les Andalous se servent au supermarché

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10082012

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les Andalous se servent au supermarché




Carottons-les ! » 09/08/2012 à 16h45
« Ni chocolat, ni desserts » : les Andalous se servent au supermarché
Camille Polloni | Journaliste Rue89

http://www.rue89.com/2012/08/09/ni-chocolat-ni-desserts-les-andalous-se-servent-au-supermarche-234512

En Andalousie, 200 travailleurs agricoles ont choisi mardi la vieille méthode de « l’autoréduction » pour protester contre la vie chère et les inégalités sociales, en période de chômage massif (33% de la population régionale).

Dans les rayons d’un supermarché, ils ont rempli des chariots de nourriture avant de passer la porte sans payer.
Actions militantes dans deux supermarchés andalous

Le journal El Pais raconte l’épisode :

« Le premier groupe, d’une trentaine de personnes, a choisi un supermarché Mercadona à Ecija : il a rempli dix chariots de légumes, de sucre, de lait, d’huile. Des bagarres ont éclaté avec les employés du supermarché. Gordillo [un député régional du parti de gauche Izquierda Unida, maire depuis 33 ans, ndlr] n’a pas participé au vol, mais a dirigé les opérations mégaphone à la main.

“C’était une diversion”, a-t-il expliqué. “La police m’a suivi, pendant que les autres sont entrés et ont rempli les chariots.” La nourriture a été distribuée dans des quartiers de Séville. La banque alimentaire l’a refusée parce qu’elle avait été obtenue de manière “irrégulière”.

Au même moment, à Arcos de Frontera, Canamero [secrétaire général du Syndicat des travailleurs agricoles, ndlr] donnait des instructions précises au groupe de journaliers qui pénétrait dans un centre Carrefour : “Ni chocolat, ni yaourts, ni desserts. Que des gâteaux basiques.” Canamero a négocié avec les responsables de l’enseigne, qui ont choisi de donner douze chariots de nourriture aux services sociaux de la ville. »

A visage découvert

Traduction pour l’AFP : un « commando » « joue les Robin des Bois » et « crée le scandale » en Espagne par « ses actions coup de poing ». Doucement quand même :

les deux cents militants (au total) ont agi à visage découvert, devant des journalistes, et pris soin d’annoncer qu’ils comptaient redistribuer les marchandises ;

parmi eux se trouvaient des responsables politiques et syndicaux bien identifiés, qui ont pris la parole en public. Le parti Izquierda Unida s’est désolidarisé de leur démarche mais ne les ont ni exclus ni condamnés ;

juste après l’action, les « membres du commando » (l’AFP ne met pas de guillemets), dont beaucoup d’ouvriers agricoles, ont pique-niqué sans se cacher sur un terrain militaire occupé depuis seize jours pour réclamer une meilleure répartition des terres ;

tous revendiquent le caractère symbolique de leur action de désobéissance civile.

« Le moment est arrivé de mener des actions qui frisent l’illégalité, parce qu’il y a des gens pour qui tout va mal, et nous ne pouvons pas rester les bras croisés », a commenté un syndicaliste présent.
La droite et la gauche s’indignent

« Intolérable », pour le ministre de l’Intérieur Jorge Fernandez Diaz (Parti populaire, droite), qui a lancé mercredi un mandat d’arrêt contre les militants :

« Nous sommes tous conscients que ça va mal pour les gens, mais la fin ne justifie pas les moyens. Ce serait la loi de la jungle. »

Le président socialiste de la Junte d’Andalousie (l’institution de gouvernement régionale), José Antonio Grinan, a renchéri sur les paroles du ministre de l’Intérieur :

« C’est de la barbarie d’attaquer un supermarché quand on est député. »

Deux ouvriers agricoles ont été arrêtés et placés en garde à vue. Le député Gordillo a reçu une convocation. La chaîne de supermarché Mercadona a porté plainte.
Une méthode éprouvée

« L’autoréduction » dans les supermarchés (diversement nommée : « réquisition », « expropriation », « extorsion ») est une pratique inaugurée par les autonomes italiens dans les années 70, à une période où les grèves des loyers, les occupations et le non-paiement des factures constituaient un ensemble d’actions de protestation.

La quatrième de couverture de l’ouvrage « Les autoréductions, grèves d’usagers et luttes de classe en France et en Italie (1972-1976) », propose une définition limpide du concept :

« L’autoréduction, c’est se réapproprier soi-même et collectivement des biens de consommation ou des services. C’est réduire les factures des loyers ou des impôts. C’est remettre en question les mécanismes de fixation des prix, cette machine de guerre contre les salariés. »

Le but révolutionnaire originel des réquisitions de supermarchés est toujours mis en avant par une partie de l’extrême-gauche anarchiste et autonome, notamment en Grèce, où elles sont presque monnaie courante.

Le site militant Contra Info publie un compte-rendu en français de l’une de ces actions à Athènes, le 26 novembre 2011 :

« Un groupe de compagnons ont exproprié un supermarché de la chaîne Sklavenitis situé dans la rue Charilaou Trikoupi. Ils ont exproprié des produits de première nécessité et de la nourriture, lesquelles ont été distribués au marché populaire dans la rue Kallidromiou. »

En France, des collectifs de chômeurs et précaires ont encore pratiqué des autoréductions en 2009. Des militants lyonnais ont été relaxés cette année pour une action dans un Leader Price, datant de 2007.
Attirer l’attention des médias

« L’autoréduction » revendiquée a changé de sens depuis les années 70, et donné lieu à tout un tas d’actions menées sous diverses bannières partisanes, syndicales ou associatives. Comme les « pique-nique de supermarchés » de L’Appel et la pioche (proche du NPA), en 2011 :

« “ Ils nous carottent, carottons-les !” Le principe de l’action est toujours la même : proposer aux clients un pique-nique en supermarché pour “ la redistribution gratuite de la grande distribution ”. »

Si le but des participants est davantage d’attirer l’attention médiatique que de prôner la révolution, les « règles de base » sont restées les mêmes, comme dans l’exemple espagnol :

prendre en priorité des produits de première nécessité (quoique, quelques autoréductions ont donné lieu à des fêtes au champagne) ;
ne pas payer ;
redistribuer les marchandises.

Pour cause de crise financière et d’exaspération générale, l’autoréduction pourrait connaître une nouvelle jeunesse.
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Message le Ven 17 Aoû 2012 - 13:25 par country skinner

17 août 2012 à 08:50 Par CHLOÉ GUTIERREZ

http://www.liberation.fr/monde/2012/08/17/le-robin-des-bois-espagnol-vole-de-la-nourriture-pour-la-distribuer-a-des-associations_840101

L'élu et activiste Sanchez Gordillo opèrent depuis début août des réquisitions dans des centres commerciaux pour distribuer de la nourriture aux victimes de la crise.
Juan Manuel Sanchez Gordillo est député du petit parti de gauche Izquierda Unida, élu au Parlement régional et maire du village de Marinaleda (Séville).

Le 8 août, il a mené une action dans deux supermarchés avec les militants du Syndicat andalou des travailleurs (SAT), s’emparant de chariots pleins de nourriture afin de les distribuer à des associations caritatives et aussi pour dénoncer les inégalités dans cette région d’Espagne où la crise et le chômage font des ravages.

Il répond à cette interview téléphonique pendant une marche de trois jours vers Jaén pour demander un nouveau plan de création d'emplois et un revenu de base pour les 350 000 familles qui vivent en Andalousie sans protection sociale.

Quel message voulez-vous transmettre avec votre raid sur les supermarchés ?
Ces assauts sont juste des actes symboliques pour que les gens se réveillent et réalisent la situation que vit l’Espagne actuellement. Contrairement à ce que tout le monde pense, ça n’a pas été un assaut violent, nous sommes rentrés dans le supermarché puis nous sommes partis avec les chariots sans payer, il n’y a pas eu de violence. Nous voulons dénoncer se qui se passe réellement en Andalousie, où 35% des familles dans les grandes villes sont en dessous du seuil de pauvreté, il y a un taux de chômage de 1,25 millions de personnes, trois millions de pauvres et 200 000 familles dont tous les membres n’ont plus de travails et ne reçoivent pas de perception. Je pense que la crise est une arnaque et un mensonge. Nous sommes confrontés à la plus grande fraude de l’histoire du capitalisme. On devrait envisager de ne pas rembourser la dette ou alors sortir de l’euro. Nous n’allons pas nous soumettre. Nous disons «non» aux coupes budgétaires, puisque la hausse de la TVA et la baisse des allocations chômage affectent toujours les plus pauvres.

Semble-il justifié de voler parce que «les riches volent aussi» ?
Non, mais si prendre dix paquets de riz, des haricots, un litre d’huile, c'est du vol, qu’est-ce que c’est quand le gouvernement arrive à renflouer les banques de 100 milliards d’euros comme pour Bankia ? Il y a des choses beaucoup plus barbares qu’un geste de désobéissance pacifique. Nous dénonçons le vol qui est commis à l’encontre des plus défavorisés.



Estimez-vous que les attaques peuvent affecter l’image de l’Espagne au plan international ?
L’image de l’Espagne a été beaucoup plus affectée par le sauvetage de Bankia ou à cause des banquiers qui ont fraudé 30 milliards d’euros à des milliers de citoyens, comme Emilio Botin, président de Banco Santander, qui a été accusé de fraude fiscale. Je pense qu’il est beaucoup plus grave qu’il y ait environ 100 milliards d’euros d'économie souterraine, ou que nos grands athlètes ne paient pas la TVA parce qu’ils ont de l’argent dans des paradis fiscaux.

Que proposez-vous?
Un décret imposant que les produits alimentaires des grands magasins soient donnés cinq jours avant leur date limite de consommation au lieu de les jeter, de sorte qu’ils pourront être donnés à des familles qui ont des difficultés financières. Il y a 1 700 000 familles en Espagne où tout le monde est au chômage et où personne ne touche d'indemnité. Que vont-ils manger?

Qu’avez-vous prévu à partir de maintenant ?
Nous faisons en ce moment même une marche à pied vers Jaén, en Andalousie. Nous parcourons toutes les provinces de l’Andalousie pour rapprocher la campagne et la ville. Je n’exclus pas d’occuper à nouveau Las Turquillas, un domaine de 1 200 hectares qui n’est pas cultivé. Nous allons également continuer d’investir les centres commerciaux, et d’occuper des maisons vides. Nous n’aimons pas prendre de la nourriture dans les supermarchés, mais il n'y a pas beaucoup d’alternatives dans des circonstances sociales comme celles-là. Nous sommes obligés d’attirer l’attention de cette façon pour que le gouvernement se rende compte que certaines personnes sont désespérées. L'Etat doit veiller à que les citoyens puissent manger tous les jours et qu’ils dorment sous un toit. Nous sommes au XXIe siècle et en Europe, mais en Andalousie et dans les grandes villes, ce n’est plus garanti à tous les Espagnols.

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