C'est moins pire que demain...

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26092012

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C'est moins pire que demain...




Les prévisions de croissance baissent, les trous financiers se creusent davantage que prévu, les manifestations et les grèves s’intensifient, les dirigeants européens ferment unes à unes les portes qu’ils avaient un peu entrouvertes. Telles sont sans surprise excessive les nouvelles du jour.

Obéissant à une loi non écrite, Standard and Poor’s confirme la prévision d’une récession européenne en 2012 (-0,8 %) et annonce une stagnation en 2013 : chaque fois que l’on s’approche de l’échéance, les résultats empirent pour toujours s’améliorer lorsqu’elle est plus lointaine, et ainsi de suite. La fois précédente, un rebond de 0,4 % était néanmoins prévu en 2013, il a disparu. L’Espagne et l’Italie sont en queue du peloton des pays de la zone euro. « Sombre tableau », annonce l’agence de notation.

Les unes après les autres, les régions espagnoles demandent l’aide du fonds mis en place par le gouvernement de Madrid : après la Catalogne, Valence et Murcie, l’Andalousie tend également la main. Le montant des requêtes atteint déjà 15 milliards d’euros – et ce n’est qu’un commencement – pour un fonds calibré à 18 milliards et dont le financement n’est pas encore effectif. Exprimant le sentiment de révolte nationaliste qui anime les Catalans, des élections régionales anticipées sont convoquées le 25 novembre prochain, afin d’exprimer leur droit à l’auto-détermination et faire une démonstration de force. L’enjeu est de pouvoir lever l’impôt et diminuer ensuite la part qui serait versée à Madrid, dans le but de diminuer le déficit.

En Italie, la Ligue du Nord n’est pas en reste. Elle revendique de s’inspirer du modèle espagnol pour exiger que 75 % du montant des revenus fiscaux soient conservés par ce qu’elle appelle une « macro région », qui pourrait englober le Piémont, la Vénétie et la Lombardie. Les riches se barricadent pour se protéger des pauvres.

On attend pour vendredi prochain le rapport sur les besoins de financement des banques espagnoles d’Oliver Wyman, le consultant mandaté, sans se faire d’illusion sur sa conclusion très circonstanciée, comme nous y sommes accoutumés. Les estimations varient entre 60 et 100 milliards d’euros… « pour commencer » ajoutent les analystes de la banque d’affaires japonaise Nomura.

Du côté grec, c’est Der Spiegel qui cite un rapport préliminaire de la Troïka estimant que le trou budgétaire devant être comblé afin de revenir dans les clous du plan de sauvetage est de 20 milliards d’euros, et non pas de 11,5 milliards puis de 13,5 milliards, chiffre qui continue d’être évoqué. En prenant en compte ce dernier montant, encore un tiers de celui-ci reste à trouver d’un commun accord avec les représentants de la Troïka qui ont quitté Athènes pour une semaine, ont-ils annoncé, le temps sans doute que la situation se décante au niveau européen. Cela n’en prend pas le chemin, la BCE ayant par la bouche de Jörg Asmussen fermé la porte à toute perspective de rééchelonnement de la dette grecque – dont elle est devenue la grande détentrice – car cela constituerait selon elle une aide budgétaire à un État formellement interdite par ses statuts. Retour à la case départ, puisque les Allemands ne veulent pas entendre parler d’une rallonge financière. Il se confirme que les représentants de la Troïka sont divisés entre eux, le FMI faisant bande à part.

On le sait, il faut protéger à tout prix le système financier, BCE – qui en est la clé de voûte – comprise. C’est toujours de ce côté-là qu’il faut chercher les vrais ressorts. Ainsi, les banques allemandes sont exposées en Espagne à hauteur de 139,9 milliards d’euros (dont 45,9 milliards aux banques), selon la Banque des règlements internationaux (BRI). Si elles se sont largement protégées en ce qui concerne la dette publique, il n’en est pas de même du reste de leur exposition. Ce qui a conduit Moody’s à dernièrement assortir leur notation de la mention « négative », soulignant que leur vulnérabilité pourrait coûter à l’Allemagne sa note AAA, s’il est également pris en compte leur exposition en Italie. Pour la petite histoire, les engagements des banques allemandes en Espagne – plus particulièrement des Landesbanken, les banques régionales – ont pris la forme de covered bonds (obligations sécurisées) qui sont couvertes par du collatéral. En l’occurrence des crédits hypothécaires… Le voile se lève lentement sur la situation effective du système bancaire allemand, expliquant le refus que leur surveillance soit attribuée à la BCE. Le sauvetage de l’Espagne, c’est aussi celui des banques allemandes…

Un communiqué commun des ministres des finances allemand, finlandais et néerlandais met en cause les décisions du sommet de juin dernier à propos de l’union bancaire. Le propos est que les banques malades doivent être soutenues par le FESF/MES et non pas sur la base d’une mutualisation du risque via une taxation des banques européennes. Seules les banques en bonne santé (comment le déterminer ?) seraient admises au sein de la future union bancaire… Aux États de prendre à leur charge le renflouement des banques suite à leurs turpitudes. Au moins, les choses sont claires. Quant à la rupture du lien d’endettement entre eux et les banques, identifié comme un danger majeur, elle passe aux oubliettes.

Wolfgang Schäuble est en passe de devenir un maître dans l’art de lever un rideau de fumée. « L’Espagne va très bien du point de vue économique et de la politique budgétaire » a-t-il affirmé. Ce qui lui manque « c’est la confiance des marchés ». Pourquoi ? Il ne le dit pas. « L’Espagne a besoin que s’arrête la spéculation » a-t-il ajouté. Comment ? Il ne le dit pas davantage. Tout au plus suggère-t-il sur le mode de la plaisanterie qu’elle a besoin d’un conseiller en communication. On est tombé bien bas.

Grève générale en Grèce, manifestation des Indignés hier à Madrid devant le Congrès des députés, confortés par l’ampleur des mobilisations portugaises, le chaos continue de s’installer dans les pays de l’Europe du Sud. « Mains en l’air, ceci est un hold-up » criaient hier soir les manifestants, exprimant à la fois le caractère non-violent de leur action et ce qu’ils subissent en raison de la multiplication sans fin des mesures de rigueur. Des pancartes proclamaient « démocratie économique », tandis que les manifestants scandaient « la démocratie est séquestrée ! ».

Le gouvernement allemand repoussant tout sauvetage financier de l’Espagne et la BCE refusant – avec l’accord des Allemands – de restructurer la dette grecque, les issues sont refermées. Jeu dangereux : les conditions sont réunies pour que le dérapage reprenne et atteigne l’Italie.

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Mister Cyril

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Message le Mar 2 Oct 2012 - 21:04 par Mister Cyril

country skinner a écrit:Oui, le "populisme" - si possible de droite décomplexée - comme terreau anodin des futures dictatures, voila un thème de réflexion à rapprocher de l'émergence d'une "gauche populaire" au sein du PS... Des deux cotes le bipartisme nous prépare une canalisation des inévitables révoltes à venir par l'adhésion à un ordre consenti

nous prépare...c'est commencé depuis un moment il me semble; et puis l'adhésion à un ordre consenti de La Boétie à Gramsci rien de nouveau (à part la capitulation idéologique de prétendus socialistes, il est vrai...).

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Message le Lun 1 Oct 2012 - 5:44 par country skinner

Oui, le "populisme" - si possible de droite décomplexée - comme terreau anodin des futures dictatures, voila un thème de réflexion à rapprocher de l'émergence d'une "gauche populaire" au sein du PS... Des deux cotes le bipartisme nous prépare une canalisation des inévitables révoltes à venir par l'adhésion à un ordre consenti

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Message le Dim 30 Sep 2012 - 12:02 par Mister Cyril

intéressant d'avoir ce genre d'analyse...bien connaitre ses adversaires...

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Message le Dim 30 Sep 2012 - 9:40 par country skinner

Aïe tu nous promets des lendemain qui chantent alors...because en face le front pop, il est inexistant...
Surement, et ce n'est probablement pas un hasard si des articles tels que celui ci sortent sur des blogs comme Atlantico...

http://www.atlantico.fr/decryptage/eruption-violences-en-europe-feu-paille-ou-debut-revolte-echelle-continent-bourseiller-497711.html?page=0,1&google_editors_picks=true
Publié le 30 septembre 2012

Après les Grecs, les Espagnol et les Portugais, c'est au tour des Français de descendre dans la rue ce dimanche pour protester contre les plans d'austérités imposés par l'Union européenne. Si le niveau de pauvreté continue de s'accroître, la colère des citoyens pourrait bien enfler.

Au Portugal et en Espagne, des dizaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues ce samedi contre la rigueur et l'austérité économique imposées par leur gouvernement. Crédit Reuters
Atlantico : On assiste à des défilés massifs au Portugal et en Espagne ou encore en Grèce où policiers et manifestants s'affrontent. Les plans d'austérité imposés par l'Union européenne soulèvent une vague de contestation montante. En exigeant l’austérité, l’Europe va-t-elle mener à une révolution des peuples ?

Christophe Bourseiller: Révolte n'est pas forcément révolution. Deux facteurs rendent possible une crise sociale : une paupérisation brutale de la population, à laquelle s’ajoute une variable incontrôlable : le possible éclatement d’une colère collective. Ainsi, la crise sociale en Tunisie a été rendue possible non seulement par la pauvreté générale de la population mais aussi par le suicide de Mohamed Bouazizi qui a constitué un facteur inattendu. On assiste depuis 2008 à de brutales flambées sociales dans plusieurs régions du globe (Grèce, Guadeloupe, Tunisie, Egypte, Grande-Bretagne, Espagne, Italie, Portugal...).

Pour l'heure, ces fulgurances n'ont pas débouché sur des processus révolutionnaires, mais sur des crises politiques aboutissant à des changements de gouvernements. La tendance en Grèce aujourd'hui semble être plutôt à une certaine résignation. Mais la situation européenne demeure très instable. Dès lors que les gouvernants décrètent de trop fortes mesures de rigueur, la colère peut éclater à tout moment.
La cohésion européenne est-elle directement menacée ?

Il est certain que la totalité des mouvements sociaux se dresse contre ce qui est perçu comme une série de "diktat" de la Commission européenne. L'élément fédérateur, c'est aujourd'hui le rejet du processus européen, qui semble conduire à une paupérisation massive.

Si dans tel ou tel pays, les formations populistes l’emportent, la cohésion européenne sera de fait menacée. Pour le moment ces formations populistes ont été contenues. Tout est dans le rapport de force avec les populistes. Tant que ces forces populistes sont contenues, on peut imaginer que l’Europe maintiendra une cohésion.
Les pouvoirs institutionnels et politiques sont-ils conscients de la colère des peuples et du risque qu'elle fait peser sur la cohésion européenne ? Les partis nationalistes sont-ils les seuls à s'en rendre compte ?

Il y a un désaccord croissant entre les élites et les peuples. De même que les peuples ne parviennent pas toujours à saisir les décisions prises par les élites, les élites ont tendance à mépriser le peuple et à ne pas entendre ce que dit la voix de la foule. Si les populismes existent, c’est parce que les élites n’écoutent pas suffisamment le peuple. Du coup, les populismes tirent avant les autres les marrons du feu. En Egypte et en Tunisie, les islamistes incarnent à leur manière une forme de populisme. Et ils sont parvenus au pouvoir. En Europe, les slogans démagogiques des partis populistes rencontrent l'assentiment de la foule. Les formations modérées devraient méditer ce point. Jusqu'ici, la contagion a toutefois été contenue, tandis que les partis populistes se régulaient quand ils accédaient au gouvernement, à l'image de ce qui s'est passé en Suisse. Mais la dérive du pouvoir en Hongrie demeure un sujet d'inquiétude.

L'Histoire semble démontrer que les contestations majeures s'opèrent plus facilement dans des périodes d'accalmie, voire de croissance que de crise, comme dans les années 1930 et 1960. Comment l'expliquez-vous ?

La crise sociale ne dépend pas de la santé économique mais de variables incontrôlables (colère,sentiment d’injustice) , et d’une paupérisation concrète. Dans les années 1960, la révolte étudiante s’était bâtie dans un contexte de boom économique, mais cette révolte n’était pas fondamentalement une révolte sociale. C’était une révolte qui mettait en avant des mots d’ordre liés à la vie quotidienne, des mots d’ordre liés à la modernisation d’une vie archaïque. La dimension ouvrière n’est venue qu’après coup en mai 1968.

Aujourd’hui nous sommes dans une série de mouvements sociaux qui rappellent les années 1930 qui se faisaient sur fond de montée des populismes. La France des années 1930 était la proie d’un grand nombre de ligues qui défendaient des positions populistes. La situation actuelle est davantage comparable à la situation des années 1930 qu’aux révoltes des années 1960.

Dans les années 30, on sortait en outre de la crise de 29. Ce n'était pas une période d'accalmie. La vraie question, c'est celle de la crise de l'alternative révolutionnaire. Que proposent les contestataires d'extrême gauche ? Des solutions qui semblent avoir prouvé leur inefficacité. Qui peut imaginer que la question du chômage sera réglée par le coup de baguette magique de l'interdiction des licenciements ? Les travailleurs qui descendent dans les rues se montrent méfiants à l'égard des tribuns qui prétendent les représenter. C'est pourquoi en dernière instance, les populistes s'emparent rarement du pouvoir.
Est-il aujourd'hui possible de désamorcer la grogne populaire ?

La grogne populaire risque d'enfler. On ne peut la désamorcer qu'en allégeant les mesures d'austérité. Le fait d'avoir un gouvernement de gauche ne change rien à l'affaire. Beaucoup de gens ont voté à gauche en estimant que cette dernière désamorcerait la crise sociale, parce que la gauche est plus proche des syndicats. Or en Grèce, quand la crise sociale a explosé, le PASOK (socialiste) était au pouvoir.

La France a certes été touchée par de nombreux plans sociaux et par des délocalisations, il y a certes un grand nombre de chômeurs, mais les mesures les plus radicales n’ont pas encore été prises et la population dans son ensemble n’a pas encore souffert directement dans sa chaire. C’est là, la grande différence avec les Grecs ou les Espagnols au plan de la vie quotidienne. Si le niveau de pauvreté s'accroît dans les mois qui viennent, la colère pourrait éclater. Il n’y aura pas de crise sociale si cette paupérisation est évitée. Comme disait Marx, les prolétaires n’ont à perdre que leurs chaînes, c’est-à-dire qu’ils n’ont plus rien à perdre. Est-ce le cas ?


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Message le Jeu 27 Sep 2012 - 21:48 par Mister Cyril

[quote="country skinner"]
N'oublions pas que c'est la crainte de sa paupérisation qui pousse les classes moyennes (la petite bourgeoisie dirait Marx) vers la tentation d'un gouvernement dirigiste a tendance fascisante.

Aïe tu nous promets des lendemain qui chantent alors...because en face le front pop, il est inexistant...

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Message le Jeu 27 Sep 2012 - 11:49 par country skinner

Les riches se barricadent pour se protéger des pauvres
Ca va leur faire bizarre devant l'invasion d'immigrés pauvres... et blancs. Et surtout s'ils n'ont plus rien a perdre...

Quant à la situation économique, nihil novi. La récession va s'aggraver partout avec les mesures économiques dépressives orientées par les marchés, et même en essayant de redresser la barre (la mère Lagarde "s'inquiète" au FMI) il faudra quelques années, pendant lesquelles il peut se passer beaucoup de choses.

N'oublions pas que c'est la crainte de sa paupérisation qui pousse les classes moyennes (la petite bourgeoisie dirait Marx) vers la tentation d'un gouvernement dirigiste a tendance fascisante.

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