La vraie fête...du vrai syndicaliste...

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30042012

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La vraie fête...du vrai syndicaliste...




1er Mai : «Une réappropriation sauvage de Sarkozy»

Danielle Tartakowsky est professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris-VIII. Auteur de la Part du rêve : histoire du 1er Mai en France (Hachette littératures, 2005), elle revient sur l’histoire du 1er Mai et sa valeur symbolique.

Le débat autour du 1er Mai et du «vrai travail», selon l’expression utilisée puis niée par Nicolas Sarkozy, est-il nouveau ?
Oui, évidemment. Même s’il faut noter qu'à travers l’histoire, le 1er Mai s’est toujours confondu avec le calendrier politique. Dès 1892, il y a une coïncidence entre les deux, et on se demande alors s’il ne faudrait pas repousser les élections. Mais, globalement, le 1er Mai a eu assez peu d’incidence politique au cours du XXe siècle. Concernant les déclarations de Nicolas Sarkozy, les accents anti-syndicaux et sur le vrai travail ont déjà été entendus lors du régime de Vichy. Est-ce une allusion directe ? Je crois plutôt que Nicolas Sarkozy effectue là une réappropriation sauvage dont il a le secret.

Quelles sont les origines du 1er Mai en France ?
En 1889, à l’occasion de l’exposition internationale, les organisations ouvrières de plusieurs pays d’Europe décident d’un mouvement commun pour obtenir une législation en faveur de la journée de 8 heures. Le premier 1er Mai a lieu en 1890. C’est un mouvement international qui a quelque chose d’ahurissant pour l'époque, quand on pense à la faiblesse des moyens de communication. Dans le plus petit village, on sait qu’on appartient à quelque chose de plus grand. Il n’y avait pas de mot d’ordre commun : chacun faisait ce qu’il pouvait là où il était, car le droit de manifester n'était pas reconnu partout. En France, ce sont les Guedistes qui prennent la tête du mouvement. Ils appellent les ouvriers à «mettre en demeure» les députés sur la loi des 8 heures. Néanmoins, le mouvement reste très éclaté. Il faut attendre 1905 pour que la CGT prenne la direction du 1er Mai. La pratique sociale est donc préexistante aux partis et aux syndicats.

Quels étaient les objectifs à la fin du XIXe siècle ?
Au départ, il n'était pas du tout prévu que les actions du 1er Mai soient reconduites l’année suivante. Mais en 1892, la Deuxième Internationale décide d’en faire une journée pérenne avec trois objectifs : 1/ obtenir la journée de 8 heures 2/ se projeter vers l’avenir, construire un projet par l’image et le rêve. L’historien Eric Hobsbawm parle de «la seule fête qui ne commémore rien pour ne parler que du futur» 3/ lutter pour la paix et la solidarité internationale. Une dimension que l’on retrouve d’ailleurs encore aujourd’hui quand on lit le texte de l’intersyndicale.

Le succès est-il immédiat ?
A l'époque, les défilés regroupent quelques centaines de personnes. Il faut bien se dire que le 1er Mai n’est pas férié, et que pour manifester, il faut se mettre en grève. Dès 1892, il ne se passe plus grand-chose à Paris en raison du contrôle exercé par le préfet Lépine. En revanche, dans certaines villes de province, organiser un cortège du 1er Mai est plus aisé.

Est-ce que le 1er Mai effraie au sein des classes dirigeantes ?
Il y a en effet des moments de grande peur. Dès 1891, dans de nombreuses villes industrielles, les patrons demandent au pouvoir de mobiliser les troupes. Cela mène à des drames, comme la fusillade de Fourmies, qui fait neuf morts dans la foule. En 1906, toutes les boutiques parisiennes ferment alors que la CGT nouvellement créée appelle à manifester.

Quel rôle a joué le 1er Mai dans l’arrivée au pouvoir du Front populaire ?
En 1936, il y a un important mouvement de grève partout en France. Mais à Paris, la CGT demande qu’il n’y ait pas de rassemblement le 1er Mai, afin de ne pas interférer avec les élections et l'éventuel changement de pouvoir. En revanche, en 1937, le défilé rassemble 500 000 personnes, selon les organisateurs. C’est la première fois qu’on ose donner de tels chiffres. Il s’agit d’un moment relais qui montre que la victoire est enfin possible. Mais, au final, le 1er Mai se confond rarement avec des moments de victoire. Le reste du temps, il permet surtout d’oublier les difficultés.

A cette époque, la droite se sert-elle du 1er Mai comme repoussoir ?
Au sein de la droite parlementaire, il y a un discours antirouge, mais qui n’a pas besoin du 1er Mai pour s’exprimer.

Le maréchal Pétain tente d’instaurer sous le régime de Vichy un 1er Mai qui serait «la fête du Travail et de la Concorde sociale». Comment cela se déroule-t-il ?
Pétain tente de s’approprier cette journée pour faire l’apologie du travail. Cette récupération politique n’est d’ailleurs pas une totale innovation. Dans l’entre-deux-guerres, de nombreux Etats, comme l’URSS ou l’Allemagne nazie, ont usé du 1er Mai pour en faire une fête nationale. Pétain tente une opération de syncrétisme avec des héritages plus anciens, voire disparus : des rites folkloristes dans les campagnes, censés inspirer le renouveau. Cela marche assez mal et illustre l'échec de Pétain à s’ancrer dans l’histoire. En outre, la France est occupée par l’Allemagne, qui exige une importante production industrielle. Le 1er Mai ne peut donc pas être complètement chômé. Il se limite à un arrêt de travail durant lequel les salariés se rendent devant un petit autel surmonté du portrait du Maréchal, où ils entendent son discours. Cela a aussi des effets pervers : à partir de 1942, des mouvements communistes et d’autres appellent à faire du 1er Mai une journée patriotique. De résistance, donc.


Une affiche du régime de Vichy pour la fête du Travail (d'après R. Coudon)

Comment le 1er Mai réinvestit-il le champ politique après-guerre ?
On évite soigneusement d’utiliser le terme de «fête du travail», trop associé à Pétain. La loi du 30 avril 1948 l’ancre comme une «journée fériée, chômée et payée». Dans l’usage courant, on privilégiera le terme de fête des travailleurs. Après la guerre, les premiers 1er Mai rassemblent plus largement, notamment des structures issues de la résistance. La guerre froide change la donne. De 1948 à 1950, le général de Gaulle organise des rassemblements à Bagatelle pour arracher le monopole du 1er Mai «aux séparatistes de la CGT».

Mais, globalement, à partir du moment où le 1er Mai devient férié, son histoire n’est pas linéaire. Ça dépend des contextes locaux, des vacances... Le dernier changement notable, c’est en 1988, lorsque Jean-Marie Le Pen tente d’opérer un syncrétisme avec la fête de Jeanne d’Arc. Cela a conduit d’ailleurs à une importante mobilisation anti-FN en 2002, quand Jean-Marie Le Pen a atteint le second tour de l'élection présidentielle. Cette année, le 1er Mai semble organisé sur des bases classiques. Il n’y a pas d’appel à battre Sarkozy dans le texte de l’intersyndicale.

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Mister Cyril

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Message le Mer 13 Fév 2013 - 22:31 par Mister Cyril

C'est une claque que vient de prendre le Parti communiste. Sa proposition de loi sur l'amnistie des syndicalistes poursuivis en justice n'a pas franchi le stade de la commission des lois du Sénat où elle était examinée mercredi 13 février. Le texte devrait tout de même être discuté en séance le 27 février mais le signal envoyé est pour le moins négatif.

Les sénateurs communistes avaient souhaité profiter de leur niche parlementaire, le 27 février, pour y inscrire cette proposition de loi, une revendication de longue date portée pendant la campagne présidentielle par Jean-Luc Mélenchon. Elle vise à amnistier "des faits commis à l'occasion de mouvements sociaux et d'activités syndicales et revendicatives". Le texte cite ainsi Xavier Mathieu, délégué syndical CGT de l'entreprise Continental, "condamné à 1 200 euros d'amende par la cour d'appel d'Amiens pour avoir refusé un prélèvement ADN" ou encore un leader de la Confédération paysanne, "condamné à payer une amende de 2 000 euros dont 1 000 avec sursis, pour s'être opposé à la construction de l'EPR, en retirant des boulons sur un pylône en construction".

Une voix près

"Cela s'est joué à un vote près", déplore Eliane Assassi, présidente des sénateurs communistes. Un élu du groupe du Rassemblement démocratique et social européen (radicaux de gauche) a en effet joint sa voix à celles de droite, faisant ainsi rejeter le texte. Pourtant, Mme Assassi explique avoir pris en compte les réticences des uns et des autres pour rédiger le texte et exclure de l'amnistie les violences à l'encontre de la police, des personnes vulnérables ou de moins de 15 ans ainsi que les destructions de biens d'utilité publique. "J'ai fait un effort pour rassembler le plus largement possible mais le gouvernement ne serait pas favorable à cette proposition de loi", déplore-t-elle.

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Message le Dim 6 Mai 2012 - 11:06 par Donald11

Il n'y a pas une autre espèce de singes au jardin des plantes ?

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Message le Mar 1 Mai 2012 - 22:08 par Mister Cyril

Pour ma petite part, j'ai eu du mal à défiler à Denfert vu le monde, puis après avoir croiser Valls puis une trentaine de groupies (c'est le mot) entourer la chèvre du Poitou en chantant, "merci Ségo" "on va gagner" j'ai bifurgué vers le Jardin des Plantes pour faire plaisir à mon petit révolutionnaire préféré...je n'ai définitivement plus aucun lien avec ces apprentis despotes même pas éclairés...mais vu la servilité ambiante ils auraient tort de se gêner; alors comme le disent 100% des éditos de la presse quotidienne, politique...et même syndicale aux urnes citoyens...si c'est pas beau une telle unanimité!!!

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Message le Mar 1 Mai 2012 - 22:01 par Mister Cyril

Un 1er mai placé sous le signe de l'austérité

Sous le signe de l'austérité et sur fond de crise du modèle social européen, les traditionnels défilés ont marqué le 1er mai en Europe et dans le reste du monde.
En Espagne, plus de 100.000 manifestants ont défilé dans 80 villes, dans un pays marqué par la crise, des coupes budgétaires sans précédent et une réforme du travail introduite par le gouvernement conservateur pour tenter de réduire un taux de chômage record.

Derrière une grande banderole où l'on pouvait lire "Travail, dignité, droits. Ils veulent tout détruire", des dizaines de milliers de personnes ont parcouru le centre de Madrid en agitant des milliers de petits drapeaux rouges.

Malgré la réforme, l'Espagne a pulvérisé vendredi un nouveau record de chômage dans les pays industrialisés, avec un actif sur quatre (24,4%) sans emploi.

Des milliers de personnes ont défilé à Lisbonne et dans plusieurs autres villes du Portugal avec pour mot d'ordre la lutte pour l'emploi et contre l'appauvrissement du pays, actuellement sous assistance financière.

En Europe, un 1er mai placé sous le signe de l'austérité
Les deux principales centrales syndicales, la CGTP, proche des communistes, et l'UGT, ont défilé séparément à Lisbonne. Ces deux centrales sont divisées notamment sur la réforme du code du travail, acceptée par l'UGT mais rejetée par la CGTP.

En Grèce, frappée par une politique de rigueur encore plus sévère, des milliers de personnes ont participé aux manifestations à Athènes et dans d'autres villes.

Ces défilés interviennent à cinq jours des élections législatives du 6 mai, dont le résultat est incertain en raison de la baisse de popularité des deux principaux partis, la Nouvelle-Démocratie (droite), partant favori, et les socialistes du Pasok, sanctionnés pour la politique d'austérité.

En France, à cinq jours du second tour de l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy a défié la gauche en rassemblant à Paris des dizaines de milliers de partisans (220.000 selon son camp).

Distancé dans tous les sondages, qui donnent le socialiste François Hollande vainqueur de la présidentielle avec 53 à 54% des suffrages, le président sortant a promis, s'il est réélu, de mettre en place "un nouveau modèle social".

La présidente du parti d'extrême droite Front national, Marine Le Pen, arrivée troisième au premier tour de la présidentielle le 22 avril avec 17,9% des voix, a indiqué, lors d'une allocution prononcée au cours d'une autre manifestation à Paris, qu'elle refusait de choisir entre François Hollande, "faux espoir", et Nicolas Sarkozy, "nouvelle déception".

Quant au cortège réuni dans la capitale à l'appel des syndicats, il a rassemblé 48.000 personnes, selon la police, qui a estimé qu'un total de 316.000 personnes avaient participé aux défilés syndicaux dans toute la France. Selon le syndicat CGT, elles étaient 250.000 à manifester à Paris et 750.000 dans toute la France.

Les socialistes belges francophones ont fêté le 1er mai les regards rivés vers le second tour de la présidentielle française, dont ils espèrent qu'il marquera "un tournant pour l'Europe" en portant François Hollande au pouvoir.

En Suisse, les manifestations du 1er Mai, dont la partie officielle s'est déroulée dans le calme, ont donné lieu à de violents affrontements à Zurich (nord) entre des jeunes gens et la police.

Une vingtaine de personnes, principalement des jeunes gens encagoulés, ont incendié des poubelles et lancé des pierres et des bouteilles contre les forces de l'ordre qui ont riposté avec des tirs de grenades lacrymogènes et un canon à eau, a constaté un journaliste de l'AFP.

Une centaine de policiers en tenue anti-émeutes ont bloqué une partie du centre-ville et procédé à plusieurs arrestations.

En Italie, les trois grands syndicats ont organisé à Rome un grand concert après avoir participé à des manifestations, notamment à Rieti, près de la capitale, pour demander au gouvernement d'aider davantage les jeunes face à la crise. Plus de 300.000 jeunes étaient rassemblés pour ce spectacle.

A Moscou, le président élu Vladimir Poutine et le chef de l'Etat sortant Dmitri Medvedev ont rejoint la grande manifestation - plus de 150.000 personnes selon la police - organisée par les syndicats pro-Kremlin à moins d'une semaine de l'investiture le 7 mai du nouveau chef de l'Etat.

A Istanbul, des dizaines de milliers de manifestants ont convergé vers la place Taksim où des dizaines de personnes avaient été tuées il y a 35 ans.

Un groupe d'une centaine de personnes, la plupart cagoulées, a brisé les vitres de plusieurs succursales de banques et de magasins dans le quartier de Mecidiyeköy, situé à quelques kilomètres de la vaste esplanade.

A Tunceli (est), une province majoritairement kurde, la manifestation du 1er mai a également dégénéré en heurts, a rapporté l'agence de presse Anatolie.

Plus de 20.000 Tunisiens ont manifesté dans le centre de Tunis, à l'appel des syndicats, pour l'emploi, la justice sociale et l'unité nationale.

Aux Etats-Unis, plusieurs centaines de manifestants ont dénoncé à New York les inégalités sociales à l'appel du mouvement Occupy.

"Poursuivons les fraudes", "Du travail maintenant", pouvait-on lire sur des pancartes brandies par les manifestants. Un journaliste de l'AFP a assisté à cinq interpellations.

Des manifestations étaient annoncées dans des dizaines d'autres villes américaines.

A Cuba, le président Raul Castro a présidé un gigantesque défilé à La Havane, aux côtés de près de 2.000 invités étrangers.

Des "centaines de milliers" de personnes, a affirmé la télévision cubaine, ont défilé sur la place de la Révolution, où, selon des participants, il y avait plus de monde que lors de la messe publique du pape Benoît XVI, qui avait réuni quelque 300.000 personnes fin mars.

Au Venezuela, la durée légale maximum du travail est passée de 44 à 40 heures hebdomadaires, selon une loi "historique" ratifiée par le président Hugo Chavez à l'occasion du 1er mai.

Au Chili, les défilés se sont terminés par des incidents graves à Santiago et mineurs dans d'autres villes du pays, avec des affrontements entre des manifestants masqués et la police.

A Santiago, des milliers de manifestants ont parcouru la célèbre avenue de l'Alameda à l'appel de la CUT, la principale centrale syndicale du pays, pour réclamer de meilleurs salaires et conditions de travail, a constaté un correspondant de l'AFP.

A la fin du défilé, des dizaines de manifestants masqués ont lancé des pierres sur la police dont un agent a été blessé au visage, selon ce correspondant.

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