La Fed, déjà en faillite...

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

29032011

Message 

La Fed, déjà en faillite...




par Marc Mayor
Mardi 15 Mars 2011

http://www.combourse.com/News/La_Fed_deja_en_faillite___852886.html

▪ Débordée par ses multiples missions, la Réserve fédérale américaine s'est placée sous la protection du Trésor. Ce dernier prendra désormais en charge les pertes de la Fed. Ce qui signifie que la Banque centrale américaine n'est plus capable de faire face à ses engagements. En langage courant, cela s'appelle être en faillite.

La raison de ce changement est toute simple : la Fed a acquis tellement de titres de créances immobilières pourris qu'une modeste baisse de ces derniers lui serait fatale. La seule solution consistait donc à trouver quelqu'un d'autre pour payer les pots cassés. Et qui a été l'heureux élu ? Le contribuable américain, bien sûr, par l'intermédiaire du département du Trésor US.

Cette petite révolution annoncée le 6 janvier dernier, en toute discrétion bien sûr, nous rappelle les pires heures de la crise financière et le plan de sauvetage de Wall Street à 300 milliards de dollars de l'automne 2008. A l'époque, la plupart des banques commerciales avaient été sauvées de la faillite grâce à l'argent public -- à part Lehman Brothers ou Bear Stearns notamment.

Mises à part ces deux exceptions, les requins de Wall Street avaient donc été récompensés pour leurs excès et leur aveuglement. Cette fois, la Fed est récompensée pour avoir racheté trop de titres pourris ; cela sent l'Allemagne de l'entre-deux-guerres... avec ses conséquences funestes d'abord sur l'économie, ensuite sur la paix.

Pour ne parler que des mortgage-backed securities, les fameux MBS (des titres de créances adossées à des crédits immobiliers), la Fed en a acquis pour 1 250 milliards de dollars depuis le printemps 2008. Et, surtout, elle les a achetés à leur valeur nominale, et non à leur valeur de marché ; c'est comme si quelqu'un acceptait de payer le prix plein pour un lot de denrées avariées.

▪ Donc la Fed a racheté aux banques qui étaient techniquement en faillite les créances pourries que personne ne voulait plus leur rembourser (ce qui allait les mettre sur la paille, justement). Mais comme personne ne voulait de ces instruments financiers, leur valeur a diminué, voire même s'est évaporée pour certaines catégories, puisqu'il n'y avait plus d'acheteur. Vous pouvez clamer haut et fort que vos vieilles chaussettes valent 100 euros si vous les avez payées ce prix-là, si plus personne n'en veut -- même les organisations caritatives --, elles ne valent pas 100 euros. Et si vous n'arrivez pas à les vendre du tout, leur valeur tombe à... zéro !

Mais les chaussettes de la Fed, qui sentent la mouffette effarouchée, n'auront pas besoin de tomber en lambeaux pour que les problèmes deviennent abyssaux. La Banque centrale américaine dispose de 50 milliards de dollars de fonds propres. Ses engagements liés aux MBS -- de 1 250 milliards, je le rappelle -- représentent donc 23 fois ses fonds propres. Ou 40 fois si l'on compte les autres actifs financiers qu'elle a récupérés. Voilà un effet de levier qui aurait fait rêver plus d'un banquier quand tout allait bien ! Plutôt que l'aigle, le logo du banquier central devrait plutôt faire apparaître un sconse abscons.

Bref : il suffit donc que son portefeuille de MBS perde plus de 4% de sa valeur pour que l'équivalent du capital de la Fed soit absorbé. Avec ses réserves, il suffirait probablement une baisse de 10% de la valeur des MBS pour que la Réserve fédérale soit à sec.

Et 10%, nous y serons vite, à voir les prix immobiliers qui n'ont pas beaucoup progressé depuis 2008, malgré le triplement de la masse monétaire (ce qui correspond, ceteris paribus, à une perte de 67% pour l'immobilier). Les MBS ont de toute évidence déjà perdu plus de 10% de leur valeur. Et donc la Fed est déjà en état de faillite technique. Faillite virtuelle, car les pertes à venir sur ces actifs pourris seront transférées au Trésor US. Plus exactement converties en dette à long terme de la Fed envers le Trésor US. Ce qui revient au même.

Le Trésor US, donc le contribuable, a intérêt à avoir les reins solides. Le 2 janvier, il s'est engagé à fournir un soutien illimité à Fannie Mae et Freddie Mac, les organismes publics qui garantissent les crédits hypothécaires aux Etats-Unis.

Le mécanisme est similaire à celui mis en oeuvre pour la Fed. Normalement, les banques commerciales ayant émis ces MBS devraient les racheter à Freddie et Fannie. Ce qui provoquerait probablement des faillites du côté de Wall Street. Mais Freddie et Fannie n'en peuvent plus de supporter ces milliards de titres pourris dans leur bilan.

Seule solution : les refiler au contribuable, via le Trésor. En deux ans, celui-ci a déjà englouti 200 milliards de dollars pour soutenir Freddie et Fannie. Ce ne sera qu'une broutille face à ce qui l'attend, avec la hausse programmée des taux d'intérêt, l'immobilier qui ne se reprend pas et des emprunteurs qui continuent à ne pas rembourser leurs emprunts.

Finalement, la Fed a dû sauver un secteur financier plombé par ses excès. Mais la méthode utilisée a provoqué sa propre faillite. Comment avoir confiance dans le système après de tels événements ? Il ne faut pas s'étonner que l'or vienne de toucher un nouveau record, à plus de 1 400 $ l'once. Il ne faudra pas s'étonner non plus si le métal jaune aligne bientôt les records tel un Ben Johnson goinfré de stéroïdes.

Malheureusement, ni vous ni moi ne pouvons écouler nos chaussettes sales ni notre poisson pourri auprès du Trésor US. Mais peu importe : nous profiterons de ces turpitudes étatiques par le biais de nos investissements.
avatar
country skinner
Admin

Nombre de messages : 2419
Date d'inscription : 17/07/2008

Revenir en haut Aller en bas

- Sujets similaires
Partager cet article sur : Excite BookmarksDiggRedditDel.icio.usGoogleLiveSlashdotNetscapeTechnoratiStumbleUponNewsvineFurlYahooSmarking

La Fed, déjà en faillite... :: Commentaires

avatar

Message le Lun 2 Mai 2011 - 21:43 par Mister Cyril

Les éléments d’un rebondissement de la crise du système financier sont en train d’être réunis. Sans même qu’il soit donné aux banques le temps de reprendre leur sarabande et d’en précipiter une nouvelle. Ou que la crise de l’immobilier commercial américain ait eu le temps d’éclater.

L’analyse qui prévoyait que les États, ayant les yeux plus gros que le ventre, ne pourraient pas digérer le financement de la crise est en train de se vérifier. Cela a commencé en Europe, laquelle a dans un premier temps tenu la vedette, et se poursuit maintenant aux États-Unis, sous des formes et dans un contexte différent.

En Europe, les banques sont au bout d’une pente glissante, celle de la première restructuration d’une dette souveraine. Manuel González-Páramo, l’un des dirigeants de la BCE, a solennellement averti qu’un tel épisode aurait des effets systémiques pires sur les marchés que n’en a eu la faillite de Lehman Brothers, dans l’espoir fou de l’empêcher.

Les démentis se multiplient mais les rumeurs vont bon train, le gouvernement grec étant suspecté de préparer en douce une restructuration de velours, qui consisterait à négocier avec ses créanciers un rallongement de deux ans du plan de remboursement de la dette afin d’étaler le paiement. Une solution suscitant le scepticisme des analystes, convaincus qu’il est trop tard pour procéder ainsi et qu’il va falloir tailler plus profond.

Les banques grecques et les caisses de retraite, qui possèdent environ un tiers de la dette grecque, seraient au premier chef précipitées dans l’abîme, ce qui impliquerait un sauvetage dont l’État n’a pas les moyens, le chien se mordant le bout de la queue. Des hypothèses sont donc évoquées, envisageant d’autres financements faisant appel à la BCE et au Fonds de soutien financier européen, ce qui impliquerait dans les deux cas des revirements déchirants.

Fort opportunément, la Banque des règlements internationaux (BRI) vient par ailleurs de révéler une forte baisse, depuis le début de l’année, de l’exposition des banques allemandes, britanniques et françaises, qui ont réduit leurs engagements dans les secteurs public et privé de la Grèce, de l’Irlande, du Portugal et de l’Espagne. L’addition sera de ce côté moins douloureuse, tout du moins tant qu’il ne s’agira que de la dette grecque.

Le choc de sa restructuration n’en sera pas moins rude pour ces établissements financiers, d’autant qu’il sera inévitablement le signal d’autres qui lui succéderont. C’est dans ce contexte que se poursuivent discrètement les stress tests des banques, dont on sait qu’ils ne prennent pas en compte ce risque de restructuration.

Celui-ci impliquera néanmoins que les établissements financiers se renforcent financièrement. D’importantes levées de fonds ont déjà eu lieu ces derniers temps, d’après Morgan Stanley qui a fait le point à ce sujet. D’autres tout aussi importantes seront inévitables. Une réunion vient d’avoir lieu sous les auspices de la BCE, réunissant dans le cadre d’une mission de bons offices des émetteurs de covered bonds (obligations sécurisées) et des investisseurs, ces derniers entendant obtenir les meilleures conditions de transparence pour y souscrire, car il faut s’attendre à des émissions massives, les émetteurs cherchant à conserver des marges de manœuvre.

L’échec des plans de sauvetage en cours d’exécution, la tentative de conclure celui destiné au Portugal avant la prochaine réunion de l’Ecofin de la mi-mai (avant les échéances de juin que le Portugal ne pourra pas sans cela honorer) laisse les États démunis, sans plan de rechange, devant une nouvelle fois bricoler dans un domaine où ils ont juré de ne jamais aller.

Tout ce fragile édifice va être prochainement mis à rude épreuve, les banques européennes revenant au premier plan de l’actualité, ce dont elles se passeraient bien. Cela va d’autant plus être le cas qu’elles vont devoir faire face à une autre menace, avec leurs consœurs américaines.

Les Américains sont en train de rejoindre les Européens, affrontant eux-aussi, mais à leur manière, la crise de leur dette publique. On a entendu le coup de canon qu’a tiré l’agence Standard & Poor’s à propos d’une éventuelle baisse de la note AAA de la dette américaine. De manière moins spectaculaire, les commentateurs s’interrogent gravement sur la manière dont va se comporter le marché obligataire lorsque le programme d’achat de bons du Trésor US va s’arrêter, en juin prochain. Le tout non sans forte incidence sur le dollar.

Matthew Zames, le président du Comité consultatif du Trésor pour les questions d’emprunt (TBAC), vient d’écrire une très éloquente lettre au secrétaire au Trésor, Timothy Geithner : « Les risques qu’un défaut de paiement [des États-Unis] ferait peser à long terme sont si élevés que tout retard dans le relèvement du plafond de la dette est susceptible d’avoir des conséquences négatives sur les marchés bien avant que ledit défaut ne se produise réellement. »

Revenir en haut Aller en bas

avatar

Message le Mar 26 Avr 2011 - 22:00 par Mister Cyril

"une source de dissensions politiques significatives"

moua moua tu parles d'un euphémisme, autant dire qu'il gèlera en enfer avant qu'il y ait un seul cow-boy qui bouge son cervelet...putaing on est pas sorti du système!

Revenir en haut Aller en bas

avatar

Message le Mar 26 Avr 2011 - 7:11 par country skinner

Un article de Jorion qui vactualise cette réflexion : http://www.pauljorion.com/blog/?p=23464#more-23464

Standard & Poor’s Ratings Services : « If U.S. policymakers do agree on a fiscal consolidation strategy, we believe the experience of other countries highlights that implementation could take time. It could also generate significant political controversy, not just within Congress or between Congress and the Administration, but throughout the country. »

« Si les législateurs aux États-Unis se mettent d’accord sur une stratégie de consolidation fiscale, il nous semble que l’expérience d’autres pays souligne que la mise en application prendra du temps. Ceci pourrait également constituer une source de dissensions politiques significatives, non seulement au sein-même du parlement ou entre le parlement et le gouvernement, mais dans le pays tout entier »

Les citoyens US à la pointe de la révolution sociale... Je veux pas mourir avant d'avoir vu ca, hein...

Revenir en haut Aller en bas

avatar

Message le Mar 29 Mar 2011 - 21:14 par Mister Cyril

En langage béotien ça veut dire quoi la FED en faillite??? Ils vont certainement trouver quelques placébos pour gagner du temps...mais est-ce-que ça peut vraiment tenir? J'en ai tellement lu des articles prêcheurs de l'apocalypse que je n'ose plus y croire?
Peux-tu m'éclairer oh grand argentier du maquis...ton avis sur la pérennité du système économique?

Revenir en haut Aller en bas

avatar

Message le Mar 29 Mar 2011 - 18:09 par country skinner

C'est déjà un peu vieux (et j'ai du en parler déjà par ailleurs) mais en ces temps de chasse aux signes ostensibles religieux (mais pas aux signes ostensibles de connerie), de questionnements angoissés sur qui dirige la coalition en Lybie, et d'attente implorante de la vague bleue marine (ou d'un clapotis de canard wc bleu), ca ne fait pas de mal de rappeler d'où viendra la prochaine claque qui va faire mal (après la chute de l'empire du soleil levant)...

Revenir en haut Aller en bas

Message  par Contenu sponsorisé

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum