions" au sein même de la classe ouvrière et de la classe moyenne et entre elles.
Ensuite, le développement inégal de l’organisation sociale – en particulier du syndicalisme – entre les salariés du secteur public et ceux du secteur privé, a eu pour effet que les premiers ont obtenu – ou conservé - des avantages sociaux plus importants, des augmentations de salaires, alors que les autres ont cédé du terrain. Les employés du secteur public font appel aux finances publiques pour rétribuer leurs "intérêts corporatistes" alors que les salariés du secteur privé sont contraints de payer des impôts de plus en plus élevés à cause des mesures fiscales régressives. Il en résulte un conflit d’intérêt apparent ou réel entre les salariés du secteur public syndiqués, organisés autour d’un ensemble d’intérêts (qui leur est propre), et la masse des salariés du secteur privé non syndiqués qui, ne pouvant pas obtenir des augmentations de salaires grâce à la lutte des classes, s'allient à ceux (financés par le capital) qui demandent toujours moins d’ingérence de l'état pour exiger des réductions budgétaires pour les salariés du public.
Le clivage politique, en particulier, parmi les démocrates de la classe ouvrière et de la classe moyenne, réduit la solidarité de classe et affaiblit les mouvements sociaux unitaires. On constate cela surtout pour les questions de guerre et de paix, de crise économique et de réductions de programmes sociaux. Quand les démocrates sont au pouvoir, comme aujourd’hui, et que les guerres et les dépenses pour les guerres se multiplient, la majorité des militants pour la paix disparaissent du paysage, les actions syndicales contre les réductions budgétaires visent les gouverneurs républicains, pas les démocrates, même si la classe ouvrière et la classe moyenne (y compris les salariés du secteur public) sont très touchées.
Les principaux leaders syndicaux millionnaires (qui perçoivent en moyenne un salaire annuel de plus de 300.000 dollars, hors avantages) augmentent la division en distribuant au parti démocrate des millions de dollars pris sur les cotisations pour être sûrs de conserver leur poste.
La sécurité d’un poste de bureaucrate obtenue grâce à l’alliance avec les élus des congrès et les gouverneurs, les maires et les dirigeants de l’exécutif du parti contribue à augmenter la division au sein de la classe ouvrière entre les "fonctionnaires avec un poste stable" et leurs partisans, d'une part, et le reste de la classe ouvrière et de la classe moyenne, de l'autre.
A partir de ces concepts-clés, nous allons voir maintenant "les conditions objectives d'une crise", une étude critique de certaines explications du "paradoxe", puis examiner en détail les "contradictions internes’’ et conclure en exposant brièvement certains éléments de réponse pour résoudre ce paradoxe.

La crise économique est bien réelle, profonde et durable

Les symptômes et les structures d'une crise économique profonde sont parfaitement visibles pour tous sauf pour les plus obtus qui trouvent des excuses au gouvernement ou pour quelque économiste de renom: le chômage et le sous-emploi ont atteint un taux entre 18 et 20 %. Une famille sur trois est directement touchée par la perte d'emploi. Un ménage sur 10, propriétaire d'une maison, est soit en retard de paiement des remboursements du prêt, soit menacé de saisie. Plus de la moitié des chômeurs actuels (9,1 %) sont au chômage depuis au moins six mois. Les réductions massives des dépenses publiques et des investissements publics se sont soldées par la suppression des programmes de santé, d'éducation et de protection sociale pour des dizaines de millions de ménages à faibles revenus, d'enfants, de personnes âgées et d'handicapés.
Les compagnies privées ont supprimé ou réduit l'assurance-maladie des salariés, laissant plus de 50 millions de travailleurs sans couverture médicale et 30 millions d'autres avec une couverture médicale insuffisante. Les exonérations d'impôts, les taxes réduites et régressives ont augmenté les impôts des salariés, ce qui a diminué leur revenu net. Les augmentations des cotisations pour la retraite et l'assurance maladie qui ont été imposées aux salariés de la classe ouvrière et de la classe moyenne ont encore fait baisser leurs revenus.
L'augmentation des dépenses pour au moins quatre guerres (en Irak, en Afghanistan, au Pakistan et en Libye), les préparatifs pour une cinquième (l'Iran), le soutien à l'état le plus militarisé du monde (Israël) et un appareil d'état policier omniprésent et coûteux (les services du Département de la Sécurité Intérieure coûtent à eux seuls 180 milliards de dollars) ont gravement détérioré le niveau de vie, que ce soit en matière d'environnement, de travail ou d'espace de loisirs.
Le pouvoir politique lié au capital et la direction tyrannique sur le lieu de travail ont augmenté la crainte, l'insécurité et la terreur parmi les employés qui risquent de se retrouver avec des cadences de travail accélérées et la suppression arbitraire de dispositions comme la sécurité sur le lieu de travail, les horaires de travail, etc.
Les emplois de services mal payés prolifèrent, les emplois bien rémunérés sont sous-traités, les usines sont délocalisées à l'étranger; les professionnels et les travailleurs moins bien payés sont importés de l'étranger, pour être mis en concurrence avec les travailleurs US sur lesquels il est fait pression pour baisser les salaires et réduire la protection sociale.
La crise économique est enracinée dans la structure profonde du capitalisme US et ce n'est pas un "phénomène cyclique" qui serait suivi d'une reprise dynamique, où on retrouverait les emplois, les logements, le niveau de vie et les conditions de travail perdus.

La réaction de la classe ouvrière et de la classe moyenne à la crise économique

Cette crise profondément implantée et généralisée n'a pas fait naitre de révoltes en proportion, pas même un mouvement de protestation continu d'ampleur nationale.
Au mieux, les manifestations locales organisées par des catégories spécifiques de la classe ouvrière et la classe moyenne cherchaient à défendre des intérêts économiques et corporatistes limités. Le mouvement social des fonctionnaires du Wisconsin était aussi exceptionnel dans son action militante qu'il était isolé et limité dans l'impact national global. Alors que le gouverneur républicain de Californie et celui, démocrate, de New York suppriment des milliards de dollars en salaires, retraites, et assurance-maladie à des centaines de milliers de salariés syndiqués de la fonction publique, les leaders syndicaux braillent sur la touche avec impuissance, incapables d'organiser une quelconque manifestation sérieuse, a fortiori un mouvement populaire.
Alors que les sondages montrent que la population est sur le plan individuel très inquiète au sujet de la crise économique et mécontente des deux partis à la fois, la réaction à la crise ne s'est pas concrétisée par un passage à l'action, pas plus que n'a émergé un quelconque mouvement de masse– cela reste un mécontentement personnel anodin.
Alors que des millions de personnes de la classe ouvrière et de la classe moyenne sont profondément inquiètes à cause de la crise actuelle, il n'y a pas eu pour autant de répercussions au niveau social ou politique, ni passées, ni présentes ni dans un avenir proche.
Tous les espoirs exagérés et les "pronostics inquiétants" des libéraux et des gauchistes, des socialistes et des progressistes, qui annonçaient une "révolte des masses" prochaine, se sont avérés complètement erronés. La crise se poursuit et la classe ouvrière et la classe moyenne, très mécontentes, souffrent en privé, ressassant leurs griefs dans leur coin, peu disposées à se lancer dans des actions collectives de masse.
Même si les medias, même si Internet, Facebook et Twitter, montrent des millions de gens qui manifestent et qui font grève et qui sont même allés jusqu'à renverser des régimes tyranniques au Moyen-Orient et en Afrique du N., alors que même les infos parlent de grèves générales et d'occupations massives à répétition de places publiques par des salariés et des chômeurs en Grèce, en Espagne, au Portugal, en Italie et en France, les travailleurs aux Etats-Unis sont tétanisés, indifférents, incapables d'en "tirer les leçons" et de se lancer dans l'"action collective" même là où les problèmes d'emplois et de réductions sont similaires.

Pourquoi cette immobilité sociale face à la crise économique

Ce n'est pas par absence de "conscience" que quelque chose ne "tourne pas rond" dans ce pays. Il ne manque pas d'experts pour tenter de s'attaquer au paradoxe qui existe entre la crise économique et l'immobilité sociale.
Plusieurs tentatives d'explications circulent dans les médias et sur Internet. Certains analystes ont recours à des explications psychologiques sur la passivité sociale, mettant cela sur le compte de la crainte générale de la vengeance patronale, la répression de l'Etat, ou une impression de "futilité" face à l'indifférence et à l'hostilité des partis politiques.
L'argument psychologique a quelque pertinence car il indique certaines des causes immédiates du non-engagement mais n'explique pas, toutefois, ce qui provoque cette "crainte" et cette futilité.
En réaction, beaucoup de progressistes critiques citent l'absence ou la déficience des organismes sociaux et désignent en particulier le déclin des organisations syndicales, qui font que 93% des employés du secteur privé ne sont pas syndiqués et que les salariés syndiqués du secteur public se retrouvent avec un pouvoir de négociation limité.
Si ces analystes ont raison de souligner la réticence des responsables syndicaux millionnaires d'innover et de lancer de nouvelles tentatives pour organiser les travailleurs, on peut se demander pourquoi la classe ouvrière et la classe moyenne qui ne se syndiquent pas n'ont pas pris elles-mêmes l'initiative de s'organiser. Les apparatchiks syndicaux ont un long passé de concessions faites au patronat sur le dos des travailleurs qui remonte à au moins une vingtaine d'années et, cependant, ceux qui sont touchés de plein fouet et ceux qui ont perdu leur emploi n'ont pas organisé de réseau de solidarité alternatif.
Les analystes politiques insistent sur la nature oligarchique et restrictive du système électoral qui empêche l'émergence de nouvelles initiatives politiques. Le coût des campagnes électorales, qui se chiffre à plusieurs millions de dollars, l'emprise quasi-monopolistique qu'ont les élites des deux partis du capital sur les médias et l'obstacle juridique à franchir avant de pouvoir devenir candidat officiel, découragent les électeurs dégoutés de soutenir de nouvelles initiatives d'un parti politique. Mais la question la plus complexe est de savoir pourquoi il n'y a pas eu d'actions de masse, en dehors de la structure électorale des partis, pour affronter l'oligarchie politique, le monopole capitaliste des médias, et pour changer les contraintes juridiques afin d'avoir le droit d'entrer effectivement dans l'arène électorale.
Pourquoi des actions de masse ont-elles lieu dans d'autres pays encore plus répressifs, face à des contraintes juridiques similaires et des oligarchies bien implantées?
Si des "contraintes externes" semblables à celles qu'on trouve aux Etats-Unis conduisent à des réactions comportementales différentes, on peut se poser la question de savoir si les divergences au sein de la classe ouvrière et la classe moyenne ne peuvent pas être à l'origine de la passivité et l'immobilité.
Quelques auteurs, essentiellement de gauche, citent le divorce ou la distance qui existe entre les intellectuels/universitaires et les classes moyenne et ouvrière forcées d'accepter des emplois en-dessous de leurs qualifications. Aux Etats-Unis, il y a peu d'intellectuels – des auteurs engagés politiquement et des maîtres de conférence sur la politique.
Ce qui passe pour l'"élite intellectuelle", ce sont des universitaires de profession, employés à plein temps, dont l'attitude dans la vie quotidienne et en société ne varie guère, quelles que soient les idées qu'ils professent. L'immense majorité des universitaires de gauche considèrent qu'ils font du "militantisme" en lisant leur prose devant leurs pairs à des "forums de gauche" ou "sociaux", qui varient peu, dans la présentation et l'impact qu'ils ont, des réunions classiques de professionnels.
Même pour ces universitaires de gauche qui jouent un rôle politique, celui-ci est en grande partie en rapport avec les caciques multimillionnaires des syndicats et leur appareil loyaliste. En conséquence, les universitaires progressistes n'ont guère de contacts avec l'immense majorité des travailleurs qui sont en dehors des syndicats, ni avec ces sections syndicales dissidentes qui s'opposent au réseau des syndicats liés au parti démocrate et auxiliaires du patronat.

Autre explication du "Paradoxe"

Un des problèmes majeurs qui empêche la compréhension du paradoxe, c'est le traitement du concept-clé de "crise". De nombreux analystes conçoivent la crise de façon holistique, en partant du principe que ce qui est "général" ou "systémique" a un effet homogène sur les classes moyenne et ouvrière.
En fait, l'immense majorité, disons trois quarts d'entre eux, n'ont pas été gravement touchés par la "crise". En supposant qu'il y a environ 20% de chômeurs et de sous-employés, et si on y ajoute ceux qui ont subi des changements sérieux de statut, il reste encore au moins 70% dont la préoccupation principale est de préserver leur position de "privilégiés" et de se désolidariser de ceux qui sont sortis de leur orbite classe-social.
Aux Etats-Unis, plus que dans n'importe quel autre pays, les importantes différences internes, entre employés et chômeurs/sous-employés, se sont traduites par la concurrence entre eux, pas par la solidarité. Dans la plupart des pays du monde, les travailleurs au chômage ou sous-employés peuvent espérer recevoir un soutien actif de la part des travailleurs syndiqués, aux Etats-Unis, sitôt que les salariés perdent leur emploi et ne peuvent plus payer leur cotisation syndicale, ils sont abandonnés. Même en matière de vie familiale, sociale et locale, ils sont considérés comme un "coût", une menace potentielle sur la baisse des revenus de ceux qui ont un emploi. Ceux qui travaillent considèrent les chômeurs et ceux qui ont de bas salaires comme un coût social, et donc, une charge financière supplémentaire, plutôt que comme des camarades de lutte pour imposer aux capitalistes de payer plus d'impôts et de réduire les dépenses pour faire la guerre. Pour les travailleurs, "augmentation des impôts" se traduit par "fuite des capitaux"; "réduction des dépenses militaires" par "perte d'emplois dans l'industrie de la guerre".
La segmentation au sein des classes moyenne et ouvrière fonctionne à de nombreux niveaux. Le plus frappant, c'est l'écart de salaire entre celui des responsables syndicaux haut-placés qui touchent plus de 300.000 dollars/an, sans compter les avantages, et celui des chômeurs/ sous-employés qui vivent avec moins de 30.000 dollars. Ces écarts financiers jouent un rôle important sur le plan politique et social.
L'appareil syndical achète sa "sécurité de l'emploi" avec des dons de dizaines de millions de dollars qu'il verse principalement au Parti démocrate pour s'assurer que les syndicats conserveront leur statut officiel et le droit aux négociations collectives.
En d'autres termes, les syndicats qui représentent 12% de la population active, sont une "force captive" de l'Etat accablé par la crise, ce qui exclut toute initiative sociopolitique qui représenterait les revendications et les intérêts des travailleurs sous-employés et des travailleurs mal payés non syndiqués.
Les classes moyenne et ouvrière sont touchées différemment par les crises: ceux qui ont un emploi et qui sont liés au Parti démocrate placent la fidélité au parti au-dessus de toute notion de solidarité de classe.
Ceux qui ont un emploi ne soutiennent pas les sans-emploi – ils les voient comme des rivaux qui se battent pour avoir une part du gâteau de ressources qui s'amenuisent de plus en plus.
Si on examine ces deux groupes en détail, on s'aperçoit que ceux qui sont mal payés, qui sont au chômage ou sous-employés sont souvent des jeunes de moins de 30 ans, des noirs, des latinos, et des parents isolés; ceux des classes moyenne et ouvrière qui sont mieux payés sont plutôt plus âgés, blancs, instruits et d'origine anglo-juive. Les divisions ethnico-culturelles, générationnelles, et raciales jouent un rôle beaucoup plus important aux Etats-Unis que partout ailleurs, à cause de l'élimination de la notion de classe en matière d'identité et de perspective, qui a annihilé toute notion de solidarité de classe.
La segmentation au sein des classes moyenne et ouvrière est plus importante aux Etats-Unis parce que ceux qui ont un emploi stable profitent dans de nombreux cas des problèmes que connaissent ceux qui sont au chômage ou sous employés.
Les saisies immobilières touchent plus de 10 millions de ménages incapables de rembourser leur prêt. Les banques, désireuses de récupérer une partie de leur argent, proposent de revendre les maisons à des prix défiant toute concurrence.
Les acquéreurs de maisons des classes moyenne et ouvrière qui ont un emploi sont ravis d'acheter, même si ceux de leur classe sociale sont expulsés et se retrouvent à la rue ou dans une caravane. Il n'y a pas d'actions pour empêcher ou manifester contre les expulsions de voisins, de collègues de travail et/ou de parents; au lieu de ça, les gens se renseignent discrètement sur la date de la vente aux enchères.
Les travailleurs qui sont mieux rémunérés cherchent à obtenir des biens de consommation meilleur marché dans les grandes surfaces qui versent à leurs employés le salaire minimum. Les "intérêts" des travailleurs sont définis par les intérêts immédiats de consommateurs individuels et non pas en matière d'amélioration d'intérêts stratégiques émanant du potentiel social et politique d'une classe sociale organisée.
Les propriétaires de maisons des classes moyenne et ouvrière qui ont un emploi se considèrent comme des "contribuables", et s'allient aux magnats capitalistes de l'immobilier qui luttent pour faire baisser les impôts en réduisant les services sociaux pour la classe ouvrière à faibles revenus et les chômeurs.
L'augmentation des manifestations contre les impôts des classes bourgeoise, moyenne et ouvrière est en fait le signe d'une guerre d'un segment de cette classe contre une autre. De toute évidence, un des segments se bat pour arracher les miettes de la bouche d'un autre segment.
Même au sein de la classe ouvrière syndiquée, il y a division. Une partie des travailleurs syndiqués ont obtenu des augmentations de salaires, de retraites et d'assurance-maladie grâce aux luttes collectives, sans se préoccuper des intérêts, des revendications et des besoins de la marée de travailleurs non syndiqués, qui étaient en train de passer à un statut inférieur tout en payant davantage d'impôts. C'est ainsi que leur écarts socio-économiques ont été politisés et exploités par la droite - et que les secteurs public-privé des classes moyenne et ouvrière se sont trouvés à lutter les uns contre les autres pour récupérer les miettes d'un budget en baisse.
Alors que les services publics de santé et d'éducation se détérioraient, les classes moyenne et ouvrière se sont divisées entre ceux qui se sont tournés vers les cliniques et les écoles privées et ceux qui sont restés dépendants des services publics, et qui fonctionnent grâce aux fonds publics.
Ces catégories liées au "privé" s'opposaient aux impôts qui servent à financer le secteur public, laminant toute solidarité de classe pour améliorer le financement et la qualité de la santé et de l'éducation publiques.

Conclusion

Il est clair que la crise du capitalisme a provoqué des réactions contradictoires parmi les différents segments des classes moyenne et ouvrière selon les intérêts des uns et des autres. Le fait de ne pas s'identifier à une classe, l'écart financier interne entre les leaders et leurs partisans, les divisions générationnelles, ainsi que l'attachement partisan à un parti ont sapé la solidarité de classe et conduit à des récriminations futiles et une hostilité diffuse.
La rivalité – et non pas la solidarité — au sein des classes moyenne et ouvrière est la raison de l'immobilité profonde des Américains face à une crise économique prolongée et qui s'aggrave.
On le constate aujourd'hui comme dans le passé. Y a-t-il des perspectives pour un avenir différent? Y a-t-il une possibilité de rassembler les différentes catégories au sein des classes moyenne et ouvrière dans une lutte durable? Existe-t-il d'autres voies conduisant à la solidarité de classe et aux mobilisations populaires? La direction à prendre la plus fructueuse serait de commencer au niveau local et régional en rassemblant les organisations locales et les syndicats de militants de base dissidents et des progressistes des professions libérales (avocats, médecins, etc.) dans les luttes, qui soutiendraient les groupes les plus sérieusement touchés qui sont menacés de se retrouver sans emploi, sans assurance-maladie, sans maison, etc.
Tous les sondages montrent les énormes divergences qui existent entre l'immense majorité des Américains et les élites politiques des deux partis sur les questions de renflouements des banques, d'exonérations d'impôts pour les riches, de "réformes" (privatisations et réductions budgétaires), sur Medicare, Medicaid, et la protection sociale.
Ces divergences existent concernant les pertes de vies et l'argent dépensé pour les multiples et très longues guerres que mène l'Amérique.
Donc, (il faut organiser) des référendums, proposant (1) de supprimer le plafond des cotisations sociales pour les riches, ce qui mettrait fin à la prétendue "crise de la sécurité sociale" (2) d'instaurer un impôt sur les ventes lors de transactions financières, ce qui comblerait le déficit de Medicare.
Des investissements publics pour nos infrastructures qui se dégradent en transférant les fonds réservés aux guerres (790 milliards de dollars) créeraient des emplois, augmenteraient la demande dans l'économie nationale et augmenteraient la productivité et la compétitivité de l'économie US.
Le soutien pour la santé publique est une question qui rassemble la plupart des catégories de la classe ouvrière et la classe moyenne, les personnels de santé syndiqués et les organisations locales: ils pourraient éventuellement affronter Big Pharma et les grands groupes privés du secteur de la santé. Un salaire minimum plus élevé – débutant à 12 dollars de l'heure – pourrait mobiliser la plupart des catégories de la classe ouvrière et la classe moyenne, et des initiatives au niveau local pourraient intégrer les travailleurs immigrés et ceux qui ont des bas salaires.
Les sondages montrent que la plupart des Américains auraient des attitudes "contradictoires": ils soutiennent à la fois des politiques progressistes et réactionnaires. Par exemple, beaucoup sont pour Medicare mais demandent également "peu d'intervention de l'Etat"; ils sont pour les créations d'emplois fédérales et la réduction des déficits; pour les taxes à l'importation et les importations de biens de consommation bon marché.
Un programme militant exhaustif d'éducation politique, qui expliquerait que des réformes sociales progressistes sont réalisables et finançables, en s'appuyant sur une lutte budgétaire constante contre le capital financier, pourrait être transformé en organisation et action directe.
On commence par une réalité objective en démontrant que la crise continue du capitalisme ne répond pas et ne peut pas répondre aux revendications les plus élémentaires: les emplois, le logement, la sécurité, la paix et la croissance.
C'est un gros avantage sur ceux qui défendent le système et préconisent davantage de mesures au détriment des plus démunis.
Ensuite, nous nous basons sur l'avantage de savoir que le pays possède le potentiel en matière de santé, de compétences et de ressources pour surmonter les crises.
Troisièmement, nous pouvons nous appuyer sur des programmes populaires qui fonctionnent relativement bien et qui sont largement soutenus – la sécurité sociale, Medicare, Medicaid – pour servir d'"exemples" pour généraliser et améliorer la protection sociale.
Pour la plupart des Américains, la lutte aujourd'hui, si tant est qu'elle existe, est défensive – c'est une lutte pour conserver les derniers vestiges de syndicats indépendants, pour défendre la sécurité sociale, les programmes de santé, l'éducation publique accessible à tous, les retraites. L'offensive du capital nivelle de plus en plus vers le bas les classes moyenne et ouvrière syndiquées, qui rejoignent les catégories de travailleurs les plus mal payés non syndiqués. Il y a moins de "travailleurs privilégiés", même si ceux-ci sont encore dans le déni.
La quasi-extinction du syndicalisme du secteur privé et des apparatchiks syndicaux millionnaires moribonds offre une chance de repartir de zéro avec une organisation à direction horizontale, qui rendrait des comptes à sa base et qui intègrerait également les organisations locales d'écologistes, d'immigrés, de consommateurs. Ce qui est sûr et certain, c'est que la crise seule ne déclenchera pas de soulèvement de masse. De même que les universitaires progressistes "éclairés" enfermés dans leur microcosme n'offriront pas un leadership.
La voie à suivre commence avec des leaders locaux qui émergent de coalitions locales, qui créent des organisations sur des bases politiques et sociales indépendantes qui trouvent un même écho chez les voisins, les collègues de travail et les Américains syndiqués ou pas qui se retrouvent avec des emplois en-dessous de leurs qualifications. Je ne vois pas de solution facile ou rapide au "paradoxe" mais je vois bien les conditions objectives à construire un mouvement. J'entends une multitude de voix en colère et discordantes.
Mais surtout, j'espère que les opprimés cesseront "d'arracher les miettes de la bouche des autres opprimés".

James Petras, ex-professeur de sociologie à Binghamton University, New York, militant de la lutte des classes depuis cinquante ans, conseiller pour les sans-terre et les sans-droits au Brésil et en Argentine, a coécrit "Globalization Unmasked (Zed Books).
Le dernier ouvrage de James Petras s'intitule: The Arab Revolt and the Imperialist Counterattack.

NB: le texte de Petras n'était pas bien évident à traduire. Merci de votre indulgence.


Note perso (du traducteur)

Cette analyse montre bien comment le capitalisme a réussi à cloisonner la population de façon à les dresser les uns contre les autres pour les empêcher de se révolter. C'est ce qui se produit, également, à moindre échelle pour l'instant, ici en France, mais on y retrouve les mêmes ficelles: incitation au communautarisme, criminalisation des chômeurs, des immigrés, des "RSA", affaiblissement des syndicats en offrant des places privilégiées à leurs leaders, etc.
Bref, tout ça, quoi.
Sans compter la frilosité dont parle Petras quand la "gauche" est au pouvoir, où les caciques des syndicats et autres institutions de "gauche" font le chantage de la menace du "retour de la droite", contraignant les forces militantes actives à l'immobilisme.
Mais je vous laisse méditer. Et commenter, éventuellement.

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Message le Mar 23 Aoû 2011 - 13:58 par Donald11

brusyl a écrit:Le système scolaire est mis en cause par l'auteur comme étant l'apprentissage de la servitude... Que devrions nous dire du nôtre alors !
En ce qui nous concerne au maquis, ses effets contestataires me semblent plutot positifs !!!
Une autre cause définie par l'auteur est la prison des crédits qui cernent le jeune dès qu'il entre à l'université.On pourrait même dire avant, dès qu'il a 16 ans, dès qu'il possède sa première carte de crédit
Le credit et la pub a la teloche ... Puis la commission de desendettement ! T'en as de bonnes, toi, faut bien consommer quand meme pour nourrir nos transnationnales et leurs pedeges !!!

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Message le Mar 23 Aoû 2011 - 13:39 par Donald11

J'avais promis d'y revenir, donc j'y reviens ...

1) de James : James Petras est professeur émérite de sociologie à l'Université Binghamton de New York. Il se définit lui-même comme un militant et écrivain « révolutionnaire et anti-impérialiste ».
Intellectuel emblématique de la gauche américaine, il a travaillé avec le Mouvement des travaileurs sans-terre du Brésil et le Mouvement des chômeurs d'Argentine. Il est membre du Comité éditorial de Canadian Dimension et de la conférence « anti-impérialiste » Axis for Peace organisée par le Réseau Voltaire. Partisan du gouvernement cubain, il a développé une vive polémique à ce sujet avec José Saramago.
Il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont un seul a été traduit en français : La Face cachée de la mondialisation : L'Impérialisme au XXIe siècle (ISBN 2841900843)
Plusieurs de ses thèses sont assez controversées au sein de la gauche altermondialiste. Petras considère que les attentats du 11 septembre ne sont pas dus à un groupe islamiste radical et que l'attribution de ces attentats à Al Qaida est injustifiée (voir James Petras, Washington's Conspiracy Theory Rejected, September 24, 2001). Il revendique la défense du patriotisme des États-Unis dont la souveraineté serait mise en péril par l'alliance entre le complexe militaro-industriel, l'AIPAC (American Israël Public Affairs Committee) et le JINSA (Jewish Institute for National Security Affairs), deux organismes qu'il présente comme formant un "lobby sioniste". D'après lui, la politique des États-Unis au Moyen-Orient ne correspond pas aux intérêts de ce pays, mais exclusivement à ceux de ces intérêts privés et de l'État d'Israël. Il prône la constitution d'une alliance contre ce "lobby" qui dépasserait les clivages traditionnels entre la gauche et la droite. Plusieurs courants de gauche ont critiqué ces positions qu'ils qualifient d'antisémites. (Voir: Sam Manuel, More middle class radicals promote Jew-hatred, The Militant, May 15, 2006).
(source wikipedia)

Et quelques textes ici

2) il ne semble pas contestable que, de l'autre cote de l'Atlantique, les mouvements contestataires tels qu'on en a connu en Europe (et qu'on en connait encore), et dans le Magreb ne sont plus d'actualite, la derniere grande revolte ayant eu lieu a Los Angeles en 1991. Et depuis les attentats meurtriers du 11 septembre par Al Qaida (je pouffe), c'est le grand calme sur le territoire de la grande amerique.

3) je me suis arrete quelques instants sur la citation de Brecht, mort en 1956. "Leur malheur (aux opprimes) les unit. Mais il tend a les couper les uns des autres, car ils sont contraints d'arracher de la bouche des autres les malheureuses miettes qu'on leur donne."

4) j'ai lu "la misere du monde" de Bourdieu ...

5) j'ai ecrit quelque part au maquis que l'instinct de survie passe avant la politique ... Et je rappelle ce chiffre de 1 milliard de creve la faim dans le monde, et quelques 10 % de pauvres en France, ce qui fait rien de moins que 6 millions de personnes ...

6) alors, que dit Petras ? Etat des lieux :
le clivage politique reduit la solidarite de classe et affaiblit les mouvements sociaux unitaires (exemple, avec le PS en France). La fonction des leaders syndicaux est devoyee (leurs objectifs syndicaux ne sont pas clairs, contrairement a leurs objectifs personnels). On (je vous laisse le choix des protagonistes) oppose les nantis du public et les travailleuses et travailleurs du prive.

la crise economique et les decisions politiques qui l'ont suivi ont aggrave la situation des plus faibles : chomage en hausse, revenus en baisse, coupes drastiques dans les depenses publiques (sante, education, protection sociale, ...)

augmentation des depenses de guerre a l'etranger et pour un appareil d'etat policier omnipresent et couteux.

le pouvoir politique lie au capital.

les emplois sous payes, les cadences augmentees, la concurrence avec une main d'oeuvre etrangere plus docile.

Jusque la, je n'ai rien lu faisant reference a Marx

7) les reactions a la crise aux USA :
- quelques manifs corporatistes.
- tous les pronostics des liberaux, gauchistes, socialistes et progressistes, annoncant une revolte des masses, se sont averes completement errones.
- classe ouvriere et classe moyenne souffrent en silence.

C'est la une difference importante avec l'Europe et le Magreb, sans parler de l'orient avec Kadhafi et Assad

8) le pourquoi :
- psychologique : crainte generale de la vengeance patronale, la repression de l'etat, ou impression de "futilite" face a l'indifference et a l'hostilite des partis politiques. Pas de reseau de solidarite alternatif (du style Emmaus, je suppose).

Ben oui quoi, c'est jamais bien vu du patronat les fortes tetes !!! Alors quand on est limite avec les traites de la maison, de la voiture, de la tele avec son super grand ecran et son home cinema concurrencant le cine du coin, les cosmetiques de bobonne (ca, c'est pour la sequence machiste), et le train de vie a afficher pour epater les voisins, ben on sert des fesses et on la ramene pas quand le boss aboie un peu. Et on sent bien aussi qu'a la porte, y'a une cohorte de concurrents prets a tout pour un nonosse a ronger. Et puis manifester dans la rue, c'est risquer un coup de matraque de CRS. Et puis a quoi bon tout ca, on a deja le droit de voter ....

9) le paradoxe :
30 % de laisser-pour-compte, ca fait quand meme 70 % qui se sortent de la crise cahin caha sans trop de bobos ... Ca fait encore un beau paquet de consommateurs solvables ... pour quelques temps.

Je rejoins le commentaire de Franz. Notre situation dans l'hexagone n'est pas si eloignee de celle decrite par Petras aux USA.
@ Brusyl : je suis convaincu que le role du politique devrait etre de maintenir une cohesion sociale au sein d'une societe, d'y arbitrer les conflits au moyen d'une legislation appropriee, que la democratie, meme participative, pas comme notre democrassouille, est le meilleur moyen de vivre libre en societe, et que le liberalisme, qu'il soit ultra, neo, ou super, doit etre encadre pour limiter ses derives telles qu'on les connait. C'est a mon sens, le seul moyen dont dispose l'humanite pour ne pas verser dans la barbarie. Le plus grand des dangers pour moi aujourd'hui, c'est la fin du dieu petrole et la main-mise de quelques transnationales sur la nourriture et la genetique. On se rapproche du "meilleur des mondes".
@Foulques et Brusyl : bon d'accord, y'a pas lutte des classes, et tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Les riches, les bourgeois, les pauvres, tout ca, c'est du vent, du bidon. Sauf que le caviar rempli rarement le ventre des pauvres. Y'a meme des pauvres qui crevent de faim dans l'indifference generale. Et passer de la lutte des classes a Marx, c'est se masturber l'esprit en oubliant la realite. Et de ca je suis pret a debattre avec vous si un jour vous deveniez pauvres ...
@ Franz : par quoi remplacerais-tu les luttes sociales conduites ou non par les syndicats (mais lesquels ?) ? Ou sont syndiques les stropiats, les chomeurs, les SDF, les vieux, qui forment pourtant un gros bataillons de pauvres un peu partout dans ce monde, enfin la ou ils trouvent matieres a survivre ?
@ Brusyl : ce que je retiens du texte, c'est que la societe americaine n'est pas en meilleure forme que nos societes occidentales, que la crise y a fait davantage de ravage, que la pauvrete y sevit autant si ce n'est plus que chez nous, et que le modele americain n'est qu'un leurre pour l'humanite. Ce que je pense de l'Amerique, c'est un etat colonialiste, expansionniste, anglo-saxon et inhumain ... et tres pollueur

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Message le Mar 23 Aoû 2011 - 11:01 par brusyl

Sur ce même site est paru en Juillet un article sur le même sujet " US : pourquoi la jeunesse ne se révolte pas" qui m'a beaucoup intéressée : moins "idéologique" que le premier, il pointe du doigt très précisément les chaînes consuméristes et idéologiques qui ligotent la liberté de pensée de la jeunesse américaine.

Le système scolaire est mis en cause par l'auteur comme étant l'apprentissage de la servitude... Que devrions nous dire du nôtre alors ! car depuis le temps que mon métier me fait jongler entre nos deux systèmes éducatifs j'ai pu remarquer comment le nôtre est encore bien pire que l'américain, comme il a pour but de supprimer toute créativité chez l'enfant pour en faire une machine à écouter sans réagir, le produit idéal de notre éducation étant un monstre de mémoire et de passivité.

Une autre cause définie par l'auteur est la prison des crédits qui cernent le jeune dès qu'il entre à l'université.On pourrait même dire avant, dès qu'il a 16 ans, dès qu'il possède sa première carte de crédit (dans la majorité des banques on ne peut ouvrir un compte sans accepter une carte de crédit)... je crois bien que l'on pourrait généraliser cela à l'ensemble des âges et des peuples : c'est bien les chaînes du consumérisme à crédit qui sont pour la société libérale le meilleur garant de la tranquillité sociale. C'est ce qui explique pourquoi et comment les banques sont devenues les régulateurs de ce système : souvenez vous le thème principal de la campagne de Sarkozy : "le pouvoir d'achat" comme si la fonction politique devait se réduire à ce que l'on mettra dans notre caddie !
D'ou, à mon sens, la nécessité d'une révolution personnelle pour sortir de cette logique tueuse

l'article est là : http://blog.emceebeulogue.fr/post/2011/08/07/Pourquoi-la-jeunesse-aux-Etats-Unis-ne-se-r%C3%A9volte-elle-pas-Les-gouvernements-successifs%2C-aux-ordres-du-Grand-Capital%2C-y-ont-veill%C3%A9

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Message le Mar 23 Aoû 2011 - 9:59 par Donald11

Foulques Deletang a écrit:Eh bien je puis te dire là où nos raisonnements divergent, non point dans l'appartenance bobo comme tu sembles le penser mais dans la réalisation de soi. D'origine très modeste comme bcp, j'ai coupé le cordon ombilical hérité des parents pour me forger ma propre pensée, mon but : atteindre une vie qui me convienne sans chercher la fortune, ni la notoriété hors du mensonge et de la traitrise en assurant un minimum de bien-être matériel et spirituel; ce que je nomme conscience. C'est aussi ce que j'ai essayé d'inculquer à mes 2 enfants et qu'ils semblent avoir assimilé sans avoir recours à Marx ni à Bouygues. Mais il existe des familles où l'esprit de revanche, de vengeance prédomine et je les plains de leur frustration de l'accomplissement de soi. Est-ce que tu appelles "la masturbation intellectuelle"?
Foulques
Ce que j'appelle masturbation intellectuelle, c'est l'opération qui consiste a torturer un texte pour lui faire dire tout et son contraire en invoquant dieu, marx, voire toutankhamon, en oubliant et l'auteur du texte et l'homme de cro-magnon.
D'origine hyper modeste, j'ai fait ce que j'ai pu avec ce que j'avais : mes mains et mon courage. Ce n'est pas pour autant que je pense que tu appartiens a la classe bobo. Il ne me semble pas l'avoir même écrit ici. Par contre, j'ai la faiblesse de penser qu'un grand nombre de personnes ont tendance a se regarder le nombril, ce qui les empêche de poser leur regard sur le monde tel qu'il va. Et ni Marx, ni Toutankhamon n'y peuvent rien. D'ailleurs, ils ne répondent même pas au téléphone.

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Message le Jeu 14 Juil 2011 - 12:12 par Donald11

Chers amis maquisards, je n'ai pas trop de temps pour approfondir ma reponse, mais je vous promets d'y revenir des que possible.
Le tout est, c'est que la seule chose (ou presque) que vous avez commente a propos de mon "coup de gueule", c'est Marx ... CQFD
Perso, je ne connais que son nom, alors ... m'encombre pas trop l'esprit le pepere !

PS : mon cher cousin, je te donnerai un apercu de mes origines et de mon parcours en MP, pour pas encombrer le maquis de references trop personnelles. Ralala, et c'est soit disant moi le matheux de service !!!

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Message le Mar 12 Juil 2011 - 19:16 par brusyl

@ mon ducky adoré
soit vous l'avez lu beaucoup trop vite et en travers (ou de travers).

Ah ouaaiiiis ???? ben alors, explique nous comment il fallait le lire ! (facile d'accuser les autres de masturbation intellectuelle quand on vient gentiment animer ce forum en disant ce que l'on pense d'un texte alors que sauf erreur ou omission de ma part je n'ai pas lu de toi un quelconque commentaire !)

Et puis resumer Karl a la seule lutte des classes est un peu juste

Personnellement je n'ai pas fait une seule fois référence à Marx, je me suis contentée de dire que ce texte ne tournait qu'autour de l'antagonisme de classe (tu t'es amusé à compter le nombre de fois où le mot est cité dans le texte ?)
Alors la fixette elle me semble bien du côté de l'auteur de l'article et non pas du lecteur !
Ceci dit, si bien sûr on ne peut limiter la pensée de Marx à la lutte des classes (mais comment qualifierais-tu une pensée qui commence un livre en disant " L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes" pensée complexe ou réductionniste ? Cela me fait penser aux facultés américaines dans lesquelles existe un département de "gender studies" ou "women studies"qui étudient toute l'histoire, la littérature ou les art sous le seul angle de la domination du sexe masculin sur le sexe féminin) mais l'inverse n'est pas vrai : cette notion est directement issue de la réflexion de Marx, et donc à fortiori une personne pensant la société uniquement dans le cadre de celle-ci est forcément marxiste... aucun jugement de ma part, c'est une idéologie qui en vaut bien une autre et qui a sans doute plus qu'une autre le mérite d'éclairer les rapports économiques de la société industrielle.

Allez au travail ! j'attends que tu me dises ce que toi retiens du texte....

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Message le Mar 12 Juil 2011 - 15:13 par Invité

Donald11 a écrit: Dans vos reponses, vous n'arrivez pas a sortir du modele franco-francais et de vos references obsoletes au grand Karl (Marx pas Zero) que vous citez a tort et a travers. Il semble vous avoir beaucoup traumatise le bougre !!! Pour finir, a mon sens, elles relevent (vos reponses), d'une certaine masturbation intellectuelle qui ne brasse que du vent, ce qui, j'en conviens, est tres a la mode avec les eoliennes et l'ecologie.
Et puis resumer Karl a la seule lutte des classes est un peu juste, me semble-t-il.
...
Ah la la !!! Ca fait du bien un p'tit coup de gueule de temps en temps !!!

Eh bien je puis te dire là où nos raisonnements divergent, non point dans l'appartenance bobo comme tu sembles le penser mais dans la réalisation de soi. D'origine très modeste comme bcp, j'ai coupé le cordon ombilical hérité des parents pour me forger ma propre pensée, mon but : atteindre une vie qui me convienne sans chercher la fortune, ni la notoriété hors du mensonge et de la traitrise en assurant un minimum de bien-être matériel et spirituel; ce que je nomme conscience. C'est aussi ce que j'ai essayé d'inculquer à mes 2 enfants et qu'ils semblent avoir assimilé sans avoir recours à Marx ni à Bouygues. Mais il existe des familles où l'esprit de revanche, de vengeance prédomine et je les plains de leur frustration de l'accomplissement de soi. Est-ce que tu appelles "la masturbation intellectuelle"?

Foulques

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Message le Mar 12 Juil 2011 - 13:08 par country skinner

resumer Karl a la seule lutte des classes
Voui mon canard, c'est en général quand on n'a lu que le manifeste du parti communiste, et connu historiquement que le marxisme léninisme...
Pour simplifier (sans tomber dans un foulquisme revendiqué hé hé !) il y a deux théories chez Marx (et ses épigones) :

Celle de l'économiste qui analyse le capitalisme comme un mode économique générateur de crises (accumulation de la plus value et baisse tendancielle du taux de profit) et organisateur d'un mode de rapport social basé sur la domination politique mais aussi idéologique de ceux qui possèdent les moyens de production économique (au sens large), d'où constitution de "classes sociales" en opposition économique d'abord, puis politique (conscience de classe) : là les ricains semblent en plein dedans mais en sont-ils conscients ?

Celle de l'historien politique qui définit la "classe" des prolétaires comme la classe sociale à qui son exploitation économique à outrance confère une conscience révolutionnaire et dont l'extension continue (paupérisation) aboutira (sens de l'Histoire) à une société communiste sans classes, en passant par une phase transitoire de dictature du prolétariat. Je suppose que ce messianisme communiste ne doit pas avoir convaincu beaucoup de ricains...

Selon que l'on retient uniquement la première analyse (gauchisme marxisant non communiste) ou uniquement la seconde (dictature stalino léninisto maoiste) ou les deux (communisme trostko marxiste), on arrive effectivement à des visions assez contradictoires du marxisme. D'autant plus si on y ajoute les apports de l'Ecole de Frankfort (du sens de l'histoire à la raison paranoiaque) ou de Socialisme ou Barbarie (extension de la notion d'aliénation économique à celle d'aliénation individuelle idéologique)... Pour ceux qui voudraient avancer sur ce sujet, une vision "neomarxienne" de la crise financière et du capitalisme : https://sd-1.archive-host.com/membres/up/4519779941507678/Anselm_Jappe_-_Cr-dit_-_mort.pdf


Dernière édition par country skinner le Mar 12 Juil 2011 - 18:57, édité 3 fois

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Message le Mar 12 Juil 2011 - 12:06 par Donald11

Soit je n'ai rien compris a la traduction du texte de Petras, soit vous l'avez lu beaucoup trop vite et en travers (ou de travers). Je ne connais pas grand chose au fonctionnement de la societe americaine, mais j'ai l'impression que je ne suis pas le seul !!! Dans vos reponses, vous n'arrivez pas a sortir du modele franco-francais et de vos references obsoletes au grand Karl (Marx pas Zero) que vous citez a tort et a travers. Il semble vous avoir beaucoup traumatise le bougre !!! Pour finir, a mon sens, elles relevent (vos reponses), d'une certaine masturbation intellectuelle qui ne brasse que du vent, ce qui, j'en conviens, est tres a la mode avec les eoliennes et l'ecologie.
Et puis resumer Karl a la seule lutte des classes est un peu juste, me semble-t-il. D'un autre cote, vous etes sans doute des etres superieurs hors-classe ...
En ce qui me concerne, je suis ne dans la classe ouvriere et je ne l'ai jamais quittee. Et pour moi, les bourgeois, grands et petits, c'est comme les cochons ... Quant aux patrons, petits ou grands ne vous deplaisent, ils font tous partie de la classe des predateurs, des exploiteurs, et des pollueurs avec pour seul objectif l'accroissement de leurs profits au detriment de l'humanite.

Ah la la !!! Ca fait du bien un p'tit coup de gueule de temps en temps !!!

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Message le Mar 12 Juil 2011 - 10:18 par Invité

"Existe-t-il d'autres voies conduisant à la solidarité de classe et aux mobilisations populaires? La direction à prendre la plus fructueuse serait de commencer au niveau local et régional en rassemblant les organisations locales et les syndicats de militants de base dissidents et des progressistes des professions libérales (avocats, médecins, etc.) dans les luttes, qui soutiendraient les groupes les plus sérieusement touchés qui sont menacés de se retrouver sans emploi, sans assurance-maladie, sans maison, etc."

En effet, avec mes lubies, je n'avais retenu qu'une partie des propos. Le niveau local. Mais on a affaire à un discours purement marxiste qui ne conçoit pas d'autre possibilité qu'une lutte sociale conduite par les syndicats.

Mais peut-on en sortir sans un minimum de mobilisation de masse ? Je ne sais pas. Mais cela ne peut-être que le résultat d'une prise de conscience en amont. Donc avec un travail destiné à opérer un minimum de changement chez un nombre significatifs de citoyens. Il me semble surtout que cela nécessite la réunion de plusieurs entités. Des acteurs agissant sur le terrain et tentant toutes sortes d'expériences, la diffusion des idées déclinées sous des formes accessibles à chacun et la cristallisation autour de quelques penseurs et leaders politiques. Ce qui est souhaité par l'auteur n'est que la phase finale du processus. On voit bien qu'en Allemagne de l'Est, la fin du Communisme a été favorisée par un essaimage en bénéficiant du soutien des églises protestantes.

Amicalement
Franz

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Message le Mar 12 Juil 2011 - 10:05 par Invité


Certes, mais ce sont bien les pauvres qui, mécaniquement (ils n'en sont pas individuellement responsables) appauvrissent les classes moyennes. Plus il y a de chômage et de pauvres plus les moyens pour maintenir un minimum de paix sociale pèsent sur ces classes, les plus exposées à l'impôt. D'autant que les classes supérieures sont de plus en plus protégées et disposent de stratégies pour y échapper.

Il y a donc un effet de cisaillement qui s'effectue dans la partie médiane de la société ce qui provoque le rejet de celle-ci et le soutien aux thèses les plus libérales. Lesquelles, évidemment ne feront que renforcer le phénomène, au détriment de leurs meilleurs soutiens. Les cotisations sociales sont plus chères et remboursent moins, l'âge de la retraite augment avec le temps de cotisation, les impôts et taxes, y compris locales, augmentent pendant que les salaires stagnent ou diminuent. On se dirige lentement mais sûrement vers un blocage de la société et ceux qui parviennent à vivre dans la précarité sont dénoncés comme des paresseux assistés. Rien de pire que ce ressentiment qui s'installe dans les zones irrationnelles des individus. Qui les conduira à voter contre leurs intérêts les plus évidents.

Le seul moyen de sortir de ce marasme est de relancer l'activité. Afin que le plus grand nombre soit en mesure de subvenir à ses besoins. En évitant impérativement que cela passe par une augmentation de la consommation de ces mêmes classes moyennes. Parce que c'est le moment ou jamais de casser cette course infernale à visant notre auto destruction. Cela sort de toutes les règles économiques qui prévalent actuellement. Quel parti, quel leader politique propose cela ?

Amicalement
Franz

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Message le Lun 11 Juil 2011 - 12:25 par Invité

Moi non plus, je n'ai pas été convaincu par cet article! En revenir à la lutte des classes pour tenter d'expliquer le comportement des groupes sociaux face à la crise ne me semble pas opportun. Comme dans bcp de pays européens, la bipolarisation politique n'offre aucune porte de sortie mais les européens ont déjà construit des systèmes de solidarité datant de crises antérieures que les américains ont moins durement ressenties. L'enrichissement des américains a été plus linéaire qu'en Europe au cours du XXè siècle; ils ont foi en un rétablissement rapide de leur situation et en attentant, c'est chacun pour soi et en pensant que le pire sera pour les autres : ils n'ont pas conscience d'être installé durablement dans le chômage de masse et la précarité. Dès lors qu'il auront compris que la baisse continue des impôts sur le revenu et des impôts sur les sociétés ne peut qu'aggraver la situation des citoyens ordinaires moyens, pauvres et très pauvres, ils changeront de stratégie. Les partis les plus réactionnaires en Europe accusent également les plus pauvres de l'appauvrissement général, pourront-ils illusionner bien longtemps? Rapidement, les classes moyennes verront qu'abandonner les plus pauvres au profit des plus riches n'améliore pas leur sort et que la déchéance qui guette chacun d'entre eux n'en sera que plus profonde.
En d'autres termes, les américains en sont au même point que les européens avec la démocratie qui ne marche pas mais n'ont pas encore compris que les futurs pauvres seront recrutés dans les classes moyennes, accrochés qu'ils sont à leur foi en la chance.

Foulques

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Message le Dim 10 Juil 2011 - 20:48 par brusyl

Article intéressant mais qui me gêne, comme me gênerait par exemple l'interprétation du modèle chinois à la lumière du contrat social de Rousseau...
Cet auteur, pourtant américain base toute son analyse sur la notion de classe sociale et son prétendu délitement et le combat sous la seule forme de l'action syndicale.

Mais j'ai beau réfléchir, fouiller ma mémoire, jamais je n'ai eu le sentiment d'une conscience quelconque de classe, sauf peut-être dans le discours de quelques universitaires d'extrême gauche de Stanford ou de Berkeley dans les années 70, ou peut-être dans les syndicats durant la grande dépression de 29
Bien sûr je ne connais pas bien le milieu syndical américain et je crois volontiers ce qu'en dit l'auteur (mais alors, on peut considérer que cette dérive, l'élitisation des hauts représentants syndicaux n'est pas particulière aux USA), mais dans la classe moyenne et même ouvrière, on ne se conçoit comme individu et non comme appartenant à un groupe social (l'appartenance se jugeant bien davantage par rapport aux groupe ethniques)
Là-bas (comme ici d'ailleurs) la seule catégorie ayant véritablement un comportement de classe est celle de l'upper class.

Tout ce que j'ai lu de cet article sur la division au sein de la classe ouvrière entre les moins et les plus défavorisés ne me semble pas nouveau du tout : ce fut toujours le réflexe là-bas du prolétariat vis à vis du sous prolétariat que l'on peut lire à travers par exemple l'action du KKK.

Voici quelques explications que je donne en vrac à cette conscience individuelle et non sociale :
-la structure communautariste de la société américaine : l'origine ethnique mais aussi l'état, le county, le village où l'on vit, l'église où l'on pratique. Et il faut bien dire qu'à l'intérieur de ces structures, des associations caritatives font un boulot d'assistance parfois formidable. Je ne crois pas connaître un américain qui n'appartiennent pas à une de ces associations de charité.
- le fait que malgré tout, malgré toute la misère que peuvent parfois endurer certains américains, il leur reste toujours cet espoir qu'ils s'en sortiront, qu'ils renverseront la situation : un positivisme incroyable qui est parfois conforté par la réalité, car il est vrai que de tels miracles existent.. la situation sociale étant bien moins bloquée que par chez nous.
- et enfin (l'auteur le mentionne très rapidement, en fin d'article... ) que quel que soit sa situation sociale, l'américain éprouve une méfiance instinctive envers l'état : celui-ci est celui qui opprime et non celui qui libère.
Les luttes de classe croient en un état égalitaire, ou du moins redistributeur (pour les plus modérés)... Comment avoir une vision systémique et un sens de la lutte collective quand on ne fait pas confiance à une quelconque structure qui appliquerait cette réforme ?
Le président Johnson avait dans les années 70 tenté d'appliquer un programme national de lutte contre la pauvreté : le Welfare Rights Organization. Ce programme a échoué, lâché par tous qui y voyaient une intolérable intrusion de la puissance publique dans la liberté individuelle...


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Message le Jeu 7 Juil 2011 - 16:36 par Invité


C'est étrange comme on a l'impression de déjà vu. En pire. Comme si on nous projetait notre avenir. Nous avons l'illustration la plus évidente de la confiscation de la démocratie. Et donc d'une dictature molle. Ainsi la disparition de toute alternative possible avec deux partis dominants qui ne sont que les deux facettes d'une même politique. Ca ne vous rappelle rien ? Deux fers au feu tenus par la puissance financière pour maintenir une apparence de vie démocratique et qui impliquent une adhésion quasi religieuse, irrationnelle en tous cas à l'un ou l'autre (je suis de droite, tu es de gauche). Or, sans expression politique alternative, en dehors d'une adhésion sans réserve et abrutissante, il ne reste que le sentiment d'impuissance. D'être abandonné. Qu'il n'y a rien à faire.

Le chacun pour soi est exacerbé en faisant croire qu'il ne dépend que de chacun de s'en sortir. En s'abrutissant dans plusieurs emplois. Chacun est entraîné dans une course sans fin en étant mis en concurrence avec les autres. Ceci est bien connu. Mais cela participe grandement à la démobilisation et à la non révolte. D'autant que ceux qui ne parviennent pas à rester dans la course, qui lâchent prise et qui se retrouve sans emplois ne bénéficient d'aucune indulgence. Ils sont dénoncés comme les perdants. Comme un boulet. On est par exemple frappé par la passivité de ces personnes chassées de leur maison dans le film Cleveland contre Wall Street. Pas le commencement d'un indignation chez elles. Juste un peu de honte et le souci de se démmerder.

Je ne pensais pas que le rôle des syndicats était à ce point une caricature de celui que joue les nôtres dans l'hexagone. Ici aussi ils n'existent que par la fonction publique. Mais, au moins pour une part, ils cherchent encore une légitimité en conduisant les mouvements sociaux. Ainsi dit-on que les salariés du privé font grève par procuration. Apparemment, cette situation est arrivée au bout de sa logique aux USA. Les syndicats ne se préoccupant que d'intérêts corporatistes. Le reste des salariés est donc complètement délaissé. Sans représentation syndicale ou politique et sans possibilité pour qu'il y en ait une.

Impossibilité de voir l'émergence d'un nouveau mouvement politique en raison de la mainmise des médias. Qui jouent là bas un rôle encore plus important compte tenu des distances.

Pour le reste, nous sommes confrontés aux mêmes problèmes en raison du morcellement des entreprises, du développement des petits contrats et autres intérim, de la généralisation de la sous-traitance, du développement du chômage et du pointage à distance. Toutes choses qui isolent les individus et casse les solidarités.

Bien vu aussi le rôle du consumérisme. Qui fait que l'on achète en se foutant pas mal du sort de ceux qui sont payés pour fabriquer.

Aux USA, il y a encore le rôle de l'éducation. Qui fabrique des téléspectateurs dociles. Il s'agit donc d'un ensemble de facteurs; Qui fonctionnent d'autant mieux que tout est fait pour ne pas donner un sentiment coercitif. En s'inventant des ennemis de l'extérieur, en installant un fantasme de la peur qui engendre la violence (voir le film de Michaël Moore sur les armes), Chacun imagine que la répression est destinée à le protéger (on voit bien comment ce principe de gouvernance tend à s'imposer chez nous). Il devient donc le demandeur de ses propres chaînes. En réalité, on réalise que l'ultralibéralisme ne fonctionne que sous une dictature. Soft, auto appliquée aux USA. Plus coercitive en Chine;

Etonnant de lire chez un auteur Américain que la solution serait sans doute une réappropriation du local. Des saucisson party en réponse au tea party ? Autre forme de démondialisation ? J'y reviendra car il me semble que ça mérite débat. Il faut parvenir à construire une voix alternative qui puisse devenir audible. A condition qu'elle ait quelque chose à proposer.

Amicalement
Franz

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