Drôle de drame!

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15062011

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Drôle de drame!




La rencontre extraordinaire des ministres des finances européens à Bruxelles s’étant achevée mardi soir sur un constat de désaccord total, c’est à Athènes, devant le Parlement protégé par des cordons serrés de policiers anti-émeutes et entouré de quarante mille manifestants que se joue aujourd’hui la partie suivante. Vingt mille autres se réunissaient à Salonique.

« Maintenant, c’est nous qui parlons, ça ne passera pas » proclame une grande banderole adressée aux députés convoqués pour adopter les nouvelles mesures d’austérité. L’arrivée de chaque voiture noire est saluée d’une même clameur « Voleurs ! Voleurs ! ». A l’inverse des classiques violences des manifestations grecques, celle-ci s’affirme résolument non-violente : « La démocratie est née ici, à Athènes, je ne voudrais pas qu’elle meure ici » a dit à une journaliste de l’AFP qui le rapporte d’une manifestante. Des heurts avec de petits groupes ont toutefois permis aux forces de l’ordre d’inonder la place Syndagma de gaz lacrymogène afin d’obliger les manifestants à la quitter, mais cela a été en pure perte, car ils y sont restés.

De nombreux drapeaux espagnols ont été également brandis en Grèce, ainsi qu’une autre banderole barrée d’un gigantesque « No pasarán » (vous ne passerez pas), tandis qu’à Barcelone les indignés espagnols font également le siège du Parlement catalan qui doit adopter des coupes claires dans le budget régional, huant les députés arrivant en criant « Ils ne nous représentent pas », le président du Parlement ayant été déposé par hélicoptère.

Au propre comme au figuré, les responsables politiques européens sont le dos au mur.

Deux députés du PASOK ont déjà annoncé qu’ils ne voteraient pas les nouvelles mesures, réduisant à 4 votes la majorité dont les socialistes disposent au Parlement, la Nouvelle Démocratie devant voter contre le projet. George Papandréou, le premier ministre, doit rencontrer le président de la République pour des échanges qualifiés de cruciaux, alors que les journaux considèrent que le gouvernement ne tient plus qu’à un fil.

Grande-Bretagne, Espagne, Portugal, les gouvernements ou les régions tombent les uns après les autres, pour être remplacés par des oppositions qui promettent pire généralement. Les coalitions au pouvoir en Allemagne et en Grande-Bretagne ne sont pas vaillantes et en Allemagne perdent les unes après les autres les élections régionales. Les indignés tiennent le haut du pavé en Espagne et en Grèce. C’est par trois référendums que les Italiens ont signifié à Silvio Berlusconi son congé prochain.

La crise a envahi le champ de la politique.

A partir de dimanche, les réunions et les rencontres vont se multiplier afin de parvenir coûte que coûte à dégager un compromis entre des positions qui s’affirment toujours inconciliables. Des inflexions apparaissent dans les discours qui sont tenus. Wolfgang Schaüble reconnaît qu’il est impossible d’aller contre les conseils de la BCE, puisque c’est ainsi qu’est qualifié son refus de toute restructuration, même douce.

Jürgen Stark explique que la zone Euro n’est malgré tout pas en danger, étant donné la modique participation grecque de 2,5 % à « la création de la valeur européenne », rompant avec d’autres prévisions apocalyptiques de sa maison, comme s’il anticipait un échec final des pourparlers qui vont se conclure la semaine prochaine par un sommet européen des chefs d’État et de gouvernement. Quant aux conséquences qui pourraient résulter pour la BCE d’une restructuration de la dette grecque, Jürgen Stark les évacue en faisant remarquer qu’elles reposeraient sur l’Eurosystème en entier, c’est à dire également sur les banques centrales nationales.

Entre temps, les hypothèses fleurissent pour déterminer qui, des banques allemandes ou françaises, sont les plus exposées à la dette grecque. L’agence Moody’s, oiseau de mauvaise augure, annonce qu’elle pourrait abaisser la note des mégabanques françaises. Fidèle à la grande tradition française, François Baroin, porte-parole du gouvernement, a rétorqué un sans appel : « Cela ne nous inquiète pas », après que Laurent Wauquiez, ministre des affaires européennes, ait déclaré « il ne faut pas agiter les choses », précisant ainsi le fonds de sa pensée : « les banques françaises ont des expositions qui sont en Grèce, liées à l’économie grecque, elles sont parfaitement publiques, donc il n’y a absolument rien qui est caché et par ailleurs le secteur bancaire français est moins exposé par exemple que le secteur bancaire allemand ». Pour conclure enfin : «Je crois que sur tous ces sujets, il faut du calme, de la sérénité »… Tant qu’à faire, il aurait pu demander que l’on n’en parle pas !

Mais pourquoi donc le gouvernement français résiste-t’il avec autant d’acharnement à la proposition allemande d’échange des titres de dette grecque actuels par d’autres prolongeant leur maturité de sept ans, si elle a si peu de conséquences potentielles ? Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, qui doivent se rencontrer pour un fructueux échange de vues, vont avoir l’occasion d’y répondre.

Mais, quel que soit le compromis bancal qui en résultera, s’il est trouvé, le reste de la donne restera inchangé. Un répit sera in extremis accordé à la Grèce, pas davantage, tandis que le même scénario se profile déjà en Irlande. Et, surtout, de nouveaux plans d’austérité seront adoptés et mis en vigueur, au nom de la sauvegarde du système bancaire et financier.

Déjà se dessinent les contours de la suite qui nous est préparée. Évoquant la zone euro, Jean-Claude Trichet a dernièrement tracé lors d’une allocution prononcée à Aix-la-Chapelle l’épure de sa future organisation, dans la droite ligne des mécanismes automatique de sanction qu’il réclame à corps et à cri pour les gouvernements qui ne respecteraient pas dans l’avenir les ratios maximum de dette et de déficit.

« Serait-ce une idée trop hardie que d’envisager, sur le plan économique, un ministère des finances de l’Union ? », s’est-il faussement interrogé. Celui-ci ne gérerait pas uniquement le budget européen mais exercerait selon lui des responsabilités dans trois domaines : « la surveillance des politiques budgétaires et des politiques en matière de compétitivité, toutes les responsabilités assumées généralement par les gouvernements en ce qui concerne le secteur financier intégré de l’Union et la représentation de la confédération de l’Union au sein des institutions internationales ». Il précise même : « Je pourrais imaginer que les autorités européennes aient le droit d’opposer leur veto à certaines décisions de politique économique nationale ».

Intervenant auparavant devant les étudiants de la London School of Economics, le même expliquait que « la crise à mis en lumière des faiblesses dans la structure de la gouvernance économique de l’Union économique et monétaire. » Ce que l’on peut traduire sans défigurer sa pensée par : « on continue comme avant en améliorant les structures pour qu’elles soient plus contraignantes ». Sans amorcer une quelconque réflexion sur ce que pourrait être une stratégie économique européenne dans le contexte actuel. C’est le triomphe de la pensée vide et de l’autisme économique.

Drôle de drame sur la scène européenne ! A en écouter les acteurs autorisés, il n’y a pas de plan B envisageable pour les pays européens. Pour autant, celui-ci ne parvient pas à être mis en musique…

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Mister Cyril

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Drôle de drame! :: Commentaires

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Message le Mer 15 Juin 2011 - 23:31 par Mister Cyril

Non mon bon Fraz ce texte n'est pas de moi mais de Leclerc (cité plus bas) sur le blog de Jorion. Oui le texte dont tu fais référence ma dit quelque chose...ici ou ailleurs..

Si tu veux disposer d'un fond documentaire, rends-toi à la table des habitués, rubrique base des données et tu trouveras toute la place dont tu as besoin...ce site regorge de pleins de ressources que tu n'as pas encore pu visionner hé hé hé!!

Salutations je dois m'absenter jusqu'à samedi!

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Message le Mer 15 Juin 2011 - 22:37 par Invité

Mister Cyril, c'est toi qui signe ce texte ? Merci de le préciser.

Là on en arrive au point où l'économique prend officiellement le pouvoir sans plus se cacher dans l'ombre. Les propos de Trichet vont dans le sens de ceux que tenait DSK. Je crains que son élimination ne soit pas la seule à envisager.

Tout ceci me rappelle un certain texte publié à l'OCDE il y a une dizaine d'années sur les politiques d'ajustement et les révoltes prévisbles qu'il conviendra d'étouffer. Se trouve-t-il sur ce site ou cela vaudrait-il le coup de l'y placer ? (il est assez long).

Ce serait bien de disposer d'un fond documentaire.

Amicalement
Franz

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Message le Mer 15 Juin 2011 - 21:54 par Mister Cyril

Je sais qu'en général tu n'aimes pas Leclerc Bru mais lis la fin et les déclarations de Trichet sur une gouvernance économique européenne...(et les autres aussi bien sûr)...si ça pète pas on s'en approche de la gouvernance mondiale voulue par...les oligarques-fascistes (tiens ça doit être la première fois que j'utilise ce mot ici, fachos!!!).

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