Les cents jours qui ont changé la France

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31082011

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Les cents jours qui ont changé la France




http://www.politis.fr/Les-cent-jours-qui-ont-change-la,14957.html

Mai 2012  : Anémone est élue présidente de la République. Jean-Luc Mélenchon et Cécile Duflot sont Premiers ministres. Comment Anémone a été élue, les premières mesures du gouvernement, les bouleversements dans les médias : récit.

Dans son bureau présidentiel baigné par une belle lumière d’automne, Anémone est songeuse. Cent jours, ou un peu plus, après son élection surprise à la présidence de la République française, l’heure des bilans n’a pas sonné, mais le rythme effréné des premières semaines au pouvoir s’est un peu ralenti. La Présidente a retrouvé du temps pour réfléchir, s’arrêter sur les derniers mois de folie qu’elle vient de vivre.


- Turlutte ! 


C’était l’année des « T » quand elle s’était acheté son chihuahua. Elle avait pensé lui donner un nom plus politique ; elle avait même opté pour Tchéguévara, quand elle s’était dit finalement que c’était un peu lourd à porter.


- Turlutte, tu ne joues pas avec le discours que je dois prononcer demain !


Anémone avait déposé son chien de poche sur son bureau, et celui-ci commençait à s’amuser avec le petit paquet de feuilles noircies d’encre.


- Tiens, joue plutôt avec ça ! 


Elle empoigne son chien qu’elle dépose doucement sur la moquette, avant de lui lancer sa balle.


Un geste habituel, mais historique. Car c’est au moment même de lancer la balle à Turlutte, huit mois plus tôt, qu’elle prit la décision de se présenter à l’élection présidentielle.

Le parti de l’UVG


Cela lui était apparu comme une évidence. « Il faut que je me présente ! » Depuis longtemps déjà Anémone avait la tête politique. Dès la fin des années 1960, elle était tombée dans la marmite de l’écologie et du féminisme. Plus tard, elle s’était passionnée pour l’économie. Elle avait lu tous les « alter », et était incollable sur Susan George ou sur James Galbraith, le fils du grand John. Pour elle, l’économie était un « art ménager », parce qu’elle s’apparente à la bonne gestion que chaque ménage doit effectuer. Le reste n’est qu’une question d’échelle. Depuis peu, elle avait même fondé un parti, comme ça, sans faire de bruit, sur le mode de : « On ne sait jamais, ça peut toujours servir. » Elle ne croyait pas si bien dire. Le nom de son parti était à lui seul un programme : l’UVG, l’Union de la vraie gauche.



Évidemment, c’était un peu paradoxal : quand on milite pour l’« union », on est opposé à la multiplication des candidats à gauche. Anémone savait qu’elle serait renvoyée à cette contradiction, et qu’on agiterait pour la énième fois le spectre du 21 avril 2002. Elle s’y attendait et dès qu’elle fit l’annonce publique de sa candidature, un soir, sur le plateau du JT de France 2, où l’on pensait qu’elle se bornerait à parler du nouveau film de Philippe Garrel, où elle tenait le premier rôle, avec Michel Galabru, les attaques fusèrent. Elles vinrent de tous les candidats de gauche, mais François Hollande fut le plus violent. Sans doute parce qu’à ce moment-là déjà le candidat socialiste n’en menait pas large dans les sondages face à un Sarkozy requinqué par une campagne sordide, mêlant toutes les peurs à toutes les promesses. Mais, surtout, parce que depuis qu’il était candidat, François Hollande avait décidé de se départir de son sens de l’humour, qui était pourtant l’une de ses principales qualités. En fait, il était jaloux. Et c’est bien ce qui transparaissait dans la petite phrase du candidat du PS que tous les médias avaient reprise : « La France n’a pas besoin de Coluche en jupon ! »



- Tu vois Henri, se désolait Anémone un soir qu’elle prenait un verre avec Henri Guybet, son partenaire dans la pièce de boulevard qu’elle jouait en 2011, ce qui m’attriste le plus, c’est le machisme indécrottable de toute cette classe politique. 


- Ouais, tu te rappelles Fabius quand Royal s’était déclarée candidate pour l’élection de 2007 : « Mais qui va garder les enfants ? »


- Quel pauvre type !


- Cela dit, c’est pas mieux en face.


- Tu parles. L’autre nabot, le nom de Coluche lui écorcherait la bouche. Il ne connaît que cet abruti de Bigard.


- Mais dis, tu vas vraiment aller jusqu’au bout, ou faire comme Coluche, justement, t’arrêter avant l’élection ?


- Tu te rappelles pourquoi il s’est retiré en 1981 ? Il avait reçu des menaces de mort…

- Oui, ça, il avait foutu un sacré bordel, et l’ordre établi ne l’acceptait pas…


- On verra ce que je ferais si ça m’arrive. Pour le moment, hormis l’hostilité des autres candidats, c’est plutôt l’inverse qui se passe : je reçois plein de promesses de signatures de maires qui m’ont à la bonne. J’obtiendrai les fameuses 500 signatures haut la main !


- Et qu’est-ce que tu vas répondre à ceux qui te disent que tu divises la gauche ?


- Ça, j’y ai bien réfléchi. Regarde ce qui se passe : les socialos, on est d’accord, appliqueront une politique social-démocrate, pas antilibérale. Il faut donc les battre à gauche. Eva Joly ? On sait tous qu’elle ne va pas aller jusqu’au bout, les écolos vont se rallier aux socialistes à cause des accords pour les législatives. Mélenchon ? Il ne décolle pas dans les sondages. Et je ne te parle même pas du gars du NPA. Alors voilà. Je me suis dit qu’il fallait secouer le cocotier, créer une situation nouvelle, et parier sur le fait que je représente vraiment, aux yeux des gens, l’« union de la vraie gauche ».


- Dis donc, t’es devenue une vraie disciple de Clausewitz ! Quelle stratège tu fais !


- C’est toujours mieux que de se faire conseiller par Euro RSCG ! T’as vu où ça a mené Strauss-Kahn !


Ils rigolent.


- Bon, mais c’est pas tout ça, t’as un programme ?


- J’y travaille, Henri, j’y travaille…


- Et un slogan ?


- Un programme écologique en béton, un programme social en or…
— Euh, pas fameux, ça.


- Mais non, je blague. Mon slogan, il est tout simple : « Avec Anémone, respire ! »


- Tu n’oublies pas de me mettre dans ton comité de soutien, hein ?



Anémone travaillait d’arrache-pied. Elle avait tracé cinq ou six grandes directions qui allaient constituer son programme, et développait ses propositions en consultant des proches qui s’y connaissaient, ou des personnes qu’elle estimait de grande valeur. Ainsi, sur la politique agricole, elle savait les mesures à prendre pour stopper le productivisme et l’usure des sols grâce à son frère, Claude Bourguignon, un ingénieur agronome de haut vol, fondateur du Laboratoire d’analyse microbiologique des sols, dont les interventions dans le beau film de Dominique Marchais, le Temps des grâces, avaient été remarquées. Pour les libertés publiques, l’immigration et la justice, Anémone avait travaillé avec Clarisse Taron, du Syndicat de la magistrature, et Michel Tubiana, de la Ligue des droits de l’homme. Elle ne connaissait ni l’une ni l’autre, mais les avait entendus ici ou là, avait lu des tribunes qu’ils avaient signées dans la presse. Elle les trouvait d’une pertinence aiguë. Elle ne fut pas déçue. En outre, elle ne fut pas insensible au charme robuste d’un homme comme Tubiana. Ce qui ne gâchait rien…


Calée en économie, Anémone se débrouillait bien toute seule sur le sujet. Elle passa tout de même quelques coups de fil, dont l’un à Frédéric Lordon, qui avait publié en 2011 une pièce en alexandrins sur la crise financière, D’un retournement l’autre (Seuil), qui avait diverti la future présidente.


La conversation donna à peu près ceci :


- Votre livre, Monsieur, enchante les esprits.


- Votre programme, Madame, me plaît aussi.


- Il est inspiré par vos thèses, cher Frédo.


- Oh, Anémone, vous flattez là mon ego.


- Non, votre approche de la finance est rusée.


- C’est vous, c’est certain, qui irez à l’Élysée.


La suite dans la colonne de gauche, en haut de page, « Les autres articles du dossier ».

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Message le Sam 3 Sep 2011 - 11:11 par Invité

Au fait, toutes mes excuses pour cet animal sympathique et courageux qu'est le baudet du Poitou. Promis, je cesserai de l'insulter.

Bises
Franz

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Message le Sam 3 Sep 2011 - 11:09 par Invité

Tiens c'est marrant cette affaire. Pour avoir passé (en toute discrétion cela va de soi) une après midi à côté de Montebourg, j'ai pu mesurer combien il était coincé au milieu des vieux briscards du PS. D'où sa conduite apparemment erratique pour tenter d'y surnager. Mais revient le dilemme récurrent. Peut-on espérer changer un parti de l'intérieur ou faut-il en créer un de toute pièce ? On pourrait longtemps gloser sur les avantages et les inconvénients. On voit ce que cela donne avec Mélanchon qui a choisi la liberté. Ca demande un tel effort et une telle constance que l'on ne peut envisager un résultat probant avant des années. Largement le temps de sombrer dans les petits enjeux de pouvoir. Et de retomber dans les mêmes travers qui avaient justifié la séparation du parti d'origine.

Il me semble que rien ne changera tant que ce ne sera pas une part importante de la société qui ne poussera pas les choses dans le bon sens. Il reste que Montebourg semble avoir une meilleure hiérarchie des priorités et quelques idées pour y parvenir. J'apprécie aussi, quoique l'on en dise, sa quête d'une politique et d'un Etat plus vertueux. En cela en effet, il devrait pouvoir trouver un terrain d'entente avec Joly. Et pourquoi pas, recréer avec Mélanchon, l'axe du "non", débarrassé de l'extrême droite.

De tout façon, on n'a rien à perdre à le soutenir. Et qui ne tente rien, n'a rien. J'avoue qu'il y a deux mois, j'étais bien décidé à ne pas mettre les pieds dans un local du PS. Et en plus il va falloir se farcir leur campagne débile. De quoi vous dégoûter de bouger.

Amicalement
Franz

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Message le Ven 2 Sep 2011 - 0:24 par Invité

brusyl a écrit:
Bingo, j'ai pensé exactement comme toi : j'irai voter aux primaires socialistes pour donner ma voix à Montebourg (qui entre nous n'a pas plus que Mélenchon la moindre chance !)
Détrompe-toi, cela pourrait créer une sacrée surprise. J'ai écumé les forums de Médiapart et pas mal de gens veulent promouvoir le ticket Joly-Mélenchon-Montebourg pour faire imploser le PS. Médiapart a fait un sondage auprès de ses lecteurs et Montebourg arrive largement en tête, suivi de loin par Ségo, les autres benêts du néolibéralisme étant dans les choux.Je m'apprête aussi à voter Montebourg. Avec un petit espoir que ces fous d'abstentionnistes nous fileront un petit coup de main lors des primaires pour bouter les néocons hors de France puis d'Europe (clin d'oeil à Mister Cyril "qui ne veut pas cautionner ce système de m...").
bises

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Message le Mer 31 Aoû 2011 - 22:58 par brusyl

hey François , qu'est ce qu'il t'a fait le baudet du Poitou pour que tu le relègues à une telle compagnie ?
Ce bel animal préhistorique en voie d'extinction que l'on vient de sauver de la disparition ! cet animal si peace and love avec ses longues dread et sa démarche si cool !

Bingo, j'ai pensé exactement comme toi : j'irai voter aux primaires socialistes pour donner ma voix à Montebourg (qui entre nous n'a pas plus que Mélenchon la moindre chance !)

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Message le Mer 31 Aoû 2011 - 21:54 par Invité

Ouais. C'est du niveau de la Semaine de Suzette. Pondre un texte de ce genre pour ne rien dire, c'est affligeant. La phrase la plus profonde, dans le sens de creux étant :
" Pour elle, l’économie était un « art ménager », parce qu’elle s’apparente à la bonne gestion que chaque ménage doit effectuer. Le reste n’est qu’une question d’échelle."

La négation de la politique.

S'il s'agit de la fameuse Anémone, elle a plutôt mal vieilli. Son côté fantasque étant ce qu'elle a de plus sympathique. Mais sa capacité à s'exprimer, à construire une phrase et un discours est fortement réduite. Ca vire souvent au borborygme.

Je vais avancer une opinion apparemment contradictoire. Car, si en effet il faut virer à tout prix ce fou de Sarko, n'importe qui d'autre peut faire l'affaire. Vu qu'il suffirait d'élire un baudet du Poitou pour que cela fonctionne mieux. La preuve étant administrée par la Belgique qui est dirigée par un gouvernement intérimaire se contentant d'expédier les affaires courantes depuis plus d'un an.

C'est que dans ce système où le gestionnaire prévaut, ce sont les initiatives, quand elles sont contreproductives, qui sont la pire des solutions. Pour conduire une politique libérale vaguement socio démocrate, nous avons une administration qui peut le faire sans provoquer la moindre vague. La machine fonctionne toute seule avec sa logique propre. Suffit de se mettre dans le sillage de la Commission Européenne et tout baigne. Cela veut dire que, en dehors d'une figure et mieux, d'une équipe porteuse d'un véritable projet novateur, n'importe qui peut faire l'affaire. En excluant évidemment Marine Lepen et de Villepin. Quoi que. On peut en discuter.

En examinant avec lucidité la situation, il est probable que Hollande se retrouvera face à Sarko. Là c'est un peu moins bien qu'un baudet. Il nous fera du sous Sarko ou du Jospin bis et nous sommes assurés qu'en dehors d'expédier les affaires courantes, il prendra plus de décisions pour faire plaisir au FMI qu'aux RM'istes.

Ne parlons pas de Mélanchon qui avec un bon ou un mauvais projet n'a pas la moindre chance. Il y a Eva Joly. Parce qu'elle est un peu mieux qu'un baudet, qu'elle a quelques idées et défend des valeurs. Même si je doute qu'elle défende un projet fort. Ca se sera peut-être mon biscuit pour le premier tour. Pour dire. Pour voir.

Mais peut-on espérer modifier l'offre du PS ? Le seul moyen serait de s'inviter à la primaire. Sachant que, au moins dans le discours, Montebourg est le seul à faire des propositions qui s'attaquent aux vrais problèmes. Il est le seul à promouvoir une sixième République et une ébauche de projet économique. Curieusement, j'apprend que Onfray a fait la même analyse. Et que, tout en votant pour quelqu'un d'autres aux primaires, il ira soutenir le bouillant jeune homme. Il vous plait pas ? Franchement, où est le risque ? Vous pensez qu'il n'est pas assez sérieux ? Ca n'a pas de sens à ce poste.

Alors qu'il ne m'avait même pas traversé l'esprit de participer à ce qui me faisait penser à une farce, j'en suis à me demander s'il ne serait pas sage, si ce n'est logique, d'aller glisser mon petit bulletin. histoire de dire que j'aurai fait tout ce qui est en mon pouvoir pour éviter le ravi de la Corrèze. Pour lequel il faudra bien que je vote, la mort dans l'âme.

Amicalement
Franz

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Message le Mer 31 Aoû 2011 - 20:59 par Invité

Elle est mignonne Anémone, mais c'est bien sûr, c'est pas un pseudo d'Aveugle Dubouillon? la doctrinaire qui propose 20% de taxe écolo par dessus les 20% de TVA?...pour faire gagner le nabot vraisemblablement Pour le reste R.A.S., on se demande d'ailleurs qui pourrait faire pire que Sarkozy : champion du déficit, des cadeaux aux riches, du chômage, de la diarrhée législative, de la destruction du tissu social, de la flambée des inégalités, etc...J'espère qu'il sera traduit en cous martiale pour Hautes trahisons.

Foulques

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