Le fascisme décomplexé

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Le fascisme décomplexé




Brisons le silence sur ce qui se passe en Espagne - Astrid Menasanch Tobieson, dramaturge

http://rue89.nouvelobs.com/2014/01/10/brisons-silence-passe-espagne-248918

Bouleversée, je vous écris sous le coup de l’indignation. L’Espagne, dans peu de temps, empruntera le chemin qui mène d’une démocratie ouverte à ce qui risque de devenir une démocratie fasciste et autoritaire.

Je vous écris après les événements qui se sont produits dans le quartier de Kärrtorp à Stockholm (où un groupe néonazi ultraviolent a attaqué une manifestation antirasciste il y a quelques jours).

Je vous écris à propos de qui se trame en Espagne. Je crois en tout cas que la Suède et l’Espagne se ressemblent en un point : l’avancée du fascisme devant l’indifférence de la société. Le 19 novembre, le gouvernement espagnol a approuvé un projet de loi dont le but est d’en finir avec les manifestations et les contestations au régime actuel. La méthode est classique : instaurer le silence grâce à la répression.
Avortement non, sécurité citoyenne oui ?

Le 29 novembre dernier, le Conseil des ministres du gouvernement conservateur espagnol a approuvé le projet de loi « Sécurité citoyenne » qui réforme le code pénal. Le texte, qui réduit les droits et libertés civiles (mais pas celle de faire l’apologie du franquisme) est unanimement rejeté par les mouvements sociaux, les syndicats, l’opposition, les organisations professionnelles comme celles des juges pour la démocratie, l’association unifiée des gardes civils ou la fédération des journalistes d’Espagne.

Alors que le Parti socialiste espagnol a demandé à ses alliés européens de se mobiliser contre le projet de loi réduisant les droits d’accès des femmes à l’avortement, certains se demandent pourquoi il n’a pas entrepris la même démarche sur la loi « Sécurité citoyenne ». Blandine Grosjean

Je vous demande maintenant de l’aide, je vous demande d’informer. Le samedi 14 décembre à Madrid s’est déroulé une des 6 000 manifestations qui se sont organisées cette année en Espagne. Je le répète : une des 6 000.

Ces dernières années, le réseau de protection sociale a été ébranlé : privatisation des théâtres, tentatives de privatiser les hôpitaux, droit du travail ébranlé et transformé depuis sa base, licenciements innombrables, familles chassées de leur domicile, éducation civique suspendue dans les écoles, etc. Et afin de clore une longue liste, le vendredi 20 décembre, le gouvernement a approuvé la réforme du droit à l’avortement.

Ce que l’on a désigné comme une crise économique est, depuis le début, avant tout une crise démocratique. La couverture médiatique en Suède et en France sur la situation en Espagne a été très faible, et son analyse d’un point de vue social, inexistante.

La manifestation qui s’est tenue au pied du Congrès de Madrid le samedi 14 décembre, avait pour but de protester contre une nouvelle proposition de loi : la « ley de Seguridad Ciudadana », loi de Sécurité citoyenne.
Un groupe Facebook : 30 000 euros

Cette loi, qui contient 55 articles et punit autant d’actes différents, prévoit des amendes pour le manifestant, allant de 100 à 600 000 euros. Les infractions ?

Pour commencer, toutes les manifestations non-déclarées et prenant place devant le Congrès ou autre édifice appartenant à l’Etat – comme celle qui s’est déroulée samedi 14 à Madrid – seront interdites et la sanction ira jusqu’à 30 000 euros par participant. Cela sera le cas lorsque plusieurs personnes seront considérées comme un groupe.

L’interdiction des manifestations non-déclarées s’appliquera également aux réseaux sociaux. Se rassembler en tant que groupe sur Internet, autour d’une opinion, sera sanctionné de 30 000 euros. Créer un groupe, sur les réseaux sociaux ou dans un lieu public, autour de symboles ou de drapeaux, sera interdit : 30 000 euros d’amende.

Si dans une manifestation, un citoyen manifeste avec une capuche ou avec le visage couvert : 30 000 euros d’amende.

Refuser de décliner son identité devant un policier : 30 000 euros.

Empêcher un policier de remplir sa fonction : 30 000 euros, ce qui, dans la pratique, signifie que les sit-in comme ceux qui initièrent le mouvement du 15-M en Espagne [ « Les Indignés », ndlr], seront strictement interdits.

Déshonorer le drapeau espagnol : 30 000 euros [en France, cet acte est passible de 1 500 euros d’amende, ndlr].

Réaliser un dessin satirique, prenant pour sujet, par exemple, un politique, sera interdit.

Utiliser des pancartes critiquant la nation espagnole : 30 000 euros.

Filmer ou photographier un policier en service : 30 000 euros.

Note de la traductrice

Les dénonciations faites par des policiers bénéficient de la présomption de véracité. Par conséquent, c’est celui qui fait l’objet de l’accusation qui devra démontrer la non-véracité de ce qui est avancé par les agents. Le système d’accusation fonctionnait ainsi également sous la dictature franquiste.

Selon l’écrivain Javier Marias, c’est une négation de la justice : cela revient à condamner directement l’accusé car il sera incapable de démontrer qu’il n’a pas pas commis l’acte dont on l’accuse puisque l’on part de la base que si, il l’a fait. Il sera d’autant plus difficile à l’accusé d’apporter des preuves à cause de la loi qui interdit de photographier ou de filmer des agents de l’ordre.

Et la liste n’est pas exhaustive. Dans tous les cas, le témoignage d’un policier ou d’un agent de sécurité sera suffisant pour infliger une amende au citoyen.

D’aucuns peuvent par conséquent se demander : l’Espagne fait-elle face à un mouvement de manifestations violentes ? Eh bien non. Le chef de la police Ignacio Casido a déclaré que ces 6 000 manifestations sont jusqu’à ce jour le mouvement le plus pacifique de l’histoire de l’Espagne.

Il n’y a pas si longtemps, l’Espagne était encore une dictature. Il n’y a pas si longtemps non plus que la guerre civile a eu lieu. Tous les débats sont politiques. Informer d’un événement est un acte politique. Ne pas le faire est un acte politique. Le silence est, au plus haut point, un acte politique. Le choix de garder le silence se fige dans la mémoire des générations. Cette loi néofasciste qui va être votée n’est pas sans lien avec la montée des fascismes en Europe. Cela nous concerne tous.

Je m’adresse à tous les journalistes, aux éditorialistes en France. Vous qui détenez l’espace médiatique. Je vous demande sincèrement de briser le silence vis-à-vis du régime qui est en train de s’imposer en Espagne.

Je vous demande de commencer à informer. Je vous demande de soutenir la liberté d’expression avec vos articles et vos apports au débat, je vous demande d’y apporter des analyses rigoureuses et profondes. Informez ! Informez sur tout !
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Le fascisme décomplexé :: Commentaires

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Message le Dim 19 Jan 2014 - 16:01 par Donald11

Ouais, bon ! Le cas Dieudo ? J'ai aussi lu par-ci par-là, non pas par ici, par là ! putaing cong t'es pas très attentif ! que le sieur Dieudo n'aurait pas des finances très claires et qu'il aurait été touché au portefeuille pour faire cesser ses vociférations. Rumeurs perfides sans doute !
Entre le FN et Dieudo, je trouve que tout le monde en fait beaucoup trop, ce qui leur offre une fenêtre publicitaire démesurée. Pour moi, tout ce tapage est nauséabond.
Quant à agiter le drapeau de la liberté d'expression concernant le spectacle de Dieudo, j'ai du mal à comprendre. Depuis le temps que durent ses spectacles, il a eu tout loisir de s'exprimer, non ? A mon avis, la partie avait assez duré, il fallait bien que quelqu'un siffle la fin. La méthode est sans doute contestable, et une fois n'est pas coutume.
D'ailleurs, mon Ratounet, je ne vois pas très bien le rapport entre les Espagnols de 2008 et Dieudonné de 2014. Mon inculture sans doute !
Bon dimanche à vous deux.
Le show must go on ...

Je vous autorise à consulter "le petit livre noir des grands projets inutiles" de camille, chez Le Passager Clandestin, autrement plus réjouissant que la prose de Dieudo. Là, qu'on soit blanc, noir, jaune, rouge, juif, musulman, catho, PD, gouine, petit, grand, maigre, gras du bide, nous sommes tous concernés.

Avec tout ça, je vais soigner ma dysenterie.

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Message le Sam 11 Jan 2014 - 22:57 par Mister Cyril

Quant à ce mini-tsunami dans un dé à coudre appelait "Dieudo", je ne sais qu'en penser...j'ai vu sa dernière vidéo sur you tube, c'est infect, pas drôle (sûrement le pire pour lui) et pourtant les arguments des censeurs m'irisent le poil!
La bataille idéologique, chère à Gramsci, semble pencher vers la réaction...pas mal de mes camarades virent peu à peu vers un national-anti-capitalisme (pour ne pas employer une autre expression historiquement anachronique) et je n'arrive pas à les blâmer totalement, les seuls critiques antisystèmes les plus visibles et actifs faisant parti d'une mouvance nationalo-identitaire floue. Dur de lutter contre ça quand on a aucune perspective à moyen terme à offrir et on a oublié la dernière victoire sociale et politique.

Bizz mon ratounet, je lutte, je lutte...

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Message le Sam 11 Jan 2014 - 22:45 par Mister Cyril


"Le samedi 14 décembre à Madrid s’est déroulé une des 6 000 manifestations qui se sont organisées cette année en Espagne. Je le répète : une des 6 000".

Effectivement ce que l'on retient c'est que l'Espagne sortirait de la crise, que le chômage baisse, que les politiques d'austérité commenceraient à porter leurs fruits...etc, etc...et à quoi ont servi ces 6000 manifs? Où est la solution entre un légalisme très encadré et des actions plus couillus sans sombrer dans l'activisme gauchiste (mini-attentat, destruction) qui servirait de caution à un Etat policier???
Je ne sais plus mon bon Country, mais les petits manifs sans conviction, chants et banderoles, ça sème la résignation, le pire des poisons!!!

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Message le Ven 10 Jan 2014 - 13:51 par country skinner

Interdiction du spectacle de Dieudonné : le choix du grand gâchis - Pascal Riché

http://rue89.nouvelobs.com/2014/01/10/interdiction-spectacle-dieudonne-grand-gachis-248924

Fallait-il abîmer la démocratie à cause des « quenelles » d’un histrion parti en vrille ? Personne n’y songerait. C’est pourtant la voie retenue par le gouvernement et le Conseil d’Etat.

Fallait-il offrir à Dieudonné et ses idées antisémites une exposition médiatique dont il n’aurait jamais osé rêver ? Evidemment non. C’est pourtant le résultat obtenu par le gouvernement, au prétexte de poursuivre le but inverse. Les fans de Dieudonné se multiplient, son discours antisystème étant relégitimé.

Fallait-il offrir sur un plateau à l’extrême droite, aux zélateurs de l’humoriste ou ceux de son ami rouge-brun Alain Soral, l’opportunité d’apparaître comme les plus grands défenseurs de la liberté d’expression ? Ce serait une idiotie. C’est pourtant celle qu’a choisi de commettre Manuel Valls et les juges administratifs.
Valls a fait du Sarko

Pierre Joxe, ancien ministre, a eu raison de souligner que son successeur avait « peut-être de moins bons conseillers » que les siens. En multipliant les coups de menton, Valls a fait du Sarko : il a fait gonfler comme un soufflet cette nouvelle affaire Dieudonné, et celle-ci a tourné à un beau gâchis.

Certes, la liberté d’expression doit avoir des limites : on ne peut tolérer la diffamation, l’insulte publique, le droit à l’image, le racisme... Mais pour faire respecter ces limites, il y a deux méthodes :

l’une, propre aux systèmes démocratiques consiste à agir a posteriori : on interdit à personne de parler, à monter un spectacle ; on sanctionne avec fermeté les abus contraire à la loi ;
la seconde méthode est celle des pays autoritaires : on interdit préventivement la prise de parole de telle ou telle personne, par crainte. En France, cette méthode a été abandonnée au début du XXe siècle. C’est celle que Manuel Valls et le conseil d’Etat ont pourtant ressuscitée.

La peur d’un simple individu

Au final, c’est la Ligue des droits de l’homme qui se retrouve dans le rôle du lanceur d’alerte. Jeudi, à juste titre, son président Pierre Tartakowsky a souligné que la décision du Conseil d’Etat avait ouvert un « cadre juridique lourd de conséquences pour la liberté d’expression ».

Un beau paradoxe : la LDH a été fondée en 1898 pour défendre Alfred Dreyfus contre la plus terrible campagne antisémite jamais menée en France ; c’est aussi elle qui a, par le passé, fait condamner Dieudonné pour des ignominies proférées contre les juifs.

Manuel Valls répète qu’une démocratie est forte quand elle est ferme sur ses principes. Il a raison, mais il oublie que la liberté d’expression fait partie des plus précieux principes qu’il évoque. Il oublie que c’est quand elle dégrade ses libertés par peur d’un simple individu qu’une démocratie affiche sa faiblesse

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