Crise de l'euro: l'Espagne et l'Italie dans la ligne de mire

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04082011

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Crise de l'euro: l'Espagne et l'Italie dans la ligne de mire





Les contes arabes nous l'ont appris: si les mauvais génies sortent de leur bouteille, ils dévastent tout sur leur passage, et personne ne sait quand ni comment les renfermer à nouveau. La crise financière semble arrivée à ce stade. Pas une mesure, pas une décision ne trouve grâce aux yeux des marchés financiers. La spéculation se déchaîne contre tout, à un rythme de plus en plus trépidant.

L'accord sur la dette américaine est tout juste signé que déjà les mêmes, qui réclamaient l'austérité, s'inquiètent des effets sur la croissance. Le sommet européen du 21 juillet, censé organiser le sauvetage de la Grèce et endiguer les risques de contagion, lui, n'a pas tenu huit jours. Dès la semaine dernière, les premières tensions sont réapparues, nourries par les prédictions de l'agence de notation Moody's sur l'Italie et l'Espagne, et par les affirmations du ministre des finances allemand, Wolfgang Schäuble, avertissant que «l'Allemagne n'allait pas signer de chèque en blanc». Le suspens sur le relèvement de la dette américaine a momentanément interrompu la pression. Mais dès mardi, la spéculation s'est remise à l'ouvrage.


Dans la journée, les taux sur la dette espagnole et italienne, désormais liées dans un même destin, ont atteint de nouveaux sommets. Le rendement des obligations espagnoles à 10 ans a culminé jusqu'à 6,40%, celui des obligations italiennes 6,25%. Les deux pays sont désormais au-dessus du seuil jugé critique des 6%, la zone rouge, qui a déjà conduit la Grèce, l'Irlande, le Portugal à faire appel à l'aide européenne et du FMI pour se financer.

Et l'accalmie ne semble pas près de se dessiner. Sur les marchés des CDS (credit default swap), que l'Union européenne avait juré d'encadrer après la chute de Lehman Brothers, la spéculation a rebondi: le risque de crédit sur l'Italie a augmenté de 24 points de base en une journée pour atteindre 355 points, celui de l'Espagne a progressé de 32 points pour arriver à 418 points. En clair, pour assurer pendant un an 10 millions de dettes espagnoles, la prime est de 418.000 dollars. La fièvre commence même à gagner la France, les CDS sur la dette française atteignant 125 points de base contre 5 points de base avant la crise.

Tous les radars européens sont en alerte. Le premier ministre espagnol, José Luis Zapatero, a annoncé qu'il différait ses vacances pour suivre la situation. Le ministre espagnol des finances est en train d'organiser une réunion avec ses homologues européens. De son côté, le gouvernement italien a convoqué dans l'après-midi une réunion du comité de stabilité financière, qui regroupe toutes les institutions financières du pays, afin de faire le point. De nouvelles mesures d'économies, après un premier plan de 48 milliards d'euros voté en juillet, devraient être présentées au parlement demain.

Dans l'après-midi, la Commission européenne a tenté de répliquer, maladroitement, comme d'habitude. «La question d'un sauvetage (pour l'Italie et l'Espagne) n'est certainement pas sur la table, ce n'est pas une question qui est discutée», a soutenu la porte-parole du commissaire aux Services financiers. «Ce qui est important, c'est que les autorités prennent les mesures nécessaires en matière de consolidation fiscale. Nous sommes confiants» sur ce point, a-t-elle ajouté, estimant que la situation n'a pas «changé dans les derniers jours», ni à Madrid, ni à Rome.

L'Espagne et l'Italie trop grandes pour être sauvées


Mais une nouvelle fois, l'Europe est pris de court. Car ce n'est ni l'état de l'Espagne, qui a appliqué à la lettre toutes les exigences de marchés et coupé à la hache dans ses dépenses publiques, ni même la situation de l'Italie, endettée à hauteur de 1.840 milliards d'euros (120% de son PIB), qui sont réellement en cause. L'enjeu principal est le fonds européen de stabilité financière. «La préoccupation de savoir si ce nouveau fonds sera capable d'arrêter la contagion n'a pas disparu», expliquait un spécialiste obligataire de la Rabobank au Financial Times.

En autorisant ce fonds à acheter des titres sur le marché afin de soutenir les cours attaqués, les pays de la zone euro ont mis en marche une machine infernale, qu'il sera difficile de désamorcer. Dès son annonce, le système financier a bien compris l'avantage qu'il pourrait tirer de ce mécanisme: transférer à loisir tous ses risques vers le public. L'ennui, à ses yeux, est que les montants accordés au fonds par les pays de la zone euro n'ont pas été augmentés: ils ont été établis à 400 milliards d'euros l'an dernier. Et les deux tiers sont déjà mobilisés pour le sauvetage des trois premiers pays européens en crise.

N'étant pas à une contradiction près, tout en se récriant sur toutes les dépenses publiques, tout en jugeant insupportables les dépenses de retraite, de santé, d'éducation..., les acteurs de la sphère financière estiment que le fonds n'est pas suffisamment doté. «Le système financier européen ne peut pas supporter un défaut sur la dette italienne. En cas de défiance des investisseurs envers l'Italie, le mécanisme européen d'aide financière sera remis en cause. La taille du fonds est insuffisante pour financer les besoins du pays», estime dans une note la maison de bourse Aurel BGC. Compte tenu des risques repérés, ils jugent qu'il faudrait le porter au moins à 2.000 milliards d'euros. Aux frais des contribuables européens, naturellement.

La pression exercée sur les taux obligataires espagnols et italiens participe de cette intimidation. La sphère financière exige une réponse et vite. Le plan européen lui paraît bien insuffisant, et son adoption par les différents parlements en septembre beaucoup trop éloignée.
Evoluant sans sens ni raison, la spéculation est en train de scier la branche qu'elle voudrait voir renforcée. Car même unis, les pays européens ne sont pas capables de sauver l'Espagne ou l'Italie, troisième et quatrième économies européennes.


Si le péril s'accroît, cela risque même de mettre en cause tout le mécanisme de financement. Car l'Italie et l'Espagne figurent, après l'Allemagne et la France, comme les plus gros contributeurs du fonds de stabilité financière. Si toute levée d'argent sur les marchés devient prohibitif, ils ne pourront pas participer au financement du fonds. Et même si le niveau revient en deçà du seuil critique des 6%, le problème restera pendant. Quel gouvernement, infligeant une austérité massive à sa population, pourra accepter de reprêter entre 3,5% et 4% – comme cela est prévu dans l'accord européen – à la Grèce, à l'Irlande et au Portugal, ce qu'il emprunte à plus de 5%? Qui paiera la différence? La mutualisation des taux de la zone euro risque de ne pas suffire.

A ce jeu, le nombre des pays de la zone euro susceptibles de contribuer au sauvetage des autres risque de se réduire comme peau de chagrin. Et les oppositions politiques, accusant le sauvetage de la zone euro tel qu'il a été conçu d'emmener tout le monde par le fond, ne vont pas manquer de se soulever.

L'Europe paie le fait d'avoir confié sa destinée aux mains des marchés financiers. Et de n'avoir rien entrepris pour les mettre sous contrôle, au début de la crise financière de 2008. Les mauvais génies sont désormais totalement lâchés. «Chaque jour devient un peu plus horrible que le précédent», reconnaît un trader. «On peut aller n'importe où.»

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brusyl
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Message le Lun 8 Aoû 2011 - 21:29 par Mister Cyril

Donald11 a écrit:Qui qu'a dit droit dans le mur et en klaxonnant ? A vrai dire j'espérais bien me planter lamentablement et vous entendre me railler en choeur ... 1929 - 2011, ça fait 82 ans ... A la vitesse a laquelle nous roulons aujourd'hui, on va pas attendre 10 ans !!!
Comme dirait Poussinet, ça va peter ...


Pitaing cong je m'éloigne de la civilisation et bingo une nouvelle, nouvelle crise financière...bon bientôt un 18ème G7-G20, sommet européo-asiatique qui va sauver la planète...mais effectivement m'étonnerait que ça dure 10 ans de plus cycle Kongradieff ou Mes burnous ou pas...(a moins que Country ait donné des bonnes idées de placements pendant mon absence...)...à bientôt les potos, apocalypse ou pas j'ai encore 20 jours de congés!!!

Bizz à tous!

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Message le Sam 6 Aoû 2011 - 10:39 par Invité

Les gvts ont montré en 2008 que pour sauver les marchés du fiasco, ils sont prêts à tous les sacrifices!...des contribuables.
Malgré les surendettements depuis le sauvetage des "too big to fall" en 2008, si les marchés le réclament, les gvts n'hésiteront pas à en rajouter une couche en sabrant les retraites (nos cotisations), la santé, le droit du travail, les indemnités chômage et les prestations sociales en gros tout ce qui fait le ciment d'une société et tout cela pour qq poignées d'actionnaires. La démocratie dans tout cela? pour les gogos! Il n'existe aucune "démocratie" où le gvt cherche à sauver les pauvres (que parfois même il pourchasse: les Roms en France par ex) par contre il faut protéger les riches à tout prix quitte à les dispenser d'impôts, leur octroyer des monopoles, des subventions, des prêts gratuits et autres gâteries. La taxation sur les plus-values (payée par les producteurs possédants) chères à Marx a presque totalement disparu au profit d'une taxation à la consommation (payée par tous, pauvres inclus). Inutile donc de klaxonner, petit contribuable; le gvt ne déplacera pas le mur mais il récupèrera tes cotisations retraite pour les mettre dans sa poche.

Foulques

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Message le Sam 6 Aoû 2011 - 0:51 par Donald11

Qui qu'a dit droit dans le mur et en klaxonnant ? A vrai dire j'espérais bien me planter lamentablement et vous entendre me railler en choeur ... 1929 - 2011, ça fait 82 ans ... A la vitesse a laquelle nous roulons aujourd'hui, on va pas attendre 10 ans !!!
Comme dirait Poussinet, ça va peter ...

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