zones-fragiles-sumene-a-maux-couverts

Aller en bas

09102012

Message 

zones-fragiles-sumene-a-maux-couverts




25 septembre 2012, par Benoît Hopquin
ZONES FRAGILES – Sumène, à maux couverts

Un jour de juin, à Sumène, bourg charmant lové dans l’écrin des Cévennes, cité tranquille alignant ses vieilles maisons de guingois les pieds dans le lit du Rieutord, 288 habitants se rendirent aux urnes et déposèrent un bulletin du Front national lors du second tour des élections législatives. Comme un bon tiers des 1356 inscrits n’avaient pas trouvé de raisons suffisantes de se déplacer, Sybil Vergnes, candidate "bleu Marine", se trouva nantie de 33% des suffrages exprimés, battue en duel par le député PS sortant, William Dumas.

"Ici, ce n’est pas un problème de délinquance, d’immigration, constate Ghislain Pallier, maire sans étiquette de la commune. Il faut chercher ailleurs la raison du ras-le-bol." Il sourit, hésite, évoque une piste. "La population a bien changé."


A la tête d’une entreprise de terrassement, Ghislain Pallier est né à Sumène (Gard). "J’ai connu la période où les gens partaient", dit-il. Pendant des décennies, le déclin de l’agriculture montagnarde, la fermeture des mines de charbon, la décrépitude de l’industrie de la bonneterie ont saigné la région. On ne comptait plus les maisons, les mas ou les terres laissés à l’abandon ou confiés au gardiennage fatigué des anciens.

Sumène profite désormais de l’embellie démographique que connaissent les Cévennes depuis quelques années. Le bourg compte aujourd'hui 1650 habitants, gagnant 200 habitants en dix ans. Plus guère de maisons restent inhabitées et des pavillons neufs se construisent là où la pente le permet. Les façades de la vieille ville sont ravalées et retrouvent du lustre et de la vie.

"Je suis né en 1961, quand les Cévennes étaient en train de mourir. C’était la fin d’un monde, décrit par Jean-Pierre Chabrol. Il y a aujourd’hui une revitalisation", raconte Patrick Cabanel, professeur d’histoire contemporaine à l’université Toulouse-Le Mirail. Cet autochtone, auteur d’un docte Que sais-je sur sa région, mais aussi d’une ode amoureuse, Cévennes. Un jardin d’Israël (La Louve éditions, 2006), évoque un pays de caractères trempés, d’âmes fortes à la Giono. Une traditionnelle terre d’exil aussi, pour les persécutés, les exclus ou les contestataires.

Interrompu alors qu’il fauchait un pré dans son havre montagnard, il décrit les nouvelles populations qui se sont installées et "ont changé la culture de ce pays".

Il y a les vacanciers parisiens ou nord-européens qui ont retapé à grands frais les vieilles pierres pour en faire d’avenantes villégiatures. "Ils ont contribué à une lubéronisation des Cévennes", explique l’universitaire. Ils portent chapeaux de paille et espadrilles mais avec trop d’affectation et suscitent parfois les jalousies, avec leurs belles piscines et leurs grosses voitures.

Ont débarqué aussi des jeunes en mal d’un mode de vie alternatif. "Des babas cool qui ne gagnent pas des mille et des cents", résume Ghislain Pallier. Ils ont posé ici leur sac à dos et leur ordi, fils ou plutôt petits-fils spirituels des soixante-huitards qui s’installèrent naguère avec plus ou moins de succès. Ils gravitent dans le milieu associatif ou socioculturel, ouvrent des boutiques colorées ou bio, ont inauguré un centre d’art dans un local prêté par la mairie.

Ils sont en partie à l’origine des Transes cévenoles, un festival de musique et d’arts de la rue qui draine chaque fin de juillet, depuis quinze ans, des milliers de spectateurs. Ils animent aussi la vie sociale de Sumène. Ils se retrouvent le soir sur les bancs du Bar de la Place, restent jusqu’à des heures avancées à refaire le monde parfois en grand tapage.


"A cette immigration d’utopie s’ajoute une immigration de crise", poursuit Patrick Cabanel. Des "investisseurs" ont racheté une bouchée de pain de vieilles bâtisses insalubres, les ont grossièrement retapées et divisées en appartement. Ils les louent entre 350 et 450 euros par mois à des populations qui vivent de l’aide sociale. "C’est la CAF qui paye directement le loyer", explique Ghislain Pallier.

Nîmes, Montpellier ou d’autres grandes villes déversent ainsi dans ce coin de montagne leur trop-plein de misère. Le maire voit régulièrement arriver ces nouveaux administrés, pour la plupart d’origine européenne. Dernièrement, une femme a débarqué de Dieu sait où dans un camion aménagé et lui a demandé si elle pouvait s’installer sur un parking avec son chien, en attendant de trouver un vrai pied-à-terre. "Ils ne sont pas plus de cent à Sumène, relativise l’élu. Mais c’est une population qui apporte parfois des problèmes, d’alcool, de bagarre, de querelles de voisinage. Des gens seuls débarquent avec plusieurs chiens dans des appartements."

Il est une dernière catégorie de nouveaux arrivants. Des salariés modestes fuient les grandes agglomérations, viennent chercher la tranquillité et des prix encore abordables. Faute d’emplois sur place, ils travaillent à Montpellier ou à Nîmes, à trois quarts d’heure en voiture, long trajet qu’ils font soir et matin comme un pensum. Ils partent à l’aube, reviennent à la nuit, se mêlent peu de la vie du bourg. "Ces nouvelles populations arrivent à l’écart des vieux villages, dans des lotissements banals, des clones de Carpentras ou de Saint-Gilles, constate Patrick Cabanel. Elles ont apporté avec elles le vote FN."

Signe de ce bouleversement sociologique, un tiers des habitants des Cévennes y vivent depuis moins de dix ans. Laurent Rieutort, 47 ans, professeur de géographie à l’université Blaise-Pascal, à Clermont-Ferrand, originaire de la Lozère voisine, a étudié cette migration et ses conséquences. "On assiste à une turbulence énorme, à des flux problématiques. Nous sommes dans des territoires économiquement fragiles. Or, il y a aujourd’hui beaucoup d’installation de personnes en situation précaire. Un nouvel arrivant sur cinq est au chômage. 80% viennent d’un milieu urbain et n’ont aucune attache locale."


"On aboutit à une société explosée", conclut l’universitaire. "Ça va péter", prédit même Sybil Vergnes, 45 ans, l’ancienne candidate FN. Elle aussi est née à Sumène et en est partie quand il n’y a plus eu de travail. Cette femme issue d’une famille socialiste s’est installée près de Marseille où trois agressions l’ont convertie à d’autres idées. Elle est revenue chercher la tranquillité à Sumène où elle a ouvert une épicerie et fait construire une jolie maison dans un lotissement.

Ce jour-là, elle a convié chez elle son voisin et directeur de campagne, Sébastien Bocquet. Ce Nordiste âge de 42 ans est un ancien légionnaire qui, après quinze ans de "crapahut" de Sarajevo à l’Afrique, s’est fixé dans le Sud, a vécu près de Nîmes avant de se poser à Sumène. Pour compléter sa pension de 1000 euros, il travaille à Montpellier comme employé du tramway.

Pendant deux heures, les deux militants vont décliner les thèmes traditionnels du FN ou ceux chipés à l’actualité : l’immigration, la délinquance, la fermeture des services publics, etc. Mais il en est un qui, dans les Cévennes, fait mouche plus que les autres : le rejet de l’assistanat.

La région a toujours vécu, chichement mais orgueilleusement, de son labeur. "Le travail y a toujours été mis en avant", constate Laurent Rieutort. "L’arrivée d’une immigration blanche assistée crée un vrai choc de civilisation", ajoute Patrick Cabanel.


Alors Sybil Vergnes affirme porter la parole de ceux qui "travaillent, cotisent, n’ont droit à rien". "On montre les pauvres qui sont au RSA, assure-t-elle. On ne montre pas le Français moyen qui vit avec un smic et ne s’en sort pas. On ne montre pas le vieux qui a une petite retraite et n’arrive pas à la fin du mois. Dans mon épicerie, vingt ou trente personnes ont une ardoise et, à partir du 20, demandent à payer le 7 du mois suivant. Et le nombre augmente sans cesse."

A côté, les "cas sociaux" auraient la belle vie, à l’entendre. "Ce ne sont pas des gens qui veulent trouver du travail car aujourd’hui, on a plus de chance de trouver un logement en ne travaillant pas et en se le faisant payer par la CAF. Il n’y a pas assez de différences entre ceux qui gagnent le smic et ceux qui vivent des allocations."

Sébastien Bocquet raconte la vie qui devient plus chère et les salaires qui ne suivent pas. Il évoque le coût de l’essence, les 300 euros qu’il dépense en pleins chaque mois et qui grèvent son salaire de 1700 euros. Sa pension militaire a été récemment amputée de 80 euros en raison de prélèvements supplémentaires. "Pour les RMistes, tout va bien, affirme-t-il. Ils ont la CMU, se font rembourser intégralement tous les soins médicaux quand nos anciens ne sont même plus soignés. Les retraités, les salariés doivent payer pour un appareil dentaire quand eux ont leur céramique gratuitement."

Sybil Vergnes assure que le discours contre l’assistanat passe de mieux en mieux. William Dumas reconnaît beaucoup l’entendre. "Ici, les gens ne pensent même pas à demander ce à quoi ils ont droit, assure le député. Alors critiquer ceux qui profitent du système, c’est un discours qui accroche dans un pays pauvre. Les gens sont choqués : ceux-là, ils ne font rien et ils gagnent presque autant que nous. Ça va de la cantine gratuite au RSA. Le FN joue sur cet antagonisme."

Ghislain Pallier entend aussi régulièrement ce discours. "On dit: “Qu’ils aillent un peu travailler.”" L’entrepreneur s’agace lui-même d’avoir du mal à trouver de la main-d’œuvre. "Maintenant, bien sûr qu’il y en a qui profitent du système, mais il ne faut pas généraliser."


Ces antagonismes n’empêchent pas Sumène de continuer à couler des jours paisibles. En apparence, tout va bien. Mais Sybil Vergnes se plaint des doigts d’honneur que des jeunes lui adressent parfois quand elle circule dans sa Mercedes. Son épicerie a perdu 40% de son chiffre d’affaires depuis qu’elle s’est présentée sous la bannière du FN. Pendant la campagne, une voiture bélier a même enfoncé la vitrine de son magasin. Des slogans anti-FN ont été badigeonnés sur des bâtiments.

Les frontistes accusent à demi-mot la "faune", les "parasites sociaux" qui graviteraient autour des Transes cévenoles, mettant dans un même sac les punks à chien, les écologistes, les altermondialistes ou les jeunes d’origine immigrée de Ganges (Hérault), la ville voisine. Les organisateurs du festival préfèrent ne pas répondre à ses attaques. "On est à deux doigts de la manipulation", ironise l’un d’eux.

En juillet, le FN a recouvert les affiches des Transes cévenoles par des portraits de Marine Le Pen, aussitôt couverts à leur tour par de nouveaux placards des organisateurs. Cette guerre des nerfs se joue pour l’heure à coups de brosses et de pots de colle. Mais récemment, dans un hameau voisin, un homme a tiré sur des jeunes qui volaient de l’essence dans le réservoir de sa voiture. "Ça va mal finir. Les gens ont tous un fusil ici. Les Cévennes, c’est la Corse sans la mer", assure Sébastien Bocquet."

"Il y a des frictions, bien sûr, mais il ne faut pas les exagérer. Pour le moment, ça tient. Tout le monde coexiste", tempère Ghislain Pallier. Le maire rappelle que la plupart des actes de délinquance élucidés étaient le fait de jeunes extérieurs au bourg. "Il y a moins de tolérance dans notre société, moins de respect d’autrui, constate-t-il cependant. Je suis parfois appelé pour des banalités, des histoires de bruit qui se seraient hier arrangées entre voisins." Les nerfs sont à vif. La crise n’y est pas pour rien. Le maire de Sumène sait que sa petite commune est prise dans un tourbillon qui lui échappe largement. "Si nous devions nous retrouver dans la situation de la Grèce ou de l’Espagne, cela pourrait encore dégénérer."

http://crise.blog.lemonde.fr/2012/09/25/zones-fragiles-sumene-a-maux-couverts/

Sur le blog vous pourrez trouver une réponse à cet article d'un collectif d'habitants de Sumène.


Sur Médiapart mais d'accès payant, deux articles également sur le même thème, de Michaël Hajdenberg, l'un sur les 6000 communes qui ont placé Le Pen en tête au premier tour, l'autre sur un village de Marne, Voipreux, 211 habitants... qui est assez intéressant. Une commune "riche" ...

À 30 ans, célibataire, il travaille comme ouvrier chez un maraîcher. Il commence par prendre un air contrit. « C’est la télé qui leur met ça dans la tête. Les médias exagèrent tout. » Et puis au milieu d’un raisonnement, il s’arrête soudain : « Oh ! Et puis, je vous le dis, je ne vote QUE Le Pen. Je n’ai jamais voté autre chose. » Pourquoi ? « J’ai joué au foot à un assez haut niveau, en CFA (Championnat de France amateur – ndlr). À chaque fois qu’on jouait en ville, à Reims, à Troyes, il fallait voir le folklore au bord des touches ! Dans les villes, ils ne respectent jamais les arbitres. »

Sylvain poursuit avec « les étrangers qui arrivent par semis (semi-remorques – ndlr) », « les sous qu’on donne à ceux qui ne veulent pas vraiment travailler », « le salaire qu’on nous pompe », et « les politicards qui sortent tous de la même école ». Il baisse la voix. Son patron arrive.

.../...

Producteur d’asperges, vendeur de fruits et légumes variés, Yann (1) dit ne pas avoir à se plaindre. « Les agriculteurs, les viticulteurs vivent ici très aisément. Mais c’est la vieille mentalité des agriculteurs qui amassent, amassent, et n’ont confiance que dans leur compte en banque. »

Yann, qui dit « bien » gagner sa vie, finit par se dire « reconnaissant ». Mais « auprès de Dieu » en tant que chrétien. Certainement pas auprès des politiques. « Ils veulent la gloire personnelle. Regardez au PS : ils ne veulent pas lâcher leurs mandats. La moitié des sénateurs dorment. Et derrière, ils ont des avantages à vie. »

Quand même : autant de « gens » heureux qui protestent en votant Le Pen ? « À Voipreux, il n’y a pas d’immigrés mais il y a des racistes. Il y a la peur que l’étranger vole l’emploi. Les gens regardent la télé et Internet, et on n’a que ça comme reflet de la société. La télé ne montre pas ce qui se passe en profondeur, mais 95 % de négatif. La raison d’être de la télé, c’est de mettre la peur dans la tête des gens. Ça fait monter l’audimat. Ils font monter la psychose. »

Une immense majorité des personnes rencontrées, pour ne pas dire la totalité, évoquent le rôle de la télévision et d’Internet, parfois de l’Union, le quotidien local. Avec toujours ce paradoxe apparent : les médias exagèrent, font des gros titres, « évoquent des viols dont on n’avait jamais connaissance par le passé », « nous tiennent au courant dans la seconde du moindre pet de travers à l’autre bout de la France ». Bref, font très mal leur travail en amplifiant tout et n’importe quoi. Mais ce sont leurs reportages qui sont convoqués pour appuyer toute démonstration : « Non mais ! Ce n’est pas parce qu’on est à la campagne qu’on ne s’informe pas ! » s’emporte par exemple Joël Varlet, le maire de Germinon, en évoquant à notre arrivée une agression au tournevis dans un collège lyonnais, dont il vient de prendre connaissance en surfant sur Internet.


Bien que j'imagine que vous le sachiez, je préciserai à toutes fins utiles, que NON la cmu ne rembourse pas les prothèses céramiques, c'est une légende urbaine, elle n'offre d'ailleurs pas les même soins que ceux qui bénéficient du régime "normal" et NON tout n'est pas gratuit et NON tout n'est pas remboursé loin s'en faut. Idem pour les appartements, la CAF ne prend pas en charge l'intégralité du loyer, une part reste toujours à charge, et jusqu'à preuve du contraire l'électricité n'est pas gratuite pour les bénéficiaires du RSA qui ont le plus grand mal à bénéficier du "tarif social" d'EDF auquel ils ont droit comme nombre de retraités, le nombre de demandes satisfaisant aux conditions d'attribution restant toujours très largement supérieur aux nombres de bénéficiaires, le secteur privé n'ayant pas vertu caritative, EDF est devenu spécialiste du trainage de pied, de bâton dans les roues, et d'obstacles en tout genre dans le traitement des dossiers de demande d'application de tarifs sociaux.

Amitiés à tous, j'essaierai dans la mesure de mon possible de commenter cet article ultérieurement.





Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

- Sujets similaires
Partager cet article sur : diggdeliciousredditstumbleuponslashdotyahoogooglelive

zones-fragiles-sumene-a-maux-couverts :: Commentaires

avatar

Message le Mar 9 Oct 2012 - 21:40 par Mister Cyril

Salut augure ça faisait un bail (sans mauvais jeu de mots)...content de te relire!

Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum