Ce que pourrait faire le PS sur l’insécurité

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04082010

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Ce que pourrait faire le PS sur l’insécurité





L’offensive sécuritaire menée par Nicolas Sarkozy ne laisse pas beaucoup de doute, la campagne du second mandat a déjà commencé. Les bénéfices attendus sont probablement multiples : sortir par le haut du désastreux épisode Woerth-Bettencourt ; rebâtir l’image d’homme à poigne et de premier flic de France du président ; reconquérir l’électorat frontiste considéré comme perdu depuis 2007 ; last but not least, piéger l’opposition. Car malgré les efforts de personnalités socialistes comme Julien Dray, ou Ségolène Royal pendant sa campagne présidentielle, la thématique de la sécurité et des violences reste un terrain difficile pour la gauche, où elle peine paradoxalement, malgré ses réussites sur le terrain, malgré l’échec des solutions proposées par la droite depuis 8 ans, à conquérir un magistère public et à tenir un discours offensif et cohérent.



Les prochains jours diront si l’Élysée tirera ou non les fruits de sa stratégie dans l’opinion. Mais une chose est sûre, le dernier objectif – la paralysie de l’opposition – est déjà en partie atteint. Il suffit d’observer les différentes réactions de la gauche depuis le début des événements de Grenoble, et notamment après le point d’orgue du discours présidentiel tenu dans la même ville. Premier type de réactions, le chœur des démocrates scandalisés, qui crient au crypto-fascisme, à la République en danger, au retour aux années 30. Aussi fondée que puisse être l’indignation face au jeu dangereux de la majorité avec la nationalité et les stéréotypes racistes, elle a pour principal effet de faire parler l’opposition de tout, sauf de solutions à l’insécurité, et donc de nourrir la caricature des gauchistes-laxistes angéliques, plus prompts à excuser les violences qu’à protéger leurs victimes. Deuxième type de réactions, celles des pragmatiques, comme le principal intéressé des récents incidents, Michel Destot, comme André Vallini ou encore François Rebsamen. Soucieux d’afficher leur volonté de prendre l’insécurité à bras-le-corps, ils tombent dans l’excès inverse, la présentant comme un problème dépassant le clivage droite-gauche, et nécessitant une grande réflexion nationale, voire un Grenelle. Là encore, aussi sensée que puisse être cette analyse, force est de constater que non seulement la droite n’a aucun scrupule à instrumentaliser les violences contre la gauche (et que toute perspective de débat honnête est vouée à l’échec), mais que plus encore il existe bien un clivage droite-gauche sur ce sujet, ne serait-ce qu’au sujet de l’usage de la police dans les quartiers (police de proximité ou envoi de CRS quand la situation devient incontrôlable ?). Troisième type de réactions, les « on ne nous la fait pas ». Autrement dit une sorte de méta-discours sur la situation, consistant à disserter sur le fait que Sarkozy construit un rideau de fumée, pour détourner l’attention des affaires ou de l’échec de son mandat. Tout ceci est encore absolument vrai : mais on attend moins de l’opposition une fonction de commentateur politique que la production d’un projet alternatif.

On sent bien que chacun de ces discours contient sa part de légitimité ou d’efficacité, mais qu’il manque encore une approche qui les combine et les dépasse. Une telle approche devrait absolument prendre en compte plusieurs paramètres.

Premièrement, l’amalgame Sarkozy-FN omet de tenir compte du détail et de l’habileté de la rhétorique sarkozienne. Chaque sortie du président ou de son entourage sur la sécurité répond à un événement à forte portée symbolique, et qui a probablement marqué voire traumatisé le pays. Le discours sur les Roms suit une attaque à visage découvert, en plein jour, d’une gendarmerie. Le discours grenoblois suit des émeutes violentes provoquées non par la mort d’un innocent, mais d’un braqueur, ainsi que l’information largement relayée de « contrats » circulant sur les policiers responsables de sa mort. Nous sommes donc à chaque fois dans une logique de loi du talion qui incarne une certaine forme de justice. Bien sûr, cette « justice » n’en est pas une aux oreilles de progressistes et à plus forte raison de militants de gauche ; mais rien ne dit qu’il en est de même pour l’électorat de droite, ou pour des citoyens moins engagés politiquement. En conséquence, dénoncer le fascisme rampant sans pédagogie supplémentaire, ni contre-propositions solides, revient en quelque sorte à dénoncer la justice, sans proposer une autre forme d’ordre républicain à la place.

Deuxièmement, toute proposition n’est pas adaptée à toute situation. Depuis quelques semaines, l’insécurité vit médiatiquement au rythme de faits-divers aussi horribles que réguliers, là où en 2002 le fameux Papy Voise était justement d’autant plus important qu’il était unique. Agressions dans les parcs d’attractions, policiers systématiquement pris pour cible, viol sur une plage … L’actualité ressemble à la une du Nouveau Détective. Ces incidents sanglants provoquent une émotion instantanée et appellent une réponse qui, au moins pour partie, tienne compte de cette instantanéité. Le déploiement annoncé avec un langage martial de lourds effectifs policiers sur le lieu du crime répond à cette attente. En revanche, expliquer que l’on va effecteur un travail de longue haleine sur le contexte social, éducatif, économique … donne à l’inverse le sentiment d’un laxisme et d’une absence de réponse au traumatisme immédiat. Ce n’est pas une question de logique ou de raison – tout le monde peut comprendre, en prenant le temps de la réflexion, que l’envoi du GIGN à chaque émeute n’est pas une solution durable – mais d’émotion. Or toutes ces agressions largement reprises dans les médias jouent sur l’émotion. A ne pas le prendre en compte, ou à simplement le dénoncer avec les méta-discours que j’évoquais plus haut, la gauche se tire une balle dans le pied.

Troisièmement, le retour au passé n’est pas un projet. Les responsables socialistes aiment à rappeler combien la police de proximité de l’époque Jospin aurait empêché les dérives actuelles. C’est sans doute au moins en partie vrai, et cette forme de police fonde notre identité en matière de sécurité. Mais on ne peut pas se contenter de chanter les louanges d’une époque révolue, à l’issue de laquelle, faut-il le rappeler, nous avons été sanctionnés par notre propre électorat. Il faut « reformater » cette proposition, et surtout l’accompagner d’autres mesures inventives et à même de frapper l’opinion, comme celles de Ségolène Royal en 2006 sur les jeunes délinquants, qui avaient contribué à forger son image positive.

Ces paramètres étant pris en compte, l’opposition et le PS, qui en est le parti le plus crédible sur les questions de sécurité, pourraient repartir à l’offensive et faire de ce thème un terrain difficile pour Sarkozy. Quelques initiatives simples nous permettraient de reprendre la main. Réaliser et distribuer massivement à la rentrée de septembre un document compilant le vrai bilan de Sarkozy sur la sécurité ; inflation législative, baisses des moyens et des effectifs sur le terrain … En bref, montrer que c’est lui qui est laxiste, lui qui parle plus qu’il n’agit, et mettre en regard un plan socialiste contre les violences. L’infographie réalisée au sujet de Grenoble montre la voie, mais doit être étendue à l’ensemble de la politique du ministre de l’Intérieur puis président. S’interdire parallèlement d’employer à longueur de communiqués des termes comme « ignoble », « stigmatiser », et autres « bafouer l’humanisme », qui se perdent dans le brouhaha ambiant sans convaincre personne. Un reportage vidéo interviewant les maires et élus socialistes obtenant de vrais résultats sur le terrain pourrait être simultanément diffusé sur Internet. Enfin, montrer que la sécurité est devenue une vraie priorité pour le PS, en lui attribuant dans la vie interne du parti, non pas un « forum des idées », petit colloque de spécialistes, mais une vraie convention nationale associant tous les militants, comme celles qui ont déjà eu lieu sur l’économie et la rénovation. L’angle en serait simple : « la sécurité, un bien républicain pour tous », à la différence du traitement qu’en fait l’UMP, qui abandonne les plus pauvres et privatise progressivement ce secteur.

Le Parti socialiste détient probablement entre ses mains tous les éléments pour faire de la sécurité un axe de combat victorieux contre Sarkozy. Mais la plus grande réussite de ce dernier est probablement, pour le moment, de faire déraisonner et d’anesthésier le premier parti de l’opposition, et de le pousser à se réduire à sa caricature de rassemblement de bobos “droitsdelhommistes”. Trop souvent entend-on encore dans les réunions de section que “la sécurité est un thème de droite et qu’on ne gagne pas là-dessus”. L’heure est venue d’oublier une bonne fois pour toutes ce complexe d’infériorité.

Romain Pigenel
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Message le Sam 7 Aoû 2010 - 0:16 par Donald11

Et 53 % d'abrutis pour remettre le couvert en 2012 ? Je ne peux pas y croire !!!

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