Plus c'est gros...

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04012011

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Plus c'est gros...




En mai 2009, Barack Obama créait une commission d'enquête sur la crise, nommée FCIC. Son ordre de mission : "Examiner les causes, intérieures et internationales, des crises financière et économique actuelles aux Etats-Unis." Bipartite, sa composition réunissait des personnalités expérimentées représentant les idées de la nouvelle majorité démocrate et celles de l'ancienne, républicaine. Au total, autour de son président, Phil Angelides, un ex-trésorier général de l'Etat de Californie, elle incluait trois financiers et avocats d'affaires, deux anciens élus au Congrès, deux ex-conseillers économiques de George Bush, un entrepreneur et un ex-régulateur du secteur bancaire. Six penchaient démocrate (dont le président), quatre républicain (dont le vice-président, Bill Thomas, membre de l'ultraconservateur American Enterprise Institute).


En instaurant cette commission, M. Obama avait forcément pensé à la commission Pecora qui, au début de la Grande Dépression, enquêta sur ses racines et ses instigateurs. Les travaux de cette commission présidée par le procureur Ferdinand Pecora, elle aussi bipartite, nommée en 1932 sous les républicains et redynamisée par le démocrate Franklin Delano Roosevelt, débouchèrent sur une législation (loi Glass-Steagall séparant activités de dépôt et d'affaires des banques, création d'un "gendarme" des marchés, la Securities and Exchange Commission, et d'autres agences de contrôle) qui configura la vie financière américaine pour un demi-siècle, ouvrant la voie aux grandes réformes socio-économiques qui suivirent.

Dans l'esprit de M. Obama, la FCIC avait deux missions : l'une d'impulsion législative, l'autre pédagogique. Elle devait encourager cette "refondation de l'économie" que lui-même prônait - un concept aujourd'hui abandonné. Las ! Deux fois déjà, la remise de ses conclusions a été reportée. Bipartite, my foot... Aucun compromis n'y a été possible entre prorépublicains et prodémocrates. Après dix-huit mois d'auditions de 800 acteurs directs (PDG, traders, hauts fonctionnaires, experts...), des millions de pages de documents analysées, la commission s'est avérée incapable de dégager un "narrative", comme disent les Américains, un récit collectif des racines et du déroulement de la crise, quitte à signaler des divergences ici ou là.

Les républicains ont tout simplement refusé que le nom "Wall Street" figure dans ce rapport. On a bien lu : aucune "cause" de la crise, pas même partielle, ne saurait être imputable aux marchés financiers. Non seulement ceux-ci sont blancs comme neige, mais des termes comme "dérégulation", "banque fantôme" (pour désigner les fonds spéculatifs), "risque systémique" ou "interconnexion" ne devaient pas non plus apparaître. Mais alors, pourquoi cette crise ?

Les républicains de la FCIC ont résumé le 15 décembre 2010 leur position : l'unique responsable de la crise, c'est... l'Etat américain ! Pour avoir flatté les pulsions égoïstes des familles à s'endetter afin d'accéder à la propriété, pour avoir trop régulé et instrumentalisé ses bras armés de la réassurance du crédit immobilier nommés Fannie Mae et Freddie Mac, l'Etat est consacré seul coupable de la déroute financière.

Peu importe que l'Etat que dénoncent ces républicains était... le leur : qui donc détenait le pouvoir durant les huit ans ayant précédé la crise financière ? Peu importe que le rêve de l'accès de chacun à la propriété, lancé par le démocrate Bill Clinton, ait été promu avec plus de vigueur encore par le républicain George Bush. Que ce dernier n'a pas surrégulé mais dérégulé autant qu'il a pu. Que Fannie et Freddie n'étaient pas été des entreprises publiques gérées par l'Etat, mais des sociétés parfaitement privées et d'autant mieux cotées en Bourse qu'elles jouissaient d'une "garantie publique". Peu importe que, si Fannie et Freddie ont totalisé des pertes abyssales, ce n'est pas parce qu'elles étaient trop contrôlées, mais libres de leurs mouvements. Qu'enfin ces sociétés n'ont investi que tardivement dans les titres subprimes, qui plus est sous la pression des marchés, pas de l'Etat.

Bref, "le seul problème de cette théorie est qu'elle n'est pas conforme aux faits", écrit malicieusement l'enquêteur financier du New York Times, Joe Nocera, qui parle de "véritable honte". Et quand ces membres de la FCIC accusent l'Etat d'avoir précipité la panique générale en... refusant de sauver la banque d'affaires Lehman Brothers, en septembre 2008, on en reste coi ! Ainsi, pour ces pourfendeurs résolus de toute intervention publique dans les affaires économiques, l'Etat est coupable, y compris lorsqu'il suit leurs propres préceptes...

Mais où a disparu donc le pragmatisme américain, si constitutif d'une formidable capacité d'adaptation face aux difficultés ? Poursuivre la liste des erreurs et incohérences de ce document serait de peu d'intérêt. Car il ne s'agit pas, pour ces républicains-là, de participer en conscience à un "examen" permettant, comme le fit la commission Pecora, de dégager des mesures propres à juguler les propensions les plus nocives du système. Il s'agit de promouvoir un pur concentré d'idéologie. Et plus c'est gros...

"Tout cela serait risible si les conséquences n'étaient si graves", renchérit Joe Nocera, qui craint que ce texte soit le prélude au sabotage systématique de toute régulation financière par la majorité républicaine du nouveau Congrès, qui commence ses travaux cette semaine. A lire cette vision des origines de la crise, on comprend mieux pourquoi, aux yeux de la gauche américaine - cf. le film Inside Jobs -, une Christine Lagarde apparaît comme un parangon de pensée rationnelle sur la crise du capitalisme.

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Mister Cyril

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Message le Mer 27 Avr 2011 - 12:49 par Mister Cyril

Le relèvement du seuil d'entrée de l'impôt de solidarité sur la fortune sera appliqué dès cette année, annonce François Baroin.


Le ministre du Budget François Baroin (c) Afp

Le relèvement du seuil d'entrée de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), qui doit permettre à 300.000 contribuables d'y échapper, sera appliqué dès cette année, a annoncé mardi 26 avril le ministre du Budget François Baroin.

Sur le même sujetNouvel ISF : plus t'es riche, plus t'y gagnes !
"Seule la première partie de cette réforme, c'est-à-dire ceux qui étaient dans la première tranche et qui disparaissent de l'ISF, seront concernés par l'application de cette réforme dès cette année", a-t-il déclaré à Canal +. Le ministre avait dit mi-avril qu'il étudiait une telle possibilité "malgré nos contraintes budgétaires très serrées".

"Tout le reste, c'est pour 2012", a-t-il ajouté mardi au sujet de l'abaissement des taux d'imposition du patrimoine et du nombre de tranches, ainsi que de la suppression du bouclier fiscal, second volet de la réforme fiscale voulue par le président Nicolas Sarkozy.

"Petits riches"

"Le bouclier fiscal sera supprimé en 2012", a confirmé François Baroin, démentant que ce dispositif qui plafonne le total des impôts directs d'un contribuable à la moitié de ses revenus serait appliqué en même temps qu'une baisse des taux de l'ISF. Le projet de loi sera présenté en conseil des ministres le 11 mai puis en juin au Parlement.

Le gouvernement a annoncé mi-mai qu'il avait opté pour un simple aménagement de l'ISF, après avoir envisagé sa suppression. La disparition du bouclier était déjà actée et le ministre du Budget a assuré mardi qu'il s'agissait d'un gage de "justice".

Le niveau de patrimoine à partir duquel un contribuable doit payer l'ISF passera de 800.000 à 1,3 million d'euros, ce qui devrait permettre, selon le gouvernement, à 300.000 personnes d'y échapper. François Baroin a estimé qu'il s'agissait essentiellement de "petits riches" assujettis à l'impôt sur la fortune en raison de la flambée des prix de l'immobilier. Entre 1,3 et 3 millions d'euros, le taux d'imposition sera de 0,25%, et de 0,5% au-delà de 3 millions. Jusqu'ici les taux évoluaient entre 0,55% et 1,8%.

Une exonération compensée par des "mesures sur les héritages"

Le coût de l'exonération des 300.000 contribuables de la première tranche est évalué à quelque 300 millions d'euros et devrait être compensé par des "mesures sur les héritages mises en place dès l'été", a-t-on affirmé mardi à l'AFP de source proche du dossier à Bercy. Elles ne concerneraient toutefois que les "très grosses successions" supérieures par exemple à "4 millions d'euros pour un couple avec deux enfants".

Le gouvernement est en outre "en train de travailler sur un dispositif qui doit permettre de gommer les effets de seuil" de la nouvelle formule de l'ISF afin que certains contribuables ne soient pas lésés par rapport à l'ancienne, selon cette source. La mise en oeuvre du nouveau dispositif sans autre aménagement pénaliserait ceux qui détiennent un peu plus de 1,3 million ou de 3 millions d'euros. "Dans l'ancien système, quelqu'un qui possédait un patrimoine d'un peu plus de 1,3 million d'euros payait une première tranche au taux de 0,55% jusqu'à 1,3 million et un taux de 0,75% au-delà", a-t-on expliqué de même source.

"Dans le nouveau dispositif où l'ISF est calculé sur l'ensemble du patrimoine, l'impôt serait légèrement supérieur et le dispositif consiste à gommer cet écart pour ces contribuables", a-t-on encore indiqué, précisant qu'il en irait de même pour ceux qui disposent d'un peu plus de 3 millions d'euros de patrimoine.

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Message le Jeu 27 Jan 2011 - 18:56 par Mister Cyril

Crise financière : les Etats-Unis désignent les responsables
Encore convalescents, les Etats-Unis sont bien décidés à identifier les responsables de la crise financière qui a fait tomber en 2008 le pays dans un marasme économique dont elle sort à très petits pas. La Commission d'enquête sur la crise financière devait rendre ses conclusions jeudi à 10 heures locales (16 heures, heure de Paris), au terme d'un an de travaux marqués par de nombreux désaccords entre ses membres.


Le New York Times, qui a pu consulter le rapport avant sa sortie, a livré dès mardi ses conclusions. Et la première d'entre elles est sans équivoque : "la crise aurait pu être évitée" s'il n'y avait pas eu de graves carences dans la régulation, de grossières fautes de management au sein des entreprises et des prises de risque inconsidérées au sein des banques. Deux types d'institutions sont particulièrement pointés du doigt pour leurs décisions : d'une part la Federal Reserve, notamment sous la présidence d'Alan Greenspan (1987-2006), d'autre part les régulateurs financiers, accusés d'avoir laissé entrer sur le marché des produits trop risqués, opaques et complexes.

Les divisions du panel à l'origine du rapport pourraient toutefois minimiser sa portée, déplore le NYT, qui précise que les six démocrates siégeant à la commission ont approuvé les conclusions de l'enquête, tandis que trois membres républicains ont livré une version "dissidente" de leurs conclusions.

DÉSINVOLTURE


Alan Greenspan est accusé par le panel d'avoir poussé à la dérégulation les marchés financiers tout au long de son mandat et de ne pas avoir contenu l'essor des prêts immobiliers toxiques. George W. Bush est quant à lui blâmé pour avoir laissé Lehman Brothers faire faillite. Les démocrates ne sont pas épargnés : Bill Clinton aurait été trop laxiste sur les produits financiers toxiques et Timothy Geithner, président de la Federal Reserve de New York au début de la crise et actuel secrétaire au Trésor, n'aurait pas pris au sérieux les signaux de détresse émis par Lehman et Citigroup.

Le gendarme de la finance américaine, la Security and exchange commission, est quant à elle accusée d'avoir "failli à sa mission" en autorisant les banques à abaisser leurs ratios de fonds propres. "Selon un décompte, les cinq plus grandes banques d'affaires du pays n'avaient qu'un dollar en capital pour couvrir les pertes sur 40 dollars d'actifs, ce qui signifie qu'une baisse de 3 % de la valeur de ces actifs pouvait faire disparaître l'entreprise", indique le New York Times.

Le rapport aurait également le mérite d'évacuer un certain nombre de théories sur les origines de la crise, telle celle qui fait de Fanny Mae et Freddie Mac, les deux géants du crédit immobilier, les boucs émissaires de la récession.

La désinvolture des acteurs financiers est soulignée tout au long du rapport, qui s'étonne que des banques à la réputation de sérieux évidente aient pu fermer les yeux sur les risques encourus par certains placements, croyant se couvrir à l'infini à l'aide de produits dérivés, ou ne pas prêter attention au retournement de certains marchés.

Ce portrait au vitriol d'un système malade est nuancé par la vision des membres républicains du panel, qui ont livré leurs propres conclusions mercredi. Ces dernières mettent l'accent sur les flux de capitaux massifs issus du développement asiatique, venus nourrir la bulle spéculative en Europe et aux Etats-Unis, ainsi que sur la politique d'accès à la propriété pratiquée aux Etats-Unis depuis des décennies. Pour ces membres, le rapport adopté par la commission fait trop peu de cas des facteurs internationaux et ne sépare pas assez "les causes des effets".

Ils soulignent à ce titre que la loi Dodd-Frank, adoptée par le gouvernement Obama et destinée à renforcer la régulation bancaire et financière est "démesurée" et "aura des conséquences sérieuses sur la croissance et les créations d'emploi".

LA FIN DU "BANKER BASHING" ?

Des déclarations en ligne avec la fronde qui sévit actuellement au sommet des plus grandes banques. Lassés par la mode du "banker bashing", le fait de taper sur les financiers, des patrons de grandes banques ont ouvertement exprimé leur exaspération à l'occasion du Forum économique de Davos, qui se tient depuis mercredi en Suisse.

James Dimon, président et directeur général de la banque d'investissement JP Morgan, a interpellé Nicolas Sarkozy lors de son intervention devant les participants au Forum, martelant que les banques avaient déjà "beaucoup fait" pour réparer leurs erreurs et se mettre en conformité avec les nouvelles lois. Il a également regretté qu'un excès de régulation des banques empêche les membres du G20, dont la France assure la présidence, de se concentrer sur la croissance et l'emploi.

Même son de cloche du côté de Gary Cohn, un des principaux dirigeants de la banque d'affaires Goldman Sachs, qui a mis en garde mercredi contre le renforcement des contraintes sur les banques, susceptible de déclencher une nouvelle crise en déplaçant les activités financières vers les fonds alternatifs ou vers d'autres produits moins régulés.

Vikram Pandit, président de Citigroup, a abondé dans son sens, brandissant la menace d'une "finance de l'ombre" en plein développement. Peter Sands, directeur de Standard Chartered, s'est quant à lui étonné que "des régulateurs qui existaient avant la crise croient désormais qu'ils ont toutes les solutions".

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