Occupons le vote

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24012012

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Occupons le vote







Nous, Vacarme, déclarons que nos amis qui ne votent pas et s’en justifient, tout comme les défenseurs du vote blanc, sans parler des derniers tenants du « vote révolutionnaire », commencent à nous fatiguer sérieusement. Parce qu’ils accordent bien trop d’importance au vote, au fond le sacralisent autant que le principe de représentation, et nous obligent à y penser et à produire des contre-argumentations alors qu’on aimerait bien s’en débarrasser au plus vite et passer à des questions politiques plus sérieuses ou plus drôles. Voter dans nos démocraties malades est un acte politique faible, déritualisé, sans enjeux décisifs vu la proximité des politiques suivies par les deux grands partis susceptibles de gagner. Mais cela reste, malgré l’érosion de la participation, l’acte politique le mieux partagé. Car c’est bien souvent le dernier acte politique commun que l’on peut partager non seulement avec sa famille, ses voisins de palier, sa chef ou son boulanger, mais encore, pour parler comme J. D. Salinger, avec une grosse dame que l’on ne connaît pas et que l’on ne connaîtra jamais, qui habite au loin, qui est vieille et malade, regarde toute la journée les informations dans un fauteuil en osier, mais se lèvera pour aller voter et aux deux tours. Il y a là comme un parfum de fraternité invisible et insue sur laquelle on ne crachera jamais et que les débats trop savants sur la légitimité du vote nous gâchent un peu. Il y a aussi une forme de beauté dans l’idée simplement égalitaire qu’une voix compte autant qu’une autre. S’il est certain, comme le disait autrefois Gilles Deleuze, qu’à chaque élection le niveau de connerie collective monte, et particulièrement pour les élections présidentielles, écrasant toutes les distinctions subtiles sous une lutte des camps bien plus indigeste et mensongère que la lutte des classes et diluant toutes les propositions un peu novatrices sous une langue de bois, on ne peut pas refuser complètement a priori une telle diminution de la vie de l’esprit. Ernesto Laclau a sur ce point des arguments assez costauds : pas de politique démocratique sans simplification et populisme bien compris. Ce qu’on peut entendre très simplement : aimer la politique c’est assumer aussi un certain amour de la connerie, ou une certaine pitié pour les cons (y compris, et avant tout, tous ceux qu’on cache en soi), ou au moins une dialectique un peu plus subtile entre l’esprit de finesse et l’esprit de connerie. A contrario, ceux qui refusent tout le rituel électoral et méprisent la bêtise et l’inculture de notre personnel politique, certes incontestables aujourd’hui, risquent non seulement de finir par nous dépolitiser complètement à force de raisonnements intelligents mais par ne même pas parvenir à cacher leur propre sottise (parce que crier « tous les mêmes », en termes de simplisme et de populisme, ça se pose là aussi). Pour ces deux raisons, et pour tous ceux qui partagent la même fatigue, nous avons décidé d’écrire ce texte. Nous le faisons une fois. Et puis plus jamais.

merde à la morale

On connaît les arguments pour arrêter de voter. Ils sont souvent avancés par ceux qui sont aujourd’hui le plus constamment engagés sur le terrain, et ils ont de quoi ébranler. Le vrai geste libre serait de ne pas donner sa voix, de ne pas mettre son bulletin dans l’urne, et de faire de ce refus la pointe militante d’une critique.

Pourquoi voter quand la vraie démocratie se joue ailleurs, dans les marges du jeu institutionnel ? Quand sur la Puerta del Sol, chez les Indignés, dans les mouvements Occupy, dans les associations, chez certains chercheurs, se sont inventés et se pratiquent des formes de délibération, de prise de décision et de désignation des porte-parole qui apparaissent comme des critiques en acte de la logique aristocratique de l’élection ?

Pourquoi voter pour mettre un chef à la place d’un autre, dans un régime présidentialiste qui préfère l’amour d’un seul à la délibération du Parlement, sans même parler des quartiers et des entreprises, des conseils et des soviets comme on disait autrefois ?

Pourquoi voter quand cela revient à légitimer le grand barnum des campagnes : omniprésence des sondages d’opinion et de leurs commentaires, personnalisation à outrance, imposition des problématiques par les logiques médiatiques, etc. ?

Pourquoi voter quand les programmes, en raison de la logique électorale, ne se permettent plus la moindre ambition ? Il y a quelque chose de désespérant à comparer ce que produisent les laboratoires d’idées des partis de gauche et ce qui s’énonce dans les propositions des candidats.

Pourquoi voter tous les quatre ou cinq ans quand agences de notations et marché votent au jour le jour, imposant des politiques qui ne sont pas soumises à délibération, et, le cas échéant, font et défont les gouvernements ?

Pourquoi continuer d’aller voter au terme d’une décennie traumatique, dont le principal enseignement est que les politiques tiennent si peu compte des raisons qui les ont menés au pouvoir, et parfois même des résultats ? Qu’on se souvienne de Jacques Chirac, majoritairement élu par des voix de gauche le 5 mai 2002, et qui ne tira d’autre leçon du 21 avril que la nécessité d’opérer un franc virage à droite. Qu’on se rappelle la façon dont fut entendue la victoire du « non » au référendum sur le traité constitutionnel européen (TCE) en 2005, avec l’interruption d’un processus de consultation populaire dans les autres pays d’Europe et l’adoption en 2007 d’un traité modificatif de Lisbonne qui institue, sans le moindre contrôle citoyen, ce qui avait motivé le refus du TCE deux ans auparavant. Et qu’on se rappelle plus encore la manière dont ce « non » est entendu aujourd’hui par les candidats à la présidentielle comme un appel à oublier l’Europe. À quoi bon voter quand les interprétations que ceux qui nous gouvernent ou aimeraient nous gouverner sont toujours les plus basses et les plus lâches ?

D’autant que face à de telles questions, il est insupportable de réentendre le vieux discours de la « gauche morale et responsable ». En particulier trois contre-arguments particulièrement culpabilisateurs. Celui qui rappelle que le vote est un droit acquis de haute lutte, « pour lequel beaucoup sont morts dans l’Histoire et continuent de mourir dans le monde ». Cet argument est infantilisant et revient, en gros, à dire à un môme de finir son assiette parce qu’il y a la faim dans le monde. Celui qui énonce doctement que le vote est un devoir. Parce que ce principe de morale républicaine se résume le plus souvent à une tautologie, « il faut voter parce qu’il faut voter », et exempte de s’interroger sur la désaffection du vote. Et le pire de tous, celui qui prétend que ne pas voter ou voter blanc c’est de facto voter Sarkozy, ou Hollande sinon Le Pen, en tout cas pour le vainqueur. Contre-argument d’allure sartrienne — ne pas vouloir choisir, c’est encore choisir, et acquiescer d’avance au choix majoritaire des autres — mais effectivement le plus culpabilisateur et surtout le plus bête : à raisonner comme Sartre on finit par dire que « même un enfant est responsable de la guerre » — et c’est plus que bête, c’est abject.

De surcroît, en raison même de leur moralisme culpabilisateur, ces contre-arguments sont triplement contre-productifs. Ils sont vains contre ceux qui ne votent pas pour des raisons morales : voter, sans pleine adhésion aux idées de celles et ceux pour qui on vote, sera toujours un geste impur, et on ne convainc pas des âmes morales, donc éperdues de pureté, en défendant un geste impur pour des raisons elles-mêmes morales. Ensuite, par définition, on ne convaincra pas, et même au contraire, ceux qui ne votent pas pour des raisons politiques, ne supportant plus depuis des lustres la petite morale des bien-votants comme on dit les bien-pensants. Enfin, on ne convaincra pas ceux qui ne votent pas parce qu’ils se foutent et de la morale et de la politique.

C’est pourquoi il faut en chercher d’autres, non plus moraux mais politiques. Arguments politiques contre les âmes morales qui ne votent pas : la politique n’est pas l’art de délibérer du bien mais de choisir le meilleur ou le moins pire (c’est exactement la même chose), et merde à la morale — on ne se damnera ni ne se sauvera en votant, alors arrêtons sur ce terrain. Arguments politiques contre les âmes politiques : dans quelle stratégie politique s’inscrit notre vote et dans quelle stratégie s’inscrit votre non-vote, comparons et que le meilleur convainque l’autre, c’est le jeu. Et arguments politiques contre les amoraux apolitiques parce que dans la politique, et non dans la morale, il y a toujours autre chose que de la politique et de la morale : du rire, du jeu, de la vie. Faire de la politique, c’est toujours aussi faire autre chose que de la politique. Y compris quand on vote.

C’est tout cela qu’il faut rappeler. Mais alors avec quels autres arguments, plus proprement et improprement politiques ?

communauté du non

Premier argument, le plus faible, mais le premier : votons en 2012 pour barrer la route à Sarkozy. Certes, c’est encore une fois voter contre. Mais ce vote contre aujourd’hui, cette sorte de vote noir, bilieux, atrabilaire, ce vote du pas-content-qui-ne-sourit-pas et qui s’opposerait au vote adulte, mature, engagé, réfléchi, le vote de celui qui a bien lu tous les programmes (et qui n’existe peut-être pas), ce vote dont il est coutume de se plaindre parce qu’il serait devenu le signe mélancolique de nos démocraties de masses occidentales, ce vote-là, en 2012, sera vivant. Ce président a érigé en gouvernement un système dont tout ou presque a déjà été dit. Il est temps néanmoins d’articuler nos griefs en raisons positives. Le racisme d’État qui est devenu la voix commune de tout un gouvernement, avant et après remaniement, construit un front de guerre qui a besoin de toutes les voix pour être vaincu et le vote contre se légitime alors doublement : parce qu’il articule le désir d’en finir avec une politique qui ne cesse de dresser les pauvres contre les pauvres en vertu d’une prétendue défense de la laïcité et en criminalisant sans cesse les populations issues de l’immigration, et parce qu’il veut aussi se faire l’écho de la décision historique du Sénat concernant le droit de vote des étrangers. Le vote du Sénat n’est pas seulement un vote symbolique : il programme à plus ou moins long terme au menu de la délibération parlementaire la discussion de cet enjeu dans l’histoire de la démocratie. Voter contre, c’est se donner la chance qu’une telle délibération advienne pleinement. Une autre raison de voter contre sans s’engager pleinement derrière un représentant plutôt qu’un autre : le démantèlement du service public. Si Sarkozy est réélu, en effet, c’est l’autoroute pour la mise en place durable et définitive d’un modèle néo-libéral, à la façon d’un Reagan ou d’une Thatcher auxquels le temps n’a pas manqué pour imposer un nouveau modèle de société, celui-là même que nous ne voulons pas. Sans parler du désir de se débarrasser de la république des petits chefs qui s’est insidieusement mise en place et qui gouverne les fonctionnaires à coup de mises à pied, de blâmes, de promesses de primes ou d’agitation du devoir de réserve. Enfin, la politique du fait-divers qui envahit l’espace public et qui revient à placer en criterium du politique le crime dégueulasse ou le viol immonde, nous voulons aussi, plus que tout, nous en débarrasser. Parce que nous sommes fatigués d’une clique raciste, xénophobe, autoritariste, nous prendrons donc avec joie le chemin du vote-sanction, comme l’appellent les journalistes. La criminalisation ouverte, affichée, successive de toutes les catégories les plus fragiles de la société, des mineurs transformés en délinquants aux fous transformés en déviants à enfermer, en passant par les Roms à évacuer, nous n’en voulons plus. Et d’abord pour des raisons politiques.

Car la seule question qui vaille n’est pas de savoir jusqu’à quel point le nouvel et innommé avatar de la gauche plurielle qu’on nous propose aujourd’hui contre Sarkozy pourra s’avérer réellement hermétique à la néo-libéralisation, continue depuis trente ans, du capitalisme d’aujourd’hui. La seule question est double. Elle est de savoir d’une part si, quelle que soit la forme que puisse prendre un gouvernement alternatif au sarkozysme, il pourrait s’avérer pire encore que l’actuel, et d’autre part de savoir si une politique du pire est aujourd’hui souhaitable ou non. Or, à la première question, la réponse est clairement non, ça ne peut pas être pire : quels que soient les compromis du PS avec les marchés et ses frilosités en termes de mœurs et de culture, quels que soient les absurdes calculs politiciens d’EELV et ses incompréhensibles querelles de chapelle, quels que soient les relents nationalistes douteux du mélenchonisme, ce ne peut pas être pire. De ce point de vue, peu importe pour qui l’on votera au premier tour, chacun peut faire les calculs qu’il estime justes car bien malin qui dira d’avance lesquels seront les plus justes ou les plus efficaces : l’essentiel est que s’en dégage une alternative crédible, aussi ténue soit-elle. Car à la seconde question il faut répondre non aussi. Les mouvements de contestation extra-gouvernementaux en Grèce, en Espagne, en Angleterre, se trouvent-ils mieux de faire face à des gouvernements explicitement néo-libéraux ? Qui peut le prétendre ? La question du (non)-vote du pire n’est pas une question absurde, c’est la question de l’influence du gouvernement sur les mouvements sociaux avant et après le vote. Après tout, on peut bien penser que les sept ans de giscardisme furent moins terribles que les années Mitterrand. Mais les temps ont changé et cette question nous semble exiger une réponse claire depuis trente ans : le néo-libéralisme est une nouvelle stratégie pour mettre à sac les mouvements sociaux, pour s’appuyer même dessus afin de les briser et d’aller un peu plus loin. Cette stratégie du choc et de la provocation frontale est déjà en soi une politique du pire : croire qu’on peut y résister en lui abandonnant tous les leviers institutionnels est une parfaite illusion. Il faut préférer aujourd’hui l’équipe B du capitalisme, sans aucun doute possible : non parce qu’elle serait meilleure en soi et à tous les niveaux, mais parce qu’on peut espérer davantage lui résister.

du contre au pour : des impôts et des écoles

Si l’on en croit les programmes de tous les candidats à la gauche de Bayrou, il y a au moins un point où le vote contre peut devenir un vote pour : l’impôt. Changer profondément la fiscalité française, c’est-à-dire reprendre la main sur ce qui a été abandonné par la gauche depuis les années 1990 dans tous les pays industrialisés ou presque. Nul doute que l’idée d’une révolution fiscale ne fait rêver personne, et pourtant, elle n’est rien moins que le cœur du problème de nos sociétés.

Au moins trois arguments le prouvent : d’abord, c’est l’abaissement des taux d’imposition des ménages les plus aisés qui a contribué à réduire substantiellement les recettes fiscales et a permis de justifier que la lutte contre les déficits publics rende presque non négociables les baisses des dépenses. Ensuite, c’est l’opacité du système fiscal qui mine le lien social en entretenant, voire en créant, une méfiance généralisée, un soupçon que l’autre est toujours mieux loti que soi, ou que l’autre n’a pas eu à payer ce qui nous coûte si cher. Or, cette méfiance est non seulement le terreau de l’extrême-droite mais apparaît aujourd’hui, même aux économistes (voir l’ouvrage remarqué de Yann Algan et Pierre Cahuc, La Société de défiance, 2006), comme un handicap majeur à l’innovation économique et plus globalement à la croissance. Enfin, ce sont les politiques fiscales qui différencient les gouvernements nationaux et manifestent les choix politiques des citoyens : face à une harmonisation à la baisse des taux d’impôt sur le revenu, face à la concurrence fiscale sur l’impôt sur les sociétés (Irlande en tête), face à la quasi-disparition des droits de succession (notamment dans l’Italie de Silvio Berlusconi) qui sont pourtant le principal moyen de réduire un peu les inégalités à la naissance, ou plutôt d’empêcher la formation d’aristocraties économiques figées, il est plus que temps de hurler.

Hurler que nous ne voulons plus que les plus riches voient leurs contributions diminuer quand la TVA pèse plus lourdement sur les plus pauvres. Hurler que nous savons aujourd’hui que l’impôt sur le revenu en France est régressif surtout pour les 0,1% les plus riches (qui en moyenne ont un taux d’imposition de 35% contre plus de 40% pour les 10% les plus démunis). Hurler que ce système inégalitaire est miné par les niches fiscales, les exemptions de taxation sur les hauts revenus et surtout par la moindre taxation des revenus du capital.

Car, après tout, ce n’est pas comme si nous ne savions pas où tout ceci nous mène : les États-Unis et la Grande-Bretagne nous ont montré la voie, et les résultats parlent d’eux-mêmes. Plus de 46 millions d’Américains vivent désormais sous le seuil de pauvreté (fixé à 22 000 dollars par an pour une famille de quatre personnes), « un record depuis 52 ans que le bureau de recensement comptabilise ces données » (selon Thomas Cantaloube, Mediapart, 15 septembre 2011). « En dollars constants, le revenu moyen d’un foyer a diminué de 7% depuis son apogée en 1999 et se retrouve au même niveau qu’en 1996 » ; et toujours depuis 1999, « les 10% de foyers les plus pauvres ont perdu 12,1% de leurs revenus […] alors que les 10% les plus riches perdaient seulement 1,5%. Quant aux 1% des foyers les plus riches des États-Unis, ils ont vu leurs revenus augmenter, et aujourd’hui, ils gagnent autant que la moitié la plus pauvre du pays ! ».

Quant au Royaume Uni, la dernière enquête de l’OCDE sur les inégalités estime qu’il est le quatrième pays (après le Mexique, les États-Unis et Israël) à avoir connu la plus forte progression des inégalités. Les 10% les plus riches y ont en effet vu leur revenu réel croître en moyenne de 2,5% du milieu des années 1980 à la fin des années 2000 alors que les 10% les plus pauvres n’ont vu le leur augmenter en moyenne que de 0,9% par an. C’est encore pire en Israël où le premier décile a connu une croissance moyenne de son revenu réel de 2,4% tandis que le dernier décile a subi une baisse du sien de 1,1% en moyenne par an. Plus généralement, dans la zone OCDE « le revenu moyen du décile le plus riche de la population est aujourd’hui environ neuf fois celui du décile le plus pauvre, soit un ratio de 9 à 1. Ce ratio est toutefois très variable d’un pays à l’autre. Il est très inférieur à la moyenne de l’OCDE dans les pays nordiques et dans de nombreux pays d’Europe continentale, mais monte à 10 en Corée, en Italie, au Japon et au Royaume Uni ; à 14 aux États-Unis, en Israël et en Turquie : et à 27 au Chili et au Mexique » (p. 3 du résumé du rapport de l’OCDE).

Or l’un des enseignements de ce rapport est le constat que jusqu’au milieu des années 1990 « les dispositifs fiscaux et sociaux de nombreux pays de l’OCDE compensaient plus de la moitié de la hausse des inégalités des revenus marchands. [Mais] alors que ces inégalités ont poursuivi leur progression après le milieu des années 1990, la plus grande part de l’effet de stabilisation des impôts et des prestations sur les inégalités de revenus des ménages a reculé » (p. 17). Ainsi, une refonte de la fiscalité visant à lui redonner, ainsi qu’à la politique sociale, les moyens de corriger beaucoup plus fortement les inégalités de revenus des ménages est bien indispensable, même l’OCDE le suggère ! Évidemment, une telle révolution fiscale ne saurait faire changer à elle seule le monde, mais nous défendons qu’elle en est un moyen incontournable, à mettre en œuvre immédiatement.

Par ailleurs, et parce que nous pensons, avec l’OCDE, que « toute stratégie visant à réduire la fracture croissante entre les riches et les pauvres devrait reposer sur trois grands piliers : un regain d’intensité des investissements dans le capital humain ; une politique solidaire en matière d’emploi ; et l’existence de politiques redistributives fiscales et sociales de qualité », il nous faut ajouter au moins une deuxième raison d’aller voter en avril prochain : l’éducation. En matière d’investissement en capital humain, l’Éducation nationale, ou l’éducation tout court, a été passablement laminée par le gouvernement de droite que nous subissons. Que la gauche fasse vraiment mieux n’est pas sûr. Mais elle pourrait difficilement faire pire. Et qu’elle annonce prendre enfin en compte, à juste titre, la maternelle et l’élémentaire, est un début qui nous intéresse — quand bien même ce ne serait qu’un début, ou un minimum.
avant, pendant, après : puissance de perturbation

Voter contre un pouvoir en place, voter pour une partie de programme, ne fait sauter personne de joie. Mais reste dans l’expression populaire qu’est le vote la possibilité d’une perturbation rappelant à ceux qui l’auraient oubliée que nos gouvernants préféreraient faire sans nous. Quand François Baroin, ministre de l’Économie et des Finances, explique à l’Assemblée Nationale que les socialistes sont arrivés au pouvoir en 1997 « par effraction », il nous donne l’agréable — et inquiétante il faut l’avouer — impression que certaines victoires électorales parfaitement régulières sont ressenties comme des cambriolages. Quand presque partout en Europe s’élèvent les protestations de responsables politiques contre l’idée saugrenue de l’ex-Premier Ministre grec Georges Papandréou de soumettre l’accord passé entre l’Union européenne et son pays à un référendum populaire, les masques tombent : aurait-il été si fou de demander aux Grecs leur avis ? Certes, ces ingrats de Grecs auraient pu refuser. Mais n’est-ce pas ce qu’on appelle la démocratie ? Aussi paradoxal que cela puisse paraître, nos élus craignent le vote. Impossible alors de ne pas profiter de ce rare pouvoir qu’ils nous concèdent.

D’ailleurs, le refus de la droite d’étendre le droit de vote aux étrangers aux élections locales, et le peu d’empressement de la gauche à l’imposer, constituent une autre manifestation de son pouvoir perturbateur. Le vote des résidents extra-communautaires fait peur à la majorité gouvernementale, à l’image de Claude Guéant, le ministre de l’Intérieur, qui brandit la menace communautariste, les étrangers étant voués, selon lui, à choisir des non-Français pour représentants. Ce vote inquiète au-delà tous ceux qui considèrent que cette question n’est pas une priorité ou qui refusent de délier citoyenneté et nationalité aux élections locales, au point d’exclure environ deux millions d’individus de la communauté politique.

Les étrangers ne sont pas les seuls à être mis au ban. Les jeunes, les pauvres, les « nomades » et les détenus sont aussi tenus à l’écart. Nombre d’électeurs en effet ne se déplacent pas lors des élections, non par choix, mais parce qu’ils sont de fait écartés du vote. Aux obstacles dressés sur le chemin des nouveaux inscrits s’ajoutent les difficultés liées à la condition de domiciliation. Depuis la loi d’orientation relative à la lutte contre les exclusions, votée le 29 juillet 1998, les personnes sans domicile fixe peuvent, en principe, s’inscrire sur les listes en demandant le rattachement à un organisme d’accueil, mais faute de réelle campagne d’information, ce texte a peu d’effets. Les gens du voyage bénéficient, eux, d’un dispositif dérogatoire, qui se révèle plus discriminant qu’efficace : ils doivent justifier de trois ans d’installation dans une commune, contre six mois selon la règle générale. Parmi les détenus qui ne sont pas déchus de leurs droits civiques, rares sont ceux qui exercent leurs droits car ceux-ci sont largement subordonnés à la volonté défaillante de l’administration pénitentiaire. Le peu d’efforts consacrés par les responsables politiques à intégrer ces ignorés du vote devrait être considéré comme un autre signe de la capacité perturbatrice du vote.

Cette puissance du vote se lit aussi, en creux, dans les moments où les personnes au pouvoir ne l’ont pas pris en compte. Or ne pas vouloir prendre en compte l’expression de la volonté populaire exprimée dans les urnes est un très mauvais calcul. Ni les institutions européennes, ni les gouvernements nationaux ne se sont saisis des référendum français et hollandais sur la Constitution européenne, en 2005, pour mettre en œuvre une Europe plus démocratique. Et c’est aussi ce qui fragilise le projet européen aujourd’hui. La puissance du vote, c’est que son résultat, s’il peut être ignoré, n’est jamais sans conséquence.

De ce dernier point de vue, aussi important que le moment d’avant le vote, importe le moment d’après le vote. Or comment penser les stratégies sociales d’après vote sans penser au vote lui-même ? On ne peut que soutenir une conception pleinement pragmatique du vote parce qu’elle est paradoxalement un bon gage pour l’avenir : savoir que l’on vote pour se donner de meilleures conditions pour les luttes et résistances qui suivront, c’est se préserver d’avance de la déception et de la désillusion. Il faut se souvenir ici que les fers de lance des déçus du socialisme, du blairisme et de l’obamisme sont constitués très majoritairement à la fois par ceux qui n’avaient pas voté pour eux et par ceux qui n’avaient fait que voter pour eux.
merde aux croyants

Considérer que le vote est question moins d’espérance et de crainte que de calcul stratégique, c’est se prémunir d’avance contre ces postures boudeuses et infantiles. « Ah, Mitterrand, tu m’as bien déçu », c’est la rengaine chantée par ceux qui refusent de penser sincèrement le vote pour ce qu’il est : un simple moment dans un faisceau de stratégies politiques plus larges.

Défendre une conception pragmatique, non simplement de son vote, mais surtout du moment politique du vote, c’est renoncer d’avance à l’illusion qu’il puisse « changer la vie » et le détacher de ce qu’il trimbale encore de sacralité, de fétichisme et de croyance. Le vote que nous défendons n’est pas un vote de croyance : ce n’est pas le vote de ceux qui ne croient plus, ni le vote de ceux qui espèrent croire, c’est celui qui refuse la téléologie du vote, pour privilégier les pensées du possible.

Ce qui suppose de découpler le vote de l’idée de la représentation : si l’on observe l’offre politique actuelle, il faut beaucoup d’abnégation en effet pour espérer être représenté par les technocrates du PS, et beaucoup d’illusion pour envisager que sa voix puisse être seulement portée par eux. Il faut rien moins qu’une fiction, mais une fiction de celles qui ouvrent la porte à toutes les désillusions, et conduisent à dire que la gauche est, somme toute, pire que la droite, parce qu’elle déçoit toutes les espérances. Sauf que si c’était le cas, et suivant le principe rationnel, éminemment défendu par Spinoza, qu’entre deux maux il faut toujours choisir le moindre — y compris quand il s’agit d’une tristesse — il faudrait voter à droite.

Mais cela revient aussi à renoncer gaiement à l’idée d’un vote de confiance, fut-il conditionnel. Car il n’y a aucune raison de faire confiance à des gouvernants : les logiques de carrière politique, comme les jeux d’appareils, et sans parler même de ce qui est si souvent advenu des promesses électorales, n’inspirent ni ne justifient la moindre confiance. Mais il n’y a pas là de quoi renoncer au vote, et pas davantage de raisons de s’y rendre comme on va se pendre. Bien au contraire : car un vote allégé de sa confiance se voit affecté, en retour, d’une positivité stratégique. Il assume pleinement de n’être qu’un moment, parmi d’autres, de l’expression et du combat politique.

Vacarme a suffisamment soutenu que les mobilisations des gouvernés, loin de se limiter à l’expression d’une indignation, constituent pleinement une politique, pour savoir aussi que cette politique-là ne peut être indifférente à la sphère gouvernementale. Car la défiance dont elle procède à l’égard des gouvernements, et qui n’a nullement vocation à être résorbée, va de pair avec un travail constant pour leur imposer des formes de problématisation différentes et pour leur arracher de nouveaux droits, de nouvelles libertés, de nouvelles extensions du domaine de l’égalité. Or dans une telle perspective, la question de savoir qui occupe le pouvoir est cruciale. Ce n’est pas seulement une question de programme. C’est avant tout une question de marge de manœuvre. Voter, c’est choisir, parmi les candidats, ceux sur qui la critique des manières de gouverner, la mise en lumière du grand écart entre les pratiques et les principes dont elles s’autorisent, a le plus de chance de peser. C’est opter pour ceux que les mouvements de gouvernés sauront le mieux embarrasser. Et c’est aussi, par voie de conséquence, désigner des gouvernants sous le régime desquels de tels mouvements ont le plus de chances et de raisons d’advenir.

Dès lors, renoncer à participer aux échéances électorales au motif qu’elles seraient sans commune mesure avec des modes d’expérimentation politique plus démocratiques, est aussi stérile que souscrire à l’idée, fondamentalement rousseauiste, que le tout de la démocratie se joue dans les urnes une fois tous les quatre ou cinq ans, comme voudraient le faire croire tant de politiques et de commentateurs professionnels. Le peuple a voté ! et il n’a plus qu’à se taire. Qu’on se souvienne des argumentaires sarkozystes au moment de la réforme de la retraite : « Dans le fond, vous avez voté pour ce président, aussi votre contestation n’est pas légitime ». C’est le propre des régimes démocratiques autoritaires que de centrer toute la liberté politique sur le vote à l’exclusion de toutes les autres pratiques, en tentant même de les opposer les unes aux autres : la manifestation, légitime certes, mais moins légitime que le vote présidentiel, la grève, légitime certes, etc.… Mais l’abandon du vote n’est que l’envers de sa sacralité piégeante. Il faut décidément cesser d’accorder trop d’importance à ce petit geste pragmatique : parions que ce ne sont pas les élections, mêmes présidentielles et avec des candidats guère florissants, qui empêchent le plus grand nombre de se révolter (hypothèse haute) ou de lire des revues et des livres (hypothèse basse). Bien au contraire. Car si l’on admet qu’une large partie des avancées sociales et politiques est le fruit d’une « bataille perpétuelle » (pour emprunter une formule de Michel Foucault) entre gouvernants et gouvernés, choisir ses gouvernants est bien un moment incontournable de cette bataille.

Mais, objectera-t-on, ne faudrait-il pas, selon cette logique, désigner le pire des gouvernements, c’est-à-dire aussi le plus susceptible de susciter contre lui des mobilisations ? On répondra que l’expérience des dernières années devrait avoir, pour l’heure, disqualifié le scénario, cent fois annoncé et toujours démenti, des troisièmes tours sociaux. Loin de favoriser les investissements militants et syndicaux, le durcissement continu de la droite a eu pour effet, au mieux, de les acculer dans des combats pour la conservation de ce qui pouvait encore être sauvé face à une entreprise systématique de restriction des libertés publiques et d’accroissement des inégalités, au pire de les décourager. On ne s’est plus battu, ces dernières années, pour arracher des droits, mais pour empêcher qu’ils soient restreints. On n’a plus lutté pour le droit de vote des étrangers, pour la liberté de circulation, pour repenser l’enseignement secondaire et supérieur, on s’est mobilisé au cas par cas pour empêcher telle ou telle expulsion, on a tenté de faire front contre la mise à bas des protections dont bénéficiaient les étrangers malades, pourtant gagnées de haute lutte à la fin des années 1990, on a résisté contre la loi Libertés et responsabilités des universités adoptée contre la presque totalité des communautés universitaires. Ces combats ont tous été perdus, épuisant souvent les forces de ceux qui s’y étaient engagés. Et la tendance, amorcée depuis 2002, à la criminalisation du militantisme s’est encore aggravée.

Faut-il rappeler que la France est l’un des pays démocratiques où le droit de manifester sur la place publique est le plus sévèrement contrôlé ? Les Indignés de la Défense le savent, qui se sont efforcés pendant quelques semaines de préserver leurs maigres campements contre des assauts musclés de la Police sous les yeux ahuris des compagnons de route espagnols ou américains de passage. Quant aux autres formes d’occupations de l’espace public, occupations des locaux, manifestations de sans-papiers, occupations des logements vides, distributions de tentes, elles sont presque toujours menacées du spectre de l’illégal !

Voter à gauche, fût-ce pour des candidats un peu désolants, c’est donc choisir de restaurer un climat propice à la conflictualité sociale et aux engagements citoyens. Historiquement, l’extension du suffrage s’est accompagnée d’autres modes d’expres​sion(développement des libertés publiques, rassemblements dans les rues, associations, théâtre militant critique). Jamais le suffrage — quand il a été pensé universel pour la seconde République — n’a été conçu seul, isolé des autres libertés. Par la suite, s’il demeure mais seulement détaché, coupé des autres libertés, alors la république ne se maintient plus que comme un spectre dont le coup de grâce est très vite donné par le coup d’État du 2 décembre puis par le plébiscite. On peut, par ailleurs, trouver parfois fatigante l’invocation incantatoire de 1936, comme si ce moment constituait le seul horizon de la gauche française, mais l’ampleur du mouvement de grèves qui suit immédiatement l’élection du Front populaire et prélude aux accords de Matignon, ainsi que l’augmentation considérable des adhésions syndicales qui s’ensuit, restent une référence. L’histoire, bien sûr, ne se répétera pas — impossible de croire aujourd’hui dans la conjonction de l’état de grâce et de l’ardeur militante qui caractérisa autrefois les débuts du Front populaire ; passée la joie d’en finir avec Sarkozy, il n’y aura pas d’état de grâce et ce sera très bien ainsi. Mais il faut travailler dès maintenant, dès avant le vote, pour qu’après le vote tous les mouvements sociaux encore vivants se saisissent de l’occasion pour empêcher que la brèche ouverte par la victoire électorale se referme trop vite : il y a aussi des Puerta del Sol et des Wall Street à occuper en France.

On aimerait croire, du reste, que les candidats actuels de la gauche comptent aussi sur ce scénario, qu’ils n’ont pas oublié le désastre de la gauche plurielle conduite par Lionel Jospin, dont l’accession au pouvoir doit beaucoup à l’énergie sociale et populaire de décembre 1995 ainsi qu’à celle des mobilisations des sans-papiers, des précaires, etc. qui animèrent les mois précédant l’élection : on sait comme elle s’appliqua aussitôt à éteindre cette énergie, réaffirmant la distinction entre gauche « politique » et gauche « sociale » et concédant hautainement à cette dernière quelques « guichets » où déposer des doléances renvoyées à leur « irréalisme ». Nous le payons encore aujourd’hui. Une fois au gouvernement, la gauche devra désormais savoir qu’elle a tout intérêt à trouver dans la rue, dans les syndicats, dans les mobilisations associatives, des contre-pouvoirs dont elle pourra s’autoriser pour secouer, notamment, le joug des marchés financiers, ou pour adopter des lois que la pusillanimité des candidats les font, au mieux, soutenir du bout des lèvres.

Si nous pensons en somme qu’il faut aller voter, c’est aussi pour obtenir que le moment du vote soit configuré autrement, en amont comme en aval. Car un peuple qui fait suffisamment peur pour qu’on ne se moque pas de lui, ce n’est pas un peuple qui dispose seulement du droit de vote mais un peuple « constamment délibérant ». C’est ainsi que les Thermidoriens avaient stigmatisé la période de l’an II, effrayante à leurs yeux car le peuple y était en effet sur le qui-vive, surveillant la qualité des lois qui se faisaient en son nom, surveillant la qualité des hommes qui agissaient en son nom, se réunissant très régulièrement pour ce faire dans des sections de quartier. C’est cette délibération qu’il s’agit de reconquérir et pour pouvoir lui donner forme, reconquérir des lieux. Nous sommes nombreux à avoir fait l’amère expérience de nous voir refuser une salle municipale pour avoir annoncé que l’enjeu de la réunion projetée n’était pas de faire du macramé mais bien de réfléchir collectivement et politiquement sans pour autant appartenir à un parti. La vie culturelle a été une manière de chasser la vie politique de proximité, celle où l’on noue les émotions et la raison dans la co-présence des corps. Et ce ne sont pas les conseils de quartier qui ne s’occupent que du quartier qui peuvent venir combler le manque, car la politique qui intéresse tout le monde dépasse bien sûr les bornes du quartier. Il faut voter pour réclamer que le vote ne soit plus tributaire d’un espace public confisqué aux simples quidams par les seuls partis et leur financement. Il faut voter pour arracher des lieux du politique. Pour pouvoir construire les rapports de force, les argumentaires, les outils, faire du vote un moment procédural et non l’alpha et l’oméga de la vie politique française, européenne, mondiale. Il faut entendre que si le vote n’est pas l’assurance d’une maturité démocratique, la capacité de tous à devenir des citoyens délibérant sur les affaires publiques passe par lui, a besoin de passer par lui.

« Il faut, disait Nicolas de Bonneville en 1791, que le peuple dont la liberté n’est pas imperturbablement affermie soit toujours sur le qui vive, il doit craindre le repos comme l’avant coureur de son indifférence pour le bien public et se faire une habitude de contredire et de disputer pour n’être pas la dupe de tant de vertus vraies ou affectées par lesquelles on pourrait le tromper. » Une telle vigilance ne sera possible en aval que parce qu’elle aura été réfléchie en amont. On ne construit pas des rapports de force seul devant son téléviseur le soir des élections, mais en affirmant qu’occuper le vote est déjà un bon prélude pour occuper le terrain. Car si l’espace public nous a été volé comme on nous vole notre temps, il nous appartient.

conclusion en forme de post-scriptum

Dans un esprit d’impartialité on voudrait rappeler pour finir que, s’il y a de mauvais arguments pour ne pas aller voter les 22 avril, 6 mai, 10 et 17 juin prochains, il y a pléthore de bons : être étranger et se voir refuser ses demandes de naturalisation depuis 15 ans ; avoir moins de 18 ans ; être déchu de ses droits civiques ; avoir perdu son emploi sous Mitterrand et sa maison sous Jospin ; se faire voler tous ses papiers le matin du vote ; partir le matin des élections vers son bureau de vote et se faire renverser par une voiture ; se faire renverser par une voiture la veille des élections, même l’avant-veille, même par une moto, même une semaine avant si le choc fut mortel ; plus généralement mourir avant le vote d’un accident quelconque, ou d’un cancer, d’une leucémie, d’une attaque cardio-vasculaire, de la grippe espagnole, du rhume (dans tous ces cas, vraiment, soyons justes, rien à redire) ; être dans le coma ; apprendre au moment de rentrer dans l’isoloir que son mari et ses sept enfants viennent de périr dans un incendie ; être interné pour crise mélancolique grave le matin du premier tour, même le matin du second tour ; oublier jusqu’à son propre nom le jour J et errer toute la journée dans les rues en se demandant tout du long pourquoi cette hâte et ce sentiment d’urgence inquiet ; souffrir d’un raptus amnésique et ne plus se souvenir que Nicolas Sarkozy est notre président depuis cinq ans et risque de le demeurer. Tout de même, il y aurait là l’embarras du choix.

http://www.vacarme.org/article2110.html
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Occupons le vote :: Commentaires

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Message le Ven 11 Mai 2012 - 21:12 par Mister Cyril

"D'où tu le sors ton article mister ? de Reynier, ou Buisson ou Giacometti ?"

ouah l'autre hé, tout de suite les insultes...bon je concède un défaut commun avec Giacometti, j'adore les stats en tout genre, ça s'explique pas, ça m'a toujours attiré (d'où cet article que j'ai pêché je ne sais plus où mais pas dans les échos non plus)...mais Reynier ou Buisson c'est un peu fort. Et pis la campagne est terminée alors c'est peut-être plus la peine d'argumenter sur les lois de l'affreux nabot hein??? (quoi que hier j'ai lu sur le blog de Mélenchon qui'il y en a qui préparaient déjà 2017...au secours...sont pas bien les gars...).

Bizz la passionaria!

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Message le Jeu 10 Mai 2012 - 22:02 par brusyl

«C’est l’échec de la tentative de Nicolas Sarkozy de fédérer les Français les plus modestes contre les élites»

Hé ?? où est-ce qu'il va pêcher cela l'analyste ?
Je ne vois en cinq année à la rigueur une seule loi qui puisse avoir été accueillie favorablement par les actifs : la défiscalisation des heures supplémentaires.. et encore en tirant beaucoup car accepter de faire des heures supplémentaires, c'est accepter de travailler le dimanche sinon pan-pan cul-cul et mesures de rétorsion à prévoir...
Par contre des lois privilégiant les "élites", il y en a à la pelle : le bouclier fiscal, la multiplication des niches fiscales, la suppression de l'ISF etc...

D'où tu le sors ton article mister ? de Reynier, ou Buisson ou Giacometti ?

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Message le Mer 9 Mai 2012 - 15:19 par Mister Cyril

Un parfum de vote de classe

Trente ans : c’est le temps qu’il aura fallu à la gauche pour renouer avec ses fondamentaux. En 1981, François Mitterrand avait été élu comme candidat de la classe ouvrière et des jeunes, face à un Valéry Giscard d’Estaing associé aux diamants de Bokassa, qui tentait de faire peuple en jouant de l’accordéon dans les bals du troisième âge. Puis l’image de la gauche s’est brouillée.

D’abord à cause de Jacques Chirac et de sa «fracture sociale» en 1995. Puis à cause de Nicolas Sarkozy qui se posait en 2007 en champion du «travailler plus pour gagner plus» face à une gauche «boboïsée» alliée à des bataillons de fonctionnaires soi-disant arc-boutés sur leurs privilèges. Jusqu’au 1er mai dernier, où Nicolas Sarkozy prétendait incarner une droite populaire défendant le «vrai travail» contre une gauche des élites et des assistés.

Notre sondage postélectoral réalisé par Viavoice pour Libération (1) remet les pendules à l’heure. «C’est l’échec de la tentative de Nicolas Sarkozy de fédérer les Français les plus modestes contre les élites», souligne François Miquet-Marty, directeur associé de Viavoice. Révélateur : quand on interroge les Français sur les raisons du vote sanction contre Sarkozy, la première réponse est : «Il est le président des riches.» Et, s’il a été battu, la crise n’y est pour rien : «Il ne peut s’en prendre qu’à lui-même», répond une majorité de personnes interrogées.

Alliance. Ce sont les jeunes, les ouvriers et les employés, tous ceux qui trouvent que «la vie est dure» pour eux et qui ne se sentent pas «pris en compte dans la société actuelle», qui ont très majoritairement voté pour François Hollande. Les «cadres et professions intellectuelles» aussi, objectera-t-on, et c’est cette alliance qui peut expliquer la victoire du candidat socialiste. Mais, pour la première fois depuis longtemps, la gauche redevient majoritaire dans les couches populaires : 58% des employés et 68% des ouvriers ont voté Hollande.

Les 52% de Sarkozy chez les retraités ne suffisent pas à inverser le résultat. De même que le vote à 60% des 65 ans et plus pour le candidat sortant ne parvient pas à compenser les 60% de moins de 25 ans qui ont voté pour Hollande, lequel fait aussi le plein (56%) dans le cœur de cible de la population active que sont les 35-49 ans.

On avait noté au premier tour que Marine Le Pen avait su capter une part non négligeable (28%) de l’électorat ouvrier et obtenait son meilleur score chez les 25-34 ans. Au second tour, ces deux catégories ont soit rejoint Hollande, soit gonflé le chiffre des abstentionnistes (32% chez les ouvriers contre 19,7% dans l’ensemble).

Si Nicolas Sarkozy a vu se reporter sur lui les voix de 54% des électeurs de Marine Le Pen, cela n’a pas modifié la structure de son électorat, plus âgé que celui de François Hollande et centré sur la classe moyenne et les retraités. Et le fait que les électeurs de François Bayrou se soient finalement, malgré le choix personnel de leur candidat, reportés davantage sur Sarkozy (44%) que sur Hollande (38%) n’a fait que conforter le profil «droite traditionnelle» de l’électorat sarkozyste.

«Le problème de Nicolas Sarkozy, ce que les Français lui reprochent, c’est sa façon d’être et de faire. Il n’a pas su porter sa fonction au-dessus de sa personne, souligne le politologue Stéphane Rozès, président de CAP (Conseil, Analyses, Perspectives), et du coup il n’a pas réussi à rendre crédible la posture de défenseur du peuple contre les élites qu’il avait adoptée depuis 2007.»

«A rebours». Peut-on pour autant parler d’un «vote de classe» pour Hollande contre Sarkozy ? Plus simplement que «le chef de l’Etat sortant a été délégitimé sur le terrain social au moment où la question sociale se faisait plus pressante dans la société française», note François Miquet-Marty : «C’est ce qui s’appelle être à rebours de l’histoire.»

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Message le Lun 7 Mai 2012 - 21:25 par Mister Cyril

Bein t'as 3 trains de retard ma biche, je l'ai déjà lu ce texte (mais pas sûr que le lien venait d'ici???)...mais ne te vexe pas, garde ton cabas et ton châle et surtout reviens j'ai les mêmes à la maison (sinon je te lis parfois sur Marianne mais ça tourne vraiment en rond -pas plus qu'ici je te l'accorde- et j'arrive pas à intrevenir au sein de tous ces monologueurs professonnels)...bizz ma Bru une fois les législatives passées et vu le contexte général, on pourra remettre des discussions fondamentales au sein de la vie de la cité!!!

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Message le Lun 7 Mai 2012 - 13:12 par brusyl

Avec un train de retard sur le débat sur le FN que je viens de découvrir ici, je vous recommande l'excellent article de F. Lordon. Il est long, je ne le copie pas, mais à lire, vraiment, car il est intéressant.
Bise à toutes et tous !

http://blog.mondediplo.net/2012-05-02-Front-national-memes-causes-memes-effets

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Message le Lun 7 Mai 2012 - 10:27 par Donald11

Et maintenant, sus aux législatives !

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Message le Dim 6 Mai 2012 - 23:44 par Mister Cyril

Séisme politique en Grèce, l'austérité rejetée, les néonazis au parlement
La politique d'austérité menée en Grèce depuis deux ans sous la pression des bailleurs de fonds internationaux du pays a été massivement censurée dimanche aux législatives par les électeurs qui ont pulvérisé les positions des deux partis tenants de la rigueur et envoyé des néonazis au parlement.
La Nouvelle Démocratie (droite), l'un des deux partis avec le Pasok socialiste ayant signé avec l'Union européenne un engagement à poursuivre la politique de rigueur et de réformes, est devenue, comme prévu, premier parti de Grèce.

Mais son score historiquement bas, compris entre 17 et 20% des voix, devrait rendre la constitution d'un gouvernement stable presque impossible, selon les premiers commentaires.

Le Pasok (socialiste), dont l'ancien patron Georges Papandréou avait sollicité un prêt de l'Union européenne et du Fonds Monétaire International en mai 2010, sort du scrutin laminé, avec un score compris entre 14 et 17% contre 43,9% en 2009, puni pour avoir accepté les conditions d'austérité drastique attachées à l'aide.


Au total, les deux partis qui constituaient les piliers du bipartisme grec depuis la chute de la dictature des colonels en 1974, ne parviennent même pas aux 37% nécessaires pour obtenir une majorité de sièges au parlement (151), ce qui augure mal de la possibilité de poursuivre la politique actuelle.

"C'est un séisme politique qui frappe les partis gouvernementaux", a estimé sur la chaîne Mega, Panos Panagiotopoulos, un ténor de la Nouvelle Démocratie, le parti conservateur qui revendique la première place.

Le leader du Pasok, Evangélos Vénizélos, qui a négocié au cours des mois passés l'accord d'effacement de dette et le deuxième plan d'aide internationale au pays, a reconnu dimanche soir que la formation d'un gouvernement d'union nationale pro-européen, qu'il a appelé de ses voeux pour sortir le pays de l'impasse, serait "difficile".

Grand gagnant du scrutin, le petit parti d'extrême gauche radicale, Syriza, dirigé par Alexis Tspiras, devient le deuxième parti de Grèce, avec un score compris entre 15,5% et 17,5, au lieu de 4,6% en 2009.

Premiers surpris par ce ras-de marée, les militants réunis au siège du parti n'ont pas affiché une joie trop bruyante, la perplexité et les interrogations sur l'avenir du pays semblant passer au premier plan des préoccupations des militants, selon un photographe présent sur les lieux.

Ce parti demande la suspension du service de la dette, l'effacement d'une partie de la dette publique, l'ajout d'une clause pro-croissance dans le memorandum. Officiellement il ne demande pas la sortie de la Grèce de l'euro, mais le Pasok durant la campagne l'a souvent accusé d'être le parti de la sortie de l'euro.

En terme de sièges, la Nouvelle-démocratie conservatrice remporterait 108 sièges, et le Pasok 38, face à deux blocs hétéroclites de gauche et de droite rejetant l'austérité. Le parti de la gauche radicale Syriza obtiendrait 47 sièges.

La campagne a été dominée par la contestation de la politique d'austérité menée sous l'impulsion des bailleurs de fonds du pays.

Environ 9,8 millions d'électeurs grecs ont voté dimanche pour renouveler le Parlement dans un scrutin dominé par l'implosion du vieux système politique et du bipartisme, au risque de remettre en cause les efforts de redressement du pays au sein de la zone euro.

Aux termes de la Constitution, le mandat pour trouver un gouvernement d'alliance est d'abord confié au parti arrivé en tête, avant de passer en cas d'échec aux deux suivants, dans un délai d'une dizaine de jours.

Illustrant le climat d'exception qui a régné pendant toute la campagne, une trentaine de néonazis ont fait irruption dans six bureaux de vote athéniens durant la journée, où ils se sont livrés à des intimidations contre des militants de gauche, selon le petit parti d'extrême gauche Antarsya.

La police a confirmé deux incidents, attribués au groupuscule Chryssi Avghi (Aube dorée) qui fait son entrée au Parlement pour la première fois de l'histoire moderne du pays, après avoir obtenu entre 6 et 8% des voix selon le sondage sortie des urnes.

Ce parti néonazi, longtemps semi-clandestin et réputé pour ses agressions contre les migrants, dénonce le mémorandum d'accord signé par la Grèce avec ses créanciers, et refuse le remboursement de la dette publique. Son entrée au parlement constitue un choc dans un pays qui a subi durement le joug de l'occupation nazie et une dictature militaire de 1967 à 1974.

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Message le Dim 6 Mai 2012 - 22:57 par Donald11

Tu peux réclamer autant que tu veux ... Tu dois encore être à l'heure d'hiver, escroc !

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Message le Dim 6 Mai 2012 - 21:56 par Mister Cyril

Euh je réclame la paternité de l'édition de cette dépêche puisque à part preuve du contraire tu aurais posté la tienne à 19h23 et moi à 19h12...donc pan sur le bec...et confirmation d'une grande déflagration à venir (euh je ne parle pas du discours insipide de Flamby premier euh euuuuuh)

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Message le Dim 6 Mai 2012 - 21:19 par Donald11

Poussinet, j'ai déjà posté cet article ici ...

Pour reprendre mes chiffres à la con, entre le premier et le deuxième tour, Hollande fait +18 % et l'autre -4 % (par rapport à Marine+l'autre du 1er tour) pour arriver à 66 % - 34 % ...
Etonnant, non ?

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Message le Dim 6 Mai 2012 - 19:12 par Mister Cyril

Grèce: effondrement des deux partis pro-rigueur, poussée de la gauche radicale

Les deux partis pro-rigueur grecs Pasok (socialiste) et Nouvelle Démocratie (droite) qui gouvernaient ensemble au sein d'une coalition depuis novembre 2011 se sont effondrés lors des législatives dimanche, rassemblant entre 31 et 37% des voix contre 77,4% en 2009.
S'il se confirmait, cet effondrement rendrait quasi impossible la formation d'un gouvernement de coalition par ces deux partis pour poursuivre la politique de rigueur dictée par l'UE et le FMI.

Le scrutin a été dominé par la contestation de la politique d'austérité, donnant au petit parti de gauche radicale Syriza entre 15,5 et 18,5% des voix, selon les mêmes sondages.

Le Syriza, actuellement quatrième force parlementaire derrière les communistes, est au coude à coude avec les socialistes du Pasok crédité d'un score entre 14 et 17% contre 44% aux dernières législatives de 2009.

Le parti conservateur de la Nouvelle Démocratie, favori des élections, décroche la première place avec un score plus que modeste de 17 à 20%, contre 33,4% en 2009.

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Message le Dim 6 Mai 2012 - 18:57 par Donald11

melody vers a écrit:Pour la frontière suisse c'est ici
Le mec en blue-jean au milieu de la photo, c'est moi. Tous les autres sont mes chauffeurs ....

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Message le Dim 6 Mai 2012 - 18:55 par Donald11

Dans mon patelin du sud-ouest qu'on n'est pas nombreux mais qu'on a peur de rien :
Hollande : 173
L'autre : 90
Si le reste de la France (sauf Neuilly-Auteuil-Passy) en a fait autant, ce sera comme un gros coup de pied au cul à l'autre ... Reste plus qu'à le renvoyer en Hongrie !

Et maintenant, Flamby le capitaine de pédalo, au boulot !

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Message le Dim 6 Mai 2012 - 18:28 par Mister Cyril

Donald11 a écrit:Une autre idée, tu entres dans le bureau de vote, tu fais semblant de te prendre les pieds dans un tapis imaginaire, et tu traverses la table où sont posés bulletin, enveloppes et urnes à la manière de la pub Plizzz dans le temps. Le temps de tout ramasser, un deuxième compère se prépare pour recommencer !!!
Le titre, c'est bien "occupons le vote", non ?

A mon avis, on n'a pas le droit de faire ces choses là. C'est que le vote, c'est du sérieux ...

Excellente idée, j'y avais pas pensé...mais je pense que c'est très risqué, le sacrilège doit être gravement puni!!! Bizz j'attends les résultats des législatives grecques puis je vais me faire une bonne bouffe devant un match de rugby...A+ (radio londres donne Hollande à 52,6%) Au revoir, au revoir président...vivement 2017!

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Message le Dim 6 Mai 2012 - 17:02 par Invité

Pour la frontière suisse c'est ici :

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Message le Dim 6 Mai 2012 - 16:59 par Invité

L'analyse la plus intelligente du vote du 1er tour que j'ai lue est ici :
http://blogdenico.fr/?p=1168
avec nombreux graphiques analytiques du vote par âge, csp, revenu, éloignement de la grande ville etc. Avec commentaires de Lordon en prime !
Un vrai blog de gauche de la (vraie) gauche : à explorer sans hésitation !
Sinon bon dimanche à tous, chez moi le soleil brille
on vient d'apercevoir ceci sur la frontière suisse :

RadioLondres vient d'apercevoir un vol de soucoupes flamby au-dessus de l'Elysée :

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Message le Dim 6 Mai 2012 - 11:15 par Donald11

Heu, occuper le vote, ça veut pas dire faire un siting prolongé dans l'isoloir quand même ?
Tiens, ça, ce serait une vraie révolution ! Et ça ne demanderait pas un nombre de militants très important, une journée électorale enfermé dans l'isoloir. Moi je prends celui de gauche, portez moi des sandwiches et des canettes de bière !!!
Une autre idée, tu entres dans le bureau de vote, tu fais semblant de te prendre les pieds dans un tapis imaginaire, et tu traverses la table où sont posés bulletin, enveloppes et urnes à la manière de la pub Plizzz dans le temps. Le temps de tout ramasser, un deuxième compère se prépare pour recommencer !!!
Le titre, c'est bien "occupons le vote", non ?

A mon avis, on n'a pas le droit de faire ces choses là. C'est que le vote, c'est du sérieux ...

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Message le Dim 29 Avr 2012 - 15:53 par Mister Cyril

Je pense qu'on parle de la même chose mais pas sous le même angle; je ne nie pas la présence d'immigrés dans les campagnes ou l'explosion du sentiment d'insécurité mais la corrélation mathématique qu'en font les électoralistes (pas Donald) pour expliquer et donc repousser trop facilement le vote rural; d'ailleurs tu développes très bien ton vécu dans le Limousin mais je voulais juste pointer un vote, disons, de deuxième génération pour le FN qui va bien au-delà du vote raciste ou peurreux...d'ailleus tu finis ton premier post par une phrase qui serait à développer à mon avis "Du coup, c'est aussi le rejet de l'Europe qui s'amplifie et c'est la cohésion sociale qui explose. "...voilà à mon goût le nerf idéologique des luttes à venir et un terrain que la Gauche doit absolument réinvestir, non pas pour syphonner les voix du FN, mais parce que c'est "son axiome vital"!!!

Bizz au plaisir de te relire bientôt!

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Message le Dim 29 Avr 2012 - 12:53 par Invité

post scriptum : J'ajouterai, que le nord du département a toujours été plus à droite que le reste. Bellac est une petite ville bourgeoise, et les agriculteurs du nord, ne sont pas les petits exploitants que nous pouvons avoir dans le centre, le sud et l'est, mais de grosses exploitations d'élevage. Bellac n'a jamais été une ville ouvrière, et là encore la malhonnêteté de Libération est évidente.

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Message le Dim 29 Avr 2012 - 12:46 par Invité

@Cyril

J'étais en train d'écrire quand tu postais. Je m'oppose fermement au propos tenu par Libération. L'immigration A EXPLOSE a Limoges. Je peux en parler d'autant plus que j'ai quand même été personnellement en liaison avec l'OFII et que je l'ai vécu au quotidien. Je défie quiconque de dire que ce n'est pas vrai. Quant à parler d'absence d'insécurité alors là c'est juste un déni d'une violence incroyable.

Mais comme toujours, il est aisé de manipuler les chiffres et de faire des amalgames ou une présentation approximative permettant de dire tout et n'importe quoi. Qu'à Bellac, qui doit étre la 3ème ville du département et située au nord, il n'y ait pas d'augmentation de la délinquance, je peux le croire, sans problème. Qu'il n'y ait pas là bas d'augmentation de l'immigration, c'est possible je n'en sais rien. Que dans les petits villages environnant il n'y ait ni augmentation de l'immigration ni augmentation de la délinquance je n'en doute pas. Mais à Limoges, entre, les policiers que je peux connaitre, les personnes travaillant en centre d'aide et de soutien aux victimes, les enseignants que je connais également dans différents établissements, les personnes que je cotoie qui s'occupent d'accueil d'urgence et qui elles aussi travaillent en partenariat avec l'OFII, je n'ai aucun doute sur mes affirmations.

C'est d'une malhonnêteté incroyable que de choisir de parler des villages sans aborder la question de la préfecture. Nombreux sont les bellachons travaillant à Limoges et nombreux sont ceux venant de tout le département pour travailler dans le bassin d'emploi limougeaud et cela rejoint ce que j'évoquais au travers de "la migration" des limougeauds dans le département et de la propagation et de l'amplification des "rumeurs". Mais comme je l'ai dit précédemment, ces rumeurs ont un fond de vérité indéniable. Refuser de le voir, refuser de l'aborder d'en discuter et d'essayer d'apporter des réponses pour reconstruire la cohésion sociale, ne peut qu'être le terreau on ne peut plus fertile, pour le front national.


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Message le Dim 29 Avr 2012 - 12:21 par Invité

Salut à tous,

Triste époque n'est ce pas ?

Je pense qu'on ne peut pas nier les deux phénoménes. Le score du FN en ruralité est depuis pas mal d'années en total inadéquation avec la réalité de sa confrontation à l'immigration. Mais il y a aussi quelques villes qui ont vu une arrivée massive d'immigrants ces dix, quinze dernières années. A Limoges par exemple, où le FN ne faisait que 6% l'année ou JMLP avait scoré sur toute la France, cette année, pour la première fois, le FN a fait plus de 16% et a devancé le FDG. Ici, je pense que c'est la résultante d'une politique migratoire irraisonnée. Il y a 20 ans, à Limoges, les "immigrés"installés depuis plus ou moins longtemps étaient principalement, des espagnols, des portuguais, des vietnamiens, des italiens ainsi que quelques pays de l'est mais arrivés sur le territoire avant guerre. Il y avait bien sur une population maghébine assez large, mais principalement d'origine algérienne et majoritairement française avec laquelle il n'y avait pas de problème particuliers. Il y avait également des antillais, mais eux aussi sont français bien évidemment. (vous aurez compris que je mélange sciemment immigration et "issu de" l'immigration, la différence d'aspect dans un monde normalisé suffit à définir l'étranger, ce qui par ailleurs ne manque pas de mettre en évidence certaines dynamiques)

La population de Limoges étant "vieillissante" la mairie a donc décidé de faire venir du sang "neuf". Bilan, après 15 annés de politique d'immigration intensive, des quartiers entiers ne sont plus habités que par des africains subsahariens. Quand on va au centre ville, la population est majoritairement africaine, et il n'est pas rare de se voir le seul "blanc" dans des rues pourtant trés passantes. C'est une transformation incroyable et il me semble que le résultat des élections, ce revirement subit sur cette terre de gauche n'a pas besoin d'autres explications.

En ruralité par contre, il est évident que le phénomène est tout autre et il est problable que différentes raisons peuvent être envisagées. Tout d'abord comme le faisait remarquer Donald, même si ce n'est pas forcément le sens strict de son propos, en campagne, l'étranger, il vient du village "d'à coté". Quand mes parents ont décidé de s'installer en campagne il y a plus de quarante années de cela, nous avons été traités comme des étrangers, générant un violent rejet qui a duré longtemps. Malgré tout, vivre en campagne (et je ne parle pas de periurbanité) c'est vivre un autre temps. Un temps qui se déroule au rythme des saisons, où le lendemain sera un autre aujourd'hui. On vit "replié sur soi", à l'abri des changements du monde et on savoure la vie dans sa simplicité. L'étranger n'a donc pas de nationalité ni de couleur, il est juste celui qui ne fait pas parti du coccon dans lequel on vit, celui qui ne fait pas parti de la singularité microcosmique de l'environnement proche. Je ne crois pas, qu'une seule personne en campagne, se serait intéressée de possibles problèmes migratoires si la télévision ne s'était pas installé dans tous les foyers. Le rapport au monde, dans la ruralité, c'est la télévision ou la radio... ce qui va permettre d'apprécier la situation du pays, son fonctionnement, ses dysfonctionnements, ce sont donc les médias de masse.

Je ne suis surement pas bien placé pour en parler, n'ayant pas de télévision, mais quand même de ce que je peux entendre de ci de là, et de ce que je peux lire dans la presse écrite, il me parait évident que pour des raisons politicardes ou électorales (ce qui revient au même) depuis des décennies, plutôt que de chercher à résoudre les problémes on s'est atteler à les accroitre et à désigner un coupable.. l'immigré... "il vient vivre des allocations familiales", "il vient profiter de la protection sociale" "il vit sur le dos des français" "il vient égorger nos fils et nos compagnes" "il prend le travail des français" etc etc etc... (J'en profite pour mettre en avant cette joyeuse dichotomie qu'aucun média ne souligne jamais... "il vient profiter des allocs" "il prend le travail des français" qui ne devrait pas lasser de nous interroger sur la partialité des médias)

Par ailleurs, il me semble que la politique gouvernementale visant à privilégier l'accés à la propriété accroit le phénomène perceptif en rapport à l'immigration dans la ruralité. Ainsi, après avoir étendu autant qu'il était possible la périurbanité limougeaude (pour rester dans l'exemple), les habitants de Limoges, ont commencé à aller de plus en plus loin et à s'enfoncer de plus en plus dans cette "France profonde". Arrivants dans de petits villages, désireux de s'intégrer, ils participent à la vie locale et n'ont de cesse de mettre en avant la différence de qualité de vie et d'environnement. Et là... aux dissentions médiatiques s'ajoutent la perception subjective mais qualifiée d'objective, de ces "témoins" citadins. Des exemples... je pourrai en citer à foison et on ne peut pas nier leur réalité particulière, les cités ouvrières, transformées en cité de migrants génèrent la ségrégation et la difficulté de vie amplifie la délinquance. A Limoges, on ne parle pas de ce qui se passe dans les cités, ce n'est pas dans les journaux locaux, et cela ne passe pas dans les informations télévisées régionales. Pour un fait divers révélé, ce sont vingt faits divers qui sont tus. Je ne suis pas en train de parler de "bouche à oreille", de rumeurs, mais de faits avérés dont je peux avoir connaissance par différents professionnels. Des choses dont il m'aurait été impossible de croire que cela pouvait arriver à Limoges. Pourtant, je sais que c'est vrai... Toujours est il, qu'il est évident, que ceux qui ont connu de telles choses, ou en en entendu parler, ce qui est pire, puisque leur vision est le plus souvent déformée, amplifiée, s'en font l'écho au fin fond des campagnes, validant par le témoignage de leur expérience, la propagande médiatique et lui donnant réalité.

Il faut encore ajouter que depuis cinq à sept ans, nous connaissons également une arrivée massive de migrants des pays de l'est. Et ceux là, n'ont pas vraiment la dimension des africains. Les réseaux bulgares, associant prostitution et banditisme, roumains, prostitution et mendicité, georgiens, banditisme, peuvent être d'une violence inouie. Dans les écoles, qu'ils soient serbes ou kosovars, georgiens ou bulgares, cela se passe difficilement et bien plus difficilement qu'avec les enfants des maghrébins dont la situation si difficile est le ferment d'une juste révolte. Du coup, c'est aussi le rejet de l'Europe qui s'amplifie et c'est la cohésion sociale qui explose.

Je n'aurai pas pensé voir cela ici... mais pourtant...

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Message le Dim 29 Avr 2012 - 12:08 par Mister Cyril

Allez on a tous les 2 raison...des racistes il y en a toujours eu...là je pense qu'on passe au deuxième cercle d'influence...


«Les Dupont ou Durand, ils n’ont droit à rien !»

Reportage Voyage sur les nouvelles terres du Front national, touchées par l’abandon des services publics, à la rencontre des électeurs de Marine Le Pen.
Loin des cités et des quartiers sensibles, c’est dans les campagnes que Marine Le Pen a recueilli dimanche ses succès les plus inattendus. Libération est allé dans deux départements ruraux à la rencontre de ces nouveaux électeurs frontistes.

En Ille-et-Vilaine Voiture obligatoire dans un désert médical

Le cadre est champêtre : des prairies, du blé en herbe, des bouquets d’arbres et des villages de 300 à 1 500 habitants. On est à 30-40 kilomètres de Rennes : pas de cités, pas de zones sensibles, pas d’insécurité, pas d’immigration, le fonds de commerce traditionnel du FN. Pourtant, dans ces communes rurales d’Ille-et-Vilaine, Marine Le Pen réalise des résultats proches ou supérieurs à ses 17,9% recueillis au premier tour de la présidentielle : 17,11% à Saint-Péran, 18,86% à Treffendel, 18,87% Loutehel, 14,1% à Paimpont ou encore 20,60% à Saint-Malon-sur-Mel. Ce qui fait beaucoup sur ces terres centristes où le FN n’avait jamais véritablement percé. Mais, dans ces villages, le vote frontiste n’est pas encore assumé. Seuls des militants encartés s’expriment en déclinant leur identité. Les autres mentionnent juste leur prénom. Pas question de se faire tirer le portrait : le photographe fera chou blanc avec eux. «A Saint-Malon-sur-Mel, Marine a fait 69 voix sur 345 votants. Mais si on écoute les gens, personne n’a voté pour elle», rigole un de ses électeurs. Ce chauffeur routier de 53 ans commence «à 5 heures du matin». Il fait le tour des fermes pour livrer de la nourriture pour le bétail. Sa femme travaille dans un abattoir. Elle embauche à 5 h 30. «Nous, on trime, et dans les cités vous voyez des gens qui vivent avec des allocations. C’est nous qui payons ça.»

A une dizaine de kilomètres, à Saint-Péran, Catherine, 37 ans, salariée d’une blanchisserie, dit que, «avec Sarkozy, les gens n’ont pas eu ce qu’ils voulaient». Il n’a pas lutté contre «ceux qui abusent» des allocations. «Celui qui travaille ne gagne pas forcément plus que celui qui est au chômage», explique-t-elle. On lui fait observer que si elle perdait son emploi, son revenu chuterait illico d’au moins un tiers. «Oui, mais quand on travaille il y a aussi les frais liés à l’activité.» Les repas pris à l’extérieur et «surtout l’essence». Dans les villages du secteur, une bonne moitié des actifs travaillent sur l’agglomération de Rennes. «Ils font de 70 à 80 kilomètres aller-retour par jour. Quand on déduit tous les frais, on n’a pas plus d’argent que celui qui reste au chômage.» Partout est souligné que le carburant «est devenu un boulet dans le budget des ménages». Philippe, artisan, fait observer qu’il faut une voiture même «pour aller acheter une baguette». Un monde le sépare de «Nicolas Sarkozy et de ses amis du CAC 40». Il est «choqué par les rémunérations des PDG, comme celui de Carrefour [parti avec 38 millions d’euros, ndlr], alors que la caissière payée au Smic est tenue d’avoir le sourire aux lèvres». A Saint-Péran, la boulangerie a fermé. Pour la baguette, il faut aller à Treffendel : 10 kilomètres aller-retour. L’épicerie-station-service a aussi baissé le rideau. Il n’y a plus d’école depuis longtemps. Pour retirer un recommandé, c’est dans une autre commune. Le village de Paimpont garde encore sa poste, mais «elle ne fonctionne plus qu’à temps partiel». Des rumeurs font état d’une «possible fermeture de la gendarmerie de Plélan-le-Grand», le chef-lieu de canton. Ces électeurs se plaignent aussi du désert médical. Il faut «parfois plusieurs jours» pour obtenir un rendez-vous chez le généraliste. «C’est plus facile d’avoir un vétérinaire qu’un médecin», ironise Bruno, agriculteur de 41 ans. «On parle beaucoup des grandes villes, des banlieues, mais plus personne ne parle des campagnes», pointe Marcel Soulaine, retraité, ancien responsable local du FN.

Patron du Front national dans l’Ille-et-Vilaine, Cédric Abdilla, 29 ans, affirme qu’il a senti une «montée en puissance de ce sentiment d’abandon» dans les villages. «On a eu un accueil très favorable par rapport à la désertification rurale, la fermeture des services publics.» A Rennes, ville de gauche, il met «l’accent sur le pouvoir d’achat et la hausse des carburants». Mais le fonds de commerce plus traditionnel du FN n’est jamais loin. «Les gens qui habitent les zones rurales subissent des déremboursements de médicaments, parce qu’on accueille des gens qu’on soigne. Le déséquilibre de la Sécu, ça coïncide avec l’immigration massive en France.»

Dans ces campagnes où les personnes de nationalité étrangère se comptent sur les doigts d’une main, la question de l’immigration est très présente chez les électeurs de Le Pen. «Moi, j’ai voté FN, parce que j’ai peur de la montée de l’islam», dit Christophe, agriculteur. «On fait des mosquées en France, des prières dans les rues, est-ce qu’on peut faire une église là-bas chez eux ?» Certains craignent d’être rattrapés par les problèmes des banlieues. «On vote ça pour protéger ce que l’on a. On vote préventivement pour éviter la dégradation», lâche Frédéric, lui aussi agriculteur et électeur FN.

En Haute-Vienne Le rejet de l’étranger sur une ancienne terre communiste

Avec ses belles moustaches poivre et sel, et son costume impeccable, Pierre Borderie, 63 ans, a tout du proviseur à la retraite. Qu’il est. Mais, en période électorale, ce militant du FN n’hésite pas à se transformer en un croque-mitaine. Jusqu’à la semaine dernière, ce Limousin a parcouru la Haute-Vienne, des histoires qui font peur aux adultes plein sa besace. «J’explique aux habitants qu’à Limoges la mairie accueille des familles qui viennent des Balkans, débute cet ancien militant du GUD et d’Occident. Elle leur donne 500 euros, plus 100 euros par enfant. Soit 800 euros s’ils en ont trois. Les Dupont ou Durand, ils n’ont droit à rien !» Et si certains habitants de ce département rural n’ont jamais croisé un Noir ou un Arabe, Pierre assure que ce récit remporte son petit succès. Comme celui des musulmans, «tous polygames et qui touchent donc plusieurs allocations familiales». A l’annonce, dimanche soir, de l’explosion historique du vote FN dans le département, Pierre était très fier.

Sur cette terre longtemps communiste et toujours de gauche, où François Hollande est arrivé en tête, le FN enregistre une de ses plus fortes progressions avec 16,44% dimanche, contre 8,56% en 2007. Dans le nord du département, la candidate FN relègue même Sarkozy en troisième ou quatrième place, et arrive en tête dans trois communes. Pourtant, en cinq ans, l’immigration, relativement faible, n’a pas explosé. Le taux de chômage (8,9%) est légèrement inférieur à la moyenne nationale (9,4%). Et l’insécurité n’existe qu’à la télé.

«Nous l’avions vu venir, fanfaronne Vincent Gérard, représentant départemental du FN. Sur les marchés, les gens ne nous faisaient plus des clins d’œil discrets, ils venaient nous parler. Le nombre de nos adhérents a explosé. Surtout les jeunes.» D’après lui, les arguments économiques ont primé. Il cite l’Europe, la crise, la perte du pouvoir d’achat, l’envolée du prix de l’essence dans une région où, là aussi, on ne peut vivre sans voiture. «Même se soigner, ça coûte cher, ajoute Olivier Latour, 31 ans, militant FN depuis un an et demi. Et il n’y a pas de boulot. Dans les usines, ils ferment des postes pour les délocaliser à l’étranger.» Ce fils d’immigrés portugais a d’abord eu du mal à avouer son vote à ses parents. Il les a maintenant convaincus. Et ni lui, ni Pierre, ni Vincent ne donneront leur voix à Sarkozy. «On n’est pas des péripatéticiennes, résume avec finesse Pierre le croque-mitaine. On va pas se laisser acheter aussi facilement.» Ils voteront donc blanc. Ou pas du tout. En attendant les législatives, et des possibles triangulaires dans trois circonscriptions sur quatre.

Direction Jouac, à la frontière nord de la Haute-Vienne, la commune de 156 habitants a voté FN à 32,79%, contre 17,69% en 2007. Le 21 avril 2002, Jospin y avait pourtant battu Le Pen. «On est sur le cul», résume le maire (sans étiquette), Pascal Lageon. Devant sa tasse de café instantané, l’élu cherche des explications. Des excuses, presque. «Ici, on est loin de tout, à 75 kilomètres de Châteauroux et de Limoges. En cinq ans, on a perdu la poste, la gendarmerie, des classes. La maternité, qui est à 40 kilomètres, va fermer.» Et il n’y a même pas un bistrot pour en parler. Il n’y a même plus d’argent pour entretenir la clinquante salle municipale, construite du temps où les mines rapportaient une redevance aux communes. «Ici, les gens ne vont pas en ville manifester, ils protestent autrement, conclut le maire. Même si le vote FN reste tabou.»

Pas toujours. Christophe, 38 ans, et son père, Jean-Claude, 66 ans, éleveurs de limousines de père en fils à Jouac, ont voté FN et le disent. Surtout depuis que Marine a succédé à Jean-Marie. La famille avait pourtant déjà voté FN en 2007. Parce que, dans le village, «tout ferme. On est abandonnés». Parce que «l’Europe nous tue». Parce que «les autres, le PS et l’UMP, ils promettent, mais ne font jamais rien à part s’en mettre plein les poches». Ils n’auront d’ailleurs pas leurs voix le 6 mai. «On n’est pas sûrs que le FN ferait mieux, admet le fils, qui dit ne pas avoir gagné un euro en 2011. Mais au moins, avec ce vote, on signifie notre ras-le-bol.»

Quelques kilomètres plus loin, dans la commune de Saint-Martin-le-Mault, le FN caracole à 30,38% des voix, contre 17,65 % il y a cinq ans. «C’est la première fois que je vote FN», assume Sandrine, 38 ans, à l’entrée de sa petite maison cimentée. Cette commerçante, qui parcourt foires et marchés de la région avec son stand de prêt-à-porter, en a eu «ras le bol que les étrangers soient mieux traités» : «J’ai trois enfants, je suis seule, avec la crise je ne gagne quasiment plus rien. Si je m’appelais Bamboula, j’aurais plus de droit.» Mettre un bulletin FN dans l’urne n’a pourtant pas été facile. «J’ai toujours voté PC. Je n’aurais jamais donné ma voix au père, se justifie-t-elle. Mais Marine est plus douce. Et je n’ai pas abandonné mes valeurs de gauche. Je suis une petite, je vote pour ceux qui défendent les petits contre les gros.» Le 6 mai, Sandrine votera donc Hollande. Un peu soulagée.

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Message le Dim 29 Avr 2012 - 11:56 par Mister Cyril

Nan ce qui me défrise c'est cette véritas biblique répétait en boucle comme une loi sur la gravité (hier encore Valls n'a dit que ça)...or sur le vote dans mon rural profond je répète depuis 2 ans que la Marine avec son discours de l'abandon face à Bruxelles (entre autre) dépasse largement la clientèle de son cagnas de père (qui elle était largement "fasciné" par le binôme immigration/insécurité); après j'aimerais ne pas revivre les années 90 où on mettait le FHaine et le borgne au centre de tous les débats...c'est mal barré...d'autant plus que l'oligarchie parisiano/bruxelloise est effectivement incapable de comprendre (et donc de répondre) à l'abandon de 20 ou 30% de pécores dont ils se lavent les pieds...après triangulaire ou quadri machin aux législatives voilà un vaste débat qui va occuper les zozos de la politique de la suffragette un mois de plus...quand on s'occupe d'élection on ne fait plus de politique et le péquin du fin fond de la Creuse qu'il crève en silence; le second trimestre devrait nous ramener aux vrais sujets des hommes qui connaissent la vérité/vrai de l'économie réelle...heureusement qu'à l'échelle locale (donc hors des médias de la capitale) il y a encore un nombre assez impressionnant d'initiatives en tout genre qui résistent et attaquent le système économique...bizz à tout les 2 et RDV mardi pour la manif des faux travailleurs mais vrai syndicaliste assumé!!!

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Message le Dim 29 Avr 2012 - 10:44 par Donald11

Je suis globalement d'accord avec ces analyses, le chômage et la pauvreté allant de paire, mais il existe localement des particularismes que ces analyses semblent occulter. C'est certainement marginal, mais ça mériterait une petite analyse complémentaire. C'est la-dessus que je souhaitais mettre l'accent avec mes deux malheureux exemples. Après, si ça vous défrise, je les range au placard et on n'en parle plus.
Bizzzzzz et bon week-end prolonge ...

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Message le Dim 29 Avr 2012 - 8:00 par country skinner

J'ai vu récemment (mais pas moyen de la retrouver) une étude de corrélation entre le vote FN départemental et des données comme l'immigration, la pauvreté, le chomage... Le seul taux de corrélation satisfaisant était celui du chomage... Ca reste cohérent avec l'analyse de la montée des fascismes dans le cadre de crises économiques (classes "moyennes" menacées, recherche de l'ordre, tout ca...)

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