La dette neutralise le temps, matière première de tout changement politique ou social

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07092012

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La dette neutralise le temps, matière première de tout changement politique ou social




Par Agnès Rousseaux (6 septembre 2012)

http://www.bastamag.net/article2561.html

Emprunt, crédit, créanciers, débiteurs, déficits, remboursement, taux d’endettement, « pacte budgétaire »… La dette est partout, elle a envahi nos vies. Or la dette n’est pas seulement économique, elle est avant tout une construction politique. Elle n’est pas une conséquence malheureuse de la crise : elle est au cœur du projet néolibéral et permet de renforcer le contrôle des individus et des sociétés. « Le remboursement de la dette, c’est une appropriation du temps. Et le temps, c’est la vie », nous explique le sociologue et philosophe Maurizio Lazzarato (La Fabrique de l’homme endetté). Entretien.

Basta ! : Vous dites que l’Homo debitor est la nouvelle figure de l’Homo economicus. Quelles sont les caractéristiques de ce « nouvel homme » ?

Maurizio Lazzarato : De nombreux services sociaux, comme la formation ou la santé, ont été transformés en assurance individuelle ou en crédit. Le mode de développement néolibéral est fondé sur le crédit et l’endettement. Cette situation s’est aggravée avec la crise des subprimes de 2007. Un exemple ? La formation aux États-Unis : la Réserve fédérale (Banque centrale) a récemment évalué que le montant total de prêts aux étudiants était de 1 000 milliards de dollars [1] ! C’est un chiffre astronomique. Pour avoir accès aux services, à la formation, vous devez tout payer par vous-même. Vous devenez débiteur. Entrepreneur de votre vie, de votre « capital humain ».

Le droit à la formation ou au logement s’est transformé en droit au crédit…

C’est une logique qui ne fonctionne que si l’économie est en expansion. Or la dette privée a été transférée aux États, lorsque ceux-ci ont sauvé les banques notamment, ce qui fait augmenter la dette souveraine. Et nous sommes devenus tous endettés. Cela ne peut pas continuer à l’infini ! Chaque bébé français naît aujourd’hui avec 22 000 euros de dette… À l’époque de l’expansion du capitalisme néolibéral, le crédit permettait de réaliser des projets économiques, des projets de vie, c’était une ouverture du temps et des projets. La logique s’est inversée. Aujourd’hui, notre seule perspective pour quelques années, c’est de rembourser ! La dette est produite et fabriquée par les banques privées, et c’est la population dans son ensemble qui doit rembourser. En Espagne, en Italie, en Grèce, les politiques d’austérité vont approfondir cette privatisation des services et la logique libérale d’endettement.

En quoi cela fonde-t-il un nouveau rapport social, et un nouveau rapport au temps ?

J’ai repris l’hypothèse que développe Friedrich Nietzsche : le rapport social fondamental n’est pas l’échange économique ou l’échange symbolique, mais le rapport débiteur/créditeur. Un rapport fondé sur la confiance, sur la promesse : moi, débiteur, je m’engage à rembourser le crédit, je me porte garant de moi-même. Cette promesse qui engage l’avenir, qui se joue dans le futur, est au cœur de la relation de crédit. Certains textes du Moyen Âge expliquent que le crédit est un « vol du temps ». On disait alors que le temps appartenait à Dieu. Et que les créditeurs étaient des voleurs du temps de Dieu. Aujourd’hui, le temps appartient au capital. Avec le crédit, on fait une préemption sur l’avenir. Cela peut être une anticipation positive – c’était le cas avant la crise –, mais aujourd’hui c’est une anticipation qui ferme complètement l’avenir, avec comme seule perspective de rembourser la dette. La crise continue, la croissance est faible, la dette augmente. Nous allons être bloqués pendant longtemps avec « ce remboursement du temps ». Le remboursement de la dette, c’est une appropriation du temps. Et le temps, c’est la vie.

Une dette, ce n’est pas seulement de l’argent à rembourser, mais des comportements à ajuster, du temps passé à se plier à des contraintes, écrivez-vous. Comment la logique du crédit et de la dette impacte-t-elle nos modes de vie ?

C’est une nouvelle forme de contrôle. Les sociétés du XIXe siècle et du début du XXe étaient des sociétés disciplinaires, comme l’a décrit Michel Foucault. Le contrôle des personnes s’effectuait dans des espaces fermés – écoles, prisons, usines… On pouvait contrôler les gestes de l’ouvrier ou de l’écolier, assignés à une place précise. Avec le crédit, l’espace est ouvert, le contrôle est totalement différent. Vous êtes obligé de rendre chaque mois une somme d’argent. Vous devez régler votre vie par rapport à cette obligation, avoir une discipline de vie compatible avec le remboursement. Nous sommes dans une phase d’adaptation. Il faudra bientôt s’adapter en temps réel aux mouvements de la Bourse ! Et ce contrôle n’est pas seulement sur des individus mais sur des pays entiers : c’est le remboursement de la dette qui « décide » aujourd’hui des baisses des salaires, de la réduction des services sociaux, des dépenses publiques. Cela influence les modes de vie, et empêche d’envisager toute rupture ou bifurcation. La dette neutralise le temps, matière première de tout changement politique ou social. Cela permet aussi d’imposer des formes régressives d’organisation sociale. Tout ça pour une dette qui ne sera jamais remboursée : d’un point de vue économique, c’est une folie !

Le taux d’endettement des ménages, par rapport à leur revenu disponible, est de 120 % aux États-Unis et de 140 % en Grande-Bretagne. Cette situation est-elle tenable ?

L’endettement de l’Italie est de 120 % de son PIB. On ne peut pas rembourser de telles sommes, même sur 10 ans, 15 ans. Il faudrait saigner les gens de manière abominable. Le paiement des intérêts de la dette française s’élève à 50 milliards d’euros par an. Que l’on soit en récession ou en croissance, il faudra toujours payer ces 50 milliards (soit 1 200 milliards depuis 1974 [2]). C’est le deuxième poste budgétaire de l’État français. Une espèce de dîme, de prélèvement forcé, qui s’ajoute au prélèvement des politiques d’austérité. Et de l’autre côté, on privatise, on continue de vendre les biens de l’État. En Italie, il est prévu de vendre chaque année pour 20 à 25 milliards d’euros de biens de l’État. D’ici dix ans, on aura tout privatisé !

La domination actuelle des banques, de la finance, est-elle le signe de la centralité de ce rapport social débiteur/créditeur ?

Marx l’avait dit : ce ne sont pas les industriels qui vont diriger le capitalisme, ce sont les banquiers. L’argent déposé dans les banques est une forme abstraite de richesse. Mais c’est aussi une potentialité : il peut être investi dans n’importe quel domaine. Alors que le capitalisme industriel est « déterminé ». Donc le pouvoir de l’argent est plus important. Le capitalisme est fondamentalement industriel, mais c’est le capitalisme financier qui lui donne sa forme. Ce pouvoir du capitalisme financier a été bridé pendant les Trente Glorieuses, mais la puissance financière est aujourd’hui mise en avant. Depuis 1988, en France, la dette peut être vendue et achetée. Cette « titrisation » de la dette, la possibilité de transformation de la dette en titres négociables sur les marchés, a déterminé la situation actuelle. Cela devient un multiplicateur d’endettement, d’investissements financiers, et donc de risque.

Vous citez le philosophe Jean Baudrillard : « On revient avec le crédit à une situation proprement féodale, celle d’une fraction de travail due d’avance au seigneur, au travail asservi. » La logique actuelle du crédit nous entraine-t-elle dans une régression ?

La logique de départ de cette crise, c’est qu’on a appauvri les gens en même temps qu’on leur donnait la possibilité de s’endetter. Sous prétexte de démocratiser et d’élargir le crédit… Mais pour des gens qui ne pouvaient pas payer pour ces crédits. Même chose avec le crédit étudiant : si les étudiants deviennent de plus en plus pauvres, comment font-ils pour rembourser ? Vous êtes endetté avant même d’entrer sur le marché du travail. Vous êtes obligé de vous comporter, à 20 ans, comme une entreprise individuelle, de vous projeter et de calculer les coûts et les investissements. Vous devenez une entreprise. C’est notamment contre cela que se sont mobilisés récemment les étudiants au Canada ou au Chili.

On reproche aux individus l’endettement collectif, en tentant par exemple de culpabiliser les Grecs. Mais nous vivons aussi dans l’incitation permanente à consommer et vivre à crédit…

Deux morales se télescopent actuellement, la morale de la dette et la morale de la consommation. Au journal télévisé, on vous informe que vous êtes responsable de la dette : vous consommez trop, vous ne travaillez pas suffisamment, vous faites appel trop souvent à la Sécurité sociale. Et de l’autre côté, on vous dit que vous méritez toutes les marchandises qui vous sont proposées. La morale hédoniste de la consommation et la morale culpabilisante de la dette et du travail, qui s’agençaient avant la crise, deviennent maintenant contradictoires. On les retrouve dans la logique d’austérité et la logique de croissance. Aucune des deux ne constitue une solution à la crise.

Vous évoquez les analyses de Nietzsche [3], qui explique que la dette permet le passage de la société sauvage à la société civilisée, parce que la dette oblige l’homme à construire une mémoire, et donc une capacité de promettre. Le crédit est-il un processus socialement positif ?

La dette est un mécanisme, ce n’est pas en soi négatif. C’est un instrument pour construire de nouvelles écoles, de nouveaux hôpitaux… Mais dans la logique capitaliste, cela devient un instrument de pouvoir. Aujourd’hui, la dette a pour seule fonction d’enrichir le créditeur. Rembourser, c’est enrichir les investisseurs institutionnels. Les gens ont cru à ce système, il est attractif. Il a fonctionné pendant vingt ans : on a eu l’impression d’un eldorado qui s’ouvrait devant nous, permettant de différer des remboursements. Pendant des années, on a acheté le consensus. Aux États-Unis, vous pouvez avoir des dizaines de cartes de crédit dans la poche. Cela a marché un temps. Mais on ne peut pas différer indéfiniment. Pourtant, le capitalisme a introduit l’infini dans l’économie. La consommation n’a pas pour but la satisfaction, mais de vous faire passer à une autre consommation. C’est donc une frustration. Vous n’avez donc jamais fini de consommer, de payer la dette…

Pourtant le crédit permet de posséder par anticipation des biens auxquels on ne peut pas accéder, et d’améliorer les conditions matérielles de vie ?

C’est autour du mot d’ordre « Tous propriétaires » de George Bush, repris par Nicolas Sarkozy, qu’a éclaté la crise, avec les subprimes. C’est la faillite de cette idée, qui devait être le symbole de la « déprolétarisation ». La déprolatarisation, c’était une idée des néolibéraux : transformer chaque individu en une entreprise individuelle. Les néolibéraux allemands après-guerre avaient un programme qui visait à construire des unités de production non-prolétariennes : favoriser l’artisanat, la petite entreprise… Nous sommes en train de vivre une nouvelle prolétarisation avec l’endettement : les classes moyennes et populaires s’appauvrissent depuis 2007 de façon redoutable. D’un côté, on coupe les salaires, de l’autre, les services sociaux. En Allemagne, l’espérance de vie a diminué [4]. La logique du crédit qui visait une déprolétarisation produit une nouvelle prolétarisation.

Faut-il annuler une partie des dettes des États ?

On passera forcément par l’annulation de dette, comme c’est souvent le cas. Ce serait logique : si on était dans une perspective libérale, les banques perdraient de l’argent. Mais après la crise des subprimes, les banquiers ont recommencé comme avant, car ils savent qu’ils ne risquent rien, même s’ils perdent de l’argent. La banque Barclays qui a manipulé le Libor (London Interbank Offered Rate) ne va rien payer pour ce scandale. Ce sont les Anglais qui vont payer pour leurs banques.

Comment peut-on lutter contre ce diktat de la dette ?

Le terrain de la lutte des classes, qui était centré sur le rapport capital/travail, autour de la production, a été déplacé sur le terrain créditeur/débiteur. Cette nouvelle relation de pouvoir s’est superposée aux autres. C’est un niveau d’affrontement beaucoup plus abstrait, mais qui traverse complètement la société. Que vous soyez salarié, chômeur ou retraité, vous devez contribuer au remboursement de la dette. Pendant un siècle et demi, le mouvement ouvrier s’est organisé autour de la question du travail. Il a inventé des formes d’organisation des luttes pour contre-balancer le pouvoir du capital. C’est plus compliqué de lutter sur le terrain de la dette. Ce déplacement laisse les gens désarmés car on n’a pas encore trouvé la façon de s’opposer de manière efficace. Il faudrait exproprier les expropriateurs, comme l’a fait le New Deal. Une euthanasie du rentier ! Comme quand Roosevelt a taxé les contribuables riches jusqu’à 90 % – et pas 75 % comme le propose François Hollande… La relation créditeur/débiteur est organisé autour de la propriété, des titres. Pour repenser la croissance – et non le contenu de la croissance, qu’elle soit verte, jaune ou autre ! – ce sont les rapports de propriété qu’il faudrait mettre en discussion.

La Fabrique de l’homme endetté. Essai sur la condition néolibérale, par Maurizio Lazzarato, éditions Amsterdam, 125 pages, 10,50 euros.

Notes
[1] Dette accumulée par les jeunes aux États-Unis pour financer leurs études. Le taux de défaut sur ce type de crédit est d’environ 9 %, contre 6 % il y a dix ans.

[2] « Il a été calculé que la somme de tous les intérêts de la dette payés depuis 1974 (date à laquelle a été introduite en France l’obligation, pour l’État, de se financer sur les marchés) représente près de 1 200 milliards d’euros, sur les 1 641 milliards de l’ensemble de la dette publique. Les intérêts de la dette constituent la mesure de la prédation que les marchés opèrent sur la population depuis quarante ans », in La Fabrique de l’homme endetté, Maurizio Lazzarato.

[3] Friedrich Nietzsche, Généalogie de la morale.

[4] lire notre article.

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Message le Lun 10 Sep 2012 - 21:37 par Mister Cyril

country skinner a écrit:
Ou, beaucoup plus vraisemblable, par l’implosion finale du système et de ses tenanciers formés à l’école Goldman Sachs comme Draghi. Le système est entré en état de mort clinique depuis janvier 2008. Sa chute contraindra et forcera des solutions alternatives vitales pour une monétisation salutaire de l’économie réelle.

D'accord avec la première phrase vu l'incapacité générale à avoir une réponse politique à la hauteur des enjeux, possible pour la deuxième même si je pense que la bête a encore pas mal de ressources, pessimiste pour la 3ème (mais pas fataliste, ni résigné)...mais il faut apparemment attendre d'être dans une mouise totale?

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Message le Lun 10 Sep 2012 - 5:52 par country skinner


Le Yéti yetiblog.org Publié le 09/09/2012 à 16h56

http://blogs.rue89.com/yeti-voyageur/2012/09/09/monetiser-leconomie-reelle-pas-les-creanciers-228354

Il n’ont plus que ce mot à la bouche ! « Monétiser » ! Mario Draghi, président de la BCE veut monétiser « sans limites » la dette des pays membres de l’UE. Son confrère de la Fed, Ben Bernanke, est pressé de monétiser son royaume déchu avec un troisième « quantitive easing ». Comme si les deux premiers avaient servi à quelque chose !

La monétisation n’est pas une mauvaise chose en soi. Mais il y a deux façons de monétiser : la mauvaise et la bonne.
Les créanciers ne peuvent pas gagner à tous les coups

La mauvaise, c’est celle des Draghi et des Bernanke. Ceux-là ne monétisent que les créanciers. A défaut, vu l’ampleur du fossé à combler, de pouvoir y parvenir intégralement en rinçant les populations.

Remarquez, ce n’est pas faute d’essayer :

voir les politiques d’austérité prenant pour cibles prioritaires les dépenses d’éducation, de santé et les prestations sociales ;
voir le TSCG destiné à austériser les budgets publics ;
voir les conditions posées par Mario Draghi pour le rachat illimité de dettes pourries par la BCE...

Mais voilà, trop tard, les voici donc prêts à monétiser des créanciers qui ont déjà souvent récupéré leurs mises initiales au décuple. Et qui, c’est le jeu, ne peuvent pas gagner à tous les coups. Mais que voulez-vous, rembourser ses dettes est un devoir imprescriptible, qu’ils disent !

Tiens, c’est drôle, rien sur le remboursement des dettes dans la déclaration universelle des Droits de l’homme. Par contre, sur le droit au travail (article 23), au logement (article 25)... Croyez-vous que ça empêche les margoulins de licencier, d’expulser, au nom de l’effort commun de tous (moins les créanciers) face à la crise ?
Créer un nouvel ordre monétaire

Il y a une autre façon, la bonne, de monétiser : celle qui consiste à (ré)injecter les liquidités nécessaires au bon fonctionnement de l’économie réelle. D’une certaine façon cela revient à créer un nouvel ordre monétaire en marge de l’ordre officiel.

C’est à peu près ce que firent les Islandais et les Argentins après avoir renvoyé balader leurs créanciers. Et, miracle, cela ne se passa pas trop mal pour eux. Pour sortir de la mouise, l’Argentine substitua de fait les LECOP et le « crédito » à un peso trop maqué avec le roi-dollar. Et se ficha royalement des rodomontades du FMI.

Mais passe encore (même très mal) pour de petites entités comme l’Islande ou l’Argentine. Les créanciers ne l’entendent pas du tout de cette oreille pour un mastodonte comme l’UE. Voilà pourquoi c’est eux, les créanciers, qui détiennent et manipulent de fait comme ils l’entendent la monnaie unique. Voilà pourquoi ils tiennent tant à leur euro.

La création d’un nouvel ordre monétaire ne peut donc passer que par une relocalisation des monnaies. Et une explosion de la zone euro. Un sacrilège pour les gardiens du temple européen. Un souffle d’air frais possible pour les populations.
Agir en marge des banksters

Aucune solution à la crise européenne actuelle, aucune, ne sera possible sans passer par cette étape. Qui implique de voir mis hors d’état de nuire ces véritables ennemis publics n° 1 que sont devenus les margoulins aux commandes, leurs complices politiques et leur système tentaculaire.

Car rien, absolument rien n’est à attendre des instances européennes en place. Ni des Merkel, des Monti, des Cameron ou des Hollande. Sinon une véritable désintégration sociale dont la Grèce ou l’Espagne offrent les tristes prémisses.

Ou nous y parviendrons par des réactions politiques ou sociales. Très délicat, même si l’on voit monter en puissance des mouvements comme le Syrisa grec d’Alexis Tsipras, le Parti socialiste radical néerlandais d’Emile Roemer et, un ton encore en dessous, le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon.

Ou, beaucoup plus vraisemblable, par l’implosion finale du système et de ses tenanciers formés à l’école Goldman Sachs comme Draghi. Le système est entré en état de mort clinique depuis janvier 2008. Sa chute contraindra et forcera des solutions alternatives vitales pour une monétisation salutaire de l’économie réelle.

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Message le Dim 9 Sep 2012 - 13:08 par Mister Cyril

merci pour tes réponses je réfléchis à tout ça....bon week!

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Message le Dim 9 Sep 2012 - 9:43 par country skinner

le % de personnes qui sont capables de comprendre
C'est le point un, l'illégitimité de la dette, ca commence à prendre dans la conscience populaire et pas seulement aux extrême droite et gauche. Là l'outil internet et blogs est primordial. Le point suivant, l'annulation des dettes illégitimes, est par contre mal barré vu que la BCE va reprendre (sans doute rapidement) les dettes des etats pour en faire une dette collective européenne, donc moins facile a annuler que pays par pays...
vouloir appliquer ce schéma
Dans le cadre législatif actuel, la remise de la création monétaire (banque centrale) sous contrôle du politique suppose un éclatement de l'euro. Ca n'est pas (plus) une hypothèse surréaliste, même si tous les eurocrates brament que c'est impossible. La nationalisation des banques privées peut s'enchainer ici et là selon la fragilité desdites banques (en Allemagne notamment)
donc non révolutionnaire
Tout ce schéma n'est pas incompatible avec le régime capitaliste y compris financier (cf le New Deal de Roosevelt par exemple) même s'il suppose comme condition de bascule une situation pré révolutionnaire (chomage, récession, émeutes, insurrections communalistes...)
Ramener la monnaie uniquement à ses rôles d'étalon de valeur et de moyen de paiement
Oter à la monnaie sa fonction de réserve (épargne) se fait déjà ponctuellement localement, le sou, le sel, etc... (mais tu connais mon avis très réservé sur la capacité d'entrainement des initiatives individuelles dans un contexte ideologique dominé par la classe possédante). Pour une sortie définitive du système capitaliste, ce serait une mesure post révolution parmi d'autres (suppression du salariat, de la propriété privée des moyens de production, nationalisation de la santé, l'énergie, le logement, etc...)
les outils politiques et militants
Dans un système politique bi-partiste généralisé, propagande et entrisme ,plus quelques "idiots utiles" pour l'action directe, qui ne réalise rien directement mais peut faire évoluer la conscience populaire. Sans des Ravachol, l'idée collectiviste aurait elle pris le dessus sur le réformisme mutuelliste dans le mouvement internationaliste ?
L'émancipation sociale des travailleurs est inséparable de leur émancipation politique...

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Message le Sam 8 Sep 2012 - 17:08 par Mister Cyril

D'accord avec ce schéma technique, même si j'ai pas forcément compris tous les tenants et les aboutissants...ça m'interpelle donc sur le % de personnes qui sont capables de comprendre puis de vouloir appliquer ton schéma??? Et là si on me fait le coup de l'explication de masse et de l'éducation populaire je "rifagne"!

Ma vrai question portait sur les outils politiques et militants (pas théoriques et revendicatifs) à mettre en place pour contre-balancer ce David puissance X que sont ces forces financières??? Quand je lis aujourd'hui sur tous les sites le nombre impressionant de péquins moyens qui donnent raison à Bernard Arnault (ou en partie, ou compréhensif...) ça me laisse un peu sur le derrière!

Bon week!

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Message le Sam 8 Sep 2012 - 11:42 par country skinner

Poussinet a écrit:construction de nouveaux outils de lutte, voire révolutionnaires
Un schéma qui commence a s'affirmer :
- Dénoncer l'illégitimité de la dette
- Annulation des dettes publiques illégitimes
- Remise de la création monétaire (banque centrale) sous contrôle du politique (et nationalisation des banques privées ... chiche ??)
Tout ça semble assez compatible avec les orientations politiques actuelles - ou à venir sous l'effet de l'aggravation de la crise économique - donc non révolutionnaire...
- Ramener la monnaie uniquement à ses rôles d'étalon de valeur et de moyen de paiement - donc hors fonction de thésaurisation - ça ce serait révolutionnaire (monnaie fongible avec le temps) hé hé ...

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Message le Sam 8 Sep 2012 - 10:04 par Mister Cyril

Donald11 a écrit:Il me semble avoir déjà lu quelque chose de similaire, ici ou ailleurs ....
Ah ! ces banksters !!!! Vlad Tepes, reviens, t'as pas fini ton boulot d'empaleur !!!!

Bein faudrait penser à le finir un jour hein? Salut mon canard pfffft encore plus de 30° dans le sud ce week...bonne sieste et bon barbeuc!!!

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Message le Sam 8 Sep 2012 - 10:03 par Mister Cyril

country skinner a écrit:, Le terrain de la lutte des classes, qui était centré sur le rapport capital/travail, autour de la production, a été déplacé sur le terrain créditeur/débiteur. Cette nouvelle relation de pouvoir s’est superposée aux autres. C’est un niveau d’affrontement beaucoup plus abstrait, mais qui traverse complètement la société. Que vous soyez salarié, chômeur ou retraité, vous devez contribuer au remboursement de la dette. Pendant un siècle et demi, le mouvement ouvrier s’est organisé autour de la question du travail. Il a inventé des formes d’organisation des luttes pour contre-balancer le pouvoir du capital. C’est plus compliqué de lutter sur le terrain de la dette. Ce déplacement laisse les gens désarmés car on n’a pas encore trouvé la façon de s’opposer de manière efficace. Il faudrait exproprier les expropriateurs, comme l’a fait le New Deal. Une euthanasie du rentier ! Comme quand Roosevelt a taxé les contribuables riches jusqu’à 90 % – et pas 75 % comme le propose François Hollande… La relation créditeur/débiteur est organisé autour de la propriété, des titres. Pour repenser la croissance – et non le contenu de la croissance, qu’elle soit verte, jaune ou autre ! – ce sont les rapports de propriété qu’il faudrait mettre en discussion.




Encore une fois, voilà qui synthétise bien mes "pensées" dispersées...en mieux écrit!!!
Je retiens bien le glissement du concept dialectique créditeur/débiteur dans la nouvelle lutte des classes (surtout depuis la titrisation des dettes...enfin ce que j'en ai compris). Par contre je reste, encore, sur ma fin quant à la construction de nouveaux outils de lutte, voire révolutionnaires...mais bon il n'y a pas de sauveur suprême...

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Message le Sam 8 Sep 2012 - 8:19 par country skinner

Oui le concept debiteur/esclave commence à se banaliser, la plupart du temps sur le mode dolosif individuel (tu t'es mis toi même dans tes chaines tant pis pour toi). Mais ce qui est intéressant dans cet article, c'est le rapprochement de ce concept avec une nouvelle forme de controle des individus dans une société répressive ouverte et non plus fermée (cf le passage sur le capitalisme financier comme forme du capitalisme industriel), et la réflexion à mener sur le type d'action politique appropriée.

Pendant un siècle et demi, le mouvement ouvrier s’est organisé autour de la question du travail. Il a inventé des formes d’organisation des luttes pour contre-balancer le pouvoir du capital. C’est plus compliqué de lutter sur le terrain de la dette. Ce déplacement laisse les gens désarmés car on n’a pas encore trouvé la façon de s’opposer de manière efficace. Il faudrait exproprier les expropriateurs

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Message le Ven 7 Sep 2012 - 23:50 par Donald11

Il me semble avoir déjà lu quelque chose de similaire, ici ou ailleurs ....
Ah ! ces banksters !!!! Vlad Tepes, reviens, t'as pas fini ton boulot d'empaleur !!!!

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