L’Amérique empire... peut-on sauver la grande démocratie ?

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17122011

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L’Amérique empire... peut-on sauver la grande démocratie ?




J'ai dégoté un article un peu ancien(datant de 2007) mais qui éclaire d'un oeil nouveau les récents évènements géo-stratégiques, et l'intérêt à garder l'euro dans ce qui est en train de se dessiner.
http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/l-amerique-empire-peut-on-sauver-18851

L’Amérique nous inquiète. Elle a changé. Pour beaucoup, cela a commencé sous Bush Jr. Pour certains, cela a commencé bien avant. Partagé entre la haine de Bush et l’espoir qu’un prochain président démocrate nous ressuscite les États-Unis que l’on aime, la classe politique autant que les médias dominants semblent ne pas comprendre les forces à la fois internes et externes qui déterminent pour une large part cette évolution. La traduction que je vous propose ici est une analyse brillante des enjeux auquels l’Amérique fait face et des périls qui guettent sa démocratie. Loin des poncifs de la « guerre contre la terreur », il met en lumière les faiblesses inhérentes du modèle américain tel qu’il a évolué, jusqu’à la dépendance existentielle au pétrole.

C’est bien l’énergie et l’économie qui sont en jeu
Lettre ouverte aux décideurs politiques américains
par William Clark

Traduction : document original en langue anglaise, traduit par Dominique Larchey-Wendling, réduit pour Agoravox en accord avec l’auteur. Version intégrale imprimable du document.

« Ceci est très important... jamais je n’ai assisté à une seule réunion sur la sécurité qui évoquait le discours de ces très sérieux et très informés géologues du pétrole. Ils pensent que nous atteindrons le "Peak Oil" global d’ici à la fin de la prochaine décennie. Avec l’émergence de la Chine, de l’Inde et d’autres, à moins que nous soyons capables de réduire dramatiquement notre consommation, nous serons à court de pétrole d’ici 35 à 50 ans. En plus du problème du changement climatique, ceci signifierait que nous n’avons que très peu de temps devant nous pour trouver des solutions à ce problème... nous pourrions ne pas disposer d’autant de pétrole que nous l’imaginons. Nous devons donc nous y préparer. »
--- L’ancien président Bill Clinton, Aspen Ideas Festival, juillet 2006 [1]

Trois phénomènes convergents façonneront probablement le XXIe siècle : le changement climatique, le "Peak Oil" global et les forces macroéconomiques. La double échéance du changement climatique et du "Peak Oil" sont deux problèmes interdépendants. Chacun représente à lui seul un phénomène extrêmement important qui a lentement imprégné la conscience publique. Toutefois, la troisième échéance, macroéconomique, et plus spécifiquement la tendance globale vers la diversification des monnaies pour les achats pétroliers, reste un phénomène pratiquement tabou dans les messages relayés par les cinq grands conglomérats médiatiques US.

Malgré l’absence générale de débat public, le contexte géopolitique de ce jeune siècle est de plus en plus déterminé par la compétition croissante pour les ressources énergétiques avant l’arrivée du "Peak Oil," [ndt : niveau maximum (ou pic ou apogée) de la production mondiale journalière de barrils de pétrole brut] et par l’érosion de l’hégémonie du dollar, mise en évidence par l’émergence de nouveaux accords pétro-monétaires. Dans "Petrodollar Warfare ; Oil and the Future of the Dollar" j’évoque l’hypothèse que la guerre tragique d’Irak serait par de nombreux aspects la première guerre du déclin pétrolier autant que la première guerre pétro-monétaire du XXIe siècle. [2]

En effet, les moteurs géostratégiques de la « crise iranienne » actuelle sont essentiellement les mêmes que ceux de la précédente crise « Irakienne. » Ils incluent : des déséquilibres structurels de l’économie globalisée, encore renforcés par la faiblesse du dollar US, et l’émergence de la crise des carburants liquides qui suivra immanquablement le pic de la production globale de pétrole. Il est un fait que le statut du dollar, hérité de sa position de monnaie de réserve privilégiée à la fin de la deuxième guerre mondiale, est lentement mais sûrement contesté. [3] Il y a trois éléments clefs à surveiller en ce qui concerne le changement de statut du dollar comme monnaie de réserve du système financier global :

Les banques centrales pourraient faire migrer leurs réserves monétaires du dollar vers l’euro, certaines monnaies asiatiques, etc.
Les monnaies asiatiques pourraient se désolidariser de la monnaie US comme par exemple la monnaie chinoise en juillet 2005.
Nous pourrions observer un effondrement de la facturation en dollars des matières premières, par exemple dans le domaine pétrolier, au profit d’un « panier de monnaies » comprenant le dollar, l’euro, le rouble, le renminbi et peut-être aussi le real.

Chacune de ces trois tendances est devenue évidente. Concernant le troisième point, la matière première la plus échangée au niveau global est le pétrole, et c’est sur ce marché que l’érosion du dollar comme monnaie de réserve mondiale est significative. [4] Ceci s’inscrit dans la problématique plus générale de la géopolitique et des tentatives correspondantes de Washington de maintenir son statut hégémonique d’unique superpuissance mondiale. Une analyse attentive des tendances macro-économiques, géopolitiques et géologiques indique que dans les toutes prochaines années, nous allons assister au déclin continu de la suprématie du dollar US comme monnaie de réserve et d’échanges pétroliers, et presque certainement, entre 2010 et 2015, au pic de la production pétrolière mondiale. Atténuer les effets de ces perspectives avant qu’elles ne deviennent un fait accompli devrait être la préoccupation essentielle de tout décideur politique majeur aussi bien dans le domaine national qu’international.

La désastreuse invasion unilatérale de l’Irak, perpétrée pour maintenir la domination US sur la production globale de pétrole et pour imposer la suprématie du dollar sur les marchés pétroliers, a paradoxalement eu pour conséquence d’encourager la fuite vers l’euro ou d’autres monnaies dans les échanges pétroliers, ainsi que d’induire de nouveaux accords géopolitiques et énergétiques défavorables aux USA. [5,6,7,8] En même temps, l’armée américaine est piégée dans un cauchemar tragique en Irak, alors même que les administrations Bush et Blair sont à nouveau en train de dissimuler leurs vrais agendas géostratégique et macro-économique en Iran en s’engageant dans une campagne de propagande à propos d’un programme « d’armes nucléaires » iranien qui d’après l’AIEA et la CIA n’existe tout simplement pas. [9]

Malheureusement, les actuelles politiques nationales énergétique et monétaire des États-Unis ne sont pas durables, et la géostratégie US est en opposition avec l’objectif de stabilité globale : les deux défis mondiaux les plus importants aujourd’hui sont le besoin de refondation des marchés de l’énergie et une réforme monétaire. Le succès ou l’échec de tels accords multilatéraux sur ces deux problèmes colossaux décideront de la guerre ou de la paix, et en ce sens, définiront les conditions de vie des hommes durant les premières décennies du 21ième siècle.
"Peak Oil" : l’énigme énergétique

« La conclusion est claire : si nous ne prévoyons pas immédiatement un changement vers les énergies renouvelables — plus rapidement et par des investissement bien plus conséquents que ce qui est aujourd’hui envisagé — alors la civilisation fera face à la dislocation la plus grave et peut-être la plus violente de l’Histoire récente. »
--- Michael Meacher, ancien parlementaire anglais et ancien ministre de l’environnement du gouvernement britannique de 1997 à 2003 [10]

Le laboratoire national des technologies de l’énergie, dépendant du ministère de l’énergie (DoE,) a commandé un rapport sur les risques liés au "Peak Oil" et les stratégies pour atténuer ces risques. Robert Hirsch et ses collègues chez Science Applications International Corporation, ont rendu leur rapport au DoE en février 2005. [11] Ce document de référence n’a toujours pas été commenté, ni par le DoE, ni par l’exécutif, ni même par les grands conglomérats médiatiques, mais sa conclusion est sans équivoque : une parade efficace au "Peak Oil" nécessite des plans globaux de prévention des risques qui doivent être mis en oeuvre le plus rapidement possible, de préférence 20 ans avant le pic de production globale de pétrole. [12] Sachant que les géologues de l’association pour l’étude du "Peak Oil & Gas" (ASPO) et les analystes de l’institut d’étude de la déplétion pétrolière (ODAC) prédisent tous que le "Peak Oil" devrait se manifester autour de 2010 (voir le graphe) — toute parade efficace au "Peak Oil" nécessite une action immédiate.

L’état d’esprit des fondamentalistes du marché n’est pas approprié pour concevoir une politique énergétique. Le rapport Hirsch note explicitement que les « signaux du marché » arriveront trop tard car les délais requis pour remplacer l’infrastructure liée aux carburants liquides ne se mesurent pas en années mais en décennies. Il est important de remarquer qu’Hirsch et ses collègues concluent que « l’intervention des gouvernements sera indispensable, parce qu’autrement, les conséquences économiques et sociales du "Peak Oil" seraient chaotiques » et que des milliers de milliards de dollars seront nécessaires au développement de carburants alternatifs et de l’infrastructure énergétique associée. [13]

Si les décideurs politiques US et d’autres leaders du monde commettent l’erreur de laisser la « main invisible du marché » décider sur cette question, ils pourraient bien condamner des millions de personnes à travers le monde. Une vie de pauvreté, de désespoir, la perspective de famines ou de guerres globales pour les ressource pétrolières et gazières constitueraient une alternative inutilement brutale. En clair, l’infrastructure US est bien trop dépendante du pétrole et du gaz naturel pour espérer une correction par le marché. Le résultat de la faillite du marché conduirait à d’énormes augmentations des coûts de presque tout, et les prix de certains produits essentiels, comme la nourriture, pourraient rapidement devenir prohibitifs pour une large part de la société.

Malheureusement, ce n’est pas fabuler que de prôner la suppression immédiate des centaines de milliards de déductions fiscales pour les réallouer vers des politiques drastiques de reconfiguration énergétique. À leur niveau, les États-Unis devraient utiliser ce qui leur reste de liquidités dans ce but --- et certainement pas pour des réductions d’impôts pour les plus riches ou pour étendre le réseau global des bases militaires US. Bien sûr, parvenir à une société bien plus économe en énergie dépendra de la volonté des Américains de faire des sacrifices du même ordre que ceux de la deuxième guerre mondiale (c’est-à-dire rationnement du pétrole et d’autres ressources, « Jardins de la victoire » etc)

Il est trop tôt pour savoir si la victoire récente des démocrates au Congrès aura un quelconque impact sur la politique énergétique US dans les deux années à venir, mais rien de moins qu’un changement de cap révolutionnaire est nécessaire. Pour commencer, le congrès devrait suivre l’exemple de l’Allemagne en légiférant sur un grand plan « 25 pour 25 » (c’est-à-dire 25% d’énergie électrique renouvelable d’ici 2025.) [14] En ce qui concerne l’élection de 2008, il est impératif que le prochain président renonce à l’usage de la force militaire et des opérations clandestines dans la stratégie énergétique nationale, en même temps qu’il prônera la paix et la stabilité globale par la mise en place d’accords multilatéraux.
Réformes recommandées pour échapper à la destinée des empires

« Les grandes puissances en déclin relatif réagissent instinctivement en dépensant plus d’argent pour la ’sécurité,’ détournant ainsi des ressources potentielles d’autres ’investissements’ et compliquant leur dilemme à long terme. »
--- L’historien Paul Kennedy décrivant la « surexpansion impériale » dans "The Rise and Fall of Great Powers" (1989) [15]

Dans ce classique de l’étude des empires, "The Rise and Fall of Great Powers : Economic Change and Military Conflict from 1500 to 2000," Paul Kennedy, l’historien de l’université de Yale, observe que lorsque les grandes puissances commencent à décliner, elles recourent presque invariablement à la guerre et à la belligérance, accélérant ainsi leur déchéance alors qu’elles gaspillent leur trésor national en dépenses militaires au détriment de leur économie et de leur peuple. Kennedy a décrit ce schéma par le terme de « surexpansion. » Les États-Unis ne sont pas immunisés par rapport à ces schémas historiques. L’héritage ultime de l’invasion de l’Irak en 2003 et son occupation pourraient un jour être interprétés par les historiens futurs comme l’événement pivot qui a rendu irréversible notre propre « surexpansion. »

C’est un chemin ardu qui attend le 44e président car il devra certainement faire face à des crises économique et énergétique combinées. Une réforme monétaire globale, incluant un compromis avec l’Union Européenne sur la monnaie de réserve mondiale et sur celle des achats pétroliers, implique pour les États-Unis un renoncement à son statut de superpuissance pour redevenir une nation parmi les autres. Bien des Américains ne veulent pas entendre ce message, mais à moins que la pilule amère ne soit avalée, l’économie américaine pourrait souffrir d’un déclin désordonné, induisant des souffrances bien plus importantes que celles qui seraient la conséquence d’une contraction contrôlée par des accords multilatéraux. De toutes manières, nous pourrions très bien ne pas avoir le choix bien longtemps — à cause des contraintes de l’économie globalisée et de la géologie.

La seule solution est la coopération internationale, un véritable leadership US fondé sur des politiques énergétiques et fiscales viables, la mise en place réfléchie mais rapide d’une stratégie visant à s’adapter à la déplétion pétrolière et gazière, une réforme du système monétaire global et des changements de comportements pour réduire notre dépendance gloutonne au pétrole et à la dette. Les 5 grands conglomérats des médias US ne servent pas les intérêts du peuple et doivent être brisés par les législations anti-trust. Une réforme intelligente du financement des campagnes politiques et le rejet de la notion de « corporate personhood » pourraient être la seule manière pour les États-Unis de déclencher les réformes énergétiques requises.
Pour sauver l’« expérience américaine » de la destinée commune à tous les empires — l’écartèlement militaire et le déclin économique qui s’en suit — je recommande les six mesures suivantes :

1. Désavouer la doctrine de guerre préventive. L’objectif irréaliste de domination globale des néoconservateurs doit être rapidement abandonné par toute nouvelle administration espérant soulager les tensions géopolitiques actuelles et futures. L’idée que les États-Unis puissent ouvertement violer le droit international par des « guerres préventives » unilatérales dans les régions du monde riches en pétrole ne sera tout simplement pas tolérée par les autres nations industrielles. L’une des premières actions officielles du prochain président devrait être de désavouer officiellement la « doctrine Bush » et d’affirmer le désir d’une approche multilatérale des relations internationales, comprenant une refonte de la campagne anti-terroriste basée sur INTERPOL. Il s’agit de gestes cruciaux pour apaiser les tensions entre l’Iran et les États-Unis. De tels actes auront pour effet d’insuffler un sentiment de soulagement dans la communauté internationale et d’apporter à la nouvelle administration un capital politique dont elle aura bien besoin.

2. Lancer des projets internationaux sur l’énergie. Washington devrait proposer à l’ONU qu’elle constitue un consortium international de scientifiques et de chercheurs dans le domaine de l’énergie pour développer des carburants alternatifs pour les transports. Des signes indubitables militent désormais en faveur de prochaines limitations de l’offre globale, et de nombreux rapports affirment que la production mondiale de pétrole ne parviendrait tout simplement pas à croître suffisamment pour satisfaire la demande prévue en 2010 et au-delà. Si des carburants alternatifs pour le transport ne peuvent être développés et mis en oeuvre durant la prochaine décade, des désastres s’en suivront, incluant des ruptures majeures dans le système de production alimentaire global. De manière idéale, les nations du G8 avec la Chine et l’Inde militeraient immédiatement pour l’investissement de centaines de milliards de dollars dans un programme énergétique international dirigé par l’ONU ayant le même niveau d’urgence que les projets Manhattan et Apollo. Les technologies suivantes, visant l’objectif de la reconfiguration énergétique, devraient être vigoureusement développées et mises en oeuvre :

Technologies « de transition » à court terme et autres réformes énergétiques (jusqu’à 2020)

Des moteurs essence et diesel ultra efficaces (véhicules consommant moins de 4,7 l aux 100 km.)
Une technologie de charbon propre avec séquestration du CO2 pour alimenter des systèmes de transports électriques (des trains légers, des voitures hybrides, etc.)
Des projets de transport légers sur rails, utilisant les surfaces aujourd’hui réservées aux autoroutes inter-états (alimentés de préférence par de l’électricité générée par des énergies renouvelables.)
Des programmes agricoles radicaux pour réduire les apports en énergies fossiles (dans les engrais et les pesticides) et une augmentation drastique de la production alimentaire locale et de l’agriculture bio.
L’énergie éolienne (avec déploiement rapide à petite et grande échelle.)
Déploiement massif de l’énergie solaire et photovoltaïque sur les constructions existantes à la fois résidentielles et commerciales.

Projets à moyen et long terme basés sur les énergies renouvelables (de 2010 à 2030)

Développement à grande échelle de l’énergie géothermique et des sources d’eau chaude (adaptation des constructions existantes à la fois commerciales et résidentielles.)
Développement de la biomasse et des biocarburants limité à l’agriculture locale et à la distribution alimentaire (cette technologie ne peut pas passer à l’échelle pour le transport de masse car elle possède un faible rendement énergétique et devrait être limitée au secteur alimentaire.)
Développement d’usines marémotrices dans les régions côtières.

Projets de R&D à long terme pour de nouveaux systèmes énergétiques (après 2020)

Conversion de l’énergie thermique des océans (OTEC) (c’est-à-dire, des usines flottantes de 50 à 100 mégawatts produisant de l’ammoniaque liquide pour les piles à combustible et de l’eau potable.)
Des piles à combustible hydrogène/ammoniaque pour le transport de masse produites sans utiliser d’énergies fossiles.
Dépolymérisation thermique (nouvelle technologie demandant encore de la R&D.)
Analyse holistique environnementale et du rendement (EROEI) des surgénérateurs qui recyclent les sous-produits de la fission de l’uranium et poursuite de la R&D sur la fusion nucléaire (technologie encore hypothétique.)

3. Appliquer le protocole de la déplétion du pétrole. L’ONU devrait immédiatement réunir un groupe de scientifiques, d’ingénieurs et d’agronomes pour étudier la déplétion des énergies fossiles. Sous la supervision de l’ONU, la communauté internationale devrait proposer une méthodologie et des accords formels concernant la distribution des hydrocarbures, basés sur le taux de déplétion global. Richard Heinberg a récemment publié son 3ième livre sur le "Peak Oil" : "The Oil Depletion Protocol : A Plan to Avert Oil Wars, Terrorism and Economic Collapse" qui présente un argumentaire expliquant la nécessité de mettre en oeuvre un traité global de la déplétion pétrolière, et comment un tel accord serait déployé pour conduire à une réduction graduelle de la consommation de pétrole tout en conservant une relative stabilité des prix. [16] Colin Campbell, géologue à la retraite et fondateur de l’ASPO, a imaginé le concept de protocole de la déplétion pétrolière avec ses collègues. Cette proposition inclut deux recommandations délicates, mais parfaitement logiques :

Aucun pays ne devrait produire du pétrole au delà du taux de déplétion qui lui est attribué, taux annuellement défini comme un pourcentage des réserves estimées ;
Tous les pays importateurs devront réduire leurs importations au niveau du taux mondial de déplétion, en déduisant leur propre production. [18]

Le succès d’une mise en oeuvre d’un tel traité mondial apparaîtrait miraculeux ; néanmoins, la motivation pour un tel accord est que les alternatives sont soit une guerre mondiale stimulée par la déplétion pétrolière, soit une guerre économique sur les marchés de change internationaux. Ces événements désastreux peuvent être évités, mais à la condition impérieuse que la communauté internationale puisse se mettre d’accord sur un tel traité énergétique en même temps qu’elle transformera les systèmes économiques et monétaires actuels. De plus, l’histoire du 20ième siècle suggère une corrélation entre la production d’énergie tirée des hydrocarbures et la croissance globale de la population, et par conséquent, des mesures humainement acceptables pour stabiliser puis réduire graduellement les niveaux de peuplement globaux apparaissent comme nécessaires.

Ayant des choix de plus en plus limités, les États-Unis doivent rechercher des politiques qui permettent d’adoucir cette transition par une approche graduelle quand c’est possible, et une approche rapide là où c’est nécessaire. "Peak Oil" est une crise globale, et tenant compte de cette réalité — le multilatéralisme au contraire de l’unilatéralisme — est le seul chemin vers un horizon pacifique. Une note plus positive : la mise en oeuvre du « protocole de la déplétion pétrolière » a le potentiel pour faciliter les objectifs du protocole de Kyoto, et pour atténuer petit à petit les changements climatiques globaux en réduisant les niveaux de productions de CO2 qui proviennent de la combustion des carburants à base d’hydrocarbures.

4. Restaurer la discipline financière. Washington doit restaurer un semblant de responsabilité fiscale si elle espère sauver le dollar. Le conflit de la guerre en Irak a déjà coûté 600 milliards de dollars en 2006, et son coût à long terme est estimé à plus de 2000 milliards. [17] De la même manière que durant la guerre du Vietnam où les réserves d’or US ont été dilapidées, la dévaluation du dollar depuis 2002 reflète le manque de confiance du monde dans l’économie et la politique étrangère américaine. La confiance en une monnaie se fonde sur la capacité d’un gouvernement à prélever des impôts auprès de ses citoyens. Au strict minimum, supprimer en grande partie les réductions fiscales exorbitantes des années 2001 et 2003 pourrait faciliter l’équilibrage du budget. Une bonne discipline fiscale requiert également une réduction substantielle des moyens aujourd’hui gâchés dans notre superstructure militaire globale inefficace, en commençant par les 14 nouvelles bases militaires US en Irak qui sont une des causes de l’insurrection.

5. Revitaliser les industries US par la reconfiguration énergétique. Alan Greenspan, le précédent directeur de la réserve fédérale, a inculqué aux Américains le sentiment étrange que l’endroit où sont fabriqués les produits américains n’a pas d’importance, tant que les gens continuent à les acheter. Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité. La perte de 3 millions d’emplois dans la fabrication depuis l’an 2000, a conduit à une décroissance des revenus, à une augmentation des dettes individuelles et à un nombre record de faillites personnelles. Une superpuissance qui perd sa capacité de production ne jouera pas de rôle important bien longtemps.

Les carrières les plus viables du 21ième siècle se feront probablement autour du secteur de « l’environnement. » Les États-Unis doivent investir significativement dans des énergies alternatives et durables, et dans d’autres secteurs à l’exportation, pour passer graduellement mais sincèrement d’un commerce extérieur déficitaire à une balance commerciale positive. Ceci prendra des décennies, mais ces projets impératifs de reconfiguration énergétique nationale à grande échelle et le déploiement d’énergies alternatives devraient apporter aux États-Unis de nouvelles perspectives d’emplois qui seraient protégés des délocalisations tout en améliorant la sécurité nationale à long terme.

6. Réformer le système monétaire global. Le principal problème de l’économie globalisée actuelle est que le taux excessif de crédit (c’est-à-dire la bulle des marchés dérivatifs) a facilité le développement de capacités de production qui sont bien supérieures aux besoins de la demande globale cumulée. La théorie économique classique indique qu’une période de déflation permettrait un déclin des capacités de production jusqu’à ce qu’une croissance de la demande initie un nouveau cycle d’expansion. Des économistes comme Richard Duncan, auteur de "The Dollar Crisis" ont soutenu qu’une croissance globale excessive du crédit et les problèmes structurels qui s’en suivraient pour le dollar pourraient alimenter une contraction déflationniste de l’économie globale. [18]

Dès lors, il semble impératif que le gouvernement des États-Unis commence des discussions au sein du G8 et avec la Chine pour une réforme du système monétaire global, de manière idéale, pour permettre une croissance contrôlée des marchés européens et asiatiques. L’économie globalisée se porterait mieux et serait plus équilibrée avec trois moteurs de croissance globale : les États-Unis, l’Union Européenne et l’Asie/Inde. Le grand défi sera de mettre en oeuvre une décroissance graduelle et contrôlée de l’émission de dollars US tout en essayant de minimiser les dislocations de l’économie US et de l’économie globale. La première réforme devrait être de faire de l’euro la deuxième monnaie de réserve internationale, à égalité avec le dollar pour les transactions pétrolières, permettant de ce fait un double standard monétaire pour les transactions pétrolières de l’OPEP.

Bien que ces réformes soient nécessaires pour permettre une économie globalisée plus équilibrée, toute transition importante du dollar vers l’euro ou vers un double standard euro-dollar, accompagné d’énormes réorientations du marché des capitaux, sera violemment combattue par l’establishment politique et financier US. Néanmoins, étant donné les déficits commerciaux et fiscaux américains, la montée de l’euro comme monnaie mondiale de réserve et monnaie alternative d’échanges pétroliers, suivie d’un pétro-rouble russe convertible en 2007-2008, et peut-être d’ici à une dizaine d’années un renminbi chinois pleinement convertible, semblent inévitables.

Tout simplement, le consommateur américain ne peut pas s’endetter indéfiniment tout en restant le seul moteur de la croissance globale, et la réserve fédérale ne peut pas plus regonfler les bulles pour l’éternité. A la fois l’Union Européenne et l’Asie orientale seront obligées de reconnaître que la « partie est finie » et qu’elles ne peuvent perpétuellement exploiter le consommateur américain. Qu’elles souhaitent ou non se confronter volontairement aux défis de cette transition, elle leur sera ultimement imposée par les brutales réalités économiques.
Conclusion

« Au bout du compte, le choix réside entre ces deux alternatives --- s’emparer du pétrole ou alors procéder à la reconfiguration énergétique. Cette décision a une portée bien plus large que le seul enjeu du pétrole. C’est un choix qui porte sur les fondements même et la nature profonde des États-Unis. Dès aujourd’hui, c’est le choix entre la démocratie et l’empire. En termes économiques, c’est le choix entre la prospérité et la pauvreté. En terme techniques, le choix entre l’efficacité et le gâchis. En termes moraux, le choix entre la satiété et la gloutonnerie. Du point de vue environnemental, c’est la préférence pour la gestion par rapport à la prédation permanente. Dans ses rapports avec les autres pays, c’est pour le États-Unis le choix entre la coopération et la domination. En termes spirituels, c’est le choix de l’espoir, de la liberté et du sens contre celui de la peur, de la dépendance et du désespoir. En ce sens, c’est La décision qui engage l’avenir des États-Unis et peut-être même celui du monde entier. »
--- Robert Freeman, "Will the End of Oil Mean the End of America ?" 2004 [19]

Cet essai a été conçu dans le but d’informer sur les défis et les choix qui nous font directement face. Deux décennies de politiques américaines de gabegie fiscale et énergétique ont placé les États-Unis face au risque d’un déclin économique d’une ampleur et d’une durée considérables, et en tant que nation nous sommes lamentablement mal préparés à réduire notre consommation d’énergies fossiles. Malheureusement, la politique extérieure américaine récente exacerbe les tensions globales et pourrait conduire à des guerres encore plus graves que celles que les années Bush ont produites. Il ne doit pas y avoir le moindre doute là dessus --- une guerre mondiale pour les ressources conduira immanquablement à la ruine énergétique et à la banqueroute économique et morale, même de celui qui sera alors désigné comme le « vainqueur. »

Il n’est pas nécessaire d’en arriver là, même si le "Peak Oil" global constitue indiscutablement le « défi » qui conditionnera la vie des hommes dans ce nouveau siècle. Comme l’a observé Robert Freeman, le destin des États-Unis sera scellé par la capacité des Américains à s’adapter aux réalités de la déplétion des hydrocarbures. La réduction de la consommation des énergies fossiles et la transition vers un paradigme énergétique plus viable prendront des dizaines d’années et seront très difficiles, mais notre génération ne pourra pas échapper à cette réalité.

Il est regrettable que le système électoral américain se soit brisé sous le poids de son mode de financement, et que les conglomérats médiatiques soient devenus les agents dociles qui filtrent exagérément les nouvelles journalières afin de maintenir le statu quo et de favoriser les intérêts de l’élite dirigeante. Il en résulte l’incapacité pour les deux partis à initier les réformes nécessaires. Ceci doit changer rapidement, le temps presse. Le plus important, c’est que les Américains — et tout spécialement ceux qui siègent au congrès — ne doivent pas permettre à l’exécutif d’utiliser de manière cynique la « guerre contre le terrorisme » comme un outil de peur pour obtenir notre consentement à encore plus de guerres d’ingérence pour les ressources. L’armée des États-Unis ne devrait pas et ne peut pas être utilisée pour imposer le dollar sur les marchés du pétrole. L’antagonisme actuel avec l’Iran, provoqué par l’attitude des États-Unis, doit être remplacé par des négociations sur son programme d’énergie nucléaire et il nous faut trouver un arrangement avec l’Union Européenne, la Russie et l’OPEP pour une mise en place graduelle d’un marché global du pétrole plurimonétaire.

L’échec à poursuivre des réformes multilatérales conduira à un accroissement des désordres sociaux, des guerres sans fin qui requièrent le retour à la conscription, encore plus de mensonges politiques et de répression au niveau national, et à la ruine morale et économique. La seule stratégie rationnelle consiste à remettre en cause notre hégémonie et à négocier des traités multilatéraux. Ceci requiert de la part des politiques un désaveu des conquêtes impériales actuelles et de se concentrer sur la gestion de notre déclin. Malheureusement, je reste très sceptique quant au déploiement des réformes que je propose avant l’arrivée d’une crise globale, forçant ainsi la mise sur la table des négociations de ces questions monétaires et énergétiques.

En effet, le véritable combat des États-Unis se joue en interne. Nous est-il encore possible de revenir à nos origines républicaines et de renoncer à la construction d’un empire ? Sommes-nous encore capables de nous mettre sur un pied d’égalité avec les autres nations industrielles ? Le test ultime de l’expérience américaine sera : pouvons-nous à nouveau nous mettre à vivre selon nos capacités fiscales et énergétiques ? Avons-nous la volonté et la sagesse de réduire notre consommation de pétrole et de gaz et de nous engager sur ce qu’Heinberg appelle « la décroissance énergétique » ? [20] Si les États-Unis sont capables de s’élever à ce niveau d’intelligence, nos problèmes d’anti-américanisme et de terrorisme se dissiperont très rapidement.

Cette analyse suggère six défis majeurs pour la prochaine administration américaine : (1) développer une stratégie énergétique nationale pour réduire la consommation d’énergies fossiles ; (2) négocier une réforme monétaire globale ; (3) réorganiser complètement les politiques fiscales américaines ; (4) réparer les relations extérieures endommagées avec les Nations Unies, l’Union Européenne, le Moyen-Orient, la Russie et l’Amérique Latine en restaurant notre politique extérieure dans les principes originels américains et dans les droits de l’homme ; (5) mettre au pas le pouvoir injustifié du complexe militaro-industriel, pétrolier et bancaire par une réforme complète du financement des campagnes politiques ; (6) réallouer massivement les budgets publics en transformant les dépenses militaires en investissements en faveur de la reconfiguration énergétique et de l’utilisation d’énergies renouvelables pour pallier au "Peak Oil" et au réchauffement global. Il est regrettable que le prochain président ait à entreprendre ces défis colossaux dans une situation politique et diplomatique affaiblie.

Le début du XXIe siècle sera un instant historique épique ; soit une période désastreuse de guerre militaire et économique liée aux ressources, soit un effort noble et sans précédent vers la coopération internationale. D’une manière ou d’une autre, il ne sera pas possible de maintenir le statu quo bien longtemps, à cause de contraintes à la fois physiques et macro-économiques, statu quo d’autant plus indésirable si nous souhaitons préserver notre humanité. Nos choix politiques, sociaux et économiques des prochaines années décideront du chemin que nous prendrons. L’Amérique va-t-elle succomber à une « guerre contre la terreur » sans fin, un militarisme croissant et une banqueroute économique dans une tentative désespérée de maintien de son statut de superpuissance, ou va-t-elle rejoindre la communauté des nations sur un pied d’égalité pour travailler ensemble aux défis du futur ? A l’avenir, les historiens décriront-ils l’Amérique juste comme un autre empire égoïste et sans remords qui s’est effondré à cause de sa « surexpansion impériale ? » Ou alors chanteront-ils les louanges d’une république démocratique éclairée et d’une grande longévité qui a finalement résisté à la tentation et aux folies impériales — pour choisir la paix, la viabilité et le règne du droit lors de son entrée dans le XXIe siècle ?

Références :

MPR : A conversation with Bill Clinton (la citation commence après environ 9 minutes,) [Minnesota Public Radio, 11 juillet 2006->http://minnesota.publicradio.org/di...]. D’après une interview de David Renmick dans le journal The New Yorker du 18 septembre 2006, Bill Clinton aurait lu la nouvelle édition du livre de Richard Heinberg sur le "Peak Oil," "The Party’s Over : Oil, War and the Fate of Industrial Societies," New Society Publishers 2005, deuxième édition.
William R. Clark, "Petrodollar Warfare : Oil, Iraq and the Future of the Dollar," New Society Publishers, 2005.
Gabriele Galati et Philip Woolridge, "The euro as a reserve currency : a challenge to the pre-eminence of the US dollar ?," Bank for International Settlements (BIS) Working Paper n°218, octobre 2006, [lien->http://www.bis.org/publ/work218.pdf].
Haig Simonian, Javier Blas, Carola Hoyas et Peter Garnham, "Oil producers shun dollar," Financial Times, 10 décembre 2006, [lien->http://www.ft.com/cms/s/277471c2-88...].
"Iran oil bourse launch underway," Persian Journal, 16 septembre 2006, [lien->http://www.iranian.ws/iran_news/pub...].
"Putin proposes creation of ruble-denominated oil, gas exchange," RIA Novosti, 10 mai 2006, [lien->http://en.rian.ru/russia/20060510/4...].
"China opens oil bourse in Shanghai," China Daily, 18 août 2006.
W. Joseph Stroupe, "The New World Oil Order : Russia attacks the West’s Achilles’ heel (Part I)," Asia Times, 22 november 2006, [lien->http://www.atimes.com/atimes/Centra...]. Voir aussi "The New World Oil Order : Russia tips the balance (Part II)," Asia Times, 23 novembre 2006, [lien->http://atimes.com/atimes/Central_As...].
Dafna Linzer et Julie Tate, "No Proof Found of Iran Arms Program : Uranium Traced to Pakistani Equipment," Washington Post, 23 août 2005 ; page A01, [lien->http://www.washingtonpost.com/wp-dy...]. Voir aussi Seymour Hersh, "The Next Act : Is a damaged Administration less likely to attack Iran, or more ?," The New Yorker du 27 november 2006 mis en ligne le 20 novembre 2006, [lien->http://www.newyorker.com/fact/conte...].
George Monbiot, "Bottom of the Barrel : The World is Running out of Oil — So Why Do Politicians Refuse to Talk about It ?" Guardian (UK), 2 décembre 2003, [lien->http://www.guardian.co.uk/comment/s...].
Robert L. Hirsch, et al, "Peaking of World Oil Production : Impacts, Mitigation and Risk Management," Science Applications International Corporation (SAIC), février 2005, [lien->http://www.odac-info.org/assessment...].
Ibid. Voir aussi le rapport suivant de Roger Bezdek, Robert Wendling and Robert Hirsch, "Economic Impacts of Liquid Fuel Mitigation," misi-net, mai 2006, [lien->http://media.globalpublicmedia.com/...].
John J. Fialkan, "Renewable Fuels May Provide 25% of U.S. Energy by 2025," Wall Street Journal online, 13 novembre 2006 ; Page A10, [lien->http://online.wsj.com]. Pour plus de détails sur l’agenda « 25 par 25, » consulter [lien->http://www.25x25.org].
Paul Kennedy, "The Rise and Fall of Great Powers : Economic Change and Military Conflict from 1500 to 2000," Vintage, 1989, p. xxiii.
Glen Carey, "Saudi Aramco boosts drilling efforts to offset declining fields," Platts Oilgram News, 11 avril 2006. Voir aussi : Matthew R. Simmons, "Twilight in the Desert : The Coming Saudi Oil Shock and the World Economy," Wiley, 2005.
Richard Heinberg et Colin Campbell (Forward), "The Oil Depletion Protocol : A Plan to Avert Oil Wars, Terrorism and Economic Collapse," New Society Publishers, 2006.
"The Rimini Protocol : An Oil Depletion Protocol : Proposed by Association for the Study of Peak Oil & Gas," [lien->http://www.peakoil.ie/protocol].
Tom Regan, "Report : Iraq war costs could top $2 trillion," The Christian Science Monitor, 10 janvier 2006.
Richard Duncan, "Dollar Crisis : Causes, Consequences, Cures," John Wiley & Sons, 2003, p. 168.
Robert Freeman, "Will the End of Oil Mean the End of America ?" [commondreams.org->http://www.commondreams.org/views04...], 1ier mars 2004.
Richard Heinberg a défini le terme "Powerdown" dès la première page de son livre du même titre. "Power-down" nom, 1. la famine énergétique qui a frappé les nations industrialisées au début du 21ième siècle. 2. le processus intentionnel de coopération, de décroissance et de reconversion énergétique qui a permis à l’humanité de survivre.

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L’Amérique empire... peut-on sauver la grande démocratie ? :: Commentaires

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Message le Sam 17 Déc 2011 - 22:56 par Mister Cyril

Ouah le pavas, quand elle passe elle fait pas semblant la mélody...je comprends bien le rôle central des monnaies dans la crise mais au-delà du bancor dont tu parles régulièrement,es-tu en train de nous dire que la Chine tente un rééquilibrage anti-impérialiste amerloc pour le bien de l'humanité??? J'ai certainement mal compris (sans ironie) mais si la monnaie est effectivement un outil central de domination économique et politique, elle est toujours au service d'une idéologie impérialiste de domination...et j'ai pas plus confiance en la Chine qu'en les amerlocs...et une fois n'est pas coutume je suis d'accord avec le canard sur le "courtisme" politicien qui empêche de parler des vrais sujets (dont la domination économique et financière fait partie!)...bon je repars dans la lecture de tes posts, car je faisais une pose...A+ mélody!

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Message le Sam 17 Déc 2011 - 20:44 par Invité

ceci dit, ce texte est certes très long (d'où l'utilité de le découper en plusieures parties) mais pas ardu (y apas de termes techniques ni jargon hors de portée du citoyen lambda) alors ne le boude pas.

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Message le Sam 17 Déc 2011 - 20:42 par Invité

Donald11 a écrit:Oui heu, la Chine, comme démocratie ! Et puis vivre en Chine ne doit pas être de tout repos, surtout pour l'immense réserve de mains d'oeuvre taillable et corvéable à merci.
D'un autre côté, j'avais cru comprendre que les Chinois tenaient la grande Amérique par la barbichette avec leur réserve de dollars non négligeable.
Oui c'est exactement cela : la Chine veut un nouvel ordre monétaire international (un panier de monnaies comme le bancor imaginé par Keyenes), ce qui diminuera l'influence US avec ses petro-dollars. La Chine est donc disposée à soutenir l'euro, dans la mesure où l'UE s'engagera vers ce nouvel ordre monétaire. Ainsi les US ne pourront plus dire "le dollar c'est votre problème" et devront participer à des négociations équitables, au lieu de fabriquer de la dette et de la refiler au monde entier (=retour vers l'économie réelle).
PS, en fait j'ai bcp navigué sur le net pour comprendre les enjeux mondiaux de cette crise, c'est pour ça que je me suis absentée du maquis (lol).

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Message le Sam 17 Déc 2011 - 19:08 par Donald11

Oui heu, la Chine, comme démocratie ! Et puis vivre en Chine ne doit pas être de tout repos, surtout pour l'immense réserve de mains d'oeuvre taillable et corvéable à merci.
D'un autre côté, j'avais cru comprendre que les Chinois tenaient la grande Amérique par la barbichette avec leur réserve de dollars non négligeable.

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Message le Sam 17 Déc 2011 - 19:00 par Donald11

Bonjour Melody. Bien content de te revoir dans les couloirs du maquis.

Ce texte est un peu ardu à lire pour moi, mais j'y retrouve la trame du dollar et du pétrole, et tous les ingrédients de la langue de bois utilisée pour intervenir en Irak.
La question était "et maintenant ?". Quatre ans plus tard, on en est à sauver la Grèce, puis l'euro, puis la note AAA, puis, puis, puis ... rien sur les enjeux planétaires, la fin annoncée du pétrole et l'accroissement de la population mondiale qu'il faudra ou non nourrir, et de quoi ?
Mais tant que chez nous, le seul pôle d'intérêt sera la candidature de DDV, tout ira bien.

En tout cas, tu nous as manqué.

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Message le Sam 17 Déc 2011 - 18:46 par Invité

ou encore ceci :
C'est l'occasion ou jamais pour l'UE et la Chine
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Les investissements croissants de la Chine en Europe, y compris l'achat d'obligations annexes de l'eurozone contribuent à soutenir la valeur de l'Euro et à rassurer les marchés, en particulier dans ces temps troublés. Ce genre d'investissements chinois est apprécié de pays comme la Grèce, le Portugal, l'Espagne et l'Italie, qui sont étranglés par des finances publiques dont l'état ne cesse de s'aggraver.

Cette tendance à l'activisme économique de la Chine offre tant à Beijing qu'aux pays européens endettés une opportunité de renforcer leurs relations bilatérales, y compris le rôle que la Chine peut jouer pour résoudre la crise de la dette de l'Europe, et les concessions que l'Europe sera disposée à faire.

Les déclarations des dirigeants chinois apportant leur soutien à l'eurozone ne sont pas une nouveauté. Cela fait de nombreuses années que Beijing a épousé l'idée d'une monnaie commune européenne. Cela est dû à l'importance du marché de l'Union Européenne pour les exportations chinoises : à l'heure actuelle, l'UE est le principal partenaire commercial de la Chine et elle partage l'idée de la Chine de créer un système monétaire international où le Dollar US est moins dominateur.

La Chine a commencé à diversifier ses avoirs en monnaies autres que le Dollar en 2011 en achetant bien plus de dette gouvernementale européenne que d'actifs en Dollars US. D'après les économistes de la Standard Chartered Bank, les actifs de la Chine en Euros représenteraient de 26 à 28% des ses réserves en devises étrangères, contre 63 à 67% pour le Dollar US.

On pourrait croire que les actifs de la Chine libellés en Euros soient plutôt investis dans des pays de la zone-clé plus sûre de l'eurozone, comme l'Allemagne ou la France, que dans des obligations grecques, portugaises, espagnoles ou italiennes. Cependant les données des derniers mois sur ce sujet sont contradictoires.

Il y a quelques semaines, le Financial Times a rapporté que la Chine détenait 4% du Trésor de l'Italie. Mais lors d'un entretien avec le Ministre italien des Affaires Etrangères, Franco Frattini, lors de sa visite en Chine à la mi-juillet, a déclaré que 13% de la dette publique italienne étaient à présent entre les mains de la Chine. Si ce chiffre s'avérait vrai, cela ferait de la Chine un des plus importants détenteurs étrangers de la dette publique italienne. Cela soulèverait aussi la question de savoir si la Chine n'investit pas en fait dans certains des pays périphériques de l'eurozone parce que les rendements y sont plus élevés. A part la Grèce, les autres pays périphériques de l'eurozone comme l'Espagne, le Portugal et l'Italie ne font pas face à un risque sérieux de défaut de paiement.

Investir dans des actifs libellés en Euros permet à la Chine de diversifier ses risques ailleurs que dans le Dollar US. Le Gouvernement chinois et les autorités monétaires ont, en fait, exprimé une désaffection croissante envers la politique monétaire laxiste de la Réserve Fédérale américaine. Les investisseurs chinois ont représenté une forte proportion des acheteurs de la tranche de 5 milliards d'Euros (6,7 milliards de Dollars US) des obligations de sauvetage accordés par le fonds de secours de 440 milliards d'Euros de l'eurozone à la mi-septembre 2011. Le même jour, Wen Jiabao, le Premier Ministre chinois, a déclaré que la Chine continuerait à aider l'Europe.

En plus de l'achat d'obligations de l'eurozone, les investissements chinois dans des entreprises européennes ont aussi augmenté à un taux jamais vu auparavant. L'Europe se révèle être un terrain plus fertile pour les investissements chinois que les Etats-Unis : en fait, les investissements totaux de la Chine en Europe sont de 53% plus importants que les 1,39 milliard de Dollars US qui sont allés vers les Etats-Unis en 2010, d'après le Ministère du Commerce chinois.

La crise de la dette a également contraint quelques gouvernements de l'UE comme ceux de la Grèce, du Portugal, de la Hongrie et de l'Italie d'envisager la vente possible à la Chine de participations dans des entreprises publiques.

Les implications politiques de ces investissements en Europe deviennent évidentes. La Chine demande depuis longtemps que l'UE lui reconnaisse le statut d'économie de marché, une décision politique ayant des implications économiques significatives pour les deux parties.

Les évènements récents montrent que l'heure est venue pour l'UE et la Chine de commencer une série de négotiations approfondies sur leurs relations économiques et politiques lors des dix à vingt années qui viennent.

La gravité de la crise de la dette européenne et le coup potentiel que cela pourrait porter à l'économie mondiale exige des dirigeants chinois et européens de faire preuve de courage et de vision afin de renforcer leur coopération et de réduire l'acrimonie et la mauvaise compréhension. Pour les Etats membres de l'UE, il est essentiel de faire des efforts supplémentaires pour trouver la cohésion nécessaire permettant d'adopter une approche cohérente et unie envers Beijing, y compris une position claire sur des sujets politiquement sensibles comme les investissements chinois dans les entreprises publiques, le statut d'économie de marché et le sujet de l'embargo sur les armes. Et du côté chinois, les dirigeants devraient songer sérieusement à des concessions substantielles sur des sujets relevant de l'économie et de la politique intérieures.

Si les dirigeants chinois et européens arrivent à négocier avec succès au sujet de leurs relations bilatérales à ce tournant historique, alors non seulement ils contribueront à résoudre la crise de la dette européenne, mais ils feront aussi avancer l'affaire pour davantage de coopération internationale face à des signes croissants de nationalisme économique.

L'auteur est chercheur invité à l'Institut de l'Union Européenne pour les Etudes de Sécurité à Paris.

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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Message le Sam 17 Déc 2011 - 18:35 par Invité

On peut y ajouter par exemple les commentaires laconiques de la presse chinoise, pour mieux comprendre ce qui se joue dans la guerre monétaire (dollar versus euro et Wall-Street contre l'UE et les dégradations de notes des états européens) :

Une nouvelle guerre froide pourrait-elle éclater ?
Imprimez / Envoyez

Le Président américain Barack Obama a participé pour la première fois au 6e Sommet de l'Asie Orientale qui a eu lieu cette année à Bali, en Indonésie. Par la suite, lui ainsi que la Secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton ont profité de toutes les occasions possible pour faire connaître leurs idées sur le soi-disant « retour des Etats-Unis en Asie ». Obama a annoncé que les Etats-Unis ont décidé d'envoyer un détachement fort de 2.500 soldats qui seront en garnison en Australie, tandis que Hillary Clinton a déclaré que le vingt et unième siècle sera « le siècle du Pacifique des Etats-Unis ». Toutes ces déclarations et toutes ces dispositions, prises par les Américains pour claironner leur soi-disant « retour », sont suivies de près par le monde entier qui prête une grande attention à l'évolution de la situation.

Le « Wall Street Journal » a publié 25 novembre dernier un article écrit par Hugh White, unéminent universitaire australien et ancien secrétaire adjoint à la Défense nationale. Il est dit dans cet article qui porte le titre « La doctrine Obama » que la visite du Président américain en Asie marque la naissance de la « doctrine Obama ». L'article fait la comparaison entre la « doctrine Obama » et la « doctrine Truman » et considère que les deux visent un même objectif qui est de contrer un rival. La deuxième, née le 12 mars 1947, était la base de la politique des États-Unis contre le Bloc communiste durant la guerre froide. Ayant pour but principal de s'opposer à l'Union soviétique, a marqué le début de la Guerre froide. Pour ce qui est de la première, elle vise principalement à empêcher le développement de la Chine. Pour Hugh White, il pense que c'est une grave erreur commise par les Américains et dans le cas où ils persisteraient dans cette stratégie, ils pourraient le payer cher.

Dans le contexte de la naissance de la « doctrine Obama », est-il possible qu'une nouvelle guerre froide éclate ?

Pour pouvoir répondre à cette question, il est nécessaire tout d'abord de connaître correctement, et surtout de comprendre parfaitement la situation générale de notre monde actuel. De longues années se sont écoulées depuis l'ancienne guerre froide et avec le temps, l'époque de la guerre et de la violence révolutionnaire est une époque révolue et notre monde est entré dans une nouvelle époque caractérisée par la paix et le développement. Ainsi, la paix, le développement et la coopération sont devenus le courant principal de notre époque et aucune force au monde de saurait empêcher, endiguer et arrêter ce courant de l'histoire. Cependant, il existe évidemment dans notre monde un autre courant qui prône la guerre froide, l'affrontement et le conflit. Pour ce qui est de la Chine, elle ne souhaite aucunement et absolument pas déclencher une nouvelle guerre froide contre les Etats-Unis.

Ensuite, pour que la guerre froide puisse éclater, il faut que les deux parties concernées agissent chacune de leur côté pour la déclencher. La guerre froide entre les Etats-Unis et l'Union soviétique a été possible du fait que les deux pays étaient rivaux et se disputaient l'hégémonie mondiale, ce qui est complètement contraire aux visées de la Chine d'aujourd'hui qui ne recherche aucunement ce genre d'hégémonie et qui a toujours déclaré que sa politique fondamentale est de s'opposer fermement, résolument et inflexiblement à l'hégémonie mondiale, d'où elle vienne. Quant à la lutte acharnée entre ces deux principaux courants dont l'un a pour objectif la paix, le développement et la coopération, alors que l'autre préconise toujours la guerre froide, l'affrontement et le conflit, la Chine s'aligne inébranlablement aux côtés du premier tout en s'opposant résolument et énergiquement au deuxième et c'est la raison pour laquelle elle ne souhaite absolument pas entamer une nouvelle guerre froide contre les Etats-Unis.

D'autre part, les relations sino-américaines d'aujourd'hui, de par leur nature sont complètement différentes des relations soviéto-américaines. A cette époque-là, les relations soviéto-américaines étaient principalement basées sur la rivalité et sur la dispute de l'hégémonie mondiale, alors qu'à notre époque, les relations sino-américaines sont basées principalement sur la coopération. Il n'y a aucun rapport d'interdépendance quant aux relations économiques entre l'Union soviétique et les Etats-Unis : le volume commercial des deux pays atteignait seulement 4 milliards de dollars US dans les meilleures années. Aujourd'hui, le volume global du commerce sino-américain s'élève à plus de 400 milliards de dollars US. De plus, l'Union Soviétique ne détenait pas de dette publique américaine, tandis que la Chine est maintenant le plus grand pays du monde détenteur de cette dette. Lors de la guerre froide, les Etats-Unis et l'Union soviétique ne pensaient aucunement à développer leurs relations, au contraire, chacune des deux parties ne songeait qu'à couper l'herbe sous le pied de l'autre, à neutraliser et à contrecarrer les efforts de l'autre et à mener une « guerre d'intermédiaires ». Quant à la Chine, au cours des trente années qui ont suivi son émergence et son développement, tout en faisant de grands efforts pour réaliser une croissance économique remarquable, elle a pensé à partager ses acquis et les résultats de ses succès avec le monde entier, y compris avec son partenaire économique, les Etats-Unis, ce qui a procuré des profits et des avantages à tout le monde. En agissant ainsi, la Chine ne pensait nullement à appliquer une politique de circonstance subordonnée à des raisons de convenance temporaire, car sa décision a été prise en tenant compte de sa stratégie de développement pacifique.

Le 12 novembre, lors de sa rencontre à Honolulu, à Hawaï, avec son homologue américain Barack Obama, le Président Hu Jintao a indiqué : « En tant que deux grandes puissances, la Chine et les Etats-Unis doivent renforcer leur coopération et c'est leur seul bon choix. Le développement entre la Chine et les Etats-Unis de relations de coopération et de partenariat basées sur le respect mutuel et les avantages réciproques est une décision importante prise par les deux pays en considérant leurs intérêts communs et les responsabilités qu'ils doivent assumer l'un comme l'autre et d'après les conclusions stratégiques qu'ils ont tirées en commun ». Cette déclaration expose et explique la politique de la Chine à l'égard des Etats-Unis et cette politique sera appliquée de façon ferme et inébranlable.

Le développement de la Chine se trouve actuellement à un moment crucial, car la deuxième décennie du 21e siècle revêt pour celle-ci une importance primordiale. Quel que soit l'évolution et le changement de la situation internationale, la politique chinoise de la voie du développement pacifique demeurera inchangée de même que sa stratégie d'ouverture sur l'extérieur pour garantir les avantages réciproques et la coopération mutuellement bénéfique qu'elle persistera à appliquer. Bref, la Chine est résolue à poursuivre sa marche en avant en se conformant au courant général mondial. Elle est fermement opposée à une nouvelle guerre froide à laquelle certains sont en train d'inciter et exciter et elle fera tout notre possible pour ne pas tomber dans le piège, car c'est une voie qui mènerait le monde entier au désastre et à la catastrophe. Ce courant-là, qui va à l'encontre de l'histoire, est voué à l'échec, c'est certain et c'est un fait incontestable !

lien (à explorer attentivement) : ici

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