La Scala prise d’assaut par les jeunes des centres sociaux, des invisibles qui se rebellent

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12122014

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La Scala prise d’assaut par les jeunes des centres sociaux, des invisibles qui se rebellent




Flora Zanichelli - Journaliste - Publié le 11/12/2014 à 18h49

http://blogs.rue89.nouvelobs.com/storitalia/2014/12/11/la-scala-prise-dassaut-par-les-jeunes-des-centres-sociaux-des-invisibles-qui-se-rebellent-233915

Drôles d’images en début de semaine sur la chaîne italienne la 7. A Milan, le parvis de la Scala, le célèbre opéra milanais, a été dimanche le témoin d’affrontements. Sur la place humide, les manifestants s’en prennent aux forces de l’ordre. A l’intérieur du palais en revanche, bijoux et fanfreluches glissent sous la lumière des lustres.

La première de la Scala est l’un des évènements italiens mondains les plus en vue. Saisissantes images de deux mondes si proches et si lointains à la fois.
Failles spatio-temporelles

Les manifestations qui se sont déroulées le soir de la première sont liées à des faits qui remontent au mois de novembre. Milan avait été le théâtre de violents affrontements suite à la décision de la ville de déloger des occupants abusifs de HLM. Plusieurs centres sociaux avaient été vidés dans la foulée.

En Italie, le centre social est une réalité très particulière, née à la fin des années 70. Il revêt des formes et courants multiples. Traditionnellement de gauche voire d’extrême gauche, ils réunissaient surtout la jeunesse italienne. C’est encore le cas aujourd’hui même s’ils restent la majeure partie du temps ouverts à tous. Ce sont des lieux très engagés où l’Etat italien n’a qu’un seul droit : être absent. Autogérés, engagés vers une culture anti-institutionnelle, ils me font penser à des failles spatio-temporelles.

Sur la place, le soir de la première de la Scala, les manifestants appartiennent au centre social milanais, Cantiere. Il suffit de se rendre sur la page Facebook du centre social pour comprendre l’état d’esprit de ceux qui le suivent. Ici, on écrit contre Renzi, contre la caste, contre Matteo Salvini, étoile montante de l’extrême droite italienne, contre les injustices criantes et croissantes que vit l’Italie. Ces jeunes des centres sociaux sont souvent perçus et présentés à tort comme des anarchistes violents. Si c’est le cas pour certains centres sociaux, la majorité reste des enragés désespérés.
Une fissure dans le cœur gris des villes

C’est ce qu’expliquait l’excellent travail du photographe sociologue Andrea Kunkl. Je l’ai rencontré à Rome il y a un an. Aucun des médias français que j’avais contactés n’a voulu de ses photos sur les centres sociaux milanais. Un magnifique travail de six ans. Une exploration de longue haleine, d’apprivoisement, de confiance sur les jeunes qui peuplent ces immeubles de fortune. Des jeunes en marge de la société, défiants. Il y a beaucoup d’humanité dans le travail d’Andrea Kunkl. Il a réussi à saisir la normalité dans la marginalité.

Publié dans L’Espresso, le travail d’Andrea Kunkl était accompagné du texte suivant :

« Comme une fissure qui s’est ouverte dans le cœur gris de nombreuses villes italiennes et continue de se ramifier. Des immeubles occupés dans le centre et la périphérie pour animer des communautés qui vivent des valeurs différentes et rêvent la révolution.

Les fissures sont des fractures qui naissent de la violence, de la décision de violer le code pénal pour pénétrer dans les immeubles abandonnés, de campagne militantes en affrontements.

Mais ce sont aussi des couloirs où pénètrent une lumière différente : ils font croître la créativité en fournissant art, musique, culture et légumes de jardins biologiques, embryons d’une économie qui ignore les règles du marché. »
Invisibles et stigmatisés

Ce lundi, l’excellente émission de décryptage Coffee Break de la chaîne la 7 était dédiée aux invisibles de la société italienne. Je n’ai pu m’empêcher de rassembler les deux images : celle du centre social et celle de la société invisible.

Car c’est bien là le problème, la société invisible. Celle dont personne ne parle, celle que l’on stigmatise souvent, celle dont les rangs grossissent à chaque scandale, à chaque coup porté par la crise. Celle qui commence à crier famine et que les politiques ignorent en se congratulant de résultats électoraux où l’abstention dépasse désormais le nombre de votants. Un de mes amis italiens disait il y a peu :

« Faire comme si nous n’existions pas, c’est une violence morale. »

C’est une petite frange de cette société invisible qui a pris d’assaut la Scala ce jour-là. Les images ont raconté une histoire. Celle d’un monde qui en ignore un autre, barricadé dans un palais doré. Un monde qui se fissure aussi. Ni Matteo Renzi, ni Giorgio Napolitano n’ont fait le déplacement pour cet événement mondain, alors qu’un nouveau scandale de corruption politique vient de balayer l’administration municipale de Rome. Leur absence a été une grande déception pour l’élite milanaise.

Seul représentant du gouvernement, le ministre de la Culture, Dario Franceschini, a lâché ces quelques mots : « Ces affrontements font désordre. Ils écornent l’image du pays. »


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