L’étrange tactique de Laurence Parisot

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27092011

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L’étrange tactique de Laurence Parisot




publié le 14 septembre

Ce matin paraît Un piège bleu Marine, ouvrage co-écrit par Laurence Parisot et sa coach, peu connue du grand public, Rose Lapresle. Cet ouvrage de 144 pages, publié chez Calmann-Lévy, est essentiellement consacré à Marine Le Pen et à la digne filiation qui l’unit à son père. C’est évidemment une démarche plutôt inhabituelle que de voir une personnalité du monde social interférer dans le débat politique d’autant que, selon Marc Landré (http://blog.lefigaro.fr/social/), l’analyse économique y tient une très faible part. L’essentiel de l’ouvrage traite de la grande proximité et ressemblance entre Le Pen père et Le Pen fille, autant dire d’un sujet essentiellement politique sans lien direct avec le MEDEF. Laurence Parisot ne le publie pas au titre de ses fonctions de présidente du MEDEF, même si elle a pris soin d’informer la commission exécutive du mouvement patronal de son initiative.

Une démarche inhabituelle

Ce livre étonne, d’abord parce que la tradition française, partagée autant dans le monde patronal que dans le monde salarial, est de toujours bien distinguer le militantisme social et le militantisme politique. Laurence Parisot a manifestement décidé de rompre avec cet usage. Certes, il s’agit de combattre un extrême, et non un parti politique de gouvernement. Il n’en demeure pas moins que le cloisonnement du social et du politique est ici enfreint.

Ce cloisonnement tient à deux raisons historiques typiquement françaises, même si les mouvements patronaux, dans les pays industrialisés s’abstiennent généralement d’afficher clairement leurs préférences politiques.

Première raison: dans notre mentalité jacobine, la politique ne peut être l’affaire de corps intermédiaires. Elle suppose un lien direct et exclusif entre le citoyen et ses élus. A moins que Laurence Parisot ne prépare une reconversion politique en 2012 (ce qui est possible après tout), sa position de présidente d’un mouvement non-politique rend donc délicate et sensible son intervention dans le champ partisan.

Deuxième raison: depuis le congrès d’Amiens de 1906, tenu par la CGT, les forces sociales, patronales comme salariales, respectent par accord tacite une neutralité politique. Même à l’époque où la CGT était très proche du PCF, les leaders syndicaux évitaient de prendre des positions partisanes. De ce point de vue, le précédent de Laurence Parisot pourrait donner des idées à ses camarades de jeu, et singulièrement compliquer la donne. Que ferons-nous si la CGPME prend un contre-pied fulgurant? si la CGT et la CFDT entrent à leur tour en campagne? Pas sûr que, dans les abîmes économiques où nous sommes, cette novation soit de nature à apaiser les tensions.

Légitimation du Front National

Le plus dangereux me semble-t-il reste que Laurence Parisot ne peut ignorer ce qu’elle incarne à tort ou à raison: le grand patronat, la France d’en-haut, le capital dans ce qu’il a de plus puissant et de plus agissant. En prenant (ou)vertement parti contre le Front National, elle accroît un peu plus cette béance sur laquelle Marine Le Pen joue astucieusement: celle du petit peuple victime des puissants.

Dans cette stratégie paranoïde, le Front National tire aujourd’hui habilement ses marrons du feu. Voici d’ailleurs ce que le FN écrit sur le livre de Laurence Parisot (non! je ne ferai pas de lien direct vers le site du FN sur ce blog!): « Laurence Parisot, c’est l’incarnation de l’argent roi qui écrase les peuples et les soumet à la dictature des marchés. C’est la représentante parfaite d’une caste qui éprouve un plaisir assez pervers à toujours enfoncer les petits, ceux qui n’ont que leur salaire ou leur retraite pour vivre. »

Ces quelques lignes montrent comment Laurence Parisot a collectivement fait entrer les patrons dans un engrenage qui sera à mon avis compliqué à gérer. Car, on le sait, les patrons proposent des réformes impopulaires pour rétablir la compétitivité de l’économie, notamment des efforts de flexibilité et de diminution des dépenses publiques. En affichant son opposition au Front National, Laurence Parisot vient de (très peu) subtilement transformer celui-ci en principale force d’opposition à ces réformes dont l’opinion ne veut pas vraiment, voire vraiment pas. Marine Le Pen, j’en suis sûr, n’en demandait pas tant.

Confirmation des rumeurs

Implicitement, ce livre confirme les rumeurs qui circulent dans Paris depuis plusieurs mois: certains éléments patronaux sont prêts à suivre le Front National. Le fait que la présidente du MEDEF se colle à l’exercice montre bien que chacun, sur son bord, se sent obligé de préciser ses positions.

Beaucoup disent depuis pas mal de temps que la CGPME agite régulièrement la crécelle du: « on va voter Marine. » Certains avaient même soutenu que la menace fut clairement brandie l’an dernier, au moment où le gouvernement avait déposé un texte pour développer le dialogue social dans les Très Petites Entreprises et les Petites et Moyennes Entreprises.

Mon petit doigt me dit que, même dans les rangs du MEDEF, certains patrons se posent des questions. Est-on sûr que certaines familles influentes ne murmurent pas aujourd’hui qu’une reprise en main du pays serait souhaitable? et que les dérives « sociétales » du MEDEF sous l’ère Parisot, qui ne sera jamais leur tasse de thé, ne correspondent guère aux problématiques d’une économie en proie à une crise cataclysmique?

Toujours est-il que, en plein milieu de la tourmente financière, au moment où certains parlent de récession, le MEDEF s’occupe du Front National.
http://www.eric-verhaeghe.fr/letrange-tactique-de-laurence-parisot/
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brusyl
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Message le Mar 27 Sep 2011 - 18:02 par brusyl

.... et l'auteur de ce billet, eric-verhaeghe, est quelqu'un qui connaît parfaitement les dessous (en soie et dentelles) du Medef puisqu'il en a claqué la porte (ce qui lui a valu une procédure disciplinaire de la part de la FFSA), a quitté la présidence de l'Apec et a écrit un livre "big bizness" pour dénoncer (naïvement parait-il) le prêt à penser du patronat

voir par exemple : http://www.bakchich.info/Medef-confession-d-un-repenti,12826.html

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